IL— EXTRACTION DE L'ARGENT PAR LA MÉTHODE D'AMALGAMATION
MÉTHODE AlfÉHlCAINE A FROm.
Principe de la méthode. — L'amalgamation à froid par la méthode américaine est applicable à tous les minerais d'argent proprement dits; deux cas cependant sont à considérer suivant la nature de ces minerais, et le métallurgiste doit se préoccuper de savoir s'il opère sur un mélange d'argent natif, de chlorure, de bromure et d'iodure d'argent, ou bien sur un mélange de sulfure, d'arséniosulfiire, d'antimoniure, etc. Dans le premier cas, les minerais qu'on désigne en Amérique sous le nom général de colorados, en France (Hulgoët) sous celui de terres rouges^ peuvent être soumis à l'amalgamation directe; dans le second, les minerais connus alors sous le nom de negros doivent, ou plutôt devraient être soumis à un grillage préalable avant l'amalgamation. L'expérience démontre, en effet, que si les colorados sont aisément attaquables par les réactifs qu'emploie la méthode qui nous occupe, il n'en est pas de même des negros et que ceux-ci résistent énergiquement à l'action des mêmes réactifs. De telle sorte que dans un grand nombre d'atehers américains où le transport du combustible est à peu près impossible, l'amalgamation est toujours incomplète, et que 35 à 40 pour 100 de l'argent que renfermait le minerai restent dans les résidus.
Dans la pratique de cette méthode, trois réactifs concourent à produire l'amalgamation : le sel ou chlorure de sodium, le magistral et le mercure; avant d'étudier le rôle de cjiacun d'eux, il nous faut définir le deuxième. Sous le nom de magistral^ on
désigne le produit obtenu en soumettant au grillage des pyrites cuivreuses; ce grillage a lieu dans des fours analogues à ceux qu'emploie Tindustrie européenne pour la fabrication de l'acide sulfurique; les pyrites bocardées sont étendues sur la sole, en une couche épaisse de cinq centimètres environ, puis soumises à un grillage conduit avec lenteur et à très-basse température. Lorsque l'opération est complète, on défoume le magistral, et on l'emmagasine avec soin jusqu'au moment de l'emploi. Cette matière renferme de 20 à 25 pour 100 de sulfates solubles dans l'eau, et notamment de sulfates de cuivre et de protoxyde de fer; elle présente toujours une réaction légèrement acide. Quelquefois on substitue au magistral ordinaire le sulfate de cuivre brut obtenu dans les ateliers d'affinage de l'or et de l'argent (voy. chap. IV. Afp>nage)\ celui-ci, qui présente ime acidité considérable, est surtout d'un emploi avantageux vis-à-vis des minerais sulfurés, antimoniés, etc.
Examinons maintenant la part que prend à l'amalgamation chacun des trois réactifs qu'emploie cette méthode. Leur manière d'agir est différente, suivant Tétat sous lequel les minerais leur sont présentés, et les réactions varient suivant qu'ils sont formés de colorados et de negros grillés, ou de negros non grillés. Il suffit de se reporter à la composition des uns et des autres pour le comprendre d'avance. Dans le premier cas, en effet, ces réactifs se trouvent en contact avec de l'argent natif, des chlorures, bromures et iodures d'argent, également natifs, et de l'argent métallique, de l'oxyde, du sulfate, de Tarséniate d'argent résidus du grillage des negros; dans le second, ils doivent agir sur des mélanges de sulfure, arséniure, etc., d'argent, dont l'attaque est éminemment plus difficile.
