ET LEURS VARIATIONS
Urée, CII‘Az20. — L’urée est le terme ultime de l’oxydation des matières azotées de l’économie. Elle ne se produit pas d’emblée aux dépens de ces substances; celles-ci, en s’oxydant, paraissent se dédoubler en produits divers dont les uns exempts d’azote sont représentés par la matière glycogène, l’inosite, la cholestérine, etc., et dont les autres riches en azote tels que l’urée elle-même, la créatinine, la xantbine, l’acide urique, etc., se retrouvent dans les divers tissus, où peu à peu, et d'une manière plus ou moins complète ils peuvent se transformer en urée en s’oxydant, s'hydratant et se dédoublant successivement. Produit ultime de ces dédoublements et de ces oxydations, l’urée est emportée par la circulation et se retrouve dans le sang, comme l’ont démontrée les premiers Prévost et Dumas; elle est sans cesse aussi rejetée par les reins. Grehant ayant lié le canal excréteur de l'un des reins, prouva que la quantité d’urée qui s’accumule dans le sang qui l’a traversé était égale à celle qui était sécrétée dans le même temps par l'autre rein.
L’urine normale contient environ 25 grammes d’urée par litre. Cette quantité peut osciller toutefois entre 20 et 35 grammes. Sous l’influence d’une alimentation très-riche en eau et en matières amylacées, chez les personnes mises à la diète, ou qui font peu d’exercice, cette quantité diminue beaucoup. Elle peut s’élever jusqu’à 66 grammes et plus, par litre d’urine, lorsqu’on
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fuit usage d’une alimentation exclusivement animale. L’urée ne disparaît jamais des urines môme dans la privation complète d’aliments continuée durant plusieurs semaines. Au bout de deux jours de diète absolue l’homme adulte élimine encore 1(J à 12 grammes d’urée en 24 heures. Ce n’est que dans ces cas que la quantité d’azote ainsi éliminée surpasse celle que les aliments fournissent à l’animal. Lui donne-t-on alors à boire, la quantité d’urée augmente, pour diminuer ensuite et tomber au-dessous de la moyenne, quoique le volume d’urine sécrétée revienne à la normale.
Une nourriture substantielle élève le chiffre de l’urée. L’addition de graisses ou d’hydrates de carbone, toutes choses restant d’ailleurs égales, semble abaisser un peu le poids de l’urée excrétée en 24 heures. Le thé et le café ne ralentissent pas l’excrétion. Pour une même alimentation, et grice au pouvoir diurétique très-grand de ces infusions, la quantité d'urée augmente au contraire, mais bien moins vite que le volume de l’urine sécrétée (Voit).
Des expériences faites pendant plus de 50 jours sur un adulte ne prenant jamais d’alcool que sous forme de vin, ont démontré à M. Magnier de la Source, que l’alcool ne parait avoir aucune influence sur la quantité d’urine excrétée, mais bien sur celle de l’urée, qui s’abaisse de 23 grammes à 16 grammes par 24 heures.
Si la température ambiante s’élève, l’excrétion de l’urée diminue.
Suivant Hammond, Byasson, Ritter, le travail musculaire déterminerait une excrétion plus abondante d’urée (de 5 à 12 centièmes au-dessus de la normale). Toutefois Voit et Pettenkofer ont observé que pour une même alimentation, la quantité d’urée diminuait légèrement (de 216r,7 à 20sr,01) lorsque le travail était poussé jusqu’à la fatigue, et Van Franque, expérimentant sur lui-même, a trouvé qu’il rendait après un exercice modéré 37sr9S d’urée en 24 heures, et après un exercice violent 37er,87 ; il suivait d’ailleurs un régime mixte et se nourrissait modérément.
La quantité d’urée sécrétée varie aux différentes heures du jour et sa courbe est à peu près parallèle à celle des volumes de l’urine émise. Cette courbe semble surtout influencée par les heures des repas. Elle présente deux maximums, quatre à cinq heures environ après chacun des repas principaux, et un minimun vers la fin de la nuit.
L’urée excrétée pour 1 kilogramme du poids du corps diminue do l’enfance à la vieillesse. Uhle [Wiener medic. Wocliensch., 1850] a donné les nombres suivants :
Pnr kiloïr. üu poids du corps.
