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ATOMIQUES (POIDS). — 2/(6 — ATOMIQUES (POIDS

par la raison que les vapeurs dont il s’agit sont plus ou moins dissociées à la température où leur densité a été prise. Aux arguments qu’on a déjà présentés à l’appui de cette thèse nous avons à ajouter les suivants :

1° Le sulfure d’ammonium (AzH'>)sS et le sulfhydrate d’ammonium Az II'*. II S fournissent, le premier, 6 volumes de vapeur, le second 4 volumes, par la raison que le sulfure se dédouble en 2AzIl3 -f- II2 S = 6 vol., et le second en AzII3 -j- H2 S = 4 vol. Ces vapeurs sont de simples mélanges. Il résulte en effet des expériences de M. Horstmann [Ann. Chem.

Pltarm., Supplément b. VI, p. 741, et de M. Salet [Compt. rend., t. LXXXVI, p. 1080] que l’on n’observe aucune contraction lorsqu’on mélange les gaz ammoniac et hydrogène sulfuré secs, en proportions quelconques et à des températures variant de 00 à 86°. Ces gaz ne se combinent pas dans ces conditions. Dans leurs expériences récentes sur le sulfhydrate d’ammonium, MM. Moitessier et Engel sont arrivés à des conclusions analogues.

2° M. Nauinann a prouvé que le corps généralement désigné sous le nom de carbonate d’ammoniaque anhydre et qui est du carbamate d’ammonium

CO

^ Azll2 ^ O.AzIR

se résout en 6 volumes de vapeur, mélange de 2 volumes de gaz carbonique et de 4 volumes d’ammoniaque [Naumann, Ann. Chem. Pharm., t. CLX, p. 2].

3° Le calomel Hg2Cl2 se dédouble lorsqu’on le volatilise en HgCl2 -f- Hg = 4 volumes. Le fait de sa dissociation a été démontré par MM. Erlenmeyer et A. Le Bel. Lorsqu’on plonge dans sa vapeur un tube de platine traversé par un courant d’eau froide, du mercure métallique se condense sur ce tube.

4° L’hydrate de chloral

CC13-CIIC RS

se dédouble au moment où il se résout en vapeur en CC13-CH0 -J- H2 O = 4 volumes. On a démontré cela à l’aide d’une méthode indiquée par M. Troost. Ce chimiste avait avancé que l’oxalate de potassium cristallisé perdait de l’eau à 79° dans une atmosphère de vapeur de chloral hydraté, dans laquelle la vapeur d’eau occuperait une tension égale ou supérieure à la tension de dissociation du sel hydraté à cette température. Ce fait serait en opposition avec les principes développés par MM. Henri Sainte-Claire Deville et Debray. Il est clair que le sel hydraté ne devrait pas perdre de l’eau dans une atmosphère qui renfermerait autant ou plus de vapeur d’eau qu’il ne peut en céder à une atmosphère sèche à cette température, et qui par conséquent serait saturée de vapeur d’eau pour ce sel. Mais le fait n’est pas exact. M. Wurtz a démontré que l’oxalate de potassium cristallisé ne perd pas d’eau dans ces conditions, et qu’il se comporte exactement de la même façon lorsqu’on le chauffe soit à 79°, soit à 100°, d’une part dans une atmosphère de chloral hydraté, d’autre part dans un mélange d’air et de vapeur d’eau, et qu’il ne perd pas d’eau lorsque dans les deux mélanges la vapeur d’eau possède une tension égale ou supérieure à la tension de dissociation du sel hydraté. Bien plus, l’oxalate de potassium sec peut absorber une petite quantité de vapeur d’eau, dans une atmosphère de chloral hydraté, lorsque la vapeur d’eau contenue dans cette atmosphère s’y trouve à une tension notablement supérieure à la tension de dissociation du sel hydraté. Aux arguments qui

viennent d’être présentés on peut ajouter les suivants :

La vapeur d’hydrate de chloral se diffuse à travers un tampon d’asbeste, comme ferait un mélange de vapeur d’eau et de chloral anhydre [E. Wiedcmann et R. Schulze, Ann. Plivs., (2) t. VI, p. 193], y ’

L’hydrate do chloral se décompose par distillation fractionnée. Le chloral anhydre étant un peu plus volatil que l’eau, les portions qui passent d’abord sont plus riches en chloral anhydre que les autres: le résidu est plus riche en eau [A. Naumann, Deutsch. chem. Gesellsch., t. XII, p. 731],

MM. Moitessier et Engel ont employé un artifico ingénieux pour démontrer la décomposition de l’hydrate de chloral par le fait de la distillation : ils ajoutent du chloroforme, qui passe avec le chloral et qui, en se condensant, dissout une certaine quantité de chloral anhydre [Compt. rend., t. LXXXVIII, p. 293].

MM. Moitessier et Engel ont démontré d’un autre côté que l’hydrate de chloral ne se vaporise pas dans la vapeur de chloral anhydre à une tension supérieure à la tension de dissociation de l’hydrate, et que, lorsqu’on introduit de l’eau dans de la vapeur d’hydrate de chloral, à une tension supérieure à la tension de dissociation de l’hydrate, le mercure, au lieu de baisser dans le tube par suite de la volatilisation de l’eau, s’y élève au contraire par suite de la condensation d’une certaine quantité d’hydrate [Compt. rend., t. LXXXVIII, 22 avril 1879].

On le voit, les exceptions qu’on avait signalées à la règle d’Avogadro et d’Ampère disparaissent une à une, et l’on est en droit de considérer cette règle comme le guide le plus sûr pour la fixation des poids moléculaires des substances volatiles. On a développé ailleurs ft. I, p. 46] les principes à l’aide desquels on déduit les poids atomiques des poids moléculaires ainsi déterminés pour les combinaisons.

Un certain nombre de densités de vapeur déterminées, dans ces derniers temps, ont confirmé quelques-uns des poids atomiques adoptés dans cet ouvrage.

Il en est ainsi des densités de vapeur du chlorure de thallium et du chlorure de plomb qui ont été déterminées récemment par M. Roscoe et qui confirment les poids atomiques

Tl = 203,6 ; Pb = 206,4,

et les formules Tl Cl et PbCl2 (Roscoe).

MM. V. et C. Meyer ont déterminé récemment la densité de vapeur du chlorure cuivreux, à l’aide de la méthode ingénieuse qu’ils ont imaginée (Voir Densités des vapeurs dans le Suppl.). , Cette densité de vapeur est = 6,93, chiffre qui confirme la formule CusCl2, le chiffre théorique étant 6,84 [Deutsch. chem. Gesellsch-, t. XI,

Réserves sur l’application de la règle d'Avogadro et d’Ampère. — Toutefois, lorsqu’il s’agit de substances solides et surtout de corps cristal- ' lisés, il est important de faire une réserve sur les formules moléculaires. Il est très probable que le chlorure de sodium possède une densité 9 de vapeur qui confirmerait la formule Na Cl géné- (i râlement adoptée; mais il est certain d’un autre jj côté que la plus petite quantité de chlorure de sodium cristallisé qui puisse exister, ou en d’autres termes qu’un cristal élémentaire de sel I marin renferme certainement plusieurs molécules 1 de chlorure de sodium. Une seule molécule for- -, mée de 2 atomes et dont la forme dans l’espace s serait à peu près linéaire ne saurait former un solide à trois dimensions. En supposant que les B atomes de chlore et de sodium orrupont les soin-

ATOMIQUES (POIDS). — 2hl — ATOMIQUE (THEORIE).

mets du cube élémentaire, il faudrait au moins 4 molécules pour former un tel cube. Il est donc entendu que les corps cristallisés peuvent être formés par une agrégation de molécules de sels, comme les sels hydratés sont certainement formés par une agrégation d’une molécule de sel et de molécules d’eau.

Une réserve de ce genre, concernant les formules moléculaires probables, s’applique à plus forto raison aux corps solides et lïxes pour lesquels la loi d’Avogadro ne saurait donner aucune indication. Rien ne prouve que les formules en usage représentent les vraies grandeurs moléculaires, même [lorsqu’elles sont déduites, par analogie, de formules vérifiées par la loi des densités de vapeur. M. L. Henry a récemment attiré l’attention des chimistes sur ce point, et a fait remarquer que les oxydes métalliques fixes résultent probablement de la condensation de plusieurs molécules. S’il est vrai que le chlorure de plomb doive être représenté, d’après sa densité de vapeur, par la formule PbCl5, rien ne prouve que la formule analogue PbO représente la condensation moléculaire de l’oxyde do plomb solide. Celui-ci est probablement n Pb O. il en est vraisemblablement de même pour d’autres oxydes. M. L. Henry fonde son opinion sur un argument ingénieux. Ayant comparé les points d’ébullition de certains chlorures volatils minéraux et organiques avec ceux des oxydes volatils correspondants, il constate que ces derniers possèdent un point d’ébullition situé plus bas que celui des chlorures correspondants. Ainsi l’oxyde d’éthylène bout à 13°, le chlorure à 86°5; l’acide carbonique est gazeux à la température ordinaire ; le chlorure de carbone bout à 77°, et le gaz chloroxycarbonique à 8°; de même l’oxychlorure de phosphore possède un point d’ébullition moins élevé que le perchlorure. On remarque le contraire avec la plupart des chlorures et des oxydes métalliques : un grand nombre de chlorures sont volatils, alors que les oxydes correspondants sont fixes. Il semble donc que ces derniers soient les polymères des oxydes proprement dits que nous ne connaissons pas. A i’appui de cette idée, M. Henry cite le fait de la polymérisation de l’oxyde d’éthylène, récemment observé par M. Wurtz.

