‹ Dictionnaire de chimie industrielleChapitre 96 sur 284 · ALFRED RICHE · texte numérisé non relu

ALFRED RICHE

Le papier normal peut être considéré comme un feutre formé par rentre-croisement des fibres végétales, qui représentent la partie cellulaire des plantes presque pure.

Un tel papier est blanc, il brûle sans laisser pour ainsi dire de résidu ; bouilli avec l'acide chlorhydrique faible, il se divise en parcelles infiniment petites , mais il n'est pas alors sensiblement altéré dans sa constitution chimique. L'acide sulfiirique trèsconcentré le gonfle, le dissout, le saccharifle; le même acide, à un état un peu moindre de concentration, le ramasse sur luimême, le rend corné, et lui donne l'aspect du parchemin; le chlorure de zinc en solution concentrée agit de même. L'acide azotique monohydraté ou le mélange d'acide azotique ordinaire et d'acide sulfurique concentré le pénètre et le rend transparent. Le papier ainsi imprégné d'acide azotique et plongé dans Peau prend l'apparence du parchemin ; il a, par cette action de Tacide, augmenté de poids; l'acide s'est uni à la matière cellulaire, comme il s'unit aux fibres de la ouate dans le fulmicoton ; un long contact avec l'acide azotique transforme le papier en acide oxalique, la dissolution d'oxyde de cuivre dans l'ammoniaque (réactif de Schweizer modifié par M. Péligot), et la solution de chlorure de zinc le dissolvent sans résidu. Les dissolutions alcalines ne le modifient pas, si elles ne sont très-concentrées; à chaud, les hydrates alcalins le détruisent, et les acides oxalique et carbonique prennent naissance. Les solutions aqueuses d'hypochlorites à l'état de concentration et à la température de Tébullition le détruisent complètement; l'eau et l'acide carbonique sont les produits de la réaction : c'est, on le voit, une véritable combustion. L'action des hypochlorites à froid est infiniment moins énergique.

Les huiles, les essences imprègnent le papier et le rendent transparent; la glycérine concentrée fait le même effet, qui est produit d'ailleurs par l'eau elle-même, aidée d'une compression énergique. Cet état, permanent avec les huiles fixes, est éphémère lorsqu'on emploie des huiles volatiles ou de la glycérine, et surtout l'eau. Toutefois les huiles elles-mêmes peuvent être séparées du papier par l'action dissolvante du sulfure de carbone ou par l'action mécanique d'une terre absorbante.

Les papiers du commerce, considérés au point de vue chimique, ne sont pas autre chose que du papier normal plus ou moins impur; ses impuretés sont naturelles ou accidentelles. Ce sont souvent des matières ajoutées à dessein, soit pour rendre le papier propre à des usages spéciaux, soit dans un but d'économie souvent mal entendu. Le papier normal type est ce papier auquel les chimistes ont donné le nom de papier Berzélius, et que Ton fabrique en Suède en suivant les préceptes de ce savant illustre.

Pour le préparer, on emploie les chiffons de toile neuve écrue que Ton blanchit sur le pré, sans chlorure, que Ton réduit en pâte par le pourrissage, aidé du pilonnage. La pâte, aussi divisée que possible, est lessivée avec une forte dissolution de soude caustique, puis lavée à grande eau, mise à macérer avec de Tacide chlorhydrique, enfin lavée avec im soin extrême; Peau employée à ce lavage est une eau de source presque chimiquement pure. Le papier est préparé à la forme, c'est-à-dire que la pâte est délayée dans Peau et rendue homogène par un tamisage , et jetée sur un tamis fin où elle s'égoutte et prend du corps. Les fibres, qui se sont tassées, forment une feuille cohérente qu'on peut détacher facilement du tamis, et qu'on sèche à Pabri de toutes poussières. Je me suis laissé dire que les feuilles mouillées étaient soumises à la gelée, dont Peffet était d'augmenter la porosité du papier.