Enfants de 3 à 0 ans 1s',
— de 8 à 11 ans 0 8
Jeune homme de 13 à 16 ans. 0 4 à OC, 6 Adulte (moyenne) 0 5
Les nombres suivants sont empruntés à l’ouvrage de G. Harley [de l’Urine, etc., traduction française de Hahn, p. 53J. Ils montrent comme les précédents que l’excrétion do l’urine diminue à mesure que l’âge augmente, et que le volume sécrété dans les 24 heures par le sexe féminin est, pour un même poids, inférieur à celui que produit l’autre sexe. Cette dernière observation mérite toutefois confirmation, et le contraire avait été antérieurement affirmé. Voici d’ailleurs les nombres de Harley :
Urée secrétée en *24 heures pour t kilogr.
du poids du corps.
Garçon âgé do 18 mois le, 07
Fille âgée de 18 mois O 91
Homme âgé de 27 an O 67
Femme âgée do 27 ans O 53
De nombreuses observations il résulte que, durant les maladies, les hautes températures coïncident avec un accroissement dans l’élimination de l’urée et lui sont presque proportionnelles, si ce n’est tout au début de la convalescence, où le poids élevé de l’urée se maintient malgré l’abais-sement de la température du patient. Lorsque le mieux se confirme, l’excrétion de l’urée tombe ! bientôt à un chiffre très-faible et s’y maintient malgré le retour de l’alimentation. Dans les maladies très-graves, comme dans le deuxième stadede la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives à mar--. che maligne, et dans la période d’agonie quiij précède la mort, le poids de l’urée excrétée em une heure tombe à un chiffre faible ou très-faible..
En général, dans les maladies chroniques sans*; fièvre, le poids de l’urée des 24 heures, s’abaisse unpeu au-dessous de la normale. D’après A. Bou--. chardat, dans 1 ’azolurie et le diabète, ce poids peut s’élever à 80, 100 et 160 gr. par jour [Voyez: pour plus de renseignements au sujet des varia--! tions de l’urée dans les maladies le Traité de ; chimie appliqué d la physiolorjie et à la pathologie de A. Gautier, t. II, p. 15 et 3561.
Acide uriqoe, C8H*Az4Os. — L’acide urique*: existe dans les urines de la plupart des mammi-i fères carnivores et omnivores, mais surtout dans, les excréments urinaires des oiseaux, des reptiles,, des gastéropodes et des insectes. On n’en trouver; pas dans les urines d’herbivores.
On sait qu’en oxydant ce corps on est parvenu] à le dédoubler en alloxanc et urée; allantoïne ett acide carbonique ; urée, acide carbonique et am-> moniaque. Tous ces produits (à l’exception de; l’alloxane) ont été retrouvés dans les urines normales et dérivent sans doute de l’oxydation par-*tielle de l’acide urique. Chez l’homme, cet acide * s’élimine presque exclusivement à l’état d’urate* de sodium; mais on trouve aussi dans les urinesnormales, un peu d’urates ammonique, potassique ! et quelquefois calcique.
La quantité moyenne d’acide urique excrétée 1 varie de un trentième à un soixantième du poids* de l’urée; soit 06r,5 à 1 gramme dans les 24 heures, pour une alimentation ordinaire et dans nosclimats tempérés. Chez les individus qui sont tropcopieusement nourris, chez les peuples avides de viande, dans les pays froids, dans tous les cas où l’activité exagérée de la digestion tend à rendre moins complète la combustion respiratoire, cette quantité s’élève à *l8r,5 et plus par jour ; elle tombeà 0s1-, 3 par une alimentation exclusivement végétale. Harley donne le tableau suivant. [Des urines, etc., traduction française,- Paris, 1875, p. 78J :
Acide urique rendu en 23 heures par des adultes bien portants :
Lehniann.
Harley.
Régime animal
1 cr,478
Régime mixte
Régime végétal
Régime non azoté. . .
Suivant quelques auteurs (Bird, Harley), l’urincdes enfants qui tettent ne contiendrait pas d’acide urique, mais bien de l’acide hippurique, tandis, au contraire, que l'urine de veau donnerait de l’acide urique.
Après le repas, le poids de l’acide urique excrété d’heure en heure augmente rapidement ; il s’abaisse ensuite pour se maintenir constant jusqu’au repas suivant. L’abstinence, l’activité musculaire et cérébrale en diminuent aussi la quantité. La diminution de la température ambiante augmenterait beaucoup l’excrétion de l’acide urique.