Il est très probable qu’un grand nombre de combinaisons solides, de sels par exemple, présentent de même une condensation moléculaire plus grande que cello qu’on leur attribue. Mais ici on ne peut rien affirmer, ces corps n’étant pas volatils ; la règle d’Avogadro et d’Ampère nous fait défaut. Au reste, il est à remarquer que dans certains cas les chimistes ont négligé de suivre les indications qu’elle donne sur les grandeurs moléculaires. Ainsi la formule moléculaire de l’anhydride arsénieux est, d’après sa densité de vapeur As* O6 et non As2 O3 comme on l’admet généralement. Il en est de même d’après MM. V. et C. Meyer de l’oxyde d’antimoine dont la molécule renferme Sb* O6 [Deutsch. chem. Gesellsch, t. XI, p. 12821. Cet exemple, joint aux considérations qui précèdent, semble démontrer qu’un grand nombre de molécules de la chimie minérale sont moins simples qu’on ne l’admet généralement. A cet égard, il est permis de dire que la chimie organique est plus avancée que la chimie minérale, dont il est temps de reprendre l’étude au point de vue qui vient d’être indiqué.

Loi des chaleurs spécifiques. — La loi de Dulong et Petit est une loi approchée, comme toutes les lois physiques, comme la loi de Mariotte, en particulier, dont les perturbations affectent nécessairement les lois de volumes découvertes par Gay-Lussac. On a vu,

t. I, p. 461, que les produits des chaleurs spécifiques par les poids atomiques no sont pas rigoureusement égaux. Quelques-uns s’écartent même sensiblement de la moyenne 6,4, les limites extrêmes étant les nombres 5,5 et 0,9.

Les corps simples dont les chaleurs atomiques sont trop faibles sont certains métalloïdes a poids atomiques faibles, tels que le bore, le carbone, le silicium, le phosphore, l’arsenic, le soufre, le sélénium, auxquels on peut joindre l’aluminium. Ceux dont la chaleur atomique dépasse la moyenne sont certains métaux parmi lesquels nous citerons le lithium, le sodium, le potassium, le thallium, le calcium, le manganèse, le molybdène, auxquels il faut ajouter le brome et l’iode. Mais c’est un fait digne de remarque que, tandis que les poids atomiques varient dans la proportion de 4 à 30, et les chaleurs spécifiques dans la proportion de 1 à 7, les produits de ces deux quantités ne varient que dans le rapport de 1 à 1, 2.

Les trois premiers éléments qu’on vient de citer, le bore, le carbone, le silicium, pouvaient être considérés jusqu’à ces derniers temps comme faisant exception à la loi de Dulong et Petit. Leurs chaleurs atomiques s’éloignaient notablement de la moyenno 6,4. Ces exceptions viennent de s’évanouir. Il résulte, en effet, des travaux récents de M. Weber que la chaleur spécifique du carbone, du silicium et du bore croît avec la température et devient constante à des températures élevées. Le fait a été démontré pour le carbone et le silicium; il a été rendu très probable pour le bore.

La chaleur spécifique du diamant est très voisine de 0,4589 à 985°, celle du graphite k 0,4674. Pour le silicium, elle est de 0,2029 entre- 0° et 252°, 3; pour le bore, elle croit de 0,1915 à. 0,3663 entre — 79° et 263°, 6. M. Weber admet,, sans l’avoir démontré pourtant, qu’elle s’approcherait de 0,5 à des températures plus élevées. Si l’on multiplie les chaleurs spécifiques ainsi rectifiées par les poids atomiques des éléments dont il s’agit, on obtient pour les chaleurs atomiques des nombres qui se rapprochent de la moyenne 6,4.

Carbone. Silicium. Bore.

Chaleurs spécifiques. 0,467 0,203 0,5 (?)

Poids atomiques.... 12 28 11

Chaleurs atomiques. . 5,6 5,7 5,5

On voit clairement par cet exemple que le» variations qu’éprouvent les chaleurs spécifiques avec la température sont une des causes des. perturbations de la loi de Dulong et Petit. H y en a d’autres qui sont dues aux erreurs d’observation dans la détermination soit des chaleurs spécifiques, soit des poids atomiques, lorsqu’il s’agit d’éléments rares ou difficiles à obtenir à l’état de pureté. On a déjà noté cela ainsi que les observations de Régnault sur d’autres incertitudes que comporte la détermination et même la notion des chaleurs spécifiques [t. I, p.462].

Quoi qu’il en soit, la loi de Dulong et Petit apparaît comme une grande loi de la nature, loi qu’il n’est pas permis de méconnaître, même à travers certaines incertitudes ou incorrections. El nous ne pouvons mieux faire en terminant cet article que de rapporter les paroles mêmes deauteurs de cette grande découverte : « Mais lr. seule inspection des nombres obtenus donne lieu à un rapprochement trop remarquable par sa simplicité pour no pas y reconnaître immédiatement l’existence d’une loi physique susceptible d’être généralisée et étendue à toutes les substances élémentaires » [Dulong et Petit, Ann. Chim. Phys. [2], t. X, p. 404]. Ad. Wurtz.

ATOMIQUE (THÉORIE). — On a expose l’origine moderne et le développement de cette

théorie qui consiste à interpréter le fait des proportions définies et des proportions multiples par l’hypothèse de particules indivisibles, possédant un poids invariable, douées de mouvement, et que l’affinité maintient réunies dans les combinaisons. Ces particules sont les atomes do Dalton. Les agrégations atomiques sont les molécules. On a déterminé les poids relatifs des uns et des autres par des considérations tirées des rapports pondéraux, suivant lesquels les corps se combinent, des densités relatives des gaz ou des vapeurs, des chaleurs spécifiques des corps solides, de l’isomorphisme, etc. Tout cela est du domaine de la chimie. Mais l’hypothèse dont il s’agit interprète non seulement les faits les plus importants qui sont afférents à cette science, elle rend compte aussi de phénomènes nombreux qui sont du ressort de la physique : elle est devenue un lien entre les deux sciences et un instrument de progrès pour l’une et pour l’autre.

En adoptant l’hypothèse d’atomes et de molécules, la science positive n’a considéré jusqu’ici que leurs poids relatifs. Tout ce qui concerne leurs dimensions absolues, leur nombre, leurs mouvements, leur forme, leur structure était pure spéculation ou peu s’en faut. Il est permis de dire qu’il n’en est plus ainsi de nos jours.

Les mouvements moléculaires ont été dans ces derniers temps l’objet de travaux importants qui ont porté principalement sur la constitution physique des gaz et qui ont eu pour conséquence des révélations inattendues nonseulement sur les mouvements et les vitesses, mais encore sur les distances réciproques et les dimensions absolues des dernières particules. Il s’agit là d’un essai sérieux, d’un puissant effort qui a été tenté par des physiciens et des géomètres de premier ordre, et qui paraîtrait digne d’être noté quand bien même l’avenir dût en démontrer l’insuffisance.

Daniel Bernouilli a émis le premier l’idée que les gaz sont formés par de petites particules matérielles, animées de mouvements rectilignes très rapides, et que la tension des fluides élastiques résulte du choc de leurs molécules contre les parois des vases qui les renferment [Ilydrodynamica. Argentorati, 1738. Sectio décima. Daniel et Jean Bernouilli, Nouveaux Principes de mécanique et de physique, dans le Recueil des pièces de prix, t. V, 1752]. Cette idée a été reprise à partir de 1821 par divers physiciens en Angleterre et en Allemagne [Herapalh, Annals of philosophy , New sérié, vol. I, p. 273- 340, 401, 1821; — Joule, Memories ofthe Manchester lit. and philos. Society, 2e série, vol. IX, p. 107, 1851; et Phil. May., 4e sér., vol. XIV, 211, 1857; — Kronig, Grundzüge einer, leorie der Gase. Berlin, bei A.-W. Haynet Poggend. Ann., t. XCIX, p. 315, 1856].

On doit à M. Clausius de l’avoir définitivement introduite dans la science [Ueber die Art der Bewegung welche wir Würme nennen, Poggend. Ann., t. C, p. 353, 1857], à M. Clerk Maxwell de l’avoir perfectionnée [Phil. Mag., 4e sér., vol. XIX, p. 22, 1860, et Phil. Mag., 4e série, t. XXXV, p. 185, 1860]. On consultera avec fruit pour l’historique et l’exposé de la théorie cinématique des gaz l’ouvrage de M. Oscar Meyer intitulé Kinetische Théorie der Gase. Breslau, 1877.

La loi de Mariotte apparaît comme une conséquence naturelle de cette hypothèse sur la constitution des gaz : il est évident que la pression doit augmenter proportionnellement au nombre des chocs et qu'à égalité de température ceux-ci augmenteront proportionnellement au nombre des molécules. Or, dans une même masse gazeuse, ce nombre augmentera avec la

pression dans la même mesure que le volume diminuera. Le volume restant constant, la pression augmentera pareillement par une élévation de température. Dans ce cas, le nombre des particules est resté le même, ainsi que leurs masses, mais leurs vitesses ont augmenté. Le nombre des choses a donc augmenté pareillement : la tension est devenue plus forte. L’énergie totale, la force vive de tous ces mouvements moléculaires donnent précisément la mesure de la quantité de chaleur.