La marche des opérations est cependant, à peu de chose près, la même dans les deux cas; les minerais porphyrisés et imprégnés d'eau, mélangés de chlorure de sodium d'abord, de magistral ensuite, sont enfin mis en contact avec du mercure métallique. Occupons-nous du premier cas, et considérons d'abord raction du chlorure de sodium ; nulle ou du moins insignifiante sur l'argent natif et l'argent métallique, elle est considérable siu: les autres constituants du mélange. Sous son influence, en effet, le chlorure d'argent se dissout peu à peu et abandonne l'état solide qu'il possédait d'abord pour entrer en solution dans le liquide dont la masse est imprégnée. Quant à l'oxyde d'argent et aux autres sels, bromure^ iodure, sulfate, etc., le chlorure de sodium
agit sur eux par double décomposition, et les transforme en une nouvelle quantité de chlorure d'argent qui se dissout à son tour, comme le chlorure natif dans la solution aqueuse de chlorure de sodium; la première phase de Topération est alors terminée et les produits divers que renfermait le minerai sont maintenant, sauf l'argent métallique, transformés complètement en chlorure d'argent dissous. C'est alors qu'intervient le magistral ; mélange de sulfate de cuivre et de protosulfate de fer, il donne bientôt naissance, au contact du chlorure de sodium, à du protochlorure de cuivre, et celui-ci, exerçant, au fur et à mesure de sa formation, son action réductrice sur le chlorure d'argent dissous, le réduit à l'état métalUque, tandis que lui-même passe à l'état de bichlorure. C'est sur l'argent ainsi précipité, en même temps que sur l'argent natif, que le mercure agit ensuite ; pénétrant peu à peu dans la masse, sous Tinfluence de l'action mécanique à laquelle celle-ci est soumise, il dissout l'argent et le transforme en un amalgame pâteux que l'on comprime pour lui enlever l'excès de mercure, et que Ton soumet ensuite à la distillation. Dans le second cas, ainsi que nous avons eu déjà occasion de le dire, cette méthode est loin d'offrir la même netteté; les minerais negros ne sont en aucune façon attaquables par le chlorure de sodium, et au lieu de perdre les 40 centièmes de l'argent qu'ils renferment, on en perdrait, à coup sûr, une bien plus grande proportion, si l'on ne faisait appel à une modification consistant dans l'emploi d'un magistral beaucoup plus abondant et surtout beaucoup^ plus acide; c'est dans ce cas surtout que le sulfate de cuivre du départ présente de grands avantages. Alors, en effet, ce n'est plus le chlorure de sodium qui agit directement, mais l'acide sulfurique du magistral qui, attaquant ce sel, met en liberté une certaine proportion d'acide chlorhydrique ; celui-ci réagissant sur les minerais sulfurés, antimoniés, etc., les décompose lentement et imparfaitement, et les transforme en chlorure qui se dissout et en soufre qui se dépose. D'un autre côté, le bichlorure de cuivre, que le magistral engendre toujours, au contact du chlorure de sodium, réagit, ainsi que l'a démontré M. Boussingault, sur le sulfure d'argent et le transforme partiellement aussi en chlorure, par une double décomposition. Une fois le chlorure d'argent formé, le reste de l'opération a lieu par les mêmes réactions que précédemment.
Tels sont les principes sur lesquels repose la méthode d'amalgamation américaine à froid; les minerais auxquels on les appli-
MET MiTAUX PBÉCIEDX. 168
que sont en général des mélanges de colorados et de negros^ et ceux-ci ne sont que rarement grillés; aussi les diverses réactions que nous venons d'exposer interviennent-elles simultanément. D'ailleurs les différentes phases que nous avons indiquées ne se succèdent pas avec netteté et régularité, elles sont toutes à peu près concomitantes, et Talmagamation est déjà complète pour certaines parties que, pour certaines autres, elle est à peine commencée.
Suivons maintenant, dans ses détails pratiques, Tapplication de cette méthode.
Préparation du minerai, — Au sortir de la mine, le minerai argentifère est cassé au marteau par des ouvriers (hommes et femmes) que Ton désigne sous le nom de pepenadores; cette opération est suivie d un triage à la main, au moyen duquel on rejette nonseulement le stérile, mais encore le minerai trop pauvre. Quelquefois, et lorsque les localités permettent Papplication de la méthode de fonte avec des matières plombeuses, on profite de ce triage pour séparer les morceaux les plus riches que Ton destine à ce mode de traitement. Après avoir été ainsi triés, les minerais sont passés aux bocards (ingenios) et pulvérisés à sec; le mouvement est communiqué aux appareils, soit par des chutes d'eau, soit par des manèges attelés de mules. Aubocardage succède le tamisage; la masse pulvérisée est passée à travers des tamis de peau, percés de trous dont le diamètre égale 0^,005 environ ; les grains retournent aux bocards, tandis que les sables sont réduits en poudre aussi fine que possible. L'appareil dans lequel a lieu cette porphyrisation est désigné sous le nom d'arrastre (arrastra) ; il est formé d'une auge cylindrique en granit, de 3 mètres de diamètre environ ; dans cette auge se meuvent circulairement quatre blocs plats de granit; chacun de ces blocs est relié à Tune des extrémités de deux arbres horizontaux disposés perpendiculairement l'un à l'autre. Au centre de l'appareil est un pivot vertical communiquant avec un manège auquel sont attelées deux mules, et qui entraine dans son mouvement de rotation les deux arbres horizontaux et les quatre blocs qui s*y trouvent attachés. Le minerai est jeté dans l'auge, légèrement mouillé et porphyrisé par le frottement des quatre pilons; peu à peu, on augmente la quantité d'eau, de manière à transformer la masse en une pâte coulante. Le temps de la porphyrisation varie naturellement avec la dureté des minerais; en général, chaque arrastre doit réduire (Ml poudre impalpable 300 kilogrammes environ par vingt-quatre
169 CHAPITRE I.— AHGENT. MET
beures. L'opération terminée, la masse pâteuse est emmagasinée dans des bassins où elle reste exposée aux ardeurs du soleil, jusqu'à ce qu'une grande partie de Veau s'étant évaporée, elle ait acquis une certaine consistance, tout en restant plastique ; c'est alors qu'elle est portée au patio pour y être amalgamée.