Dans les maladies avec fièvre s’accompagnant d’une élévation de température, l’acide urique augmente en même temps que l’urée. Au contraire.
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dans les maladies chroniques, en général l’excrétion de l’acide urique reste au-dessous de la moyenne. Dans la diathèse urique et dans la goutte, mais seulement à l’époque des accès ou lorsque la maladie se complique de fièvre, l’acide urique est abondamment éliminé.
Ai.lantoïne, C4 H6 Az403. — Cette substance, l’un des corps dérivés par oxydation de l’acide urique, se trouve normalement dans le liquide allantoïdien, dans l’urine des jeunes enfants à la mamelle et dans celle des jeunes veaux. On l’a rencontrée dans l’urine humaine lors des changements de régime, après l’ingestion d'une quantité potable d’acide tannique, etc. On la signale à côté du succinate de sodium dans l’urine de chiens nourris longtemps avec des graisses.
Acide hippurique, CsH9AzO:ï. — Cet acide existe dans l'urine des omnivores comme dans celle des herbivores ; il augmente chez les premiers avec le régime végétal. Weismann a donné les chiflres suivants :
Acide hippuriquo de l'urine humaine, par 24 heures.
Régime mixte 2Gr,17
Régime animal 0 765
Pain et eau 0 650
Tudichum a trouvé chez l’homme des quantités moindres d’acide hippurique (deOfr,17 à 0sr,315, et rarement 1 gramme par litre).
Les prunes, le lait, l’ingestion des baumes, des essences, de l’acide benzoïque, augmentent beaucoup la sécrétion de cet acide. Chez les herbivores, le son, la paille, le foin agissent de même; le pain, les graines de céréales ou de légumineuses sans test, les tubercules amylacés, les matières albuminoïdes ou grasses diminuent au contraire sa production. L’exercice fait croître chez les herbivores la sécrétion de cet acide, tandis qu’il diminue celle de l’urée. Suivant Lehmann, l’urine des fiévreux devrait à de l’acide hippurique son acidité exagérée.
CRÉATINE, CRÉATININE, XANTH1NE ET AUTRES MA- TIÈRES extractives. — D’après Ileintz, la créatine ne se trouverait pas dans l’urine fraîche, hile se formerait dans ce liquide par hydratation de la créatinine
C4 H7Az3 0 -J- II30 = C4 H9Az30*.
Créatinine. Créatine.
Suivant d’autres auteurs au contraire, la créatine et la créatinine seraient excrétées l’une et l’autre par les reins. Tudichum évalue à 0sr,305 la quantité de créatine contenue dans les urines des -4 heures, et Neubauer admet que l’adulte excrète dans le même temps de 0sr,5U et l6r,3 de créatinine. Cette dernière substance diminue avec le régime végétal. Elle augmente, suivant Munk, dans les maladies aiguës, spécialement dans la pneumonie, la fièvre intermittente, le typhus, etc., et diminue dans la convalescence et dans l’anémie.
La xanthine, C6H4Az402, ne se trouve qu’à l’état de traces dans les urines normales. Suivant Stromeyer et Durr, on la rencontrerait surtout dans les urines de ceux qui font usage de bains sulfureux ou de pommades soufrées.
Les matières dites extractives des urines sont représentées par cet extrait brunâtre qui reste, ou que l’on dose par différence, quand on a séparé l’urée, les acides urique et hippurique, et les substances minérales. Cet extrait, en partie solubie dans l’alcool, en partie dans l’eau, peut ij contenir de la créatinine, des acides lactique, I- Phénique (?), succinique, lactique, de la leucine, de la tyrosine, de la xanthine, de la sarcine, de 1 allantoïne, des matières colorantes et odorantes, et des substances inconnues. Leur poids, qui varie | par jour de 5 à 40 grammes à l’état normal, leurs j variations très-notables durant les maladies, dé-
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I montrent suffisamment toute l’importance de ces matières malheureusement à peine connues.
Picard, Schottin , Oppler, et surtout Chalvet [Gaz. des hôpitaux, décembre 1867 ot janvier 1868] ont attribué à l’intoxication du sang par ces substances que les reins n’éliminent qu’imparfaitement dans les périodes malignes de? maladies, les accidents de l’urémie et de beaucoup d’états morbides graves. Dans l’état de fièvre aiguë, ces matières qui résultent d’une désassimilation imparfaite des aliments et des tissus, s’accumulent dans le sang et de là passent en quantité surabondante dans les urines, à moins que, la gravité même de l’état du malade venant à entraver les fonctions desreins, il ne survienne les complications urémiques. Dans la période de défervescence, le poids des matières extractives éliminé par les urines s’abaisse notablement; il diminue encore pendant la convalescence.
