FORMATION DE LA TERRE ARABLE
Les roches ignées ou sédimentaires qui forment l’écorce solide du globe, se sont altérées sur place, ou ont été recouvertes par des alluvions récentes ; aussi distingue-t-on dans les terres arables celles qui proviennent de la désagrégation de la roche sous-jacente de celles qui proviennent de terres de transport.
I. Décomposition des roches sdr place. — Quelques corps portés à une température élevée, puis refroidis brusquement, ont une certaine tendance à se briser en fragments; tous les corps vitreux sont dans ce cas, et il est possible que certaines roches doivent leur propriété de s’exfolier à la rapidité avec laquelle elles se sont refroidies après leur arrivée à la surface du globe.
La force expansive que manifeste l’eau au moment où elle se congèle, favorise singulièrement l’exfoliation des roches; cette action s’exerce sur les roches très-dures et a fortiori sur les masses sédimentaires beaucoup plus tendres. Darwin rapporte que, dans ses voyages aux Andes et à la Terre-de-Feu, il a observé que partout où les roches étaient couvertes de neige pendant une partie de l'année, elles étaient brisées en petits fragments de forme anguleuse. Scoresby observa le même phénomène au Spitzberg.
Action de l'oxygène et de l'acide carbonique sur les roches. — A ces actions purement mécaniques s’ajoute, au reste, l’influence de l’oxygène et de l’acide carbonique sur des roches complexes renfermant des alcalis ou dos éléments incomplètement oxydés. On sait que les combustions qui se produisent spontanément dans certaines roches les métamorphosent rapidement: les argiles mélangées de pyrite blanche se brûlent lentement à l’air; il se forme du sulfate de fer, du sulfate d’alumine, et il reste un produit pulvérulent riche en oxyde de fer, employé comme amendement, sous le nom de cendres de Picardie. On conçoit do même que l’oxygène, en se fixant sur le protoxyde de fer d’un labrador ou d’une amphibole, les altère profondément et amène leur désagrégation.
L’action de l’acide carbonique s’exerce plus fréquemment que celle de l'oxygène, et nous allons l'étudier avec d’autant plus do soin qu’elle a été une des causes les plus actives de la formation des argiles. .
Bien que des travaux importants aient été faits par Berthier sur la transformation du feldspath en kaolin, ce n’est que depuis les mémoires publiés par Ebelmen, en 1846 et 1848, dans les
Annales des mines, qu’on a bien compris le mode de formation des masses argileuses si répandues à la surface du globe. On croyait, avant ces recherches, que le silicate de potasse du feldspath était soluble dans l’eau et pouvait s’en séparer peu à peu. Ebelmen attribua surtout la décomposition des roches à l’influence de l’acide carbonique en dissolution dans l’eau.
La perte que subissent les feldspaths, les basaltes et les trapps porte surtout sur la silice et
la puiasau. ,
Les analyses suivantes indiquent, au reste, les différences de composition que présentent les roches normales et les produits de leur alté-
ration :
Feldspath.
Kaolin.
Composition du kaolin rapportée 5 18,4 d’alumino.
Silice
Alumine
Potasse
Eau
Perte
Basalte.
Bosalto
altéré.
Composition lu basalte altéré rapportée 513,2 d’alumine.
Acide silicique
Alumine
Chaux
Magnésie
Sesquioxyde de fer. .
Alcalis
Eau
Perte
Dopuis Ebelmen, plusieurs observateurs ont confirmé les faits précédents. 11 existe on divers points de l’Erzgebirge du basalte transformé en argile sur 20 centimètres de profondeur; l’analyse indique que la perte a porté surtout sur la silice, la chaux, la magnésie, la potasse et la soude.
Des analyses de trapps à l’état normal et ayant subi de profondes altérations, insérées par Ebelmen dans ses mémoires, démontrent encore que toutes les roches ignées renfermant de l'alumine laissent, par leur décomposition, un résidu argileux plus ou moins pur, plus ou moins mélangé d'oxyde de fer, suivant la nature de la roche et suivant les circonstances dans lesquelles son altération a eu lieu.