Chloruration et amalgamation. — L'atelier ou patio dans lequel s'accomplissent ces opérations est un vaste espace, en plein air, dont le sol est soigneusement dallé. Sur cette aire imperméable, on dispose le mélange des matières de façon à en former des tas circulaires et aplatis (tourtes, tortas) mesurant en général Om,25 de hauteur, sur un diamètre variable de 5 à 20 mètres. Le travail y est conduit de la manière suivante : On répand d'abord sur le sol le chlorure de sodium, dans la proportion de 2 parties pour 100 de minerai; sur le sel ainsi étendu, on dépose le minerai porphyrisé et pâteux ou lamu; et l'on opère mécaniquement leur incorporation. Pour cela, on mélange d'abord l'un et l'autre à la pelle, aussi intimement que possible, puis on soumet la masse au piétinement de quatre ou six mules courant au trot à sa surface, et maintenues par un conducteur, de telle sorte que leur front se meuve toujours suivant un des rayons du cercle. Cette opération de mélange (repaso) est prolongée pendant quatre heures, après quoi, on laisse reposer jusqu'au lendemain. On ajoute alors le magistral, en le répandant uniformément à la surface et le faisant pénétrer au sein de la tourte au moyen d'un nouveau repaso. La proportion de magistral employée est variable; elle dépend de la richesse du minerai et de la température; plus celle-ci est élevée, moins la proportion est considérable; plus elle est basse, plus les actions sont faibles, et plus par suite la quantité de magistral doit être forte ; cependant elle n'est jamais inférieure et rarement elle est supérieure à 2 pour 100 du minerai.
Après le deuxième repaso^ on procède à Taddition du mercure, celle-ci a lieu à plusieurs époques; on en ajoute, en premier lieu, une quantité représentant quatre fois le poids de l'argent contenu dans le minerai; puis en deux autres fois une quantité égale à la première. Pour ajouter le mercure et le répandre dans le plus grand état de division possible, on le place dans une peau, ou dans un tissu solide que Ton comprime fortement au-dessus des diverses parties de la tourte; le mercure suintant à travers son enveloppe, tombe en gouttelettes extrêmement fines, dont l'incorporation est ensuite plus facile. Pour rendre celle-ci plus certaine, on donne, aussitôt après la première addition de mercure, im
reposa de quatre à six heures, puis on abandonne la matière au repos; le lendemain et les jours suivants, la tourte est soumise au même traitement mécanique, non pas d'une manière continue mais à des intervalles irréguliers que détermine la rapidité plus ou moins grande du travail. Le mélange mécanique a surtout pour bat, en effet, de mettre les différents réactifs au contact, et c'est pendant le repos qu'on leur accorde ensuite que s'accomplissent les réactions. C'est l'habitude acquise par les amalgameurs qui détermine les moments les plus convenables pour donner un repaso nouveau ou pour laisser la tourte en repos.