On voit qu’il existe une relation entre la pression qu’exerce un gaz ou sa tension et les vitesses de ses molécules, leur masse et leur nombre dans l’unité de volume. A ces deux derniers facteurs on peut substituer la notion de poids spécifique qui est la masse de l’unité de volume. On a donc pu calculer les vitesses absolues des molécules en fonction de la pression et de la densité des gaz. M. Clausius a effectué ces calculs. D’après lui, les molécules d’air se meuvent avec une vitesse moyenne de 485 mètres par seconde, et les molécules d’hydrogène avec une vitesse moyenne de 1844 mètres.

Des faits d’observation vulgaire prouvent d’un autre côté que les molécules gazeuses ne peuvent pas franchir librement d’aussi grandes distances. La fumée s’élève dans l’air avec une certaine lenteur et une odeur intense ne se propage pas instantanément dans l’atmosphère d’une pièce. De fait, les molécules gazeuses, qui se meuvent avec une telle rapidité, ne franchissent pas instantanément de grandes distances. Leur nombre est tellement immense qu’à chaque instant elles arrivent en conflit, s’entre-choquent et rebondissent de telle sorte, que, dans une masse gazeuse formée par des molécules de même espèce, celles-ci se meuvent dans tous les sens avec des vitesses variables et, entre deux chocs, dans des directions sensiblement rectilignes. Ce mouvement de va-et-vient des molécules, qui a lieu dans tous les sens avec des vitesses d’autant plus grandes que la température s’élève, constitue précisément le mouvement calorifique. Il s’arrêterait et les vitesses deviendraient nulles, si toute la chaleur était enlevée au gaz. Le 0 absolu correspond à cet état. La chaleur contenue dans une masse gazeuse est la somme de l’énergie de toutes ses molécules; sa température est en rapport avec les vitesses moléculaires.

Pour les différents gaz, les vitesses moléculaires sont différentes à la même température, et les chemins moléculaires ou distances de libre parcours, c’est-à-dire les distances franchies entre deux chocs , le sont pareillement. Les auteurs de la théorie cinématique des gaz, MM. Clausius et Clerk Maxwell, ont pu calculer et les longueurs moyennes de ces chemins et la fréquence des chocs pendant l’unité de temps; et ces grandeurs ont pu être déterminées en valeur absolue, en introduisant dans le calcul certains facteurs que donne l’expérience, et en particulier ce qu’on nomme le coefficient de frottement des gaz.

Lorsqu’une masse gazeuse se meut en glissant à la surface d’un corps solide, elle tend à transmettre, par une sorte de frottement, une portion de ce mouvement à ce corps. 11 y a donc un ralentissement du mouvement des particules gazeuses dans la couche qui est immédiatement en contact avec le corps solide : c’est ce qu’on nomme le frottement externe. Mais la couche dont il s’agit subit à son tour une espèce d’entraînement de la part de la couche voisine, qui se meut plus vite qu’elle et qui lui transmet, une portion de son mouvement de masse. Il y a donc ralentissement d’un côté, accélération de

l’autre : c’est ce qu’on nomme le frottement interne. Mais cette transmission de mouvement ne peut pas avoir lieu sans perte, une portion du mouvement de masse étant convertie en mouvement calorifique : on sait que tout frottement dégage delà chaleur. Et le mouvement calorifique a cela de particulier que les molécules se meuvent dans tous les sens, tandis qu’elles progressent dans le môme sens dans un courant gazeux. Le frottement interne qu’exercent les unes sur les autres les différentes couches d’un gaz en mouvement a donc pour effet un dégagement de chaleur, c’est-à-dire une accélération du mouvement moléculaire. Cette transmission du mouvement ne peut se faire que par le choc des molécules, et l’on voit qu’il doit exister une relation entre le frottement

interne des gaz et la fréquence et l’énergie des chocs moléculaires, lesquels sont en rapport avec le nombre des particules et les distances qu’elles peuvent parcourir librement. D’un autre côté, le coefficient de frottement des gaz a pu être déterminé par des expériences directes [O.-E. Meyer, Poggend. Ann., t. CXXV, p. 580, 1805; — Clerk Maxwell, Phil. Mag., 4e sér., t. XXXV, p. 209, 1868], ou déduit des recherches de Graham sur la transpiration des gaz [London, Philos. Transactions, 1846, p. 573, et 1849, p. 349]. D’un autre côté, en transformant quelques-uns des facteurs indiqués plus haut, on peut exprimer le coefficient de frottement du gaz en fonction de leur densité, de leurs vitesses moléculaires et des distances parcourues entre deux chocs, c’est-à-dire des chemins moléculaires. On a donc pu calculer ces derniers, ainsi que le nombre des chocs pendant une seconde fO.-E. Meyer, Kinetische Théorie der Gase, p. 143] . Pour donner une idée des résultats obtenus, nous citerons quelques chiffres:

Chemins Nombre dos chocs

Hydrogène, H’

moléculaires.

en une seconde.

9180 millions

Azote, Az’

Oxygène, O2

Air, 0,8 A z2 -1- 0,2 O2.

Chlore, Cl2

Gaz des marais, C H4.

OOOOS48

Ammoniaque, AzH3.

Gaz carbonique, CO2.

Vapeur d'eau, H20.

Gaz sulfureux, S O2.

Les valeurs contenues dans ce tableau son calculées pour la température de 6° et pour h pression normale. Les chemins moléculaire; sont exprimés en dix -millionièmes de milli mètre. Ainsi les distances moyennes parcou rues par les molécules hétérogènes de l’air entre deux chocs ont été évaluées approximativement i 9o0 cent-millionièmes de centimètre ou à 95 mil lionièmes de millimètre. Le nombre des chocs que subit une telle molécule pendant une seconde s élèverait à 4,700 millions en supposant qu’elle se meuve avec une vitesse moyenne de 447 mètres.

Lorsque la pression diminue, la longueur des chemins moléculaires ou la distance de libre parcours des molécules augmente. Tandis que, a la pression ordinaire, elle ne dépasse pas pour laur un dix-millième de millimètre, elle peut atteindre plusieurs centimètres, lorsque le vide est fait a un millionième d’atmosphère. Les gaz ainsi raréfiés acquièrent des propriétés nouvelles qui ont été étudiées récemment par M W Crookes [On Radiant Matter, conférence faite à Sheffield en août 1879], Les distances de libre parcours des molécules étant notablement allongées, les pressions ne se transmettent plus instantanément dans tous les sens dans ces milieux ra-

réfiés, circonstance qui permet d’expliquer les mouvements du radiomètre. Lorsque, comme l’a fait M. Crookes, on fait passer une décharge électrique à travers un tubo dont l’atmosphère a été raréfiée à un millionième d’atmosphère, les molécules électrisées s’élancent, en ligne droite du pôle négatif vers la paroi opposée, et produisent alors, par l’effet d’un véritable bombardement moléculaire, divers phénomènes de phosphorescence, de calorification, etc., et môme des actions mécaniques que M. Crookes a fait apparaître par de brillantes expériences. M. Crookes désigne les gaz portés à ce degré de raréfaction extrême sous le nom de matière radiante.

On est allé plus loin. Connaissant les vitesses moléculaires, les distances de libre parcours et la fréquence des chocs, on a pu tirer des inductions sur les diamètres des molécules, sur leurs volumes, car n’est-il pas vrai que la longueur des chemins moléculaires dépend de la fréquence des chocs, et que celle-ci doit être influencée par la grosseur des projectiles? Ici nous no citons pas de chiffres et nous nous contentons d’indiquer la marche des idées.

D’autres considérations ont été invoquées pour la détermination approximative des diamètres moléculaires : en premier lieu, le rapport qui existe entre la densité d’un gaz et celle du liquide qui résulte de sa condensation [Loschmidt, Sitzungsberichle der Kaiserl. Akad. der YVissensch., in Wien, 1865, t. LU, 2e partie, p. 395 ; — Sir William Thomson, Silliman's A mer. Journ., t. L, p. 38 et 358, 1870, et Ann. der Chem. u. Pharm., t. CLVII, p. 54, 1871 ; — Maxwell, Phil. Maz., 1873, 4° sér., t. XLVI, p. 453].

Si Ton pouvait supposer que les molécules gazeuses fussent amenées au contact par la liquéfaction, la relation qui existe entre le volume réel qu’occupent les molécules matérielles dans l’unité de volume d’un gaz et ce volume serait donnée évidemment par le rapport entre les densités à l’état gazeux et à l’état liquide. C’est ce rapport que M. Loschmidt désigne sous le nom de coefficient de condensation; or le diamètre moléculaire peut être exprimé en fonction de ce coefficient et de la longueur moyenne des chemins moléculaires, c’est-à-dire de deux quantités connues. Il est certain que les valeurs ainsi obtenues doivent être trop fortes et représentent plutôt une limite supérieure, car la supposition que la liquéfaction amène les molécules en contact est évidemment inexacte. Mais on comprend qu’il ne s’agit ici que de valeurs approchées, et pour fixer les idées nous en citerons cinq qui se rapportent à des corps dont on connaît la densité à la fois à l’état de gaz ou de vapeur ou à l’état liquide [O.-E. Meyer, Kinetische Théorie der Gase, Breslau, 1877, p. 226 et 227].

