I.— MINERAIS D'OR.— GISEMENT ET EXPLOITATION
Parmi les métaux, il n'en est aucun qui, à l'exception du fer, soit disséminé à la surface du globe d'une manière aussi générale que For; mais tandis que le premier, abondant dans tous ses gisements s*y présente sous les formes les plus diverses, Tor, au contraire, se rencontre toujours dans les siens en quantité infiniment petite et y affecte constamment la même forme, c'est-à-dire l'état métallique. Cette rareté même, aussi bien que ses qualités, son éclat, son inaltérabilité, sa malléabilité, sa grande densité, etc., en ont fait, depuis les temps primitifs, le plus précieux de tous les métaux.
C'est au sein de filons de quartz, généralement blancs et purs, que l'or parait avoir été formé; lancé avec cette gangue au sein des terrains granitiques, il s'est disséminé au milieu d'eux en paillettes qui, attestant toujours par leur aspect la fusion qu'elles ont subie, présentant, dans certains cas fort rares, la forme d'octaèdres ou de cubes, ne mesurent généralement que des dimensions très-petites, et constituent ime sorte de sable métallique. Quelquefois cependant, les fragments d'or isolés présentent des dimensions relativement considérables, ce sont alors des pépites dont le poids varie; habituellement ce poids est de quelques grammes, mais on en compte qui pèsent jusqu'à 500 grammes; 19. de Humboldt même parle d'une pépite pesant 12 kilogr., et M. Dumas, d'une autre pesant 50 kilogranmaes.
Ce mode de gisement de l'or n'est cependant point le seul; décomposées par l'action lente des eaux, les roches granitiques dont nous venons de parler se sont, en mainte contrée, réduites en poussière et ont formé des terrains d'aUuvion; entraînées avec les autres éléments de la roche, les paillettes d'or s'y sont grossièrement mélangées, et c'est dans les sables ainsi formés que les mineurs vont,*le plus souvent, les chercher. Les parcelles d'or que l'on rencontre dans le lit de certains fleuves y ont été déposées de cette façon.
Enfin, l'or se trouve quelquefois associé à des pyrites et des galènes qu'on désigne alors sous le nom d'aurifères. Mélangé
intimement aux composés sulfurés que renferment ces pyrites, il y existe sans doute à l'état métallique, quoique Texamen le plus attentif ne permette pas d'y déceler les plus petites paillettes d'or, même à Taide du microscope. Quelques savants cependant, et notamment M. Dumas, admettent que, dans ces pyrites^ l'or est, partiellement au moins, à l'état de sulfure.
L'or natif n'est jamais complètement pur, mais ses impuretés sont en petit nombre, et il n'en est qu'une seule, l'argent, qui s'y rencontre en quantités souvent notables ; les autres, telles que le cuivre et le fer, n'y existent jamais qu'en proportions infini* ment petites. C'est ce que montrent les exemples suivants empruntés aux travaux de MM. Boussingault, Rose, T. H. Henry, etc.
LOCAUTBt. OB. ABOBNT. COITBB. PBB.
Anamaboc (Afrique) 98,06 1,39 0,15 »
Bathurst (Aastralie) 95,68 3.92 » 0,16
Californie 86,57 12,33 0,29- 0,24
Californie 90,42 9,01 0,87 »
Ojas Auchas (Mexique) 84,50 15,50 » »
Oural 70,86 28,30 0,84 »
Silésie •... 98,96 0,16 0.35 »
Trantylyanie 60,49 38,74 0,77 »
Le traitement métallurgique des minerais d'or est naturellement des plus simples ; basé sur la densité considérable de ce métal, il consiste, la plupart du temps, en un simple lavage qui, enlevant les gangues légères, laisse les paillettes d'or comme résidu. S'il s'agit d'un minerai d'alluvion, le traitement a lieu aussi simplement que nous venons de le dire ; s'ils'agit d'une roche, celle-ci est d'abord pulvérisée, puis traitée de la même manière; enfin, si le minerai est pyriteux, un grillage préalable doit venir oxyder la pyrite lourde et la transformer en sulfates et oxydes légers et faciles à entraîner par le lavage. Dans certains cas, lorsque ce traitement ne fournit pas assez rapidement l'or à l'élat de pureté , une amalgamation suivie d'une distillation achève le travail.
Quelquefois enfin, lorsque le minerai est pyriteux et pauvre, le procédé d'amalgamation est appliqué directement à la masse extraite de la mine et pulvérisée ; la matière fine fournie par le lavage des roches aurifères ordinaires est, souvent aussi, soumise à l'amalgamation.
L'extraction de l'or a lieu, de nos jours, en un grand nombre de localités, avec des degrés d'importance extrêmement variables. Il
serait fort difficile de retrouver la trace des pays où l'antiquité a puisé les masses d'or dont elle façonnait ses vases et ses monnaies, et Ton ne saurait aujourd'hui encore dire quelle est la contrée désignée par l'ancien Testament sous le nom de terre d'Ophir. Les ressources de la Grèce et de Rome sont mieux connues, et l'on sait avec quelle ardeur ces deux grandes nations ont exploité l'Italie méridionale, l'Espagne, les bords de l'Indus, etc., et surtout les riches gisements de l'IUyrie; les mines, aujourd'hui encore en activité, de la Transylvanie et de l'Oural leur étaient même connues. Dans les temps modernes, et jusqu'à la découverte du nouveau monde, les faibles quantités d'or introduites dans la circulation européenne eurent, pour la plus grande partie, la même origine; un certain nombre de fleuves de l'Europe, le Danube, le Rhin, le Rhône fournissaient en même temps une faible proportion d'or extraite par le lavage des sables qui forment leur lit.
Les conquérants du nouveau monde changèrent cet état de choses, et le Brésil, le Pérou, le Mexique, etc. , enrichirent l'Europe de masses d'or si considérables que la valeur de ce métal diminua des deux tiers. Enfin, de nos jours, la découverte de minerais d'une abondance et d'une richesse inconnues jusqu'ici, en trois contrées différentes, la Sibérie (1842), la Californie (1847) et l'Australie (1851) causèrent dans la production et la consonunation de Tor une révolution véritable. Les arts et la fabrication de la monnaie en tirèrent un parti considérable, et tout en restant le plus précieux des métaux, l'or vint apporter aux transactions commer* ciales des facilités inattendues.
Devant Tabondance de cette production, un grand nombre de petites exploitations durent céder ; celle, entre autres, des laveurs de sables fluviaux [orpailleurs) disparut» et quelques mines de richesse insignifiante arrêtèrent leurs travaux. Cependant l'or est extrait aujourd'hui dans im grand nombre de localités, dont les plus importantes sont: l'Australie, la Californie, le Mexique, l'Amérique du Nord (monts Apalaches), le Brésil, le Pérou, le Chili, l'Afrique centrale (Eordofan, Sofala), la Sibérie (monts Oural), la Hongrie, le Piémont, etc. Partout, d'ailleurs, les opératiens sont conduites d'après les principes que nous avons exposés en commençant, et dont l'application est partout avantageuse; quelques modifications apportées aux détails de manipulation et aux appareils, établissent seules entre les diverses exploitations des différences peu sensibles.
183 CHAPITBB n.— OR. MET
n.— EXTRACTION DE L'OR PAR LE LAVAGE.