Acide oxalique, G2 H2 O4. — Ce corps, uni à la chaux, se trouve toujours en petite quantité dans les urines des omnivores; l’oxal vte calcaire reste dissous, grâce à leur acidité. 11 se précipite au contraire dans celles des herbivores. On le rencontre plus particulièrement chez l’homme dans les dépôts riches en urates qui se forment dans les urines sous l’influence des moindres troubles digestifs ou respiratoires. L’usage des liquides alcooliques, du sucre, de l’amidon et des aliments contenant des oxalates augmente son excrétion. La formation d’un dépôt continu d’oxalates dans les urines ( oxalurie ) est le signe d’un trouble chronique des fonctions digestives, respiratoires ou cutanées.
Matières colorantes urinaires [voyez à ce sujet : Julia, Arch. yen. de méd., t. II, p. 104; — Cantin, Journ. de chim. méd., t. IX, p. 104; — Schunck, Jahresb. f. C/tem.,1855, p. 660, et 1858, p. ibb;Londonund Dublin Plût. Mag., 1857, t. XIV, p. 288; — Scherer, Ann. der Chem. u. Phnrm., t. CX, p. 120; — Tudichum, The Hasting’s Prise Essai/, 1853; — Hassal, Phil. Transact., 1864, p. 297; — G. Harley. De Turineetdeses altérations pathoL, Paris, 1875, p. 120; — Méhu, Bull. gén. de thérap., octobre 1871 et novembre 1872; — Jaffé, Arch. gén. de méd., 1873, t. XXI, p. 100; — Stokvis, Centralblat, 1873, p. 14). — L’urine contient plusieurs matières colorantes. Le noir animal, le sous-acétate de plomb la décolorent très-sensiblement, mais non entièrement, quelle que soit leur quantité. La principale de ces matières colorantes, celle dont la présence est constante, a reçu de Tudichum le nom d’urochrome, de Jaffé celui d’urobiline. L’urochrome et l’urobiline seraient, d’après Maly, identiques entre elles et avec l’hydrobilirubine C32H4UAz407, substance qui se rattache à l’un des pigments biliaires et que l’on obtient en traitant la bilirubine par l’amalgame de sodium [Bull, de la Soc. chim., t. XVII,
2C16Hl8Az°03 -j- H2 O + II2 = C32H40Az4O7. Bilirubine. Hydrobilirubine.
Urochrome — D'après Tudichum, pour extraire l’urochrome de l’urine, on ajoute à ce liquide de l’acétate de baryum, puis de l’eau de baryte jusqu’à l'alcalinité. On filtre au bout de 24 heures. On additionne la liqueur claire peu à peu, d’acétate de plomb ammoniacal, tant qu’il se fait un précipité et en évitant un excès. Le précipité est lavé et recueilli, trituré avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique< et le tout, après avoir été saturé à froid de carbonate barytique, est jeté sur un filtre. Dans la liqueur filtrée, on fait passer un courant d’acide carbonique qui met l’urochrome en liberté. On le précipite par de l’acétate de mercure. Cette combinaison mercurielle, qui doit être de couleur jaune, est lavée,
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puis décomposéo par l’acide sulfhydriquo; l’tirochrorne resto en solution mêlé d’un peu d’acide chlorhydrique qu’on enlève en agitant avec du carbonate d’argent. On reprend de nouveau par un peu d’acide sulfliydrique, on filtre et l’on concentre à une douce chaleur. L’urochromo se dépose alors sous forme de croûtes jaunes amorphes.
Le procédé qui a permis à Jaffé d’extraire l’urobiline est plus simple. 11 verse dans l’urine un grand excès d’ammoniaque, jotte la liqueur sur un filtre et ajoute du chlorure de zinc, tant qu’il se fait un trouble. Ce précipité, lavé à l’eau froide, puis à l’eau chaude, jusqu’à ce qu’il ne contienne plus de chlorure, est ensuite épuisé par l’alcool chaud, et séché à basse température. La masse pulvérisée est traitée par de l’ammooia jue, et la solution additionnée d’acétate de plomb. Le précipité rouge qui se forme est lavé à l’eau froide, séché et décomposé par de l’alcool additionné d’un peu d’acide sulfurique; on filtre, et par évaporation de la liqueur on obtient l’urobiline à l’état do pureté.
