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L— MINERAIS D'ARGENT.-^GISEMENT ET EXPLOITATION

Considérés au point de vue de leur traitement métallurgique, les minerais d'argent peuvent être rangés en deux catégories • bien distinctes ; la première renferme des minerais simples, la seconde des minerais complexes. De ces deux catégories, la première est, de beaucoup, la plus importante; c'est elle qui fournit la presque totalité de Targent qu exigent les transactions commerciales et les arts d'ornement; c'est à elle que Tantiquité a su, dès les temps les plus reculés, demander le métal précieux qui nous occupe, et c'est plus tard seulement, lorsque les méthodes métallurgiques se sont perfectionnées, que l'industrie européenne a pu retirer des minerais complexes qu'elle exploite une quantité d'argent qui, malgré tout, ne s'élève pas au cinquième de la production totale.

Sous le nom de minerais simples, nous désignons ceux dont le métallurgiste se propose d'extraire l'argent d'une manière exclusive; dans ces minerais, l'argent se rencontre sous des élats variés; mais ce qui les caractérise, c'est que la proportion des métaux étrangers n y figure jamais pour une valeur considérable, et que, dans le traitement métallurgique, ceux-ci peuvent, sans graves inconvénients, être laissés de côté; dans les minerais complexes, au contraire, les métaux autres que l'argent, et notamment le plomb et le cuivre, prédominent, et le métallurgiste doit, nonseulement en séparer le métal précieux , mais encore donner tous ses soins à l'extraction sous le plus grand état de pureté possible des métaux usuels qu'ils renferment; aussi, comme nous le verrons tout àTheure, l'exploitation présente-t-elle] alors de grandes difficultés. •

Les minerais de la première catégorie sont d'ailleurs nombreux; le plus remarquable d'entre eux, celui auquel l'antiquité devait,

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à coup sûr, la connaissance de ce métal, est l'argent natif qui, tantôt sous la forme de cristaux, tantôt sous celle de filaments, tantôt enfin sous celle de rameaux ou de dendrites se rencontre, eu diverses localités, disséminé dans une gangue généralement calcaire. Quelquefois, comme à Kongsberg, l'argent natif est chimiquement pur; quelquefois, au contraire, comme dans les filons du lac Supérieur (Amérique du Nord), il est associé au cuivre natif. Mais de tous les minerais d'argent, les plus importants sont l'argent sulfuré et ses congénères : argent antimonié, argent arsénié, argent antimonié-sulfuré ou argent rouge; trèsrépandus dans l'Amérique du Sud et du centre, dans le Pérou, la Bolivie, le Chili, etc., ces minerais se rencontrent surtout en grande abondance au Mexique ; là se trouvent ces mines que leur fabuleuse richesse a rendues si célèbres, et dont l'exploitation, barbare encore aujourd'hui, par suite de Tabsence de combustibles, de moyens de transport et de force motrice, ne saurait manquer de prendre, en un temps donné, im immense développement. A côté de ces minerais, viennent se placer l'argent chloruré, l'argent bromure et l'argent ioduré qui, disséminés au sein de gangues terreuses et ferrugineuses, assez abondants du reste, constituent les minerais argentifères dont le traitement est le plus facile. Mélangés aux minerais sulfurés, gisant en général à la partie supérieure des filons qui renferment ces derniers, ils jouent un rôle important dans la production américaine et même européenne : citons enfin , en terminant, le tellurure d'argent, minerai de la Hongrie et de la Transylvanie, sur lequel sa rareté même nous dispensera de fixer notre attention.

Tels que les fournit le sol, c'est-à-dire mélangés avec leur gangue, ces minerais ne présentent qu'une richesse relative; aussi cherche-t-on quelquefois à les enrichir par les procédés habituels de préparation mécanique ; mais cet enrichissement ne saurait être poussé trop loin, car la perte déminerai argentifère ne tarderait pas à devenir considérable, par suite de la légèreté des lamelles que fournissent sous le bocard les minerais d'argent arséniés et sulfurés. La richesse des minerais portés aux usines est d'ailleurs très-variable ; au Mexique, elle n'est jamais inférieure à un miUième, et ne s'élève pas habituellement au delà de cinq millièmes de métal précieux.

L'exploitation des minerais trailés simplement pour argent a lieu par deux méthodes distinctes, qui l'une et l'autre dérivent du même principe : l'alliage de l'argent métallique avec un autre

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métal; danls le premier cas, ce métal est le mercure; dans le second, c'est le plomb.

La méthode basée sur l'emploi du mercure ou méthode par amalgamation est née en Amérique; importée depuis en Saxe et en France (Bretagne), elle y a subi de légères modifications; mais celles-ci n'ont en rien altéré son principe. Dans Tun comme dans l'autre cas, les minerais sont d*abord traités par le chlorure de sodium, et transformés en chlorure d'argent; puis celui-ci, réduit à l'état métallique, soit par le fer soit par le mercure, est soumis à l'action de ce dernier métal et changé en un amalgame dont la distillation sépare ensuite aisément le mercure. Des modifications apportées à ce principe résultent deux méthodes, que nous décrirons successivement sous les noms de méthode américaine et de méthode saxonne.