Cette fabrication, tout exceptionnelle, ne constitue pas une opération industrielle; toutefois les moyens. que l'on emploie sont les mêmes pour toutes les fabriques de papier à la forme, si ce n*est que les soins sont moindres, que les chiffons sont moins beaux, les réactifs moins purs, le lavage moins efficace et' Peau de moindre qualité. Certains fabricants de papier à la forme ont remplacé le pourrissage des chiffons par l'action mécanique, et adopté, pour la préparation des pâtes, les moyens employés par les fabricants qui travaillent à la machine. Cette préparation étant devenue ainsi im travail commun aux deux genres de fabrication, le même matériel de préparation des pâtes est appUcable aux fabriques qui opèrent à la forme et à celles qui emploient la machine.

Il parait que la pâte de papier aurait été préparée originairement avec le coton; les Arabes en auraient fait usage dès Pan 704. Le lin n'aurait été employé que vers le milieu du xrv* siècle, et ce UB serait que de 1760 à 1770 que Schaffer aurait fait voir que le foin, la paille, la sciure de bois, les feuilles pouvaient servir i

faire du papier. Berzélius, à qui j'emprunte ces renseignements, ajoute que ce ne fut que plus tard qu'on apprit à faire du papier avec les feuilles de pin et de sapin, et d'autres subtances analogues. Toutes ces matières premières, en y comprenant le sparte, la paille de colza, le foin, etc., deviennent de jour en jour Tobjet de grand nombre de brevets; Tengouement périodique exagéré qui les a encore cette fois remis en lumière cessera à mesure que le prix des chiffons baissera.

Quelle que soit la matière première employée, la pâte qui en provient doit présenter les caractères suivants : être de fibre aussi longue, aussi fine, aussi pure que possible, blanche ou d^une couleur homogène. Voici par quels moyens on arrive à la préparer.

Sous le nom de i)àte de chiffons, je comprends seulement celle qui provient des chiffons proprement dits, neufs ou vieux, des déchets de filatures, des filets hors de service, des vieux cordages, etc.

La première oj[>ération consiste dans le triage, qui est souvent fait par le marchand lui-même ; puis vient le délissage, opération spéciale aux vieux chiffons et qui consiste à séparer les coutures, les boutons, en un mot, les parties plus dures à attaquer de celles qui s'attaquent plus facilement. On comprend toute l'importance de cette manutention. En effet, les agents chimiques n'étant pas sans action sur les fibres des chiffons, il arriverait que pour atteindre les parties dures à blanchir, il faudrait dépasser le but sur les autres, et perdre ainsi inutilement du temps et des réactifs aux dépens de la qualité du produit. Le délissage se fait à la main ; une ouvrière se tient debout ou est assise devant un long couteau rigide implanté verticalement. Elle prend à la main les chiffons, un à im, et, au moyen de ce couteau, elle opère son travail de découpage en même temps qu'elle fait un triage plus parfait, au moyen de paniers rangés à ses côtés.

Les chiffons délissés et assortis sont livrés aux opérations du lessivage et du blanchiment ; toutefois il est d'une bonne pratique de faire précéder ces deux opérations d un lavage à l'eau avec agitation.

J'ai vu procéder ainsi dans quelques usines (on n'opère pas autrement lorsqu'il s^agit du blanchissage du linge), et je crois ce mode préférable aii battage mécanique des chiffons, préalablement au lessivage. Ce que l'eau enlève est toujours autant de parti et n'use pas de réactifs. Ce lavage à l'eau pourrait d'ailleurs être effectué presque sans main-d'œuvre.