Un grand nombre de causes, Sont il serait trop long d'aborder ici l'étude, peuvent contrarier la marche des opérations; elles se traduisent, en général, de deux manières; ou bien les opérations se i*alentissent, ou bien elles progressent avec ime rapidité trop considérable. Dans le premier cas, on dit que la tourte a froid; dans le second, qu'elle a chaud. Pour parer au premier de ces inconvénients, qui se produit surtout lorsque les minerais sont trop réfractaires ou la température trop basse, on ajoute im excès de magistral et Ton donne des repasos fréquents; pour combattre le second, qui semble dû le plus souvent à l'excès de magistral et à l'emploi de matières trop cuivreuses, on ajoute un peu de chaux qui, précipitant une portion du cuivre, diminue la proportion des chlorures de ce métal et s'oppose par suite à la formation fâcheuse d'une trop grande quantité de protochlorure de mercure.
Lorsqu'on reconnaît, par des prises d'essai, que tout le mercure ajouté la première, fois a réagi, on en ajoute une nouvelle quantité égale aux trois huitièmes de la première, et Ton continue les opérations; enfin, une dernière fois, on ajoute encore du mercm*e dans la proportion d'un huitième de la première addition, et l'on achève par un dernier repaso.
Le temps qu'exige l'amalgamation complète des minerais d'argent est extrêmement variable, et dépend, comme nous l'avons dit, d'un grand nombre de circonstances; dans les conditions les plus favorables, elle est terminée en vingt ou vingt-cinq jours; quelquefois elle exige deux et même trois mois.
Quand l'amalgamation parait entièrement achevée, on procède à la séparation de l'amalgame, et l'on porte dans ce but la tourte aux cuves de lavage. Celles-ci (lavaderos) sont de très-vastes cuves cylindriques, en maçonnerie ; au centre s'élève un arbre vertical mimi de quatre bras horizontaux portant chacun à son extrémité un agitateur formé de baguettes en bois croisées. Un manège mû
par des mules communique le mouvement à tout cet appareil. Après avoir projeté dans la cuve toute la masse, on ajoute d'abord de Teau, puis ime quantité de mercure égale à celle employée déjà dans le cours de l'opération. Ce mercure est destiné à réunir les portions d'amalgame disséminées au milieu des matières terreuses. On met alors les agitateurs en mouvement ; sous leur influence, sous celle aussi d'un filet d'eau qui circule constamment dans la cuve, les matières se séparent: les plus légères se soulèvent et s'écoulent hors de la cuve, tandis que l'amalgame, entraîné par le mercure, tombe au fond avec les grains les plus lourds qui n'ont pas été attaqués. Après ce premier lavage, les matières lourdes sont portées sur de petites tables inclinées, désignées sous le nom de planillas, où les ouvriers achèvent de séparer mécaniquement Tamalgame dissous dans le mercure des portions de minerai qui ont résisté à l'amalgamation. Celles-ci, qui non-seulement représentent une perte d'argent, mais qui encore entraînent toujours mécaniquement une certaine proportion de mercure, sont traitées à nouveau quand leur richesse paraît suffisante. Quant à l'amalgame liquide, on procède immédiatement à la séparation du mercure et de l'argent qui le composent. Compression et distillation, — Pour extraire l'argent et recueillir le mercure que renferme l'amalgame, deux opérations successives sont nécessaires : dans la première, on soumet la matière à une compression graduée, qui laisse écouler le mercure en excès et fournit un amalgame solide très-riche en argent, qu'on désigne sous le nom depella; dans la seconde, celui-ci est soumis à tme distillation qui, volatiUsant le mercure, laisse comme résidu l'argent qu'il suffit ensuite de fondre et de couler en lingots.
La compression a lieu, dans le procédé américain, d'une manière très-incomplète; aussi le pella renferme-t-il toujours im excès de mercure non combiné, dont la présence augmente les frais de distillation. Au sortir des cuves, l'amalgame est versé dans des sacs de cuir entourés de coutil fort ou de toile à voile ; au-dessous de chaque sac est disposée ime auge à moitié pleine d'eau. Sous la pression de la masse elle-même, le mercure Uquide se sépare, filtre à travers les deux enveloppes et vient se réunir dans Tauge inférieure. Lorsque le sac ne laisse plus égoutter de mercm^e, on le presse doucement avec les mains de manière à faire exsuder le plus possible la matière liquide. Mais cette compression, on le comprend, est très-imparfaite, et lepeUa ne renferme jamais moins de cinq parties de mercure pour une d'argent. Peut-être
pourrait-on avec avantage substituer à ce mode défectueux l'appareil de compression introduit avec succès, par M. Yuncker, à l'usine d'Hulgoët (Bretagne). Quoi qu'il en soit, Tamalgame solide est extrait des sacs sous la forme de pains allongés, porté sur une table, découpé à la main et moulé par compression, dans des moules en bois, sous forme de briquettes prismatiques du poids de lokil. environ.
