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CARACTÈRES CHIMIQUES GÉNÉRAUX ET COMPOSITION DES URINES

Composition moyenne des urines. — L’urine est un liquide extrêmement complexe. On y retrouvé, en effet, toutes les substances minérales ou organiques absorbées que l’excès de leur absorption rend inassimilables et toutes celles qui proviennent de la désassimilation des tissus; mais on peut la considérer, en gros, comme une solution aqueuse d’urée et de sel marin. A ces substances principales viennent s’ajouter : l0 des matériaux organiques savoir : une petite quantilé d’acide urique, d’acide hippurique, et de créatinine, une trace de xanthine et de matières colorantes, enfin une peiite proportion de matières extractives mal connues et pour la plupart azotées; 2° des matières minérales qui accompagnent en petite quantité le sel marin; ce sont: des sulfates alcalins, des phosphates alcalins et terreux, une trace d’ammoniaque et d’acide silicique, des gaz, etc.

Chez les diverses espèces animales omnivores,

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la composition des urines diffère peu de celle de l’urine humaine, on y trouve cependant quelquefois une petite quantité do matériaux propres à chacune d’elles. Chez le chien, l’urée s’y rencontre en quantité si abondante que ces urines se prennent souvent en masse par addition d’acide nitrique; il coté de cet excès d’urée on rencontre dans ce mémo liquide un acide spécial mal connu, l’acide kynurique, qui parait y remplacer en partie l’acide urique, avec lequel il a de grandes analogies. On a signalé encore dans ces urines de l'acide succinique, de la cystine, des pigments, et même des acides biliaires, enfin un composé sulfuré qui donne du soufre quand on chauffe ces urines avec de l’acide chlorhydrique. Celles du chat et des félins, contiennent une plus grande quantité encore de ce corps sulfuré,

URINES

ainsi que do l’allantoïno ot des corps odoran fétides. Celle du porc, outre les principes t l’urine humaine, contiendraient du phosphar d'urée (?), et beaucoup d’indican lorsque l'an mal est nourri de végétaux; cette urine dont un dépôt de phosphates et de carbonates terreu i

L’urine des herbivores est presque toujours a câline. Elle contient les matériaux principaux 1 1 l’urine humaine : urée et sel marin ; mais l’acii urique ne s’y trouve qu’en très-faible proportic • et peut môme disparaître. Il y est remplacé p: j l’acide hippurique. Leur trouble est dû surtout j du carbonate calcaire mêlé d’un peu d’urate de traces de phosphates avec une faible propo tion des sels correspondants de magnésium.

Le tableau suivant indique la compositin moyenne de l’urine normale de l’homme :

NOUS DSS

Eau :

Par jour, 1238 grammes.

Par kilogr. d'urine, 952B',36.

Matières organiques :

Par jour, 41Br,740.

Par kilogr. d’urine. 32cr, 1 1 .

Matières minérales :

Par jour, 20CM9.

Par kilogr. d'urine, 15f>r,53.

Quantités moyennos

Quantités

Quantité moyen-

u u t> anc iss. secrétees par jour

chez l'adulte d’un poids de 65 kilogrammes.

moyennes

par

kilogramme

d’urine.

par kilogramm du poids du corps, (d’après Parkes

Eau. . .

Urée . .

Acide urique

Acide hippurique

Créatinine, créatine

Xanthine

Matières extractives et colo-

rantes

( Acides gras

Corps ) Glucose

divers.

1 Phénol

Mucine, etc

Traces.

Traces.

Chlorure sodique

Sulfates alcalins

Phosphates de calcium

de magnésium

Corps

alcalins

Acide silicique, ammoniaque, trace de fer , acide azoti que (?).

Oxygène , acide carbonique, azote

divers.

Gaz.

i Traces.

Traces.

Ces nombres sont susceptibles de grandes variations, môme à l’état normal; ils se" rapportent aux urines d'un adulte pesant G5 kilogrammes, usantd’uno alimentation normaleet faisant un exercice modéré. En Angleterre et en Allemagne, où le poids moyen de l’homme est un peu plus élevé et où l’on consomme en général une dose d’aliments surabondante, les nombres précédents changent notablement. C’est ainsi que Parkes admet que l’excrétion moyenne d’urine s’élève pur jour à 1 500 centimètres cubes, contenant 33 grammesd’urée environet 10 grammes de matières extractives (3e colonne de nombres du tableau précédent). D’après J. Vogcl, en Allemagne, l’adulte excrète par 24 heures, 1 500 centimètres cubes d’urine contenant : 35 grammes d’urée, 0sr,75 d’acide urique, 10sr,5 de sel marin, 3sr,5 d’acide phosphorique et 2 gramrùes d’acide sulfurique.