L’uroclirome est soluble dans l’eau, qu’il colore en jaune; il se dissout difficilement dans l’alcool, plus aisément dans l’éther. La solution aqueuse, surtout si on l’acidule, se fonce à l'air, rougit et laisse déposer des flocons bruns. Ce précipité, traité par de l’alcool, laisse une poudre brune, Vuromélanine, à laquelle Tudichum attribue la formule problématique C36H** Az’ O10; la solution alcoolique est d’une belle couleur rouge. On peut encore, d’après le même auteur, extraire des produits de décomposition de l’urochrome une substance soluble et cristallisable dans l’alcool absolu, l’uropitine, C9Hl0Az!O3.Inutile d’ajouter que toutes ces formules sont arbitraires et que l’existence de ces divers dérivés, en tant que substances définies, reste à démontrer.
Les caractères de l’urochrome ne se confondent pas tout à fait avec ceux de l’urobiline de Jaffé, et de l’hydrobilirubine de Maly. L’urobiline est une substance rouge foncé incristallisable, soluble dans l’eau, surtout dans l’eau légèrement alcaline, et dans l’alcool. Ces deux solutions ont la couleur des urines normales. En solution acide l’urobiline est fluorescente; elle donne une bande d’absorption placée entre les raies 6 et F de Frauenhofer. Additionnée d’acide chlorhydrique, sa solution devient bleue ou rouge violacé.
L’hydrobilirubine, que Jaffé et Stokvis ont reconnue être identique avec l’urobiline, est soluble dans l’alcool, et fort peu dans l’eau Ses solutions alcalines sont jaunes ambrées; cette couleur devient rouge ou brunâtre par les acides. Les solutions neutres ou acidulés d’hydrobilirubine offrent une bande d’absorption foncée, d’une grande intensité, située entre les lignes 6 et F de Frauenhofer. En solution alcaline cette bande est plus faible et se porte un peu à gauche. La solution ammoniacale additionnée de quelques gouttes de chlorure de zinc, pour redissoudre le précipité, devient rose et acquiert une belle fluorescence verte, donnant la bande d’absorption dos solutions alcalines, mais plus obscure. Ces caractères sont ceux de l’urobiline de Jaffé, do la matière colorante retirée des urines par Scherer, et du pigment que Van Lair et Masius ont extrait des excréments en les traitant par l’alcool.
L’hydrobilirubine est soluble dans l’alcool, l’éther, les hydrocarbures, le chloroforme, l’acide acétique, l’acide sulfurique. L’eau la précipite de ses solutions alcoolique et sulfurique.
La substance à laquelle G. Harley a donné en 1851 le nom d'urohématine, parait être de l’urobiline légèrement altérée par les réactifs employés dans sa préparation. D’après le même auteur, ses cendres contiennent du fer [G. Harley, des Urines, etc., Paris, 1875, p. 120).
Outre l 'urobiline, principale matière colorant* * de l’urine, il existerait encore dans la plupart de j urines normales, d’après Schunck, et seulement j dans quelques urines pathologiques suivant Mas sai! et d’autres auteurs, une substance apte i ; , produire l’indigo et ses dérivés par son dédoublement.. Schunck pense qu’elle n’est autre que l’in ■ dican ( uroxanthine de Heller). Cette substance i se rencontre surtout dans les urines des malade'*' i atteints de carcinome du foie, d’altérations géave- ; > de la moelle épinière, et dans la maladie d’Add » disson. On a déjà exposé dans cet ouvrage, t. III p. 89, comment Schunck extrait l’indican urinaire j i et comment ce corps, en se décomposant en présence des acides ou par sa fermentation spontanée-, se dédouble dans l’urine, en bleu d’indigo (uro-> glaucine, urocyanine), rouge d’indigo ( urrhodim urinaire), indiglucine, leucine, acide formique ; autant de substances que l’on peut rencontrer, ecr effet, dans les urines pathologiques ou fermentées* On comprend donc qu’on puisse voir apparaître dans ces urines tantôt des pigments rouges, tann tôt des sédiments ou des dépôts bleus, tantôt enfin des pigments violacés, mélanges d’uroglauicine et d’urrhodine. M. Méhu, qui a observé des; pigments violets dans un cas de myélite chronique [Arch. gin. de thérap., octobre 1871], donné un moyen de reconnaître la présence de ces* pigments lorsqu’ils se trouvent à l’état de liberté'.
