ANALYSE DES URINES
L’analyse complète d’une urine comprend essentiellement trois parties : 1° Les déterminations physiques et chimiques générales propres à cette urine ; 2° le dosage de ses cléments normaux; 3° La recherche et le dosage des éléments anormaux < u accidentels qu’elle peut contenir. Les déterminations générales sont relatives à la quantité d’urine émise en 24 heures, à l’absence ou à la présence et à la séparation des sédiments; à la densité, à la couleur, à la réaction acide ou alcaline de l’urine, etc. — Le dosage des éléments normaux comprend la détermination de l’eau et du résidu fixe, et le dosage proprement dit des divers éléments minéraux et organiques habituels. Les substances, telles que l’urée, l’acide urique, les phosphates, les chlorures, etc., qui se rencontrent dans toutes les urines, n’ont pas besoin d’être déterminées qualitativement, et il nous suffira de donner ici les procédés qui permettent de les doser. Les cléments anormaux, au contraire, tels que la glucose, l'albumine, les pigments biliaires, les graisses, l'acide lactique, et d’autres corps plus rares ou d’origine accidentelle, comme les substances médicamenteuses, doivent être d’abord recherchés par des réactions qualitatives préalables pour être ensuite dosées. Nous aurons donc pour ces substances à donner à la fois les méthodes de recherches qualitatives et quantitatives.
Déterminations générales. — (a). Quantité d’urine émise. — Le volume d’urine émise dans un temps donné se mesure au moyen de vases gradués et à la température de lü à 17°. On transforme ensuite ce volume en poids eu le multipliant par la densité de la liqueur. En général, on doit recueillir toutes les urines des 24 heures, et faire l’analyse du mélange de celles du jour et de la nuit, à moins que l’on ait intérêt à les doser séparément. Nous avons dit ailleurs que le volume et la composition des urines émises aux diverses heures du jour et de la nuit est essentiellement variable. On devra donc, pour résoudre les questions relatives aux influences do l’alimentation, de la veille et du sommeil, de la fatigue et du repos, de la fièvre, des crises morbides, etc., recuoillir à part et mesurer les urines correspondant à ces diverses périodes, et faire porter l’analyse sur chacune de ces parties séparées.
(b). Limpidité, séparation des sédiments. — Rarement une urine refroidie reste tout à fait limpide. Lorsqu’elle se trouble à peine, on peut, sans la filtror, procéder aux autres déterminations générales. Si elle laisse déposer des sédiments, une portion sera mise à part dans un verre bien conique pour laisser se former le dépôt que l’ou
URINES
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examinera comme il a été dit plus haut. Une autre portion sera filtrée, et l’on devra déterminer immédiatement sur cette partie la réaction acide ou alcaline, le poids du résidu fixe, doser l’urée, les sels ammoniacaux, l’acide hippurique et les gaz dissous.
(c) . Densité. — On peut la déterminer par les peséos ou par les aréomètres. La première méthode est de beaucoup la plus sûre, surtout si à l’aide d’une balance passable on pèse, dans un bon vase gradué et taré une fois pour toutes, un volume assez notable d’urine. Le quotient du poids par le volume donnera la densité de la liqueur avec une approximation de 3 décimales pour un poids d’urine de 25n grammes environ et une balance accusant le décigramme.
La méthode des aéromètres urinaires ou uroinètres expose, dans la détermination des densités des urines, à des erreurs notables. Ces instruments sc correspondent rarement et doivent être vériliés. La correction relative à la température du liquide doit être aussi faite avec soiu. On peut admettre que pour les urines qui ne sont ni sucrées 'ni a.bumineuses, une variation de 3 degrés au-dessus ou au-dessous de 15° centigrades fait varier d’une unité au-dessous ou audessus la troisième décimale de cette densité. Les uromètres sont généralement gradués de 1,000 à 1,010. Le plus souvent ils ne portent inscrits que les deux dernières décimales de cette densité. Ainsi 16 signifie densité = 1,016 à 15°, d’où, poids du litre = 1016. Pour être sensibles, ces instruments doivent avoir une grosse panse avec une tige fine, aplatie et bien calibrée.
(d) . Couleur des urines. — Les mesures relatives à la teinte et à l’intensité de coloration des urines se font en général par comparaison avee les couleurs d’un tableau type garni de teintes graduées variant du jaune pâle au rouge brun foncé, par degrés numérotés de 1 à 10 [Voyez iNeubauer et Vogel, Des urines, pl. IV]. On peut aussi, dans ce cas, avoir un ou plusieurs témoins colorés de la teinte des urines normales (lames de verre jaune clair à jaune rougeâtre) auxquels on comparera la couleur de l’urine qu’on examine; on étendra l’nrine avec de l’eau dans un tube gradué, jusqu’à ce que sa teinte soit la même que celle du témoin. Le rapport du volume primitif au volume final exprime l’intensité de la coloration cherchée, la coloration de la lame de verre étant prise pour unité.
Mesure de l’acidité ou de l’alcalinité des urines. — Le degré d’acidité et surtout d’alcalinité d’une urine doit être mesuré aussitôt que possible ; il varie, en effet, pour ainsi dire incessamment.