Volume

Diamètre moléculaire moléculaire, (supposé sphérique).

Chlore 0,96 0,459

Vapeur d'oau 0,44 0,046

Ammoniaque 0,45 0,049

Gaz carbonique 1,14 0 T79

Gaz sulfureux 0,80 0*271

Les diamètres moléculaires sont exprimés en fractions de millionième de millimètre, et les volumes en fractions de millionième de millimètre cube. En comparant les chiffres inscrits dans ce tableau avec ceux qui expriment les chemins moléculaires (voir plus haut), on peut se faire une idée des distances des molécules par rapport à leurs dimensions.

Comme nous l’avons fait remarquer, il s’agit

là de valeurs approchées, mais c’est une chose digne de remarque ciuo les résultats numériques ainsi obtenus ont éto confirmés d’une façon satisfaisante à l’aide d’une méthode très différente qui a été employée en 1873 par M. Van der Waals [Poggend. Ann. Beiblütter, 1. 1, p. 10, 1 87 7 j .

Ce physicien a essayé d’évaluer les grandeurs moléculaires en prenant pour point de départ les perturbations de la loi de Mariotte. Nous avons dit plus haut que la cohésion des gaz est une des causes de ces perturbations : l’étenduo matérielle des molécules en est une autre, car il est évident que l’espace dans lequel les molécules peuvent exécuter leurs évolutions n’est pas en réalité celui du gaz lui-môme : il diffère de ce dernier de toute l’étendue des volumes moléculaires. On conçoit donc que les expériences de V. Régnault sur la compressibilité des gaz aient pu fournir les données nécessaires pour le calcul d’une constante représentant l’étendue matérielle des molécules, une des causes des perturbations de la loi de Mariotte. La môme constante a été calculée par M. Van der Waals d’après les variations du coefficient de dilatation. Il s’agit, comme nous l’avons vu, de millionièmes ou de fractions de millionièmes de millimètre , ces dernières grandeurs exprimant les diamètres des molécules et les premiers les distances moléculaires. Les données acquises sift- les diamètres des molécules ont permis de calculer approximativement leurs sections et leurs volumes. Et pour l’air ces deux grandeurs ne sont que de petites fractions, la première d’un carré, la seconde d’un cube dont le Côté serait la millionième partie d’un millimètre.

On peut faire un pas de plus : les volumes moléculaires étant connus, on peut calculer le nombre des molécules dans l’unité de volume des gaz et aussi leurs distances respectives et leurs poids absolus. Et ici nous arrivons à des nombres qui confondent l’imagination et dont on a quelque peine à saisir la signification réelle. Un centimètre cube d’air renfermerait 21 trillions de molécules, nombre qui représente 21 fois un million élevé à la troisième puissance1. Conformément à la règle d’Avogadro et d’Ampère, ce nombre serait le même pour les autres gaz. Supposez qu’un gaz soit tellement raréfié que la pression soit réduite à la millième ou môme à la millionième partie d’une atmosphère, le nombre des molécules qu’il renfermera sera encore prodigieux, puisqu’il sera la millième ou la millionnième partie du précédent. Seulement dans cet air raréfié les chemins moléculaires seront notablement allongés et le nombre des chocs sera diminué en proportion.

En partant des données approximatives acquises sur les dimensions des molécules et en tenant compte des densités, on peut évaluer les poids absolus des molécules et des atomes. Si nous disons qu’il faut 10 trillions de molécules d’air et 144 trillions de molécules d’hydrogène pour faire un milligramme de ces gaz, donnerons-nous une idée saisissable et surtout donnerons-une idée juste des valeurs dont il s’agit? On peut en douter. Et pourtant ces nombres ont été donnés. On les inscrit avec réserve, à titre de renseignement provisoire sur les limites que peut atteindre la divisibilité de la matière.

Au reste ces résultats approximatifs sur l’étendue des particules matérielles et sur la densité de cette poussière moléculaire qui constitue les gaz sont confirmés jusqu’à un certain point par des faits bien connus. On rappelle ici l’odeur intense qu’une parcelle imperceptible de musc peut répandre dans un appartement, la

J. Un trillon = (1, 000000) 3.

possibilité de colorer la flamme d’un bec de gaz avec un trois-millionièmede milligramme dechlorure de sodium; le pouvoir colorant intense de la rosaniline et de certaines matières analogues, l’extrôme ténuité de fils et de lames d’or' préparés par faraday, la minceur extraordinaire des bulles de savon, et des lames d’eau sur lesquelles Plateau a appelé l’attention des physiciens.

Tous ces faits, joints aux considérations que nous ayons exposées, semblent indiquer que les dimensions desmoléculos sontmesurées approximativement par l’ordre de grandeurs que nous avons indiqué. Mais comme il n’y a pas de grandeur absolue, ces dimensions si réduites peuvent présenter, d’un corps à l’autre, des différences considérables. Dans ces petitesses inouïes, il y a des grandeurs relatives, et dans ce monde invisible, comme dans le grand monde, il régne une grande diversité.

Jusqu’ici on n’a considéré ni la forme des molécules ni celle des atomes. Tout ce qu’on peut dire sur cette matière est pure hypothèse. On a supposé que la forme des molécules gazeuses était sphérique, et que les atomes eux-mômes étaient de petites sphères. Newton admettait qu’ils sont durs et incapables d’ôtre déformés. Mais alors comment se fait-il que dans les gaz ils peuvent se communiquer leurs mouvements par le choc et qu’ils rebondissent comme des corps élastiques? Il y a là une difficulté. Et puis, faut-il le dire, cette idée que des particules ayant des dimensions finies sont indivisibles peut soulever une autre difficulté. La chimie nous apprend qu’une molécule de mercure est plus grosse qu’une molécule d’hydrogène; pourquoi serait-elle indivisible? On répond qu’elle ne saurait être divisée par les forces physiques et chimiques, parce que sans cela elle ne serait pas du mercure. Il n’en est pas moins vrai que cette proposition de l’indivisibilité des atomes ne s’impose pas à l’esprit.

Elle s’impose d’autant moins qu’à plusieurs reprises on a émis l’hypothèse que certains atomes pouvaient être formés eux-mômes par l’union de plusieurs sous-atomes ou monades.

Dans ces derniers temps, des expériences nombreuses et importantes de M. Lockyer ont de nouveau attiré l’attention sur ce point. Comme elles ont eu un grand retentissement, nous croyons devoir présenter à ce sujet quelques observations dues à la plume autorisée de M. Salet.

Expériences de M. Lockyer. — L’hypothèse de la non-simplicité des éléments chimiques a été récemment invoquée par M. Lockyer pour l’explication d’un certain nombre de phénomènes qu’il a observés dans l’étude des spectres métalliques.

Chacun sait que ces spectres sont caractérisés par des lignes brillantes irrégulièrement réparties dans l’espace spectral; vient-on à élever la température de la source lumineuse, l’on voit paraître de nouvelles raies à différentes places, mais surtout du côté du violet et de l’extra-violet, et en môme temps le rapport d’éclat des raies primitives peut être altéré au point d’être interverti. Certaines raies se voient à des températures si basses que les parties extérieures des flammes ou des étincelles les fournissent aussi bien que les portions intérieures plus chaudes; elles se prêtent fort bien au phénomène du renversement. D’autres au contraire n’apparaissent qu’au voisinage des électrodes ou à la base des flammes, c’est-à-dire dans les zones à température maxima. Tous ces phénomènes semblent en rapport avec des changements survenus dans l’énergie relative de certains mouvements vibratoires du corps lumineux ; leur cause reste profondément cachée. M. Lockyer a tenté de les expliquer d’une

façon extrêmement hardie. Pour lui, la chaleur n’agit pas seulement en développant d’une manière régulière les raies les plus réfrangibles, elle dissocie graduellement les corps réputés simples en éléments nouveaux et si, sous son inlluence, des raies apparaissent ou prédominent et d’autres diminuent d’éclat ou s’évanouissent, c’est que la proportion du corps qui les fournit, élément ancien ou élément nouveau, augmente ou décroît elle-même dans la source lumineuse. Comme les éléments anciens se reforment par le refroidissement et qu’ils se dissocient toujours de la même façon par l’action de la chaleur, il semble que nous n’ayons jusqu’à présent aucun moyen de vérifier cette hypothèse. Cependant HI. Lockyer fait remarquer qu’elle donne la clef de deux autres séries de phénomènes observés par lui: 1° l’altération des spectres quand on les observe dans les étoiles; 2° la présence dans plusieurs spectres métalliques différents de raies courtes communes, — les raies courtes étant celles qui, dans le cas de l’étincelle, restent confinées dans le voisinage des électrodes , et qu]on peut appeler ainsi les raies des hautes températures.

Dans le spectre de Sirius, une des deux raies H du calcium manque; l’autre est fort visible et c’est la moins réfrangible. Or on admet gue Sirius est plus chaud que le soleil; si l’élévation de température était la cause de l’altération du spectre, ce serait la raie la plus réfrangible qui devrait recevoir un accroissement d'éclat. D’ailleurs ces raies sont fort voisines, et on les obtient toujours avec une intensité à très peu près égale. Si le calcium est un corps composé et si chacune des raies II est due à l’un de ses éléments, il sera impossible sur la terre, et en opérant avec le métal calcium, d’obtenir une raie sans sa compagne, parce que le calcium se décomposera par la chaleur en des proportions invariables de ces deux éléments; mais dans une étoile assez chaude pour que ces éléments puissent y coexister à l’état de liberté, ceux-ci peuvent se présenter dans des proportions relatives quelconques. De là dans les raies stellaires des altérations d’éclat relatif que nous ne pouvons reproduire sur la terre. On peut demander à SI. Lockyer si nous ne savons pas seulement les reproduire.