Il suffit d’agiter les urines avec de l’éther, oi * mieux, du chloroforme; la matière rouge se dissout rapidement et donne une solution rouget carmin. En évaporant cette solution et reprenan t par de l’eau légèrement ammoniacale, on dépouilh t i’urrhodine d’une résine jaunâtre. On reprend alors parde l’alcool à 30 ou 40° centésimaux qui lu dissout et sépare quelques corps gras, enfin on lu fait cristalliser par évaporation. L’eau la préci:-! pite de sa solution sulfurique.
L ’uroglaucine , indigotine, ou matière bleue- . est moins soluble que la précédente dans l’alcooll l’éther et le chloroforme. Par l’évaporation elli se sépare de ses dissolvants sous forme do cristaux prismatiques droits, bleus noirâtres, souvenu réunis en rosaces. Cette substance se dissou a dans l’acide sulfurique et jouit de toutes les pro priétés de l’indigotine ordinaire. Lorsqu’on faiji évaporer très-lentement la solution alcoolique du mélange d’uroglaucine et d’urrhodine, la matière bleue se sépare la première et l’urrhodint peut être enlevée par des lavages à l’alcool affaibli
On aurait tort de penser que tous les dépôt: urinaires, bleus, verts ou violets, ou que toute.* les colorations bleues de l’urine sont dues à de l’indigotine ou à ses dérivés. Suivant Heller, le: sédiments rouges qui se forment si fréquemmen dans les urines contiennent deux matières colorantes rouges, l’une soluble dans l’alcool et le chloroforme, c’est l 'urrhodine ordinaire ; l’autre : insoluble dans l’alcool qu’il a nommée uroéry-r thrine. Suivant A. Robin et Maillard [Gaz. Méd. Paris, série4, t. IV, p. 315J, la matière bleue retirée des urines d’une hystérique avait les caractères suivants: elle était un peu soluble dam l’eau, à peine dans l’alcool, et l’éther, même l 1 chaud, insoluble dans le chloroforme et la benzine insoluble dans les alcalis, soluble dans l’acidt sulfurique avec coloration rose devenant rouge orangée, soluble dans l’acide chlorhydrique avet j une belle couleur carmin. Elle se précipitait er i bleu par les alcalis de ses dissolutions acides t se prenait en masse par le chlorure de zinc, et st- : décolorait par le chlore et l’acide azotique; élit ! a était exempte de cendres.
On sait que les matières colorantes des urines t s diminuent dans la chlorose, l’anémie, les maladies * I chroniques en général, et qu’elles augmentent a» ' contraire durant la fièvre. On sait aussi que les |
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urinos incolores ou peu colorées, peuvent passer au brun et au noir en s’oxydant à. l’air dans les. cas do cancer mélanique; mais toutes ces variations dans les couleurs de l’urine, qui présentent d’ailleurs un grand intérêt pour le médecin, ne sauraient être décrites avec détail dans cet ouvrage.
Matériaux dp. la bile. — Les matières colorantes et les acides biliaires se rencontrent quelquefois dans les urines. Chez les ictériqnes, on trouve dans les urines, de la bilirubine, et surtout de la biliprasino et de la biliverdine qui on dérivent par hydratation et oxydation simultanée. Les acides biliaires n’accompagnent pas toujours les matières colorantes. Ils passent dans le sang et de là dans les reins et la vessie, dans les cas d’atrophie aiguë du foie, ou lorsqu’un obstacle empêche la bile do s’écouler dans l’intestin, enfin dans beaucoup d'empoisonnements chroniques (Ritter et Feltz). On ne trouve presque jamais de cholestérine dans les urines.
Albumine. — L’alhumine n’est pas un élément normal des urines, mais elle s’y rencontre quelquefois. Ainsi pendant la grossesse, lorsqu’il y a altération ou hypérémie du parenchyme rénal ; pendant les fièvres graves, l'ictère, le choléra, etc. ; sous l’influence des diurétiques puissants, et de beaucoup de toxiques, ou simplement lorsque l’alimentation est exclusivement albumineuse, on peut trouver de l’albumine dans les urines.