Le lessivage se fait pour les chiffons au moyen du sel de soude,

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exactement comme pour le linge. Certains fabricants se seryent de soude fabriquée à Tétat caustique, que l'Angleterre nous livre aujourd'hui à très-bon marché ; leur raison est que Taction de l'alcali libre est bien plus énergique que celle du carbonate^

On emploie souvent la chaux comme agent de lessivage : la chaux est un excellent agent lorsqu'il s'agit de chiffons de couleur, de chiffons bleus principalement, qu'il faut décolorer; mais lorsqu'on veut attaquer la matière colorée de Técru ou enlever la malpropreté rendue adhérente par des substances grasses ou résineuses, le choix de la chaux n'a aucune raison* La chaux, en effet, est peu soluble, elle est moins solubleà chaud qu'à froid; une minime partie de ce qu'on emploie sert mal, le reste est inerte. Gela est tellement vrai que déjà certains fabricants n'emploient qu'une quantité très-minime de chaux, et qu'un certain nombre ont abandonné complètement l'usage de ce réactif. Je crois, quant à moi, que l'emploi de la chaux a sa raison d'être, mais ce n'est pas par son action directe ; c'est, au contraire, par son action combinée à celle de la soude. Je pense que le meilleur mode à adopter serait d'employer la même soude aux lavages de plusieurs quaUtés de chiffons. Commençant par les plus beaux, finissant par les moindres, cet emploi méthodique utiliserait le mieux possible l'alcali; on pourrait alors faire concourir la chaux pour aviver jusqu'à un certain point la soude qui a servi. BerthoUet a proposé ce moyen dans son beau mémoire 8iur le blanchiment, où tout a été dit sur cet important sujet.

Les appareils dans lesquels se fait le lessivage sont de deux natures : les uns sont fixes, les autres mobiles. Dans les appareils fixes, le chiffon est stratifié et aspergé de lessive ou de lait de chaux à mesure qu'on l'empile. De la vapeur introduite dans cette masse de chiffons humides élève la température de leau, et, le temps aidant, laction de l'alcali est aussi complète que possible,

Les appareils mobiles (système Planche et Rieder) sont cylindriques ou sphériques ; ils tournent sur eux-mêmes comme les brûloirs à café ; les chiffons qui y sont renfermés avec la lessive sont, par le mouvement, jetés pêle-mêle les ims sur les autres. Ce mouvement aide au nettoyage. L'action de la vapeur est plus énergique avec ces vases fermés que dans le système pré* cèdent, attendu que la vapeur peut être surchauffée. Ces appareils expédient la besogne très-vite ; ils sont à recommander pour les chiffons rebelles, dont la malpropreté est adhérente) et pour

ceux dont il s'agit de détruire la couleur par le lessivage. Dans les cas ordinaires, les premiers sont préférables; ils sont moins coûteux, plus faciles à servir, à enlrelenir; le travail est plus simple; avec le temps convenable, il est aussi parfait. Chaque établissement est juge du choix de ses appareils lessiveurs ; ce choix dépend de la nature des chiffons et surtout du capital roulant. Dans quelques usines, le lessivage, lorsqu'il s'applique à des chiffons bleus, s'opère de manière que l'indigo puisse être régénéré.

Le chijOTon lessivé est soumis à \me première opération de déchiquetage. On l'introduit dans des piles défileiLses; il est réduit en charpie ; et comme cette opération se fait au sein de l'eau, sans cesse renouvelée, le rinçage se poursuit en même temps que le déchiquetage s'opère.

Le chiffon ainsi déchiqueté prend le nom de défilé ou demi-pdte, ce n'est pas de la pâte achevée ; il reste à le blanchir et à le surdiviser.

Pour blanchir le chififon, deux procédés sont indiqués : le blanchiment au gaz et le blanchiment liquide. L'un et Tautre sont basés sur remploi du chlore. Pour le premier, on se sert du gaz chlore; pour le second, on a recours au chlorure de chaux.

Veut-on blanchir au gaz; on comprime le chiffon défilé et on en fait une sorte de carton que l'on dispose dans des caisses en pierre ou, à la rigueur, en bois, enduites d'un vernis pouvant résister à l'action du chlore, de manière à ce que les feuilles enroulées laissent \m libre parcours au gaz. Lorsque les caisses sont garnies, on y dirige le chlore, produit par l'action de l'acide chlorhydrique sur le bioxyde de manganèse. Les quantités de bioxyde de manganèse sont déterminées en raison de la nature des chiffons. Le temps de contact enseigné par la pratique est assez long pour que le chlore soit en entier converti en acide chlor hydrique* Alors les caisses sont ouvertes, la pâte blanche en est retirée et placée dans des dépôts de pâtes, où elle reste en contact avec le peu de chlore qu'elle retient et qui achève son action.