Poids dd nésiDU fixe. — Le poids du résidu fixe des urines, par 21 heures, varie donc à l’état normal, entre 45 et 00 ou 65 grammes. Ce poids augmente le plus souvent avec la quantité d’urine émise, mais sans lui être proportionnel.

On peut, en général, de la densité d’une urine normale déduire approximativement le poids du résidu fixe qu’elle laissera. 11 suffit de prendre cette densité avec 3 décimales, et de multiplier 2s',3 par les deux derniers chiffres décimaux de cette densité. Ainsi, d'après cette règle empirique, une urine de densité 1,020 con-

tiendrait 20 X 26', 3= 4G grammes de résidu fit Cette observation, faite d’abord par M. Bouchard tu ne s’applique ni aux urines sucrées ni aux urin. albumineuses.

Dans les maladies aiguës, le volume d’urin diminue et sa densité augmente; le poids du résic fixe pour 24 heures est supérieur à la normal. Si la maladie s’aggrave beaucoup, ce poids tomb au-dessous de la quantité moyenne et Purin devient encore plus rare. Dans les accès dt maladies nerveuses hystériformes : la choré" l’anémie, la chlorose, l’azoturie, le diabète, la urines sont abondamment sécrétées; mais sat dans ces deux derniers cas, le poids par litre cj son résidu fixe est inférienr à la normale.

Sédiments de l’urine normale. — Presque toi jours les urines en se refroidissant laissent dt poser une petite quantité de matériaux insoluble qui se rassemblent au fond du vase. La quantité <M ces substances ne dépasse guère, à l’état normales du poids de l’urine. Ce dépôt est fornr de quelques globules de mucus entouré d’u. protoplasma albumineux que l’alcool rend plu apparent (0,30 de mucus par 1 000 d’urine), d quelques cellules épithéliales et de très-rare leucocythes. Souvent aussi, chez l’homme, ( dès que les moindres influences viennent en traver les fonctions digestives, respiratoires o ; cutanées, l’urine dépose quelques sédiments gri ou rougeâtres formés d’urates acides de sodium d'ammonium, de calcium ou de magnésium ; quel

URINES

URINES

qiiefois d'un peu d’oxalates terreux, si l'urine est très-faiblement acide. Dans l’urine des oiseaux et des reptiles, les sédiments d’urates acides sont toujours abondants. Nous avons dit plus haut comment étaient composés ceux qui se forment dans l’urine jumcnteuse des herbivores.

Nous reviendrons avec détail sur les sédiments urinaires dans un paragraphe suivant.

Réaction de l’orine. — L’urine normale de l’homme rougit presque toujours le papier de tournesol. Le maximum d’acidité a lieu dans la nuit, le minimum le matin. Quelquefois deux ou trois heures après le repas l’urine devient neutre ou même un peu alcaline. L’usage exclusif des végétaux la rend alcaline. L’acidité totale des urines des 24 heures correspond en moyenne à i gramme ou lfr,5 d’hydrate de sodium.

L’urine doit son acidité à des sels acides et spécialement à du phosphate acide de sodium (dû lui-même, d’après Liebig, à la réaction de l’acide urique et de l’acide hippurique sur le phosphate trisodique du sang), ainsi qu’à des urateset à des hippurat.es acides. L'expérience directe a prouvé qu'en effet le phosphate tribasique de sodium en solution dans l’eau dissout par molécule 2 équivalents d’acide hippurique ou urique et se convertit en phosphate monosodique, tandis que la liqueur devient fortement acide [Voyez Donath, Bull, delà Soc. chim., t. XXIII, p. 38 et Journ. de Pharm. et de Chim., novembre 18G7J. Toutefois, suivant Tudichum, l’acido cryptophanique serait l’acide normal auquel serait due l’acidité des urines, et d’après M. Bvasson l’urine la devrait à un phosphate uricosodique que l'on peut retirer de l’urine, ou fermer artificiellement par synthèse, et qui cristallise à l’état de prismes droits à base carrée bien définis [Voyez Journal d'anatomie et de physiologie, Paris, 1872, p. 383 et 396].