Pour mesurer l’acidité, on verse 50 centimètres cubes d’urine dans un gobelet de verre, et l’on y laisse tomber goutte à goutte une solution titrée de soude caustique contenant 38r,l de Na H O par litre ( solution dite normale de soude étendue de 9 volumes d’eau). Lorsque la liqueur tend à se troubler très-légèrement, on n’ajoute plus une nouvelle goutte de la solution alcaline titrée, sans avoir essayé chaque fois avec soin, sur un papier de tournesol très-sensible, la réaction du mélange. La teinture de tournesol ajoutée à l’urine elle-même donne, lorsque la liqueur est devenue presque neutre, une couleur grise décolorée qui empêche de recourir à ce procédé. Dès que l’urine commence à faire virerà peine la teinte du papier bleu, on lit le volume de soude dépensé. Cette solution alcaline sature, par centimètre cube, 0*r, 01)49 de SOl II*. On pourra donc exprimer en équivalent d’acide sulfurique l’acidité des urines qu’on examine.
Pour mesurer l’alcalinité d’une urine, on verse rapidement dans 10 à 50 centimètres cubes
d’urine un volume connu d’acide chlorhydriqui J j titré (36r,05 II Cl par litre) tel que le mélange] j devienne acide ; puis on opère comme ci-dessuJ 9 avec la liqueur décime normale de soude, et l’on] i dose l’excès d’acide chlorhydrique ajouté ; lili différence entre cet excès et la quantité totali* d’acide chlorhydrique donnera lodegi é d’alcalinité i
Poids un résidu fixe et de l’eau. — On n’avai ( j pas jusqu’ici de bonne méthode pour détermine d:i le poids du résidu fixe des urines. L’évaporation B en effet, décompose notablement l’urée et quelÆ ques autres substances, dissocie les sels ammo>H niacaux , chasse des acides volatils, etc. On m as remédie qu’incompléternent à ces inconvénients jj en saturant exactement l'urine au préalable pa:.3| une solution titrée d’hydrate de sodium, évaporan: et soustrayant le poids de soude correspondant i l’hydrate employé. La perte est à peu près pro portionnelle au temps que dure la dessiccation : : 100° et se renouvelle si le résidu après avoii i attiré l’humidité vient à être de nouveau chauffé D'un autre côté, la substance altérable hygroscopique, molle, qui reste comme résidu à 100° ne peut être privée d’eau d’une manière satis-s faisante même dans le vide. Aussi les dessicca; tions d’urine faites à 100° sur 10 à 30 gr. soni toujours longues et incertaines.
Pour parer à ces inconvénients divers, M. Mai gnier de la Source, appliquant à la détermination du résidu fixe des urines le procédé qui lui avai i déjà réussi pour le lait, fait couler d’un petii vase clos ne permettant l’issue du liquide que pan un petit bec étroit, 1 -centimètre cube environ d’urine dans un large verre de montre pesé. L< vase urinaire clos étant taré d’avance, lui donnepar perte, le poids de l’urine employée. Le verrti de montre qui l’a reçue est alors placé dans 16 vide sec. Au bout de 18 à 24 heures l’urine esdesséchée, et grâce à sa surface très-grande relativement à sa masse, elle l’est d’une manière si partfaite, qu’elle ne perd plus de poids, même par lu dessiccation la plus prolongée. Ce résidu est eigénéral à peine coloré, et cristallin. On pèst alors le verre de montre chargé du résidu urinaire et recouvert d’un verre analogue rodé suti ses bords, et la différence des pesées donne le résidu fixe relatif au poids d’urine employé. M. Magnior a montré que le poids ainsi obtenu est toujours supérieur à celui que fournit l’évaporation à 160°, faite dans les meilleures conditions, de 10 à 20 centimètres cubes d’urine- A 15° en effet, on ne risque de décomposer n l'urée ni les sels ammoniacaux. On peut effec- • tuer d’ailleurs sans peine dans une journée ul grand nombre de déterminations semblables.
Du poids du résidu fixe, on conclut, par différence, le poids de l’eau.
Poids total des sels minéraux. — A 50 grammes d’urine on ajoute une solution titrée de carbonate de sodium de façon à rendre la liqueur alcaline. On évapore à 100°, dans un creuset de porcelaineet l’on chauffe ensuite lentement pour carboniser.-, le creuset étant couvert, tant qu'il se dégage des fumées empyreumatiques. Cela fait, on reprend lu résidu charbonneux par l’eau bouillante, et ona épuise sur un petit filtre de papier Berzélius lavé à l’acide. Ou enlève ainsi les chlorures, les sulfates, une partie des phosphates, l’oxcès de carbonate de sodium ajouté. La liqueur évaporée cl calcinée donne le poids total A de ces sels. Une analyse minérale complète, ou les méthodes que nous allons décrire ci-dessous, permettent de les déterminer séparément. . ]
Le filtre et lecharbon qu’il contient sont ensuite j calcinés onsembleau four à moufle dans une cap- il suie de platine tarée. Le poids li des condrcs t est celui des phosphates terreux non décomposés par le carbonate de sodium ajouté, des carbo- f