I. — FIBRES TEXTILES
Elles se divisent en trois groupes, caractérisés par leur origine, leur composition chimique et leurs aptitudes spéciales à absorber et à fixer les diverses couleurs.
Le premier groupe renferme les fibres minérales, pour lesquelles nous n’avons à citer que l’amiante ou asbeste. Au point de vue tinctorial, son importance est nulle. Bien que l’on ait utilisé cette substanco. filamenteuse, assez abondante dans certaines localités, pour tisser des étoffes incombustibles, elle ne se prête que très-mal aux opérations de la teinture et de l’impression, et, à notre connaissance, aucun effort sérieux n’a été tenté dans cette voie.
Le deuxième groupe comprend les fibres d’origine végétale. Leur nombre est assez considérable. Les plus importantes sont le coton, le chanvre, le lin, le phormium tenax,etc. Lorsque ces fibres ont été débarrassées par les opérations du blanchiment, des matières incrustantes et colorantes qui les accompagnent naturellement, elles représentent do la cellulose à peu près pure, sous diverses formes organisées. Aussi le microscope permet-il seul de les distinguer entro elles avec certitude.
La fibre du coton mûr est une tige irrégulière en partie tordue, ayant environ — de millimètre dans son plus crand diamètre. En considérant un
filament de coton d’Amérique de qualité ordinairl et de 32 millimètres de long, une corde de 3,5 millimètres de diamètre et de 4 mètres de long donnera une idée de ses dimensions relatives. Vers l’extrémité opposée à la graine, son épaisseur diminue graduellement, à peu près de 1/5 de son diamètre, puis sa forme reste cylindrique et droite. Au microscope, les parois de ces tubes ne montrent aucune espèce d’ouverture que l’on puisse prendre pour des passages latérau j
bien qu’elles se laissent très-facilement pénétrer par les fluides.
On voit que les filaments de coton mûr séchés offrent l’apparence de rubans irréguliers, tordus sur eux-mêmes, dont la surface est marquée de stries ou de points noirs; les parties plates sont transparentes, et, de chaque côté, il y a une lisière semblable à un ourlet (lig. 721).
Le chanvre, au contraire, présente des tubes creux, cylindriques, rigides, ouverts par les deux bouts, à surface lisse, avec des intersections opaques ou des nœuds accompagnés de filaments. Le diamètre de ces tubes est de ^ à de millimètre.
Les filaments du lin se rapprochent de ceux du chanvre par leur aspect général; cependant leur diamètre n’est que de ^ tv ^ de millimètre, et do plus les nœuds on cloisons sont dépourvus de filaments.
Lorsque les filaments naturels ont été amenés par le travail des manufactures il l’état de fils fins et retors, les caractères spécifiques dus 5 la forme peuvent en partie disparaître et la détermination microscopique devient difficile.
D’après M. Vétiilart, on peut encore arriver dans ce cas à distinguer la nature du la fibre en faisant intervenir sous le microscope l’iode, en présence do l’acide sulfurique étendu d’eau ou de glycérine. On observe le filament dans sa longueur et
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suivant une coupe perpendiculaire à l’axe, obtenue au moyen du rasoir appliqué sur un faisceau de fibros maintenu rigide au moyen d’un enduit gommeux desséché.
Le réactif se prépare avec 100 p. d’eau distillée,! p. d’ioduro de potassium et un peu d’iode. Après avoir imbibé la fibre de cette solution et enlevé l’excès do réactif par du papier buvard, on mouille sur le porte-objet avec l’acide sulfurique étendu ou la glycérine.
On trouve ainsi que pour le lin les filaments sont formés de fibres réunies en faisceau, longues de 1 à 0 centimètres, pointues à leurs extrémités, d’un diamètre uniforme, avec un canal très-fin au centre. L’iode et l’acide sulfurique les colorent en bleu ou en lie de vin, le canal se colore en jaune. Les coupes offrent l’apparence de polygones correspondant aux diverses fibrilles, et se colorent en bleu au pourtour et en jaune au centre. Les fibres du chanvre sont fortement agrégées, chacune est enveloppée d’une matière mince se colorant en jaune par l’iode. Les coupes transversales offrent l’apparence de fibres enchevêtrées, trèsadhérentes; chaque fibre se colore en jaune près du bord, le reste en bleu, sans canal central jaune.
Pour le coton, ou n’observe que des fibres isolées; leur coupe transversale est colorée en bleu avec des taches jaunes extérieurement et intérieurement.
Fig. 722. — Colon non mûr.
Outre ces méthodes d’investigation, fondées sur la constitution morphologique des fibres, divers auteurs en ont proposé d’autres reposant sur l’emploi de réactifs chimiques. Les réactions diverses licnncnt alors surtout à la présence persistante de matières incrustantes, dont il est difficile de débarrasser certaines fibres.
L'identité de composition chimique commune116 aux fibres végétales des aptitudes trèsvoisines dans leur manière d’être vis-à-vis des
matièros colorantes; aussi les procédés de teinture et de fixation des couleurs sont-ils très-rapprocliés. On conçoit néanmoins que l’état d’agrégation de la cellulose, la forme des filaments, l’épaisseur des parois, l’existence ou la non-existence d’un canal central, le diamètre de ce canal, etc., peuvent amener sous ce rapport des différences très-sensibles d’une espèce de fibre à l’autre, voire même dans une mémo espèce.