Quant à la présence dans plusieurs spectres de raies courtes communes, la cause en est attribuée parM. Lockyer à larésolution deséléments anciens en éléments nouveaux, dont certains seraient communs à plusieurs éléments anciens. Les coïncidences elles-mêmes ontété surtout signalées par le môme savant d’après la comparaison de plusieurs milliers d’épreuves photographiques. Mais la dispersion employée était-elle suffisante pour amener îa certitude à cet égard? M. Thollon, à l’aide de l’instrument le plus puissant que l’on connaisse, a résolu un certain nombre de soi-disant coïncidences, peut-être en résoudra-t-il encore d’autres; en tout cas, celles qui existeraient réellement ne seraient-elles pas dues à la présence dans les éléments observés d’impuretés communes?

M. Lockyer répond que ce sont des raies courtes qui coïncident, alors que les raies longues de 1 element considéré comme impureté ne sont pas visibles; or, ce sont elles qui apparaissent les premières lorsque l’on ajoute à dessein des quantités très petites et progressivement croissantes d un métal donné dans un autre dont on observe les suites.

L’objection ne manque certainement pas de poids. Pourtant, si ces raies courtes communes étaient les raies longues d’impuretés, connues ou non, existant à la fois dans plusieurs métaux?

Cela reviendrait à remplacer les éléments nouveaux de M. Lockyer par d’autres éléments, peut-être inconnus, mais de même ordre que les

j éléments anciens. Or qui peut répondre de la i pureté absolue des métaux employés par M. Locj kyer?

D’ailleurs, et plus simplement, si jusqu’à préi sent il est permis de dire que chaque métal a ses raies propres, il n’y a aucune absurdité à i supposer que certains métaux peuvent avoir quelques raies réellement communes. Pourquoi admettre dans les périodes vibratoires des divers atomes une incommensurabilité qui ne parait pas exister dans les poids atomiques eux-mêmes?

Atomes-tourbillons. — Dans ces derniers temps, une théorie a surgi, qui semble donner une démonstration mathématique et même une représentation expérimentale do l’indivisibilité, bien plus, de l’individualité propre et éternelle des atomes : ce sont les atomes-tourbillons de sir William Thomson [Pliil. Mag., 1867, 4e sér., vol. XXXIV, p. 15].

Cette conception est fondée sur les propriétés du mouvement tourbillonnant, propriétés qui ont été découvertes par M. Ilelmholtz en 1858 fCrelle- Borchardt’s Journ. fur Mathemalik, t. LV, p. 25, 1858]. Ce grand savant a analysé les tourbillons qui existeraient dans un liquide parfait, affranchi de tout frottement. Il considère dans un tel liquide des anneaux-tourbillons et des lignestourbillons ( Wirbelfüden und WirbeUinien). L’anneau-tourbillon est formé par un filet mince de liquide dont chaque molécule est douée d’un mouvement de rotation et qui est limitée extérieurement par un système do lignes-tourbillons (voir la figure 27) dont le plan est perpendiculaire à la direction du mouvement du tourbillon. M. Ilelmholtz a démontré que, dans certaines conditions rela- ' tives au mode d’action i des forces extérieures j sur les liquides, conditions qui sont remplies dans la nature, chaque ligne-tourbillon i demeure formée des i mêmes particules liquides,et comme ces lignes sont des courbes sans fin , des cercles , par exemple, il en résulte que l’anneau tourbillon renferme toujours une quantité invariable de liquide. Il pourra se déformer, se déplacer, sans que la connexion de ses parties puisse être rompue.

Pour donner au lecteur une idée de la forme et des propriétés de ces tourbillons, il suffit de rappeler les cercles que certains fumeurs savent lancer, ou mieux les couronnes qui se forment et s’élèvent en tourbillonnant dans l’air lorsqu’une bulle d’hydrogène phosphoré crève à la surface d’une cuve à eau.

On peut les produire à volonté à l’aide d’un appareil qui consiste en une caisse en bois dont, une paroi est percée d’une ouverture circulaire et dont la paroi opposée est formée par un drap fortement tendu. Dans l’intérieur de la caisse on produit des fumées de chlorhydrate d’ammoniaque, et on les chasse en appliquant un coup sec contre la paroi élastique. On voit alors un anneau de fumée se dégager par l'ouverture et se propager librement dans la pièce. Tout est mouvement dans cet anneau, et indépendamment du mouvement de translation les particules de fumée roulent sur elles-mêmes et exécutent des mouvements de rotation danschaque tranche de l’anneau. Chacune do ces dernières est formée par un ensemble de lignes courbes sur le trajet desquelles les molécules exécutent leurs mouvements de rotation, et cos-

mouvements ont lieu de l’extérieur de l’anneau vers l’intérieur dans le sens du mouvement de translation. Supposons que l’anneau se meuve dans le sens qui est indiqué par la flèche centrale (fig. 27), chaque particule de fumée de l’intérieur se mouvra dans le môme sens (ce qui est indiqué par les flèches courbes), chaque particule de l’extérieur dans le sens opposé, de telle sorte que la niasse entière de l’air ou de la fumée qui compose l’anneau tourne sans cesse autour d’un axe circulaire qui en forme en quelque sorte le noyau. Et ces mouvements ont cela de particulier que toutes les particules situées sur une des courbes (lignes-tourbillons) qui entourent cet axe sont indissolublement liées dans leurs voies circulaires. Ces tourbillons de fumée donneraient des anneaux-tourbillons de M. Ilelmholtz une idée exacte, s’ils so formaient et se propageaient dans un fluide parfait. Il n’en est pas ainsi; mais, tels qu’on peut les faire naître, ils peuvent servir à la démonstration de quelques propriétés de la matière tourbillonnante. Ils sont doués d’élasticité et peuvent changer de forme. Le cercle est leur position d’équilibre, et, lorsqu’ils sont déformés, ils oscillent autour de cette position qu’ils finissent par reprendre. Mais qu’on essaye de les couper, ils fuiront devant la lame, ou iront s’infléchir autour d’elle, sans se laisser entamer. Ils offrent donc la représentation matérielle de quelque chose qui serait indivisible et insécable. Et, lorsque deux anneaux se rencontrent, ils se comportent comme deux corps solides élastiques : après le choc, ils vibrent énergiquement. Un cas singulier est celui où deux anneaux se meuvent dans la même direction, de telle sorte que leurs centres soient situés sur la même ligne; et que leurs plans soient perpendiculaires a cette ligne. Alors l’anneau qui est en arrière se contracte continuellement, tandis que sa vitesse augmente. Celui qui avait pris l’avance se dilate au contraire, sa vitesse diminuant jusqu’à ce que l’autre l’ait dépassé, et alors le même jeu recommence, de telle sorte que les anneaux se pénètrent alternativement. Mais, à travers tous ces changements de forme et de vitesse, chacun conserve son individualité propre, et ces deux masses circulaires de fumée se meuvent dans l’air comme quelque chose de parfaitement distinct et indépendant [C.-P.-G. Tait, On some recent Progresses in physical Science].

M. Ilelmholtz ayant ainsi découvert la propriété fondamentale de la matière tourbillante, sir William Thomson a fait de cette découverte la base d’une conception générale du monde. Ce milieu parfait et ces tourbillons qu’ils parcourent représentent l’univers. Un fluide remplit tout l’espace, e* ce que nous nommons matière sont les portions de ce fluide qui sont animées de mouvements tourbillonnants. Ce sont des légions innombrables de fractions ou portions infiniment petites; mais chacune de ces portions est parfaitement limitée, distincte de la masse entière et distincte de toutes les autres, non par sa substance propre, mais par sa masse et par ses modes de mouvements, qualités qu’elle conserve éternellement. Ces portions-là sont les atomes. Dans le milieu parfait qui les renferme tous, aucun d’eux ne peut changer ou disparaître, aucun d’eux ne peut naître spontanément. ! Partout les atomes de la même espèce sont i constitués de la même façon et doués des i mêmes propriétés. Ne savons-nous pas en effet que les atomes d’hydrogène vibrent exactement selon les mêmes périodes, soit qu’on les chauffe dans un tube de Geissler, soit qu’on les observe dans | le soleil ou dans la nébuleuse la plus éloignée?

Telle est en peu de mots la conception des

atomes-tourbillons. Elle rend compte d’une manière satisfaisante de quelques propriétés de la matière et de toutes les hypothèses sur la nature des atomes; c’est celle qui parait offrir le plus de vraisemblance. On voit aussi qu’elle permet de faire revivre sous une forme plus acceptable que ne l’avait tenté Prout l’antique hypothèse sur l’unité de la matière. Au reste elle n’est point nouvelle. Descartes l’avait énoncée il y a plus de deux siècles, tant il est vrai que, lorsqu’il s’agit de l’éternel et peutêtre insoluble problème de la constitution de la matière, les mêmes idées se perpétuent à travers les âges et se présentent, sous des formes rajeunies, aux intelligences d’élite qui ont cherché à sonder ce problème. Il est peut-être insondable, mais ce que nous devons faire remarquer ici, en y appuyant avec force, c’est que la notation qu’on nomme atomique, puisqu’il faut bien lui donner un nom, est indépendante de l’hypothèse et lui survivrait, dans le cas où cette hypothèse serait remplacée par une autre plus générale ou plus plausible. La notation atomique s’appuie en effet sur des faits d’ordre multiple qu’elle relie entre eux et dont elle est en quelque sorte l’expression : elle est fondée d’une part sur les faits relatifs aux proportions fixes et aux proportions multiples, d’autre part sur les lois de volumes découvertes par Gay-Lussac. L’ancienne notation en équivalents ne tenait aucun compte de ces dernières lois. Elle est généralement hors d’usage. Ad. Wurtz.

