‹ Dictionnaire de chimie industrielleChapitre 215 sur 284 · L— NOTIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

L— NOTIONS GÉNÉRALES

E . On connaît sous le nom de teinture Tart de communiquer aux diverses matières textiles des colorations variées. M.Chevreul définit la teinture l'art d'imprégner^ aussi profondément que possible, le ligneux^ la soie^ la laine et la peau de matières colorantes qui y restent fixées mécaniquement^ ou par affinité chimique^ ou enfin à la fois^ vxécaniquement et par affinité chimique. Cette définition très-générale comprend en effet tous les cas qui peuvent se présenter.

La coloration des fibres textiles par certaines matières colorantes déterminées n'est pas toujours le résultat d'une simple superposition mécanique ; dans beaucoup de circonstances^ la co* loration résulte de Taflinité chimique et réciproque de Tétoffe et de la matière colorante. Cette dernière distinction sépare nettement la teinture delà peinture.

Pour que les couleurs puissent s'unir aux tissus, et contracter une adhérence sans laquelle il n'y a pas de teintine, il faut qu'elles Boient présentées dans un grand état de division, tel par exemple celui qui résulte de la dissolution du principe utile dans un liquide approprié. La porphyiisation de la matière colorante et sa mise en suspension dans l'eau ou dans tout autre liquide nô saurait convenir pour autre chose que pour une coloration artificielle obtenue par simple pénétration de la coulemr dans les alvéoles des fibres textiles; ce n'est là qu'un cas exceptionnel.

Pour obtenir des teintes belles, solides, uniformes sur les fils et sur les tissus de coton de lin, de laine et de soie, il faut que ces matières aient été entièrement, convenablement au moins, dépoUilléesdes substances étrangères, colorées, grasses, gommeuses ou résinoïdes qui s'y trouvent naturelletnent associées ou que le filage et le tissage y ont introduites, et qui feraient obstacle à la fixation des couleurs dont on voudrait les teindre*

Les matières textiles soit à Tétat de flocons, soit à l'état de fil, soit à Télat de tissus, sont donc préalablement soumises aux opérations du blanchiment. Nous supposerons connues du lecteur les pratiques au moyen desquelles on obtient les fibres destinées à la teinture dans Tétat convenable à la réussite des manipulations par lesquelles elles doivent successivement passer avant d^arriver à l'atelier du teinturier.

Réduite au cadre même que nous venons d'esquisser, Tétude de la teinture est loin d'être simple. Elle comporte encore la connaissance approfondie des matières colorantes, ou non composées, minérales ou végétales! qui doivent être mises en contact avec les fibres textilespendantla coloration proprement dite, ou directe, ou indirecte par l'intermédiaire des mordants, ou pendant l'impression j ou de couleurs, ou de réserves, ou d'enlevages, si Ton est obligé, pour produire im effet déterminé, d'avoir recours aux procédés de teinture sur des tissus imprimés.

Nous avons dit plus haut qu'on peut teindre par imprégnation mécanique, par imprégnation chimique, et tout à la fois par imprégnation chimique et mécanique ; c'est l'ensemble de ces trois modes de teinture qui constitue l'art et la science du teinturier.

Imprégnation mécanique, — Depuis près de trente ans, on colore les fils dans l'ateHer de teinture des Gobelins au moyen de matières colorées qui n'y sont fixées que mécaniquement par adhérence et interposition. Ce procédé ne donne que des couleurs trèsclaires, mais si l'on emploie des matériaux résistant aux agents atmosphériques, comme le charbon, Toutremer, l'oxyde de fer, l'oxyde de chrome, l'ocre, le phosphate de cobalt, on obtient des couleurs inaltérables, tandis qu'au contraire, la production des mêmes nuances par l'affinité chimique ne conduit qu'à des couleurs éphémères. Des soies et des laines, colorées en gris perle par un mélange d'outremer et de charbon, employées en tapisseries pour meubles, se sont parfaitement conservées après dix ans d'usage, lorsque quinze jours de soleil auraient suffi pour décolorer les mêmes nuances obtenues par les procédés ordinaires.

Imprégnation chimique, — Les étoffes de coton plongées ainsi que les tissus de soie quelques heures dans une dissolution d'un sel de peroxyde de fer se colorent par affinité chimique ; elles enlèvent du peroxyde de fer à l'acide ; tel est l'exemple le plus simple de la fixation d'une couleur par affinité chimique : que cette couleur soit d'origine végétale, minérale, animale, la coloration s'effectue en vertu du même principe.

481 CHAP. I.— TEIKTURE. TKINT

Imprégnation chimique et imprégnation mécaniques ^iiniultanées. — D'autre part, des étoffes, avant d'être lavées à grande eau à leur sortie d'un bain ferrugineux, passées dans un bain alcalin, en sortent bien plus foncées qu'elles neTeussentété sans Tin tervenlion de l'alcali. Dans ce cas, outre l'oxyde de fer fixé par Tafliniléchimique, il y a la portion de cet oxyde qui se trouve adhérent par son interposition mécanique. C'est le peroxyde provenant de la décomposition par Talcali du sel ferrugineux en excès qui pénétrait les fibres textiles quand on les a retirées du bain. Une petite quantité de l'alcali qui se combine à l'oxyde de fer contribue encore à foncer la couleur de F étoffe. Ces trois cas comprennent tous les phénomènes de teinture. L'ancienne définition de la teinture répétée par les anciens ouvrages, où Ton représente le tissu teint cooraie coloré par une matière colorante fixée par l'intermédiaire d'un mordant^ est trop restreinte et nous la rejetons avec M. Chevreul, car elle ne comprend ni le cas où Ton teint par imprégnation d'une matière qui n'adlière que mécaniquement, ni le cas où l'on teint par affinité, par l'immersion du tissu dans une dissolution ferrugineuse, dans du sulfate d'indigo, dans une cuve d'inde,' dans une dissolution de brou de noix, ni le cas enfin où, après avoir combiné du peroxyde de fer à de la cellulose, ou à de la soie, on la convertit en bleu de Prusse en passant TétofTe dans un bain de cyanoferrite ou de cyanoferrure de potassium acidulé.

Sans proscrire le nom de mordant, on doit admettre qu'il ne faut l'employer que comme terme d'atelier, dont on ne peut donner une explication satisfaisante, si Ton cherche à le généraUser. Si dans d'autres industries le mot de mordant peut être synonyme de fixatif, ici cette expression devient impropre, car elle ne dit pas assez; les mordants dans les arts n'agissent en aucune fkçon chimiquement; leur rôle est basé sur leurs propriétés physiques; en teinture, au contraire, il y a réaction chimique certaine, indubitable, et leurs affinités spéciales font préférer tels de ces mordants dans des cas déterminés.

Cette considération générale nous conduit à considérer les étoffes teintes comme formées par l'adhérence de la fibre avec un composé défini dans la nature, la proportion, l'arrangement des éléments qui le forment, lorsqu'il s'agit d'une teinture dans laquelle l'allinité Rassemble plusieurs corps mis en présence. Ce composé peut être binaire comme le peroxyde de fer, ternaire comme la carthamine, quaternaire comme Tindigoline. Il peut

Page 1