L'appareil employé, en général, pour la distillation de Tamalgame, est le suivant : sur une auge cylindrique en maçonnerie, remplie d'eau, est placée ime grille en fer forgé ou une plaque de tôle percée de trous ; tout autour de cette grille est creusée dans la maçonnerie une rainure circulaire présentant le même diamètre qu'ime cloche conique ou calotte allongée qui, mobile au moyen d'un anneau qu'elle porte au sommet, peut s'élever ou s'abaisser au-dessus de la grille et de l'auge et les recouvrir complètement. Sur la grille on entasse les pains de pella^ en les disposant de manière à ménager entre chacun d'eux des interstices convenables ; lorsque le tas est suffisamment élevé, on fait descendre lacloche, on la lutedans la rainure, puis on élève toutautour un mur en briques ou en pierres sèches formant fourneau, de manière à laisser entre le mur et la partie la plus large de la cloche (c'est-à-dire la base) un espace libre de 35 cent, envii-on; à la partie inférieure de ce cylindre maçonné, on réserve des prisesd'air. Dans l'espace vide, on projette alors du charbon enflammé, puis du charbon noir et l'on continue de chauffer pendant un temps variable de dix à vingt-quatre heures. Sous l'influence de la chaleur, le mercure se vaporise et vient, en distillant per descensum^ se condenser dans l'auge remplie d'eau disposée au-dessous de la cloche. Lorsque la distillation est achevée, on laisse refroidir le fourneau, on enlève la cloche au moyen d'un treuil, et l'on trouve sur la grille des prismes d'argent solide, mais encore poreux. On le livre quelquefois au commerce dans cet état; mais le plus souvent, on le refond dans des creusets et on le coule dans des moules en sable qui lui donnent la forme de lingots.
MÉTHODE d'amalgamation AMÉRICAINE A CHAUD.
Beaucoup moins répandue que la précédente, cette méthode n'est guère en vigueur que dans les districts argentifères de l'Amérique du Sud, Pérou, Bolivie, etc.; elle n'est d'ailleurs applicable qu'aux minerais co^orado5, c'est-à-dire ne renfermant ni sulfure,ni arséniure, ni antimoniure d'argent; mais elle présenterait, d'une
manière générale, de grands avantages économiques pour le traitement de ceux-ci, si elle n'exigeait du combustible et des appareils dispendieux. En effet, dans cette méthode, le magistral est inutile, et la perte de mercure est insignifiante.
Le principe sur lequel elle repose est d'ailleurs fort simple : traités pardu chlorure de sodium, les minerais fournissent bientôt une solution de chlorure d'argent, et celle-ci, décomposée par le cuivre métallique des chaudières dans lesquelles l'opération est conduite, se transforme en argent métallique que le mercure dissout, et en protochlorure de cuivre qui peut ensuite être employé comme magistral pour l'amalgamation à froid. Quant aux chaudières, elles s'altèrent rapidement, et leur usure constitue le côté le plus désavantageux de la méthode.
Les minerais pulvérisés sont jetés dans des chaudières à fond de cuivre, chauffées à feu nu; dans ces chaudières, on fait arriver une quantité d'eau suffisante pour former une bouillie très-claire ; on porte à TébuUition, puis on ajoute 12 à 15 parties de sel pour 100 de minerai. La dissolution du chlorure de sodium commence de suite ; on l'active, en agitant constamment avec une spatule enbois; lorsqu'elle est complète, on ajoute dans la chaudière une quantité de mercure égale au poids de l'argent renfermé dans le minerai et Ton continue d'agiter, en mélangeant le tout, et prenant, surtout le soin d'amener les grains de chlorure d'argent encore solides au contact du cuivre. Ceux-ci se décomposent ainsi plus promptement, la précipitation de l'argent est rapide et le mercure le dissout au fur et à mesure de sa formation. Lorsque tout le mercure ajouté est amalgamé, on introduit une deuxième quantité de ce métal, puis une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la quantité totale de mercure employée soit égale à deux fois le poids de l'argent. L'opération est terminée, lorsqu'après une dernière addition de ce métal on ne voit plus changer la consistance dej'amalgame ; cinq ou six heures au plus sont nécessaires pour atteindre ce point; on enlève alors le contenu des chaudières et on le porte au lavage, en ayant soin d'ajouter une quantité de mercure égale à quatre fois le poids de celle employée pour l'amalgamation. Le reste du travail est ensuite conduit comme dans la méthode à froid.