Dans presque toutes les argiles , on rencontre au reste une certaine quantité d’alcali qui reste comme un témoin de leur origine; c’est après cette décomposition que la masse, devenue friable, facile à délayer, a pu être transportée par les eaux et former, aussitôt que leur mouvement a cessé, ces dépôts qu’on rencontre dans les terrains sédimentaires.
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savant ingénieur par des expériences directes, et il est possible qu’il eût lui-même entrepris ces travaux, si une mort prématurée n’était venue 1 enlever à la science. En Allemagne, MM. Polstorf et Wiegman constatèrent que du sable maintenu pendant trente jours dans de l’eau saturée d acide carbonique lui abandonna de la potasse, uo la chaux et de la magnésie; mais ils ne donnèrent aucun nombre qui pût indiquer les quantités ainsi dissoutes.
M. Daubrée a récemment comblé cette lacune; 1 exposé de ses travaux sera mieux placé au
to,.rn° , 10 où nous traiterons de la formation des lerrcs do transport.
Les schistes micacés se détruisent assez facilement à leur surface, soit par la suroxydation du fer, soit par la tendance du silicate d’alumine a attirer l’humidité, soit par l’eau qui parvient a s’interposer entre les feuillets et qui les sépare lorsqu’elle se gèle. Les débris de mica sont doux au toucher et constituent un excellent sol, ni trop sec, ni trop humide ; mais quand le quartz est abondant, il peut aisément devenir trop sec et trop ferme.
Aux environs de Toulon, dans la presqu’île de Tamaris, le schiste est abondant et donne un sol passable, où la culture de la vigne est possible sur les collines ; dans les vallées, où les débris sont accumulés, la terre est devenue argileuse et peut être défoncée à plus de GO centimètres pour planter la vigne.
Les trachytes, les basaltes, sont d’une dureté qui les rend difficiles à altérer par une action mécanique; mais il suffit d’avoir parcouru les pays à volcans anciens pour avoir vu dos basaltes profondément altérés, quelques-uns entièrement changés en une masse argileuse, et d’autres où cette modification est commencée à la surface.
La nature de la roche soumise à ces causes multiples de décomposition influe notablement sur la qualité de la terre formée. Ainsi le quarts pur, le pétrosilex, le porphyre quartsifère, ne se décomposent quo mécaniquement ; ces roches ne fournissent quo peu de terre et une terre siliceuse peu fertile. Les gneiss ne se décomposent encore que médiocrement, et donnent presque toujours un sol complètement stérile. Certains granités se décomposent plus facilement que d’autres: les granités de l’Auvergne s’altèrent plus vite que ceux des Alpes.
Quand le granité est très-siliceux, les terres qui en résultent sont mauvaises. Dans la Corrèze et dans les Cévennes, dans la Bretagne, l’abondance du quartz communique une grande stérilité au pays. Le roc dur ne fournit point de terre argileuse ; il ressort presque partout au travers d’une mince couche de s ible impropre à la végétation. « Là, dit M. de Gasparin, tout est solitude ; on fait souvent plusieurs kilomètres sans trouver une habitation , et l’on ne rencontre que de loin en loin des châtaigniers improductifs.
« Dans quelques contrées privilégiées, comme au nord de Pompadour, le granité, presque entièrement foldspathique, donne une couche de terre végétale de plus de 0'",33 d’épaisseur, d’une admirable fertilité. Aussi la végétation y déploie toute sa splendeur ; les châtaigniers et les chênes y acquièrent des dimensions généralement inconnues au reste du pays, et les magnifiques prairies de Pompadour nourrissent les plus beaux bœufs du Limousin. »
Les roches calcaires pures, primitives, résistent aux agents mécaniques en raison de leur plus ou moins grande dureté ; mais elles sont attaquées par les eaux pluviales et terrestres chargées d’acide carbonique. On trouve à leur surface une couche terreuse peu épaisse, qui contient toujours des bicarbonates et qui nourrit quelques plantes labiées, le thym, le serpolet, la lavande.
