CHAPITRE I. ^MERCURE
les interstices des briques. Lorsque le fourneau est ainsi préparé^ on ferme et on maçonne les portes de chargement, puis on met en feu, en poussant doucement d'abord pour laisser dégager Thumidité, puis plus vigoureusement. La distillation dure trois jours; au bout de ce temps, on met l'appareil hors feu; dans ce but, on ouvre les portes du cendrier et des trois compartiments; on laisse refroidir trois jours, après quoi Ton recommence une nouvelle opération. Le mercure est recueilli directement dans les bassins de réception placés à la sortie de chaque chambre de condensation.
Fours à flammes (/Iaino/en).— Ces appareils présentent l'avantage d'être continus, et de permettre de griller directement les mine-
Fig. 456 et 457. — Appareils à flamme d'Idria pour l'extraction du mercure.
rais les plus menus. En outre, ils exigent moins de combustible et moins de main-d'œuvre que celui que nous venons de décrire.
Ils se composent d'une sole E inclinée d'arrière en avant, et sont munis d'un foyer Bplacé en contre-bas, et d'une cave Adanslaquelle
on projette les résidus terreux après le grillage. Dans la voûte est percé un canal terminé en trémie B, fermé par un registre et servant à opérer le chargement du minerai que Ton a eu soin de disposer préalablement sur le plafond du four pour l'y laisser se dessécher par la chaleur perdue. A Textrémité du four est une première chambre de condensation D dans laquelle s'emboîtent deux larges tuyaux en fonte JJ parallèles et légèrement inclinés; ces tuyaux vont déboucher dans une chambre de condensation K; de là les vapeurs passent dans les chambres L, M, et enfin N; dans celle-ci s'emboîte un troisième tuyau J, exactement semblable aux premiers et incliné parallèlement à ceux-ci, disposition qui ramène dans la chambre N les portions de mercure condensées pendant le parcours des vapeurs dans ce troisième tuyau. Celuici enfin débouche dans une dernière chambre de condensation C, qui précède la cheminée H, par laquelle s'effectue le tirage. La condensation est d'ailleurs considérablement activée dans cet appareil par le courant d'eau froide que déversent cons^miment à la surface des tuyaux J les rigoles percées de trous I, I.
Quelques mots suffiront, après cette description, pour faire comprendre la marche de ces fours à flamme; le système étant en marche continue, et la grille chargée de combustible, on verse le minerai par la trémie sur la sole, le grillage conunence aussitôt, un ouvrier l'active en brassant de temps en temps la matière avec un ringard, le mercure distillé se condense le long des tuyaux et dans les chambres; puis, lorsque Topération est terminée, les gangues sont enlevées au ringard, jetées dans la cave A où les dernières traces de mercure se dégagent peu à peu, et Ton recommence une nouvelle distillation.
Fours Habner. —Les fours que Ton désigne sous ce nom, et dont l'emploi, à Idria, ne date que de 1852, sont de véritables fours continus, absolument semblables à ceux dont on fait usage pour la cuisson de la chaux ; l'appareil de condensation est d'ailleurs sensiblement le même que celui dont nous avons donné la description dans le premier cas. Le four est cylindrique; il est fermé à la partie inférieiure par une grille à barreaux mobiles; au-dessous de cette grille sont des rails sur lesquels des wagonnets peuvent venir se placer pour recueillir les résidus des opérations. A la partie supérieure, il porte une trémie qui le ferme, et par laquelle on opère le chargement; latéralement, il est muni d'un orifice facile à fermer au moyen d'un registre et communiquant avec les chambres de condensation.
Cet appareil est conduit de la manière suivante : lorsqu'on juge le moment convenable, le four étant au rouge et en pleine marche, on ferme le registre conduisant aux chambres, on enlève les grilles, et on laisse tomber une quantité déterminée de gangues grillées dans le wagonnet qui les emporte; on replace les grilles, puis on charge, au moyen de la trémie, et par lits successifs, la quantité de combustible et de minerai correspondant à la quantité de gangues enlevées ; on ouvre alors le registre de communication, et la distillation un instant interrompue reprend immédiatement. En général, cette addition doit être faite tous les cinq quarts d'heure ; on la renouvelle régulièrement de manière à donner au fourneau une marche réellement continue.
Des trois genres de fours que nous venons de décrire, le four Habner est celui dont les résultats sont le plus économiques, mais il est impropre au grillage des minerais fins ; les gros morceaux seuls conviennent à sa marche ; il doit donc avantageusement remplacer les anciens fours dldria et d'Almaden, mais il ne saurait remplacer les fours à flamme qui rendent, surtout pour le grillage des menus, de véritables services, et dont la marche est également plus économique que celle des fours de l'ancien système.
AIMÉ GIRARD