MÉTHODE SAXONNE d'aMALGAMATION.
Principe de la mé(/iode.— Née en Saxe, à Freyberg, dont on lui donne souvent le nom, cette méthode s'est peu à peu répandue
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partout où le prix des combustibles a permis de substituer, aux moyens longs et compliqués de la méthode américaine, des procédés plus rapides et plus simples. Au point de vue chimique, elle diffère de cette dernière par deux réactions principales : la chloruration et la précipitation de Targent. Dans la méthode saxonne, en effet, le minerai, au heu d'être mélangé à froid avec du sel et du magistral, est grillé à la température du rouge, en présence du chlorure de soditun ; entre ce sel et le sulfure d'argent intervient alors ime décomposition profonde et les neuf dixièmes du minerai se trouvent ainsi convertis en chlorure d'argent. Lorsqu'ensuite ce chlorure s'est dissous dans le chlorure de sodium en excès, la précipitation de Targent a lieu, non plus au moyen du magistral et du mercure, mais au moyen du fer métallique, de telle sorte que le mercure n'a plus à jouer ensuite que le simple rôle de dissolvant de l'argent. Au point du vue mécanique, la méthode saxonne diffère encore de la méthode américaine en ce que, faisant appel à des forces motrices économiques, elle peut obtenir en peu de temps les résultats qui dans celle-ci exigent un temps considérable.
Les minerais traités par la méthode saxonne sont rarement aussi riches que ceux du Mexique; ils renferment toujours des proportions assez considérables de sulfure de plomb et de cuivre; cependant, pour que les opérations puissent être avantageuses, elle ne doit pas être appliquée à des minerais contenant plus de 5 à 6 pour 100 de ces impuretés. Lorsque cette proportion est dépassée, on rentre dans la catégorie des minerais complexes dont le traitement doit comprendre non-seulement l'extraction de l'argent, mais encore celle du plomb et du cuivre, et auxquels par suite l'amalgamation n'est pas applicable.
Chloruration, — Les minerais préparés de la manière indiquée déjà pom* la méthode américaine sont mélangés aussi intimement que possible avec du sel marin; la proportion de celui-ci est variable naturellement d'après la teneur du minerai ; celle de 10 pour 100 peut être prise comme la moyenne ordinaire. Quelquefois , lorsque surtout la gangue est fortement argileuse , le minerai doit, avant toutes choses, être somnis à une calcination simple, destinée à enlever à Targile sa plasticité. Le mélange une fois fait est criblé avec soin, afin d'être rendu parfaitement homogène, puis porté au four de chloruration. Celui-ci est un four à réverbère très-surbaissé, mimi de deux portes latérales, l'une pour le travail, l'autre pour la charge, et d'une cheminée condui-
Googl'e
sant à des chambres de condensation. Un foyer séparé du four par un autel renferme le combustible. Sur la sole de ce four, on charge et on étend en couche peu épaisse 500 kilogrammes environ de minerai, et on allume un feu vif dont on a soin de maintenir la flamme très-oxydante. Sous cette influence, le minerai se décompose, Texcès de soufre contenu dans les pyrites brûle en dégageant de Tacide sulfureux, tandis que le chlorure de sodium décomposé réagit sur largent pour le transformer en chlorure. En même temps , Tarsenic et Fantimoine se volatilisent et viennent se 'déposer dans les chambres de condensation à l'état de produits oxydés. On continue l'action du feu jusqu'à ce que Tacide sulfureux cesse de se produire, et Ton arrête aussitôt que le mélange dégage Todeur du chlore, produit par la réaction des composés oxydés sur le sel. L'opération dure six heures environ, et pendant tout ce temps le feu doit être conduit avec précaution, afin d'éviter la fusion de la masse, qui doit se retrouver, comme au commencement, sou^ forme de poudre fine. Cependant comme, après défournement, on retrouve toujours quelques grumeaux, par suite de la fusion du chlorure de sodium, qui se sont agglomérés, on passe à la claie fine, on pulvérise les gros morceaux et Ton soumet ces portions à un nouveau grillage.