A TRACTYLIGÉNINE. — Voyez Athactyline.

ATRACTÏLIXE, Cs°H80O8. — Ce corps se forme lorsqu’on saponifie l’acide actractylique par la potasse ou la baryte.

L’atractyline est une substance gommeuse, inodore, possédant une saveur sucrée spéciale; elle est très soluble dans l’eau et l’alcool, insoluble dans l’éther. Elle possède une réaction acide. L’acide sulfurique la dissout, en se colorant en jaune; lorsqu’on élève la température, cette teinte vire au rouge pourpre. L’acide nitrique l’attaque à chaud. L’hydrate de potassium étendu la dédouble en une matière cristallisable ÇL'atractyligéniné) et en une glucose [Lefranc, Compt. rend., t. LXXVI, p. 438.]

ATRACTYLIQUE (ACIDE), C80H5‘S2O18. — La racine de YAtractylis gummifera renferme, en même temps que de l’inuline, de l’asparagine et des sucres lévogyres, le sel potassique de cet acide, qui lui-même semble être un glucoside dont l’acide sulfurique serait un des constituants.

Pour préparer l’acide atractylique, on épuise la racine sèche par l’eau bouillante, on évapore la solution aqueuse à siccité, et l’on reprend l’extrait obtenu par l’alcool à 85 °/0. Ce véhicule dissout l’atractylate de potassium, qui se dépose, au sein de la liqueur concentrée, en beaux cristaux. Ceux-ci, purifiés par plusieurs cristallisations dans l’alcool, et décolorés au moyen du noir animal, sont ensuite transformés en sel plombique par précipitation de leur solution avec du sous-acétate de plomb. L’atractylate de plomb, suspendu dans de l’eau, est à son tour décomposé par l’hydrogène sulfuré. La solution aqueuse de l’acide évaporée à consistance sirupeuse ne cristallise pas ; l’acide étant très hygroscopique ne peut être obtenu qu’à l’état de sirop incolore.

L’acide atractylique, très soluble dans l’eau, possède une saveur styptique, et rougit fortement le tournesol. La solution aqueuse additionnée de chlorure de baryum ne se trouble pas ; pourtant, lorsqu’on porte ce mélange à l’ébullition, il se forme un précipité de sulfate barytique, et la liqueur renferme de l’acide valérianique, un glucoside (atracty’line) et une résine. Ce même dédoublement s’effectue dans la solu-

ATRANORIQUE (ACIDE). — 253 — ATROPINE.

lion aqueuse do l'acide, à la température ordinaire, après un certain laps de temps, ou lorsqu’on la fait bouillir avec ou sans acide chlorhydrique. Dans ces dédoublements, il se comporte comme un acide atractylodivalérianosulfurique.

Ce dédoublement d’acide atractyliquo s’accomplit en deux phases, et lorsqu’on n’achève pas la saponification il se forme de l’acide valérianique et un nouvel acide, l’acide fi - atractylique, C2oh33S2016, qui forme trois séries de sels comme l’acide primitif.

L’acide atractylique est tribasique et forme trois séries de sels correspondant aux formules suivantes : C3<>H33S20i8M ; C3°II32S2018Ms, et

Cao H51 S2 0 18 M3, M étant un métal monatomique. Les sels des deux dernières séries sont cristallisables, solubles dans l’eau et l’alcool étendu ; ceux dé la première série n’existent qu’en solution concentrée, et se dédoublent facilement en sels de la deuxième série et en acide.

Atractylate de potassium, C30 H32S2 018K2. — Ce sel, dont la préparation a été décrite plus haut, cristallise en aiguilles incolores, biréfringentes, solubles dans l’eau. Il est lévogyre, son pouvoir rotatoire étant de [a] j == — 5°, 77. Sa solution aqueuse, portée à l’ébullition avec un acide, subit la même décomposition que l’acide libre. Le chlorure de baryum précipite les solutions concentrées de ce sel, formant un sel barytique soluble dans un excès d’eau et dans l’acide chlorhydrique [Lefranc, Compt. rend., t. LXVI1, p. 954, et t. LXXVI, p. 438]. M. Wassermann.

ATRANORIQUE (ACIDE). — Cet acide se trouverait, indépendamment de l’acide usnique, dans- le Lecanora atra. On l’extrait au moyen de l’éther et on le sépare de l’acide usnique par cristallisation fractionnée dans le chloroforme bouillant : l’acide atranorique, étant moins soluble, se dépose d’abord. 11 cristallise en petits prismes fusibles à 190°, de la formule C19H1803; il est très peu soluble à froid dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, mais se dissout assez facilement dans les mêmes véhicules chauds. Les solutions dans les alcalis sont colorées en jaune paille; les acides en précipitent la substance inaltérée. L’hypochlorite de sodium produit une solution jaune qui se colore rapidement en rouge et se décolore à la fin.

Chauffé à 150° avec de l’alcool, l’acide atranorique donne des aiguilles très solubles, fusibles à 115°; l’aniline le convertit en une matière jaune fusible à 156° [Paterno et Oglialoro, Gaz. chim. ital., 1877, p. 189 ; Bull, de la Soc. chim.j t. XXIX, p. 470].

O. Hesse est d’avis que l’acide atranorique se confond avec l’acide hydrocarbusnique, et que le second acide du Lecanora atra, envisagé comme de l’acide usnique, est en réalité de l’acide cladonique ou (5-usnique (voyez t. III, p. 612). [O. Hesse, Deutsch. chem. Gesellsch., t. X, p. 1324.]

ATRIQUE (ACIDE), C16IH805. — Paterno avait désigné sous ce nom un des principes immédiats du Lecanora atra (voyez t. III, p. 613); dans son travail plus récent sur l’acide atranorique, il ne fait plus mention de l’acide atrique.

ATROPINE, en IP3 AzO3. — D’après les recherches de Lossen et de Kraut, on sait que l’atropine chauffée en vase clos, soit avec de l’eau do baryte, soit avec de l’acide chlorhydrique concentré, se dédouble en donnant comme produit constant, quand la température n’est pas trop élevée, de la tropine. et, selon que la température varie plus ou moins, un mélange en diverses proportions des acides

Tropique, Cil2 (O H) - CII(C8H3) -CO2 H.

Atropique, = CII - C II (C8 H5) - C OsII.

et Isatropique, C H2 = C (C6 H3) - C O2 H.

Le premier de ces corps, considéré comme un acide phényléthylénolactique, est. le produit direct du dédoublement de l’atropine, mais par perte d’eau il se transforme facilement, au sein même de la liqueur où il se produit, dans les deux suivants qui sont des isomères de l’acide cinnamique. L’atropine chauffée pendant huit jours avec de l’eau de baryte à la température de 60° donne de la tropine et de l’acide tropique à peu près pur; si on chauffe à 125°, on voit apparaître les acides atropique et isatropique en même temps que la proportion d’acide tropique diminue.

Récemment M. Ladenburg [Deutsch. cliem.

Gesellsch., t. XII, p. 941], a abordé la question de la synthèse de l’atropine et s’est proposé '• 1° de faire la synthèse partielle par la réunion des produits de dédoublement ; 2° de rechercher la constitution de la tropine pour arriver à la synthèse totale.

Synthèse partielle de l’atropine. — Elle s’effectue en faisant réagir l’acide chlorhydrique étendu sur le tropate de tropine.

Ce sel obtenu avec de l’acide tropique et de la tropine parfaitement purs (la tropine a été distillée à point fixe) forme des cristaux blancs très solubles dans l’eau et n’ayant aucune action sur la pupille. Chauffé pendant un certain temps avec de l’acide chlorhydrique étendu , il se transforme en atropine, comme le représente l’équation suivante :

CSH16 AzO, C9II903 = HsO — C17II23Az03;

ce qui montre que dans certaines limites de température les transformations que l’acide chlorhydrique fait subir à l’atropine doivent être limitées par une réaction inverse.

Le mélange de tropate tropique et d’acide chlorhydrique étendu est chauffé à 100° dans des tubes fermés ; au bout d’un certain temps, il se sépare une huile qu’après refroidissement on enlève par filtration. Le liquide filtré, saturé presque par du carbonate de potassium, donne une nouvelle quantité de corps huileux qu’on ajoute au précédent en vue d’un traitement ultérieur pour obtenir de l’atropine.

Le nouveau liquide filtré est sursaturé par le carbonate de potassium et donne un précipité qui se réunit en gouttes huileuses passant bientôt à l’état de cristaux. Ces cristaux sont essorés, redissous dans une petite quantité d’alcool et précipités par l’eau, au sein de laquelle se déposent des cristaux d’atropine pure.