Le blanchiment liquide s'effectue au moyen d'une dissolution de chlorure de chaux qu'on ajoute dans les piles. L'acide carbonique de l'air se dissout dans l'eau, et déplace peu à peu l'acide hypochloreux, qui est la substance blanchissante.

Cette opération, lorsqu'elle s'effectue sur des chiffons simplement lessivés, est lente ; il est possible de l'accélérer, ainsi que l'ont appris MM. Didot et Barruel, par l'addition de l'acide carbonique produit par la combustion du charbon. On peut obtenir

cet acide en grande quantité, en suivant la méthode pratiquée dans l'usine de blanc de plomb de Tours, par la calcination de la pierre à chaux jetée à nu dans un fourneau avec des fragments de charbon. Le gaz est, par une pompe, refoulé dans les piles à blanchir, où il est absorbé, et se porte sur l'hypochlorite. Cette manœuvre, toute simple, présente toutefois im danger qu'il est bon de signaler et qui est inhérent à l'emploi de l'acide carbonique lorsqu'il est produit en trop grande abondance. Ce gaz, on le sait, est le plus dense de tous, et il est irrespirable; il est toujours à craindre que par suite de l'oubli de quelque précaution, il ne s'accumule dans une caisse vide ou dans quelque basfond, et qu'un ouvrier ne puisse se trouver engagé dans un milieu asphyxiant.

Un lavage prolongé enlève les dernières traces de chlorure. On reconnaît que ce lavage est complet, lorsque l'eau de la pile ne produit plus de coloration bleue, avec une dissolution d'iodure de potassium à laquelle on a ajouté un peu d'empois d'amidon.

Lorsque les chiffons ont été blanchis au chlore, on leur fait souvent subir un second blanchiment au chlorure. Dans ce cas, il n'est pas à propos de faire intervenir l'acide carbonique, attendu que Facide chlorhydrique, formé par l'action du chlore, et l'acide carbonique , produit par la réaction, et qui imprègnent les pâtes, sufl&sent pour déplacer l'acide hypochloreux.

Cette opération du blanchiment, soit au gaz, soit au chlorure, se fait à peu près bien dans toutes les usines. Le temps n'est plus où les ouvriers étaient asphyxiés en allant ouvrir les caisses à blanchiment, où la pâte sortant des piles était pénétrée de chlorure que le papier retenait. Dans ce temps-là, M. Dumas montrait, dans son cours de chimie, im livre fabriqué avec du papier mal lavé. Ce papier était brûlé à un tel point que le livre put être rompu sans un grand effort. Frappé de ce résultat, j'imaginai d'ajouter à la pâte de papier un réactif capable d'annihiler le chlore : le sulfite ou l'hyposulûte de soude ; je mis ainsi le papier à l'abri d'une destruction ultérieure. La fabrication adopta ce moyen, et donna aux réactifs proposés, principalement au sulfite de soude, le nom d^anticMore. Cette invention parait avoir sa raison d'être, et pourtant je me la reproche comme une faute d'économie. En effet, il y avait là emploi d'une richesse pour combattre le mauvais effet d'un gaspillage. Le mieux était d'em* ployer le chlore avec discernement, de le laisser agir pendant im temps suffisant, d'enlever l'acide chlorhydrique par un lavage

parfait. C'est ce que surent faire MM. Godin, de Huy (Belgique), qui, pour moi, sont les maîtres en papeterie.

Lorsque le chiffon a été délissé, lavé, lessivé, rincé, effiloché, blanchi, mis en pâte, soit par une meule verticale, soit par des meules horizontales, soit par des piles rafflneuses, il est prêt à employer, prêt à être versé sur la toile de la machine. On obtient ainsi du papier de chiffon sans colle, blanc et pur. Je n'ai pas à indiquer ici les détails de la confection de la feuille de papier, je dirai seulement quels sont les substituts du chiffon, quelles substances on emploie pour améliorer la pâte et pour la falsifier, et aussi par quels moyens on colle et on colore le papier.