Si la roche présente des fissures, on y trouve des romarins, des genévriers, et même de grands arbres, comme le pin. Celui-ci s’accommode bien du calcaire, même compacte. Ainsi les essais de reboisement des montagnes calcaires de la Provence ont passablement réussi sur les versants nord, où les jeunes pins échappent à l’ardeur dévoranto du soleil ; à l’exposition du sud, le roc est entièrement dénudé, ainsi qu’on peut le voir sur le Faron, qui domine Toulon.
Les calcaires plus ou moins sablonneux et
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argileux sont plus facilement attaqués par les agents extérieurs. Les couches terreuses provenant de ces roches ont généralement peu d’épaisseur, et les récoltes y sont souvent médiocres: la Champagne en est un exemple. Dans la craie, les plantes annuelles réussissent mieux que les arbres : sur le versant do la vallée do Grignon exposé au midi, se trouve la pièce de la Défonce : elle donne par les années humides des récoltes passables, quand elle est bien fumée ; mais la Côte-aux-Buis, qui est placée à côté et qui est encore boisée, n’est couverte que de rares bouleaux; les arbres verts cependant pourraient y prospérer, si les semis n’étaient ravagés par le gibier.
Les grès purement siliceux sont durs et ne se désagrègent pas plus facilement que le quartz ; mais les grès verts, qui contiennent de la clilorite, de l’argile ou du fer oxydé, tombent facilement en poussière, et forment des couches assez fertiles pour les prairies, quand l’eau est abondante. Dans les points plus élevés, ils ne portent que des forêts : les environs de Nogent-le-Rotrou, la région du Nord-Est, en fournissent des exemples.
Détritus organiques. — Au sable provenant de la désagrégation mécanique des roches quartzeuses ou calcaires, aux argiles dues à la décomposition des roches feldspathiques sous l’influence de l’acide carbonique, à l’oxyde de fer enlevé aux basaltes, aux amphiboles, aux pyroxènes, etc., viennent s’ajouter, dans la terre arable, les résidus des végétations qui s’y succèdent. Ces résidus, qui ont une influence si marquée sur les qualités des terres arables, ne sont pas indispensables cependant pour que les végétaux puissent se développer ; il suffit de parcourir un pays de montagnes pour voir des arbres s’accrocher dans les anfractuosités des rochers et y acquérir une assez grande hauteur. Les mousses, les lichens, recouvrent les roches les plus stériles, pourvu qu’elles y reçoivent de temps à autre un peu d’humidité, et l’apparition de ces humbles végétaux favorise singulièrement le développement des plantes d’une organisation plus complexe. Chaque végétal qui se développe sur un sol y meurt et s’y décompose, l’enrichit de sa dépouille; pendant sa vie, il fixe une certaine quantité de carbone, il s’assimile de l’azote, et, après sa mort, ces éléments soumis à l’action lente de l’oxygène atmosphérique, et sans doute à une fermentation particulière, donnent ces produits noirs et complexes désignés sous le nom d'Iiumus.
C’est ainsi qu’une roche, en s’altérant, en s’exfoliant, se recouvre d’une surface meuble qu’enrichissent les végétations qui s'y succèdent, et se transforme en terre arable. Mais il faut reconnaître cependant que ces terres ainsi formées sur place sont loin de présenter la fertilité des terres de transport, et l’on conçoit en effet que, parmi les éléments de la roche primitive, peuvent manquer quelques-unes des matières nécessaires au développement normal des récoltes : quand l’élément qui fait défaut est apporté, les terres acquièrent par cette seule addition une fertilité moyenne et peuvent être cultivées avec profit. On sait avec quel avantage le noir animal et les phosphates fossiles sont employés sur les terres granitiques de la Bretagne, provenant de roches dont le phosphore ne fait pas partie.
Si la culture est possible sur les terres formées par l’altération des roches sous-jacentes, elle est infiniment plus profitable sur les ferres de transport, dont il nous reste à indiquer le mode de formation.