La méthode basée sur l'emploi du plomb est infiniment plus simple que la précédente : elle consiste à fondre les minerais convenablement préparés avec des matières plombeuses, généralement des galènes, à réduire le tout par le fer, dans des fours à manche, de manière à obtenir un plomb d'oeuvre entraînant tout l'argent, et enfin à coupeller celui-ci. Mais cette méthode, rarement applicable en Amérique à cause de Tabsence de combustibles économiques, présente en outre Finconvénient de produire une perte considérable en plomb et en argent. Aussi ne saurait-elle être employée avec avantage que dans les localités où les combustibles et les galènes sont abondants, et où les minerais argentifères présentent une grande richesse.

Les minerais de la deuxième catégorie offrent, au point de vue minéralogique, ime grande analogie avec ceux de la première; mais ils en diffèrent au point de vue du traitement métallurgique. L'argent, en effet, s'y rencontre toujours à l'état de sulfure, d'arsénio-sulfure, d'arséniure, d'argent rouge, etc.; mais ces minéraux sont disséminés dans des masses considérables de galène, de pyrites cuivreuses, de cuivre gris, etc. Quelquefois encore la blende, le bismuth, l'arsénio-sulfure de cobalt et de nickel, etc., se trouvent associés aux minerais précédents.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, le traitement de ces minerais, la séparation des métaux qu'ils renferment, ou tout au moins des trois plus importants : argent, plomb et cuivre, présente souvent de très-grandes difficultés; mais la description des méthodes suivies dans les différentes exploitations ne doit pas nous arrêter ici> et il nous suffira de les rappeler en quelques

mots; car les principes sur lesquels elles reposent ont été précédemment décrits (voy. Métaux usuels. MET, chap. ii et m. Cuivre et Plomb). Ces minerais peuvent être rangés en trois classes : les galènes argentifères, qui ne renferment que du plomb mélangé d'une petite quantité d'argent; les pyrites cuivreuses ou cui^Tes gris argentifères, et enfin les minerais très-complexes qui, comme ceux de la Saxe et du Harz, renferment à la fois du plomb, du cuivre et de Targent.

Lorsque lexploitation a lieu simplement sur des galènes argentifères, celles-ci sont traitées soit par réaction, soit par le fer, au four à cuve ou bien au four à réverbère, et le plomb d'œuvre, concentré quelquefois par le pattinsonage, est ensuite coupelle.

Les pyrites cuivreuses et les cuivres gris argentifères sont d'abord traités pour cuivre noir, puis celui-ci, refondu avec des litharges et du plomb fournit les galettes dont on retire, par une fusion graduée sur des aires de liquation, d'abord le plomb en excès, puis lalliage de plomb et d'argent que Ton passe à la coupelle, tandis qu'on soumet au raffinage les carcasses de cuivre impur laissées par le départ du métal plus fusible.

Les minerais renfermant à la fois du plomb, du cuivre et de Targent, sont d'un traitement très-difficile ; ils exigent des opérations nombreuses que nous résumerons simplement en quelques lignes. Soumis d'abord à la fusion en présence du fer, dans des fours à manche, ils fournissent un plomb d'oeuvre riche en argent et une matte plombeuse renfermant tout le cuivre et une notable proportion de l'argent. Le premier plomb d'œuvre ainsi obtenu est passé à la coupelle, tandis que les mattes plombo-cuivreuses sont, par des fontes et des grillages successifs, débarrassées de la plus grande partie du plomb et de l'argent qu'elles renferment, et transformées ainsi en mattes cuivreuses; les plombs d'œuvre obtenus dans les fontes successives vont rejoindre le premier sur la coupelle. D'un autre côté, les mattes cuivreuses, rendues aussi pauvres que possible en plomb, sont traitées au four à manche, pour cuivre noir, et le produit de cette opération, refondu avec des litharges et du plomb, est soumis à la liquation, qui sépare des carcasses de cuivre les dernières portions de plomb et de métal précieux.

Telles sont les diverses méthodes qu'emploie la métallurgie pour la production de l'argent; ainsi que nous l'avons dit plus haut, celles-là seulement nous occuperont qui se proposent pour but l'extraction de l'argent seul; les autres appartiennent, en effet ^

d'une manière essentielle à lamétalliirgie du cuivre et du plomb. Du reste, il sera facile au lecteur de se rendre compte de l'importance relative des unes et des autres, en réfléchissant que les dernières, appliquées seulement en Europe, ne produisent qu'une quantité d'argent relativement peu considérable, ainsi que le montre le tableau suivant, dans lequel M. Rivot a mis en parallèle la part que prend chaque contrée à la production générale de ce précieux métal :

Le Mexique produit près de 650 tonnes d'argent.

Le Pérou 110 —

Le Chili 410 —

La Bolivie 50 —

Les divers Etats de l'Europe .... 180 —

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