Les chiffons, s'ils étaient aujourd'hui la seule matière employée à la fabrication du papier, ne suffiraient pas à la consommation, encore bien qu'ils soient ramassés avec plus de soins que jamais. Les cordes et cordages, les filets de pèche, les déchets de filature donnent d'excellents produits. Les cordes sont coupées à la cisaille; si elles sont saines, elles entrent dans les papiers de bonne qualité, auxquels elles donnent du nerf. Les filets de pèche sont employés pour les papiers à papillotes : ceux qui sont passés au sel de fer donnent le papier des brunes; les autres produisent le papier des blondes. Les déchets de filature, lorsqu'ils sont soignés, constituent une bonne et solide matière.

Les déchets de sparterie, (juoique plus difficiles à traiter, sont facilement utihsables par les procédés ordinaires; le foin, la paille, le bois, l'alpha en herbe sont les matières premières auxquelles on s'est arrêté pour suppléer au chiffon. La paille est surtout employée ; elle est coupée au hache-paiile et contuse. S'il s'agit de papier commun à enveloppes, où la paille agit seulement conmoie gamitwre ou remplissage, il n'y a aucune autre préparation à lui faire subir que la division mécanique. Si, au contraire, celle-ci doit entrer connue pâte dans la composition du papier blanc, il convient de la blanchir. On a proposé de faire précéder cette opération d'une infusion à Teau acidulée, dans le but de saccharifier les matières amylacées ou cellulaires de peu de cohésion, et d'obtenir ainsi de l'alcool. Cette opération préliminaire a été tentée sur le foin, mais je ne sache pas quelle ait été continuée. Le procédé de lessivage consiste à faire agir sur la paille un alcali caustique en solution concentrée, puis à laver et à traiter par le chlore ou le chlorure de chaux. Au moyen de ce traitement alternatif répété plusieurs fois, les fibres de la paille subissent un blanchiment parfait, et constituent une excel-

lente matière qui peut venir en aide au chiffon, quand la paille est abondante et que le chiifon est cher, mais sur laquelle il ne faut pas compter d'une manière absolue. La paille de colza est plus accessible, par son prix, que la paille de céréales ; mais son déchet est plus considérable et son rendement est moindre; il en serait sans doute ainsi de la paille de sarrasin qu'on pourrait se procurer abondamment en Normandie et en Bretagne.

D'autres matières sont ou pourraient être utihsées, comme les feuilles, les ajoncs, les roseaux, les aiguilles de pin (laine des forêts); celles-ci donnent même une très-belle matière, ai longue qu'on peut la filer.

Le bois dont le cours est à peu près normal, surtout quand on s'adresse à certaines essences, parait devoir être employé à une fabrication régulière, quel que soit le prix des chiffons. Il y a deux manières de préparer cette matière première. On peut remployer comme fibre ou comme garnissage. Les efforts tentés dans le premier sens n'ont, jusqu'à aujourd'hui, abouti à rien de définitif. Le procédé consiste à peler et à couper le bois en petits rondins, qu'on fend, qu'on écorce et que Ton soumet pendant un temps très-long à l'action de l'acide chlorhydrique faible. Il parait bien que, dans cotte circonstance, les matières incrustantes se saccharifient, tandis que la cellulose reste intacte, que Ton obtient du glucose et des fibres encore agglomérées, que, par friction et pression, on peut réduire en pâte. Le rendement en sucre, et conséquemment en alcool, est d'autant plus considérable que le bois est plus dur. Le blanchiment de la pâte de bois ainsi obtenu est ime des difficultés les plus sérieuses a l'emploi de cette matière. On l'obtient en suivant les préceptes de Berthollet, et employant altemalivement les lessives et le blanchiment gazeux; mais je crois que l'opération est coûteuse, encore bien qu'on régénère, jusqu'à un certain point, les lessives par l'action de la chaux caustique. Cette production une fois bien régularisée, la pâte de bois, même employée seule, donnerait des résultats excellents ; elle peut être, en effet, obtenue très-longue* J'en ai vu qui pouvait être tissée; mais c'était, je pense, un accident de fabrication.