IL Formation des terres de transport. — Action des glaciers. — Les géologues ontremar-
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qué depuis longtemps, dans les vallées qui avoisinent les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, les montagnes de la Suède et de la Norvège, de gros blocs qui proviennent des chaînes voisines: ces pierres ont été transportées sans secousse par les glaciers, jusqu’à leur limite inférieure, d’où elles ont roulé dans la plaine ou la vallée. Accumulées là, elles forment les moraines, si fréquentes dans tous les pays de hautes montagnes. Si le glacier se bornait à transporter les roches sans les modifier, il n’aurait qu'un rôle insignifiant en ce qui concerne la formation de la terre arable; mais s’il amène sans les briser les blocs qui reposent à sa surface, il exerce au contraire une action profonde sur la roche qui forme son lit. «Lorsqu’un glacier, dit M. Martins ( Lettres sur les révolutions du globe, d’A. Bertrand, note 20), descend dans une vallée, on conçoit qu’il exerce une profonde friction sur son fond et sur ses parois : il use, il polit, il arrondit, il strie toutes les roches avec lesquelles il se trouve en contact ; il agit à la façon d'un immense polissoir. Les fragments de roches, réduits à l’état de sable et de gravier, jouent le rôle d’émeri. Cette action a été mise en évidence par M. Daubrée, dans une série d’expériences justement célèbres ( Compt . rend., 1857, t. XLIV, p. 997). Pour imiter autant que possible les conditions dans lesquelles les stries se sont produites, on a fait frotter de la glace, du sable, des galets et des fragments anguleux de roche sur une autre roche. Ces matériaux étaient pressés par des blocs de bois et pouvaient marcher à des vitesses et sous des pressions variées et tourner sur eux-mêmes. La masse à frotter étant granitique comme les roches les plus dures et les fragments frotteurs de diverses natures, on a reconnu que non-seulement les matériaux de même dureté mordent parfaitement l’un sur l’autre , mais même qu’une roche relativement molle peut strier une roche dure, si elle est animée d’une vitesse suffisante. A chaque instant les fragments frotteurs subissent des changements : on les voit s'user avec rapidité et souvent s’écraser sur les angles, de telle sorte que si l’appareil leur permet de tourner sur eux-mêmes, d’anguleux qu’ils étaient d’abord, ils s’arrondissent bientôt. Après avoir buriné une strie sur la roche, ils y creusent ensuite un sillon. Les produits de la désagrégation sont des galets, du sable et du limon.
Si l’on réfléchit que des étendues considérables de la surface du globe, telle que la Scandinavie et l’Amérique du Nord, portent les marques des stries faites par les glaciers, si l’on se rappelle que dans toutes les vallées des Alpe3, des Pj rénées, etc., il y a eu autrefois des glaciers infiniment plus étendus que ceux qui existent aujourd’hui, tellement qu6 leurs moraines s’étendent à dos distances considérables des points que les glaces atteignent actuellement, on reconnaîtra que les glaciers ont pu exercer sur le transport des roches, et par suite sur leur pulvérisation et la formation des sables et des détritus meubles, une importance considérable. Elle est moindre cependant que le grand mouvement des eaux qui a creusé les vallées.
L’existence do profondes vallées d’érosion qui sont parsemées de blocs arrachés aux roches avoisinantes, ou provenant de régions très-cloignées, puisqu’on trouve dans les plaines de la Russie et de la Prusse des blocs erratiques appartenant aux Alpes Scandinaves, et jusque dans les environs de Paris des sables feldspathiques qui paraissent en provenir, accuse à la fin de la période glaciaire unegigantesque inondation boueuse assez dense pour porter des roches sans les rouler. Elle paraît avoir couvert une partie des plaines aujourd’hui cultivées; souvent leur surface est
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recourerte par une couche épaisse de terre rocuhle formée de sable et d’argile qui ne semble nullement provenir de la désagrégation de la roche sous-jacente, mais bien avoir été entraînée par les eaux, puis déposée pendant le repos qui i précédé leur écoulement.
L’origine de ces boues de transport qui forment
cataclysme __ face d’une grande partie de l’Europe d’une masse d’eau charriant ces dépôts meubles qui constituent nos terres de meilleure qualité. Quant à ces boues elles-mêmes, elles n’ont pas été produites seulement par la pulvérisation des roches sur lesquelles les glaciers ont glissé pendant des années, mais aussi par les chocs multipliés des fragments entraînés par les torrents boueux qu’a produits la fonte d'immenses quantités de glaces ou de neige. Les travaux de M. Daubrée, que nous résumons dans les paragraphes suivants, mettent dans tout leur jour l’influence des chocs souvent répétés au sein de l’eau sur la décomposition des roches.