On a signalé dans les urines des ostéomalaciques une substance albumineuse que la chaleur et l’acide nitrique ne précipitent pas.
La quantité de matière protéique qui est anormalement éliminée par cette voie peut varier de quelques milligrammes à 20 et 30 grammes par jour. Le plus souvent elle oscille entre 4 et 10 grammes par 24 heures.
Les urines albumineuses sont en général pâles, peu denses, souvent troubles et alcalines; mais elles peuvent être aussi neutres ou même acides.
Suivant quelques auteurs, une matière albumineuse tout à fait analogue aux peptones existerait en petite quantité dans toutes les urines normales.
Glucose, inosite, CeHl! 0°. — Suivant Brückc, Bence, Jones, Pavy, les urines normales contiennent toutes des tracesde sucre. Lehmann, Sregen, ont affirmé le contraire. Cl. Bernard a montré de son côté qu’il existe toujours un peu de glucose dans les urines do l’homme qui ne se nourrit pas exclusivement d’aliments azotés. A la suite de l’éthérisation, de l’empoisonnement par le curare, de certaines apoplexies, dans l'asthme, la bronchite, la pleurésie, la phthisie, l’anthrax, une certaine quantité de glucose se rencontre presque toujours dans les urines. Mais c’est surtout dans le diabète que la quantité de sucre éliminé par les reins devient considérable, elle peut s’élever de 5 à 100 grammes par jour et plus. Ces urines, en général claires, acides, denses, sucrées au goût, contiennent on même temps une grande proportion de matières azotées.
L ’inosite a été rencontrée aussi dans les urines de quelques diabétiques et quelquefois dans la maladie de Bright. Suivant Strauss [Centralblatt, 1812. p. 108] et E. Kultz [Deutscn. chem. Gesellsch., 1875], cette matière sucrée apparaîtrait dans l’urine lorsque l’on boit une quantité d’eau exagérée. Ainsi pour 6 à 10 litres d’eau, les urines de 24 heures ont donné de 0e,422 à Os, 913 d’inosite.
Il est à remarquer toutefois qu’on ne retrouve pas l’inosito dans les urines dans le cas où les aliments eu renferment beaucoup.
Autres corps organiques signalés dans les urines. — Outre les substances précédentes que Ion retrouve normalement ou accidentellement dans les urines, on y a signalé aussi une petite proportion des corps suivants :
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1° Dans les urines normales : des acides acétique, butyrique propionique; des corps gras (d’après Schunck palmitinc et stéarine ); do V acide oxalurique d’après le même auteur; de l'acide cryplophanique, C10 H18AzsO'°, d’après Tudichum; de l'acide succinique d’après Meisner et Shepard; des acides pliénique, taurylique, C7II80 ,damalurique, C7lI1!Os, auxquels St'àdeler attribue l’odeur des urines ; de l’alcool; de la triméthylamine ; de Vallantoine ; dans quelques cas mal déterminés, une diamide lactique suivant Baumstark [Bull, de la Soc. chim., t. XX, p. 471]; de la pepsine et pout-êtrede la ptyaline suivant Brücke ; des ferments qui seraient capables de transformer l’amidon en sucre, et l’urée en carbonate d’ammonium (nepftrosymnsBsdeBéchamp).
On trouve aussi dans l’urine normale du chien, un acide spécial, l’acide cynurénique ou kynurique, dont l’étude a été déjà faite dans cet ouvrage, t. I, p. 1656]. On a signalé la pyrocaléciiin* dans les urines de cheval [Baumann, j4rc/t. f. d. ges. Physiologie, t. XII ;p. C3J.
2° Dans les urines morbides on a eu l’occasion de signaler : de la leucine dans quelques cas de typhus, d’atrophie du foie, d’ictère; de la tyrosine chez les malades atteints do cyrrhosc aiguë, de variole grave, de typhus; de 1 ’ acide oxyformobenzoïlique, qui souvent accompagne ces deux dernières substances ; de la cystine et de la taurine, que l’on trouve plus spécialement dans les sédiments; enfin de la xanthine, de la sarcine et de la guanine toujours en très-petite quantité.
Enfin on a observé le passage dans les urines du sang, de la graisse et du chyle. Les globules gras peuvent traverser les reins chez les personnes qui font usage d’un régime trop riche en graisses. Les urines chyleuses s’observent surtout dans les pays intertropicaux; elles sont en même temps presque toujours albumineuses.