Fermentation spontanée de l'crine. — Après être sortie de la vessie l’urine normale s’acidifie et se fonce en couleur; en même temps il s’y fait un dépôt d’acide urique et d’urates acides. Cette augmentation d'acidité, due en partie à une oxydation, s’observe même lorsque les urines sont mises à l’abri de l’air. Elle a été attribuée à une sorte de fermentation acide, provoquée par la présence du mucus, et peut-êtro à de petites cellules analogues à celles do la levûre de bière, qui n’existaient pas dans l’urine au moment do son émission, et proviennent sans doute de l’athmosphère. Sous ces influences combinées, il so forme dans ce liquide une petite quantité d’acide lactique et, suivant quelques auteurs, d’acide acétique.

Cet état acide des urines se maintient quelque temps, et l’on peut dire indéfiniment, avec M. Pasteur, lorsque dans l’urine acide bouillie on empêche la rentrée des germes aériens. Mais exposée à l’air, l’urine au bout de quelque temps et sans cause appréciable, devient d’abord neutre, puis fortement alcaline et dégage de l’ammoniaque aux dépens de son urée qui s’unit aux cléments de l’eau : CO AzsID-)-2H20 = C03(A7.fD)8. Il se forme alors sous l'influence de l’alcalinité de la liqueur un sédiment abondant de phosphates et d’oxalates terreux, do phosphate ammoniacomagnésien et d’urate ammonique.

M. Van Tieghcm a montré que pendant la fermentation ammoniacale de l’urine on trouve toujours dans ce liquide une torulacée formée de globules en chapelets de 0mm,0015 de diamètre, petit ferment organisé qui jouit de la propriété de transformer très-rapidement en carbonate d ammonium l’urée dissoute dans l’eau \Ann. scientif. de l’école normale, t. I]. D’après Muséums, le ferment ammoniacal de l’urée ne serait pas un ferment organisé, mais serait analogue à la diastase (Voyez (Jrée, t. III, p. 562).

Action de quei.qijes réactifs sur l’crine normale. — En général, l’urine soumise à l’ébullition ne se trouble pas. Toutefois si elle est neutre ou un peu alcaline, la chaleur y fait naître un léger précipité formé surtout de phosphates qui se redissolvent en partie à froid dans les bicarbonates que la chaleur n’a pas entièrement décomposés.

L’urine mélangée de 2 à 3 millièmes d’acide chlorhydrique, azotique ou même acétique se fonce en couleur sans donner de précipité immédiat et laisse, au bout de 24 à 30 heures, déposer de petits cristaux d’acide urique mélangés d’une matière brune contenant du fer d’après M. Magnier de la Source; les alcalis troublent immédiatement l’urine en donnant un précipité formé surtout de phosphates terreux, et plus tard d’un peu de phosphate ammoniaco-magnésien et quelquefois d’oxalates.

L’acétate et le sous-acétate de plomb précipitent du chlorure, des sulfates, des phosphates et de l’urate plombique. Une partie de ces précipités est soluble dans un excès de réactif. La matière colorante des urines précipite aussi par le sousacétate de plomb.

L’azotate d’argent précipite de l’urine, du chlorure, du phosphate et de l’urate.

Le chlorure de baryum donne dans les urines de l’urate, du phosphate et du sulfate barytiques.

L’oxalate ammonique précipite de Toxalate de calcium.

L'alcool concentré trouble l’urine; si l’on ajoute à celle-ci trois fois son volume d’alcool, on obtient un précipité qui, redissous dans l’eau, possède la propriété do transformer l’amidon en glucose ( Nephrosymase de A. Béchamp).

L’urine fraîche normale décolore l’iodure d’amidon. Elle décolore aussi un mélange de teinture d’indigo et de sulfate ferreux.

Après avoir fait connaître les principaux caractères généraux, les propriétés et la composition dos urines, nous allons traiter maintenant de chacun de ses matériaux en particulier, et de leurs variations dans l’état de santé ou de maladie, en commençant par les éléments organiques.

MATÉRIAUX organiques des urines

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