La masse elle-même est pulvérisée de nouveau et rendue aussi fine que possible, puis portée à l'amalgamation ; tout l'argent s'y trouve dès lors, soit à l'état de métal, soit à l'état de chlorure.
Amalgamation. — Cette opération s'accomplit dans des tonnes tournantes où le minerai chloruré, préalablement humecté d'eau, se trouve soumis d'abord à l'action décomposante de fragments de fer, puis à l'action dissolvante du mercure.
L'appareil se compose de tonnes D en bois de chêne de 0m,06 d'épaisseur, mesurant 1 mètre sur leur longueur, de même que sur leur plus grand diamètre, et fortement cerclées en fer; ces tonnes sont mobiles autour d'un axe horizontal porté sur deux tourillons ; à leur extrémité est disposée une roue dentée K qui leur communique le mouvement de rotation. Au-dessus de chacune d'elles est disposé im bassin rectangulaire A ouvert à la partie inférieure et se terminant par une manche en toile goudronnée C qui peut en conduire le contenu dans la tonne. Cette manche, relevée et pincée à son extrémité, peut jouer le rôle d'obturateur. Chaque tonne peut verser son contenu dans une auge prismatique qui lui correspond et qui se trouve munie d'un premier canal destiné
MET
au départ de Tamalgame, et d'un second F, qui conduit les boues dans une rigole spéciale G.
L'opération dans ces appareils exige vingt-quatre heures pour être complète; elle est conduite de la manière suivante. Dans chacune des caisses AA, on place 300 kilog. environ de minerai chlo-
Fig. 464 et 465. — Tonnes d'amalgamation.
ruré et 200 litres d'eau ; on laisse le tout en contact pendant vingtquatre heures, en ayant soin de remuer fréquemment à la pelle, pouractiver la dissolution du chlorure d'argent dans le chlorure de sodium; le lendemain, on abat la manche en toile goudronnée, on laisse écouler le contenu de chaque caisse dans la tonne correspondante qu'on bouche et à laquelle on imprime une vitesse de 12 tours par minute; on continue pendant deux heures. Au bout de ce temps, on arrête chaque tonne et on y introduit 30 à 40 kilogrammes de mercure et 40 kilogrammes environ de fer en rondelles de 5 centimètres dediamètre, pesant chacune 500 grammes; la tonne est ensuite bouchée et remise en mouvement. La vitesse
CHAPITRB I. — ARGENT.
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donnée à l'appareil doh être alors de 18 tours à la minute et maintenue pendant vingt heures; au bout de ce temps, Tamalga* mation est complète ; mais Tamalgame, en grains très-fins, est disséminé dans la masse ; pour le réunir, on diminue la vitesse, que l'on réduit à huit tours par minute, et Ton maintient le mouvement pendant deux heures. On débonde alors chaque tonne et on laisse écouler la matière dans les auges prismatiques placées audessous d^elles; là les matières se superposent par ordre de densité; l'amalgame s^accumule au fond, tandis que les boues surnagent; on laisse reposer quelque temps, puis, débouchant les canaux F, on laisse écouler celles-ci dans les rigoles G, tandis qu'on recueille l'amalgame, dont on achève la purification en le lavant à la main dans des baquets en bois.
Compression et distillation.'— A\^ méthode manuelle de compression que nous avons indiquée plus haut, on a substitué dans quelques usines des appareils ingénieux qui mettent les ouvriers à Tabri du contact du mercure. Nous décrirons celui qu'a imaginé M.Tuncker, directeur de l'usine d'Hulgoët (Bretagne). L'amalgame liquide est, dans cet appareil, soumis à l'action d'une presse hydraulique qui force le mercure à filtrer à travers un tampon de bois de hêtre et le renvoie ensuite aux réservoirs. L'appareil se compose de trois cylindres verticaux en fonte communiquant par des tubes de fer que peuvent fermer des robinets. On intro-
Fig. 406.— Appareil de compression employé aux mines d'HuIgoël.