L’atropine synthétique possède les mêmes propriétés physiques, chimiques et physiologiques que l’atropine naturelle. Son analyse a été faite. Elle fond à 113°, 5; son sulfate neutre dilate fortement la pupille. Elle donne avec le tannin, l’iodomercurate et l’iodure ioduré de potassium les mêmes réactions que la base naturelle. Des faits énumérés ci-dessus, il résulte que la connaissance de la constitution de l’atropine dépend uniquement de celle de la tropine. Tout récemment [Comptes rendus, t. XC, p. 872], M. Ladenburg a reconstitué de l’atropine avec l’acide tropique et la tropine, produits par le dédoublement de l’hyoscyamine, base isomérique avec la tropine.

Periodure d'atropine. — L’iode dissous dans l’iodure de potassium précipite l’atropine en brun ; ce précipité est soluble dans l’alcool d’où il se sépare en beaux prismes bruns de la formule C11 1123 AzO3, II I3 désignés sous le nom de triiodure d’atropine. Ces cristaux soumis à l’ébullition avec de l’alcool à 70° se convertissent en pentaiodure C17 II23 AzO3, III3, cristallisant en lamelles d’un gris bleuùtre métnlliquefJoergenscn, Deutsch. chem. Gesellsch., t. II, p. 460].

ATROPINE. — 25k — AURANT1INE.

Électrolyse. — Les solutions salines d’atropine soumises à l’électrolyse laissent déposer do l’atropine au pôle négatif. Au pôle positif, il y a oxydation; des produits ammoniacaux non étudiés se forment en môme temps que de l’aldéhyde benzoïque, de l’acide carbonique, do l’oxyde de carbone et un peu d’azote [Bourgoin, Bull. Soc. .chim., t. XII, p, 438J.

Analyse et extraction de l'atropine. — On , traite la belladone divisée par 10p. d’eau aiguisée d’acide sulfurique, on clarifie, puis on évapore à .100'’. Le résidu est repris par l’alcool qui au bout de vingt-quatre heures a précipité les mucilages; on filtre, puis on évapore encore à 100°. Le nouveau résidu, lavé avec du pétrole léger et rendu alcalin par l’ammoniaque, estagité avec du chloroforme. Après lavage à l’eau de la solution chloroformique, on l’évapore et on pèse l’atropine pure qu’elle laisse comme résidu [Gunther, Pharm. Zeitschrift fur Russland, t. VII, p: 89].

S. Wasilewsky [même recueil, t. XV, p. 042], recommande d’opérer comme il suit : On fait digérer, pendant vingt-quatre heures à 50°, des feuilles (VAtropa belladona coupées finement avec de l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique. L’extrait aqueux estagité avec du chloroforme, puis rendu alcalin [et encore agité plusieurs fois avec ce liquide. Après évaporation de la solution chloroformique, on obtient l’atropine cristallisée jaunâtre; 750 gr. de feuilles ont donné 0sr,416 d’alcaloïde.

Tropine et tropidine. — La tropine est une base volatile bouillant à 229°, dont la préparation et les propriétés principales ont été déjà indiquées [t. I, p. 481]. Distillée avec de la baryte, de la chaux ou de la chaux sodée, elle donne de la méthylamine et une huile odorante en petite quantité.

Chauffée à 180° en tubes scellés, avec de l’acide chlorhydrique fumant ou de l’acide sulfurique étendu (1 vol. S O4- H2 : 3 vol. H5 O), la tropine perd H2 O et se convertit en tropidine,

C8ïI15AzO — II2 O = Cs H18Az.

On isole cette dernière base en sursaturant par la potasse le contenu des tubes, et en soumettant à la distillation ou en l’enlevant par l’éther. L’atropine traitée par l’acide chlorhydrique concentré fournissant de la tropine, on peut obtenir plus facilement la tropidine par l’attaque directe de l’atropine à 180°; on sursature par la potasse et on distille. La liqueur alcaline retient dans ce cas les acides atropique, isatropique et un acide modifié qui paraît être la tropide.

La tropidine est une base tertiaire, liquide, très alcaline, et sentant fortement la conicine dont elle ne diffère que par II2 :

COIts Az C8H18Az CORtAz.

Conicine. Tropidine. Collidine.

Sa densité à 0° est 0,9665. Densité de vapeur : 4,08; la théorie exige 4, 26. Elle bout à 162-163°. Soluble dans l’eau plus abondamment à froid qu’à chaud. Ses solutions n’agissent pas sur la pupille.

Chlorhydrate de tropidine. — Sel très soluble et incristallisable; sa solution sert à préparer les autres sels.

Picrate de tropidine, C8 ID!>Az, C«II!(Az 02)80 IL — Soluble dans l’eau à chaud; il se dépose en aiguilles brillantes.

Chloroplatinate de tropidine,

(C8 H15 Az, H Cl)*, Pt Cl*.

La solution concentrée de chlorhydrate étant •additionnée de chlorure de platine laisse déposer de beaux cristaux prismatiques. Le sel est dimorphe (orthorhombique et clinorhombique), -mais les formes sont très voisines.

Chloraurate de tropidine, C8 H<8 Az, II Cl, Au CD

— Cristallise dans l’eau par refroidissement de sa solution chaude.

Éthyltropidine. — Chauffée en vase clos avec de l’iodure d’éthyle, la tropidine donne l’iodure d’un ammonium quaternaire. En partant de ce corps, on peut préparer le chloraurate

C8IH8Az, C* CI, Au Cl8 en beaux prismes.

Le chloroplatinate, non analysé, est en petits octaèdres [Ladenburg, loc. cit.]. A. Etard.

ATROPIQUE (ACIDE), C8H802. Il est isomérique avec l’acide cinnamique (phénylacrylique). (Voyez, 1. 1, p. 481.) — La potasse fondante transforme l’acide atropique en acide formique et en acide a-toluique. L’amalgame de sodium réduit la solution aqueuse d’acide atropique, et donne naissance à un nouvel acide, l’acide [3- phénylpro pionique (hydroatropique) , qui se présente comme un liquide huileux, et forme un sel calcique très soluble dans l’eau. L’acide atropique, chauffé avec de l’acide chlorhydrique concentré, donne un acide chloré, qui se décompose en formant de l’acide isotropique [Kraut, Ann. Chem. Pharm., t CXLVIII, p. 242; Bull. Soc. chim., t. XI, p. 491] .

Atropate de calcium, (C9U7Os)3Ca -f- 2 II2 O.

— Il est en grands cristaux, qui perdent leur eau à 110°. Le sel calcique renfermant 5 H2 O, décrit par Kraut (voyez 1. 1, p. 481), est du tropate de calcium [Lossen, Ann. Chem. Pharm., t. CXXXVIII. p. 230; Am. Chim. Phys. (4), t. VIII, p. 488.

ATROSINE. — Nom donné par Hübschmann à une matière colorante noire que l’ammoniaque précipite en petite quantité de l’extrait alcoolique de la racine de belladone; cette matière, insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, se dissout dans les acides et en est précipitée par l’ammoniaque. La coloration noire de la baie de belladone serait également produite par l’atrosine [F. Hübschmann, N eu, Jahrb. fur Pharm., t. XIX, p. 369].

ATTACOLITE (Blomstrand). (Min.). — Phosphate d’alumine et de chaux, avec fer, manganèse, magnésie, eau et soude. Masses indistinctement cristallisées, couleur saumon (de là son nom). De la mine de Westaua (Suède).

Dureté, 5; densité, 3,09.

Caractères. — Fond facilement ou bouillonne, en donnant un verre jaune brun. Avec la soude, réaction du manganèse.

AUG EDITH E (Blomstrand). (Min.). — Phosphate d’alumine hydraté,

Al2 O8, P2 O5 + A1208,3H20.

Masses clivables facilement en trois directions, trouvées dans la mine de Westana (Suède).

Incolore ou légèrement rosé. Éclat des faces de clivage fortement nacré. Densité, 2,77.

Caractères. — Dans le tube, donne beaucoup d’eau. Au chalumeau, infusible, à peine attaqué par les acides.

A l’UANT IA. — Nom donné par Gnehm a l’hexanitrodiphénylaminequi est employée comme matière colorante.

AURANTIINE, C28 II28 O12 -f- 4 H* O. — M. de Vry avait retiré des fleurs du Cilrus decumana de Java une matière amère cristallisée, qui avait été regardée pendant longtemps comme identique avec l’hespéridine, et ce n’est qu’après les recherches récentes de Hoffmann que l’on a distingué ces deux matières. Le principe immédiat du Citrus decumana a reçu le nom d’aurantiine.

Pour préparer l’aurantiine, de Vry choisissait les fleurs des arbres qui croissent à une altitude

AURINE. — 255 — AZOPHÉN YLÈN E.

de 700 mètres, parla raison que leurs fruits ne sont pas comestibles, tandis que les fruits mûris dans les parties basses de Java sont très recherchés Les fleurs étant soumises à la distillation avec l’eau, pour en retirer l’essence, le résidu de l’alambic fournit des cristaux d’aurantiine que l’on purifie par un traitement à . l’acétate de plomb et par de nouvelles cristallisations dans

l’eau. . . ,

L’aurantiine forme de petits cristaux cunorhombiques bien développés, de couleur jaune citron. Elle se dissout dans 300 p. d^eau froide et dans une quantité bien moindre d’eau bouillante: sa saveur est fortement amère. Les cristaux perdent 4I1S0 à 100° en devenant opaques, et fondent à 171°. Le chlorure de fer la colore en brun rouge. Les alcalis la dissolvent et les acides la précipitent de la solution sous forme d’aiguilles. Fondue avec de la potasse, elle fournit une matière différente de l’acide protocatéchique, bien que verdissant par les sels ferriques.