Le plus souvent on ne demande au bois qu'une fibre courte qui est plutôt du remplissage que de la pâte, à proprement parler, et qu'on ne saurait employer seule. Les bois d'essence blanche sont les meilleurs pour cet usage ; on les emploie tels quels, sans blanchiment; les rondins sont épluchés, coupés de longueur,

débarrassés de leurs nœuds par la gouje et livrés aux machines qm les divisent. Dans la machine Wolter, la plus simple, le bois est logé dans des cases placées autour et à la partie supérieure d'une meule verticale, et comprimé fortement contre cette meule, dont la surface est parallèle aux fibres de bois. Une pression énergique exerce une action contondante sur les parties Ugneuses; la mexûe les détache, les émiette; un courant d'eau les entraine. La pâte brute est tamisée ; les portions trop grossières subissent un second broyage à la meule. £nûn la pâte est facilement égouttée et livrée à la fabrique, où elle entre dans la composition du papier.

A ces matières premièreside la confection du papier, il convient de joindre les cassés. On appelle ainsi les rognures et déchets de papier qu'il faut assortir autant que possible, en raison de la couleur, pour les faire servir. Les vieux papiers blancs pour le papier blanc; les imprimés, pour les gris à enveloppes et autres.

Les produits que je vais citer maintenant et qui entrent dans la fabrication du papier, ne sauraient être considérés comme composant la pâte ; ce sont des apprêts destinés à donner au papier de Fapparence et du poids. Dans certains cas, l'emploi de ces matières accessoires est légitime, quelquefois même il est intelligent : Fabus seul constitue la fraude.

C'est ainsi qu'on a fait un abus détestable, en les faisant servir à donner un poids considérable à certains papiero d enveloppes; il en est qui chargent la marchandise de 5 à 10 pour 100, et plus* Pour obtenir une densité plus considérable, on ne s'est même pas arrêté devant l'emploi de matières vénéneuses (comme le sulfate de plomb), qui ont le mérite d'être très-lourdes.

Pour la confection du papier, toutes les matières blanches ont été proposées; on s'est surtout attaché à celles-ci : la fécule, le kaolin, le sulfate de chaux. On reconnaît la première, â ce que le papier est colorable en bleu par Tiode. Le kaolin, le sulfate de chaux restent à l'état de cendres quand on brûle le papier : le dernier est soluble dans l'acide chlorhydrique concentré, sa dissolution, très-étendue d'eau, précipite les sels de baryte; le premier ne présente pas ces caractères. La fécule donne au papier du brillant et du craquant; les deux autres matières donnent de l'opacité et surtout du poids.

Le mélange de ces matières ne se fait guère que pour les papiers ooUés. On appelle ainsi les papiers rendus imperméables, et sur lesquels od peut écrire sans que l'encre pénètre dans la

masse. 11 y a deux modes de collage du papier. On colle le papier tout fabriqué , ou bien on ajoute la matière collante à la pâte elle-même : le premier mode est le collage à la feuille, le second est le collage à la cuve.

Le collage à la feuille se fait soit à la main, soit à la machine : il consiste à immerger la feuille de papier limitée ou sans fin dans un bain de colle, contenant pour 3 de colle sèche 1 d'alun^ et à laisser sécher graduellement la feuille ainsi imbibée. Sous Faction d^une dessiccation convenablement ménagée, Peau chargée de colle s'évapore à la surface, et la couche 8*en renouvelant par capillarité, il arrive enfin que la colle sèche forme de chaque côté du papier une épaisseur, tandis que le cœur de la feuille en est presque dépourvu. Ce résultat important n'est obtenu qu'à la condition d'une dessiccation lente, autrement la répartition de la colle est à peu près uniforme dans le ijapier, et le résultat est nul, à moins que la quantité de colle ne soit considérable, et le papier est, dans ce cas, dur à ne pouvoir remployer. Le caractère du papier collé ainsi superficiellement est de devenir buvard lorsque, par Faction du grattoir, on en enlève la fleur (les couches superficielles), ce qui a lieu lorsqu'on veut faire disparaître une tache ou un mot mal écrit. Le remède à cet inconvénient consiste à verser sur la partie écorchée de la poudre de sandaraque (résine) , que, par le frottement, on rend adhérente aux filaments du papier. Cette poussière légère n'est pas mouillée par l'eau, elle sous-tend Tencre, et celle-ci peut sécher sans pénétrer dans la feuille de papier.