duit l'amalgame par le tuyau e dans le cylindre E, on ferme le robinet e, on ouvre le robinet ef et on laisse la pression s'exercer; l'amalgame remonte par le tube e!^ et vient se déposer dans le cylindre A -, on ferme alors le robinet e'^ on ouvre a et l'on donne par le tuyau a une pression graduée ; sous l'influence
III — DICT. OB CBIMIB INDT7STRIBLLB 13
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de cette pression, le mercure filtre à travers le tampon de hêtre J qui en forme le fond, s'écoule dans l'auge de fonte et de là dans le cylindre F ; on démonte alors le sommet du cylindre A et on enlève l'amalgame solide dont la richesse peut, suivant l'énergie de la pression, s'élever jusqu'à 35 pour 100 d'argent. Quant au mercure recueilU en F, on l'envoie au réservoir par la pression dirigée à travers le tube /*, après avoir fermé les robinets f et/. L'appareil dans lequel on opère le plus habituellement la distillation de l'amalgame produit dans la méthode saxonne of&e avec celui de la méthode américaine la plus grande analogie, n se compose de fourneaux fixes en maçonnerie , dont chacun porte à sa partie inférieure un tiroir A, roulant sur des galets
Fig. 467.— Cloches de distillation de ramalgame d'argent.
et dans lequel est disposée ime chaudière B, cylindrique, en fonte; cette chaudière est remplie d'eau ; en son milieu s'élève une sorte de candélabre D portant des rondelles de fer de grosseur progressivement décroissante; au-dessus de cet appareil se place une cloche allongée mobile I; enfin des portes en fonte F ferment chacim des fourneaux cylindriques. L'usage de cet appareil est facile à comprendre ; après avoir chargé l'amalgame sur les rondelles, et abaissé la cloche, on entretient im feu de charbon dans chaque fourneau, de manière à volatiliser le mercure qui vient se condenser dans la chaudière inférieure que l'on a préalablement à moitié rempUe d'eau.
A l'usine d'Hulgoët (Bretagne), on emploie, d'après M.Rivot, un système de distillation beaucoup plus simple; l'appareil consiste en une cornue en fonte de 60 cent, de longueur, placée horizontalement sur un fourneau construit en brique; le fond et le col de la cornue dépassent les parois ; au col est adapté à frottement un
tube de fer qui conduit les vapeurs mercurielles dans un récipient plein d'eau. On introduit 25 kilogrammes d'amalgame par Textrëmité postérieure dont le fond
Fig. 468.— Cornues employées mobile est ensuite soigneusement
à la distillation de 1 amal • -l i a ^ i xx i^ £c x
game. boulonné et luté; on cnauffe peu à
peu, en continuant tant qu'il se dégage du mercure; on laisse refroidir, puis on démonte le fond pour défoumer les gâteaux d'argent; l'opération complète exige quatre heures environ.
m.— EXTRACTION DE L'ARGENT PAR LA FONTE AVEC DES MATIÈRES PLOMBEDSES.
Ainsi que nous l'avons dit précédemment, cette méthode est appliquée avec avantage dans tous les ateliers où il est facile de faire arriver le combustible et les matières plombeaises. On l'emploie concurrenunent avec les diverses méthodes d'amalgamation sur lesquelles elle présente une grande économie, mais en lui réservant les minerais sulfurés, antimoniés, etc., riches, à cause de la perte de métal précieux qui accompagne sa mise en pratique. Du reste, elle ne nous arrêtera pas longtemps ; en effet, elle présente avec les méthodes décrites à propos du plomb une extrême analogie, et c'est en réalité le traitement d'une galène argentifère que celui que nous avons à décrire.
Les minerais sont d'abord grillés au four à réverbère et à basse température; ils sont ensuite traités dans de petits fours à manche de in», 25 de hauteur environ, munis d'une seule tuyère; comme lits de fusion, on emploie les scories des opérations précédentes, les fonds de coupelle, etc., puis on projette dans le fourneau des lits alternatifs de combustible (charbon de bois) et de minerai. Celui-ci, s'il est plombeux est employé sans aucune addition; sinon, on le mélange préalablement avec une proportion convenable de galène. L'opération est conduite lentement, elle produit du plomb d'cBuvre et des scories dont on rejette la plus grande partie , malgré leur richesse. Ces différentes matières s'écoulent ensemble dans un bassin de réception, où Ton débarrasse mécaniquement le plomb des impuretés qui souillent sa surface. Le métal est ensuite coulé dans des lingotières, et les lingots, portés à la coupellation, sont transformés, à la manière ordinaire, en litharges qui servent à de nouvelles fontes, et en argent.
ASUÉ GIRARD.