Eflets des chocs multipliés au sein de l'eau sur la désagrégation des roches. — Par des chocs multipliés au sein de l’eau, les roches éprouvent des décompositions manifestes; elles sont non-seulement réduites en poudre, elles sont de plus modifiées profondément dans leur composition [Compt. rend., t. XLIV, p. 997 ; Ann. des mines, (5), t. X IJ. Dans un vase cylindrique mobile autour de son axe placé horizontalement, M. Daubrée a introduit diverses roches en fragments angulaires et une certaine quantité d’oau; le liquide était animé d’un mouvement de rotation à peu près dans les mêmes conditions do vitesse qu’offrent les eaux courantes, c’est-à-dire qu’il parcourait environ 2550 mètres à l’heure.
Le feldspath orthose, en fragments anguleux, se brise et donne une quantité notable de limon: dans une des expériences de M. Daubrée, 3 kilogrammes de feldspath, après un mouvement prolongé pendant 192 heures, correspondant à un parcours de 400 kilomètres, ont formé une quantité de limon du poids de 2k,l,720. Les 5 litres d’eau dans lesquels s’était opérée la trituration renfermaient 12«r,00 de potasse.
On a calculé que pour 25 kilomètres parcourus les fragments anguleux perdaient 4 dixièmes de leur poids, tandis que les fragments arrondis n’en perdaient qu’une quantité beaucoup plus faible, évaluée de 1 centième à 1 quatre-centième.
Quand l’eau contenue dans le cylindre où so meuvent les fragments de feldspath est saturée d’acide carbonique, l’effet produit est plus prononcé. Dans une expérience où M. Daubrée employa 2 kilogrammes de cailloux bien arrondis et 3 litres d’eau saturée d’acide carbonique, on a trouvé, après 10 jours pendant lesquels l’acide carbonique a été renouvelé une fois et les cailloux avaient fait un nombre de tours équivalant à 142 kilomètres, 40 grammes de limon; l’eau renfermait 0»r,270 de potasse libre et 0sr,750 de silice : c’est-à-dire que les cailloux perdirent 2 centièmes de leur poids, au lieu de 1 centième, nombre maximum do l’expérience exécutée avec 1 eau pure.
Le limon obtenu est extrêmement ténu. Mouillé, il présente une certaine plasticité et ressemble à de 1 argile à pâte courte; mais, une fois desséché, il s en distingue en ce qu’il devient pulvérulent, u est resté anhydre et fusible? il résiste à l’aclion des acides et des alcalis : ce n’est qu’une noue feldspathique. Il est à remarquer cependant partle 110 la potasse arrachée par ces triturations aux roches primitives est devenue
soluble, et pourra, par suite, pénétrer dans les végétaux.
En résumé, nous voyons que l’action do la gelée, celle do l’oxygène et de l’acide carbonique, déterminent la pulvérisation et la décomposition des roches sur place; qu’en outre les glaciers et les eaux, en transformant les fragments de roches, aident également à leur mlvérisation ; et nous concevons que les cataclysmes qui se sont succédé pendant des milliers d’années ou do siècles aient déterminé le dépôt, sur un grand nombre de points de la surface du globe, des matériaux meubles sur lesquels s’exerce l’industrie agricole.
Ces matières meubles de transport ne se sont pas déposées dans tous les points de notre pays, sans qu’il soit toujours facile de comprendre quelles sont les causes qui ont déterminé leur répartition. En Champagne, le dépôt argileux n’existe pas, la craie est à peine recouverte d’une mince couche de terre meuble peu fertile; plus au sud, le Sancerrois, le Nivernais, la maigre Sologne, sont également privés des dépôts de transport; enfin, tandis qu’ils fécondaient la Beauce, comme les plaines du Nord, la Picardie et la Normandie, le Perche au contraire n’a pas été recouvert, non plus que la Bretagne.