Cette opération, bien connue des écrivains, méditée par le génie de Montgolfier, a donné naissance au procédé de collage dans la cuve, et qui consiste à oindre de résine chacun des filaments destinés à former la feuille de papier. Pour cela, on amène la résine à l'état de savon résineux soluble que l'on répartit dans la pâte^ et on opère la précipitation par l'addition d'une quantité d'alun ou de sulfate d'alumine, formant ainsi un résinate d'alumine qui jouit des mêmes propriétés que la résine elle-même.

La résine adoptée par les papetiers est le brai sec ou colophane (primitivement on a employé la cire). Le dissolvant est le carbonate de soude. Les proportions sont 2 de résine pour 1 de carbonate, si on emploie les cristaux, ou l'équivalent, d'après le degré, si on emploie le sel de soude; c'est à cette dissolution claire et limpide, afTaiblié par l'addition de l'eau, qu*on ajoute la fécule et, s'il y a lieu, les matières que l'on veut introduire

dans le papier. On chauffe, la fécule se gonfle, épaissit le liquide et aide ainsi à maintenir le mélange homogène. La colle préparée est versée dans la pile, sur la pâte à papier. Lorsqu'on suppose qu'elle est imiformément répartie, on ajoute, dans la pile, la dissolution d'alun, en quantité calculée pour la soude que renferme le résinate. Le papier est ensuite fabriqué comme il a été dit; il sort de la machine tout collé, et différent du papier collé à la ferdUe en ce que, la colle étant répartie dans sa masse^ on peut gratter la surface, sans pour cela rendre le papier perméable : on évite ainsi l'emploi de la sandaraque.

D'autres matières sont ou peuvent être ajoutées à la pâte du I)apier sans colle ou collé, ce sont les matières colorées, et le bleu pour azur. Les couleurs employées sont le jaune de chrome, le bleu de Prusse et les laques de bois, que l'on peut produire par double décomposition, dans la pile elle-même.

Le bleu pour azur est généralement l'outremer ; l'addition de cette couleur a pour objet de rehausser le blanc du papier. Trois conditions sont essentielles à observer pour le fabricant attentif. Le bleu doit être riche, solide et de teinte convenable. Sa richesse n'est pas toujours en raison de son prix. Il convient d'essayer le bleu qu'on achète. On l'apprécie, en le dégradant, avec du sulfate de baryte artificiel, comparativement avec \m bleu type, de même nuance, dont la pratique a démontré le rendement : plus il faut de blanc pour arriver à la teinte adoptée, plus le bleu est riche. Il y a des outremers qui ne supportent pas la plus petite acidité; il en est qui résistent à un liquide vrai- Qient acide. Aussi, tout en ayant soin de ne pas laisser d'acide Jlans la pâte, convient-il d'essayer l'outremer à ce point de vue. Enfin la nuance de l'outremer doit être choisie, et, s'il y a lieu, corrigée par addition d'autres couleurs, en raison de la nuance que doit avoir le papier sec, de manière que la couleur de l'outremer soit précisément la complémentaire de la couleur de la feuille sèche. Le tableau chromatique de M. Chevreul, publié par Digeon, est un guide infailUble pour obtenir ce résultat.

Telles sont les diverses notions qui résument la partie chimique de la fabrication du papier. Je regrette que ce cadre trop restreint ne m'ait pas permis tous les développements nécessaires.

BARRESWIL.

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