Ainsi les étoffes tissées avec certains cotons offrent souvent après la teinture ou l’impression des couleurs, telles que les garancées, des points restés blancs donnant une apparence pointillée désagréable, et qui altère notablement la beauté de la couleur. On a reconnu que cet accident de fabrication était provoqué par la présence dans les fils complexes, dont l’enchevêtrement forme le tissu, de fibres impropres à la fixation de certaines couleurs. On a donné à cette variété de fibres le nom de coton mort. Le coton qui résiste à la teinture a été étudié par Walter Crum {Bull, de la Soc. indust.de Mulhouse, sept. 1864J. Cet éminent industriel a reconnu qu’il était formé de lames remarquablement fines et transparentes, dont quelques-unes étaient si transparentes, qu’elles en devenaient presque invisibles, excepté aux bords. On les distingue des fibres ordinaires par leur aplatissement complet sans indice de cavités, même aux côtés. Elles sont plus larges que la fibre ordinaire et offrent un grand nombre de plis longitudinaux et transversaux. La nature de ces fibres est attribuée par M. Walter Crum à un défaut de maturité. Ainsi dans les capsules sèches de coton à différents degrés de maturité, on en trouve d’autant moins que la maturation est plus avancée.
La figure 722 représente les filaments de coton non mûr. John Mercer a découvert, en 1850, l’action remarquable exercée par les dissolutions alcalines concentrées sur les tissus de coton, de chanvre et de lin. Sous l’influence de
Fig. 723. — Différents aspects du coton mûr et non mû» morcérisé ou non. — Coupes transversales.
lessives froides de soude caustique de 1,3 à U de densité, les tissus se contractent, et leurs dimensions en longueur et en largeur se ré- I trécissent très-notablement, en même temps que
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l’épa'wseur augmente. Sous cette influence, la fibre s’arrondit et se gonfle comme le montre la figure 723. Cet effet se fait sentir pour le coton demi-mûr, mais il est insensible pour le coton non mûr.
Il est à remarquer que les tissus ainsi mercerisés, comme on a l’habitude de le dire, se teignent plus facilement, en prenant des couleurs plus vives et plus foncées que le même tissu non traité. Ce fait a une certaine importance pour la teinture et l’impresion des tissus de lin et de chanvre, qui prennent moins bien les couleurs que ceux du coton.
Les propriétés chimiques de la cellulose ont été décrites dans un article spécial (voyez Cellulose) ; nous rappellerons seulement ici que les fibres végétales résistent bien, dans certaines limites , à l’action d’agents chimiques assez énergiques et notamment des alcalis, de beaucoup de sels métalliques et des acides étendus, pourvu qu’avec ces derniers on ne fasse pas intervenir l’action de la chaleur. En effet, M. Crace Calvert a démontré que les fibres végétales subissent un affaiblissement notable sous l’influence des acides même végétaux (oxalique et tartriquo)et de la vapeur d’eau. Ce phénomène trouve une explication rationnelle, depuis ue M. A. Girard a démontré ( Compt . rend, de Acad, des sc .) que la cellulose peut s’hydrater sous l’influence des acides, sans devenir pour cela soluble dans l’eau, en se convertissant en hydrocellulose.
Le chlore et les oxydants un peu énergiques agissent d’une manière destructive sur la fibre: aussi n’est-ce qu’après de longs tâtonnements que l’on est arrivé â l’emploi industriel du noir d’aniline, qui exige l’impression d’une couleur contenant du chlorate de potasse et un acide.
Le troisième groupe comprend les fibres animales, dont los deux plus importantes, au point de vuo de la teinture et de l’impression, sont la laine et la soie. Ces deux variétés se rapprochent non-seulement par leur origine, mais encore par leur constitution chimique. Elles sont azotées toutes deux et appartiennent à la classe des substances protéiques. Elles se rapprochent par une grande analogie de constitution.
La laine et la soie soumises à l’action de la baryte hydratée à 150° s’hydratent en fournissant les mêmes, ou â peu près les mêmes, dérivés amidés.
Les produits de l’hydratation sont des deux côtés: ammoniaque, acides oxalique et carbonique dans les rapports exigés par la décomposition de l’urée etdol’oxamido, acide acétique très-peu, acides amidés de la série saturée
CMIïn+iAzO*,
avec n = 2, 3, 4, formant la masse dominante. Acides amidés de la série non saturée,
CnHSn 1 AzO!,
n étant un nombre faible. La différence de composition la plus importante entre la laine et la soie réside dans la présence d’assez fortes proportions do soufre (3,4, à 1,3 °/0), contenues dans la laine et manquant dans la soie.
C’est surtout dans l’état physique des fibres, leur forme et leur éclat, qu’il faut chercher la cause des différences notables que l’on remarquo entre les fils et les tissus ouvrés avec les deux produits. Mais on comprend aussi que l’identité presque complète de constitution chimique doit rapprocher les deux corps, au point de vue de aptitude â fixer certaines classes de matières Colorantes. C’est ce que l’expérience justifie pleinement. Pour plus de détails sur ces deux fibres, »oir les articles Laine, Soie et Blanchiment.