On remarquera, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que les contrées les plus fertiles de notre région septentrionale sont précisément celles qui ont été couvertes par les limons de transport.
Le midi de la France ne parait pas avoir été atteint par les limons diluviens; les- terres meubles accumulées dans les vallées proviennent des montagnes voisines et présentent une composition analogue à la leur.
III. Formation actuelle des terres d’alluvion. — Si les eaux entraînant dans leur cours les fragments de roches favorisent leur désagrégation et leur décomposition, si elles exercent ainsi une influence décisive sur la formation de terres arables nouvelles, elles contribuent d’autre part à enlever celles qui sont déjà formées à les entraîner dans les torrents et les rivières, et ce n’est qu’au prix des plus grands efforts que les cultivateurs des pays de montagnes parviennent à retenir sur les pentes les terres souvent précieuses par leur bonne exposition. En Provence, on compte parfois dans les montagnes dix, douze, quinze étages de murs de pierres sèches, qui retiennent les terres qui portent les oliviers et les pins. A Menton, où ces travaux sont exécutés avec un grand soin et où les murs maçonnés présentent des rigoles destinées à faire descendre les eaux du sommet de la montagne jusqu’à la vallée, ou voit les citronniers et les orangers occuper les premières assises de la montagne au bord de la mer; à une certaine hauteur, ils sont remplacés par les oliviers ; puis, plus haut encore, ceux-ci disparaissent, et le pin est seul cultivé.
Quand les terres ne sont pas maintenues par des constructions ou par le lacis des racines d’un gazon ou d’une forêt, elles sont entraînées par les torrents jusqu’aux rivières et aux fleuves, qui les conduisent à la mer; mais, à leur embouchure, les eaux s’arrêtent au moment où la marée est haute, et les limons se déposent : ils forment ainsi ces deltas au travers desquels les fleuves se divisent pour gagner péniblement la mer. Il suffit de jeter les yeux sur une carte pour voir que le Uliin, le Rhône, le Nil, le Gange, l’Amazone, ont des bouches nombreuses, et qu'ils se sont créé eux-mêmes des obstacles qu’ils ont aujourd’hui quelque peine à franchir.
Les anciens ports situés actuellement à quelque distance de la mer sont nombreux : les ruines
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do Carthage sont dans l’intérieur des terres ; le rivage de la mer est aujourd’hui à 25000 mètres d'Adria, et parait s’en être éloigné environ do 10 mètres par an, depuis deux mille ans.
Les quantités de limon transportées par les ileuvos sont réellement énormes. La crue considéiable qui survient dans le Nil est régularisée aujourd’hui par un immense barrage; elle inonde tout lo pays et transporte une masse solide évaluée à 22 millions de mètres cubes, qui élève le niveau du sol d’un décimètre par siècle environ. Les villes de Rosette et de Damiette, bâties au bord de la mer il y a moins de mille ans, en sont aujourd’hui à plus d’une lieue.
Le long des côtes de la mer du Nord, les atterrissements, se forment avec rapidité dans le pays de Groningue. On sait positivement qu’en 1570 des digues furent construites devant la ville, et que cent ans après on avait déjà gagné trois quarts de lieue en dehors de ces travaux.
Les particules solides que les fleuves charrient se déposent aussi sur leur fond et l’exhaussent assez promptement. Aussi est-il parfois nécessaire de contenir les eaux entre des digues, pour les empêcher de se déverser sur les pays voisins. M. de Prony a reconnu, pendant le premier empire, que la surface des eaux du Pô était déjà plus haute que les toits des maisons de Ferrare. Grâce à ces atterrissements, le rivage a gagné, à son embouchure, plus de 6600 toises depuis l’année 1004, ce qui fait 150, 180, et en quelques endroits 200 pieds par an [Al. Bertrand, Lettres sur les révolutions du globe].
On doit à M. Hervé Mangon d’importants travaux sur les limons charriés par les cours d’eau. Les observations qu’il a réunies sur diverses rivières de France permettent de se faire une idée des masses qui sont ainsi entraînées par les eaux de rivières différentes. De novembre 1859 à la fin d’octobre 1860, il a fait mesurer chaque jour la quantité de matières tenues en suspension dans un certain volume d’eau de la Durance, et a pu calculer la masse totale transportée pendant une année : il a trouvé ainsi que le poids total charrié par cette rivière devant Mérindol [Expériences sur les eaux d’irrigation, 1869, p. 141 J, pour un débit total de 13188 880 000 mètres cubes d’eau, a été de 17 723 331 tonnes de 1000 kilogrammes.
o En admettant, ajoute M. H. Mangon, que ces limons déposés sur le sol pèsent en moyenne 1000 kilogrammes lo mètre cube, ce qui ne doit pas s’éloigner beaucoup de U réalité, leur volume serait de 11 077 071 mètres cubes.
« Un volume équivalant à un cube de 220 mètres de côté environ a donc été enlevé aux terrains supérieurs, et entraîné, sous forme de limon, dans les parties basses du cours de la rivière jusqu’à la mer.
« Si ce limon se déposait entièrement sur le sol, il recouvrirait en un an, d’une couche de 0"',01 d’épaisseur, l’énormesurface de 110 770 hectares. S’il était amené sur la Camargue, il pourrait en combler les marais et la transformer en une plaine des plus fertiles en moins d’un demisiècle.
« Plusieurs des régions les plus riclies du département de Vaucluse ont été formées, sans aucun doute, à des époques plus ou moins anciennes, par des colmatages naturels de la Durance. Les terres si fertiles des communes du Cheval-Blanc, de Cavaillon, etc., ne doivent leur richesse qu’à une couche de limons semblables à ceux qui sont encoro transportés aujourd’hui, couche déposée sur des terrains caillouteux d’une date plus ancienne. L’étendue de cette couche de limons est environ de 25 000 hectares.
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« On regarde comme très-fertile, dans le département de Vaucluse, les terres arables qui possèdent 0n,,30 d’épaisseur de ces précieuses alluvions ou 3000 mètres par hectare. Le volume delimon entraîné en une année par la Durance, à Mérindol, représente donc la terre arable do Il 077 071 mo „„„„ ,
- --- = 3692 hectares de ces sols de première qualité, très-supérieurs à la moyenne de nos terres de première classe, ou près de 2 centièmes de la surface arable d’un département moyen. En cinquante ans, les eaux de la Durance entraînent donc une quantité do sol arable égale à celle d’un département français. »
Les autres rivières de France donnent des chiffres analogues aux précédents, mais qui varient d’une part avec le débit du fleuve, de l’autre avec sa pente plus ou moins rapide. Toutes les fois qu’il est possible d’arrêter ces eaux limoneuses au moment de leur arrivée à la mer, on crée des terres excellentes ; les polders n’ont pas d’autre origine.
Le dépôt plus ou moins rapide des limons entraînés par les eaux est lié à une propriété trèscurieuse des argiles qui a été étudiée dans ces dernières années avec beaucoup de soin par M. Schloesing [ Compt . rend., et aussi Ann. de Chim. et de Phys., (5), 1874, p. 514], Le savant professeur de la manufacture de3 tabacs a reconnu depuis plusieurs années que l’argile reste longtemps en suspension dans une eau pure exempte de sels en dissolution, mais qu’elle est, au contr ire, facilement précipitée par de petites quantités de sels de chaux, de magnésie ou de sels alcalins.
En examinant la composition des eaux de diverses rivières de France données il y a déjà longtemps par M. Sainte-Claire Deville, M. Schloesing en tire une application heureuse à l’explication de la limpidité, ou, au contraire, du trouble de leurs eaux.
Ainsi on trouve dans l’eau du Rhône prise à Genève une quantité de sels de chaux et de magnésie suffisante pour faire comprendre que les eaux du lac de Genève soient d’une admirable limpidité; les eaux des principaux fleuves de France se rangent quant à la richesse en sels alcalinoterreux dans l’ordre suivant : Seine, Rhin, Rhône, Garonne et Loire. M. Schloesing en déduit « que les eaux de la Seine, en première ligne, puis celles du Rhin doivent déposer leurs limons eu quelques jours; il est probable qu’il faut plus de temps aux eaux du Rhône, et je doute fort que les eaux de la Garonne et de la Loire deviennent limpides après un long repos.
On sait que les eaux limoneuses des fleuves qui sont restées troubles pendant tout leur parcours, abandonnent les limons qu’elles charrient à l’embouchure au moment où elles se mêlent aux eaux de la mer, M. Schloesing attribue ce dépôt à l’action qu’exercent les sels de la mor. Leur dose élevée explique d’ailleurs surabondamment la limpidité parfaite des eaux marines et leur rapide clarification, lorsqu’elle • ont été souillées de vase le long des côt9s par l’agitation des flots.
Dunes. — Si les eaux sont souvent les auxiliaires de la culture et favorisent la formation de terres arables d’excellentes qualités, les vents ont parfois, au contraire, une influence des plus fâcheuses, lorsque sur le bord de la mer ils déterminent la formation des dunes. Pour que cellesci apparaissent, plusieurs conditions sont n.cessaires : il faut que, sur une côte basse du sable fin soit rejeté par la mer et soit agglutiné dans une certaine mesure par les pluies; dans les pays où il ne pleut que rarement, les sables sont tran3-
portés par le vent, mais ils ne peuvent durcir suffisamment pour créer des dunes.
En France, les dunes formées de sables rejetés de l’Océan occupent, entre les embouchures de l’Adour et de la Gironde, une bande de 75 lieues, sur une élévation moyenne de 20 mètres. Les dunes avancent dans l’intérieur des terres de plusieurs mètres par an, car le vent d’ouest les écime, les écréte, rejette du côté de l’est les parties arrachées au sommet, et les dispose en talus, sur lequel vient bientôt s’étendre une nouvelle couche de sable qui, comme la première, a franchi la cime sous l'impulsion du vent. La partie intérieure, plus humide, résiste pendant un certain temps; mais bientôt sa surface se dessèche à son tour, devient pulvérulente, mobile, et passe par-dessus le sommet. Quand le vent souffle de l’ouest pendant plusieurs jours de suite, les dunes avancent rapidement, et créent ainsi un notable danger pour le pays.
Les dunes qui bordent nos départements des Landes et de la Gironde ont eu, en outre, une influence des plus fâcheuses, en posant un obstacle absolu à l’écoulement des eaux amenées par les pluies fréquentes de l’hiver, et qui ne peuvent arriver à la mer, car les dunes forment sur le littoral une ceinture infranchissable; aujourd’hui des travaux d’assainissement importants ont été faits en pratiquant des fossés d’écoulement qui dirigent les eaux vers le bassin d’Arcachon; en outre la marche des dunes a été arrêtée par des plantations.
On sait que c’est à l’ingénieur Brémontier qu’est due l’idée de planter les dunes : les premiers travaux furent exécutés sur la partie de la côte qui sépare l’Océan de la base des dunes; des semis de graines de pin et de genêt furent protégés d’abord par des branchages fixés en terre et inclinés dans la direction du vent ; les graines purent germer et former bientôt un fourré épais qui posa un premier obstacle au passage des sables; derrière cette plantation, après cinq ou six ans, une seconde fut établie sur une largeur de 00 à 100 mètres, puis on commença à planter la dune elle-même.
Les travaux de Brémontier, commencés en 1787, furent couronnés du plus grand succès. En 1809, les semis s’étendaient sur 3700 hectares, et aujourd’hui on peut voir des plantations vigoureuses sur les dunes, dont le sable est désormais fixé par les racines qui le pénètrent de toutes parts. Des résultats analogues ont été obtenus sur le littoral de la Manche dans le Pas-de-Calais; là, au reste, l’humidité ôtant plus abondante et le soleil moins ardent, la dune se couvre facilement d’un maigre herbage qui lui donne une certaine fixité, elle n’avance pas dans l'intérieur des terres comme dans les Landes; les boisements en conifères ont, au reste, parfaitement réussi sur les parties qui n’ont pas été réservées à l’état de garennes pour la chasse du lapin.