Les acides étendus et bouillants dédoublent facilement l’aurantiine en glucose et une matière

non encore étudiée.

Dehn, qui a examiné le dédoublement d’un échantillon d’aurantiine qui lui avait été remis par de Vry (à cette époque sous le nom d’hespéridine), a obtenu un sucre différent du glucose; mais Hoffmann n’a pas confirmé ce résultat. {Voyez t. II, p. 19.) L’aurantiine présente de grandes analogies avec l’hespéridine, la murrayine et la limonine [E. Hoffmann, Deutsch. chem. Gesellsch., t. IX, p. 690 ; Bull. Soc. chim., t. XXVI, p. 467]. A. Henninger.

AURINE. — Voyez t. II, p. 823.

AUSTRALÈNE OU AUSTRATEREBEN- THÈNE. — M. Berthelot a donné ce nom à l'essence de térébenthine dextrogyre fournie par le Pinus auslralis (voyez t. III, p. 308). Elle fournit un austracamphène et un auslrciisotérébenthène.

AVENTURINE. — Voyez Vemie, t. III, p. 679.

AVORNINE. — Elle est probablement identique avec la franguline [Faust, Bull. Soc. chim., t, XII, p. 483; voyez t. I, p. 1494.]

AXINE. — La Pharmacopée mexicaine de 1846 mentionne sous le nom d’axine ou d’agé une matière grasse siccative, extraite d’un coccus vivant sur une espèce de Schimus. La matière grasse extraite par ébullition avec de l’eau se présente sous forme d’une masse butyreuse revêtue d’une croûte dure d’un rouge orangé ; son odeur rappelle celle des fleurs d’arnica. Saponifiée par la potasse, elle fournit de l’acide laurique et un acide huileux particulier, l’acide axique, C18H2804.

Ce dernier acide absorbe rapidement l’oxygène de l’air et fournit une matière fusible à 35°, soluble dans l’alcool (acide hypogéique?) et un corps insoluble dans ce véhicule, 1 ’agénine [F. Iloppe, Journ. prakt. Chem., t. LXXX, p. 102 ; Bép. Chim.. pure, 1861, p. 158],

AZALÉiNE. — Syn.de Rosaniline, t. I, p. 314.

AZELAÎQUE (ACIDE). — Il est identique avec les acides anchoïque et lépargylique. (Voyez t. II,

AZO. — Pour les composés qui ne se trouvent pas à leur rang alphabétique, voyez le mot qui suit ou le mot générique.

AZOBENZOL. — Syn. d’Azobenzide; voy. Benzine dans ce Supplément.

AZOIQUES (COMBINAISONS). — Voyez Diazoïques (combinaisons), t. I, p. 1149.

AZOl’HÉNINE. — Ce nom a été donné par Kimich à une matière de la formule C30II28 Az50, cristallisant en lamelles rouges, qui se forme, indépendamment de l’azoxybenzide, lorsque le

paranitrosophénol est traité par l’aniline. Avec la paratoluidine, on obtient une substance homologue C40H37Az5O.

AZOPIIÉNYLÈNE, C12II8Az2. — L’azophénylène est une base découverte par Rasenack en soumettant à la distillation sèche un mélange de chaux et d’azobenzoate de calcium. L’huile rouge qui passe dans le récipient cristallise partiellement au bout de quelque temps , et de longues aiguilles jaunes en sillonnent la masse. Indépendamment de l’azophénylène, il se forme dans la réaction un corps rouge non encore étudié.

L’azophénylène peut être facilement purifié en dissolvant le produit brut dans de l’alcool ammoniacal et faisant passer un courant d’hydrogène sulfuré; dans ces conditions, il se forme de l’hydrazophénylène peu soluble qui se dépose, tandis que les impuretés restent en dissolution. Une seule sublimation suffit pour décomposer l’hydrazophénylène et le transformer par perte d’hydrogène en azophénylène pur.

Le métaazobenzoate et le paraazobenzoate de calcium fournissent par distillation sèche un azophénylène identique avec celui que produit l’azobenzoate. Les sels cuivriques des acides azobenzoïques ne donnent pas d’azophénylène, mais bien de fortes quantités d’azobenzol.

Diverses réactions synthétiques ont été essayées sans succès à l'effet d’obtenir l’azophénylène : telles sont la distillation pyrogénée de l’azobenzol, l’oxydation de la benzidine, et le traitement du dinitrodiphényle par la potasse alcoolique et la poudre de zinc.

Propriétés physiques. — L’azophénylène cristallise en fines aiguilles jaune clair, fusibles à 171°, peu solubles dans l’eau et les acides étendus; leur meilleur dissolvant est l’alcool froid dont il faut employer 50 p. L’éther et la benzine en dissolvent fort peu. Cette base distille audessus de 360° et répand, quand on la sublime, une odeur analogue à celle de la cannelle ; elle peut distiller avec la vapeur d’eau.

Propriétés chimiques. — L’hydrogène naissant s’unit à l’azophénylène pour former l 'hydrasophénylène, C12H10Az2, cristallisable en lamelles rhombiques. Cette réduction est opérée par l’hydrogène sulfuré, en présence de l’alcool et de l’ammoniaque. L’hydrhydrazophénylène exposée à l’air se colore en vert ou en bleu, et quelquefois pendant sa préparation on observe la formation d’un corps bleu intermédiaire. L’hydrazophénylène est presque insoluble dans l’eau et la benzine, peu soluble dans l’alcool. A 200°, il se dédouble en hydrogène et azophénylène en donnant presque toujours une certaine quantité de produit intermédiaire bleu. Avec les acides étendus, on obtient des sels d’hydrazophénylène dont la composition est variable par suite de leur peu de stabilité; la composition des chloroplatinates est également incertaine. Avec l’acide sulfurique concentré, on obtient une dissolution d’un vert foncé qui passe bientôt au jaune et finalement redevient verte en absorbant peu à peu l’humidité de l’air;, on considère cette réaction comme caractéristique.

Le chlore réagissant sur la solution alcoolique d’azophénylène provoque le dépôt de magnifiques aiguilles couleur carmin , qui sont le dichlorure C12H8Cl2Az2. Ce dichlorure perd du chlore à l’air et plus rapidement dans l’eau bouillante. En distiliant un mélange de pcrchlorure de phosphore et d’azophénylène, on obtient du trichlorure de phosphore et un corps rouge qui, au contact de l’eau, dégage de l’acide chlorhydrique et laisse un corps jaune. On a pu isoler des produits de cette réaction l’azophénylène di chloré C‘2II«Cl2Az2, fusible à 144°.

AZOPHÉNYLENE. — 256 — AZOTE.

Le brome donne avec l’azophénylène dissous dans la benzine des aiguilles jaunes de dibromure d’azophénylène C12H8Br2Az2, qui se déposent immédiatement.

On connaît des dérivés nitrés de l’azophénylène ; l’un d’eux s’obtient en chauffant à l’ébullition pendant huit heures un mélange d’acide azotique fumant et d’acide sulfurique avec cette hase ; il se forme alors du mononitrazophénylène Cl2II7(AzOs)Az2 cristallisable en fines aiguilles d’un jaune verdâtre fusibles à 209-210°, et sublimables à une température plus élevée.

Quand on emploie l’acide azotique fumant seul, les produits sont rouges et tout à fait différents, mais très difficiles à isoler. On a obtenu jusqu’à présent un corps fusible à 131°, non sublimable ; et détonant par la chaleur ; ce corps paraît être le dinitrazophénylène C12He(Az02)2Az2.

Un dérivé amidé peut être préparé par réduction du dérivé mononitré. Le dibromure d’azophénylène ne donne pas de dérivé amidé quand on le chauffe avec de l’ammoniaque alcoolique ; dans ce cas, il se fait du bromhydrate d’ammoniaque, et l’azophénylène est régénéré.

L’acide sulfurique fumant dissout l’azophénylène sans l’attaquer, même à l’ébullition. L’eau sépare la base inaltérée.

Produits d'addition. — L’acide chlorhydrique en solution concentrée se fixe à 120° sur l’azophénylène, la combinaison, très instable, cristallise en aiguilles d’un jaune intense. C’est le chlorhydrate d’azophénylène, C12H8Az2,HCl. Ses cristaux appartiennent au système orthorhombique ; ils se dissolvent en jaune dans l’acide chlorhydrique; l’eau les dédouble de suite quand elle est chaude.

Le chloroplatinate d'azophénylène,

(C12H8 Az2, H Cl)2, Pt CP,

forme de petites aiguilles dorées très brillantes.

Le chloraurate, C12 II8Az2, HCl, Au Cl3, est un beau précipité jaune.

Le chloromercurale, C12H8Az2,IICl, 2HgCl2, se dépose en belles aiguilles par le refroidissement d’une solution chlorhydrique bouillante.

Bromhydrate d’azophénylène, C12 H8 Az2, H Br.

— Beaux cristaux'brunâtres.

Iodhydrate, C12 H8 Az2, III. — Cristaux confus d’un vert foncé, presque noir, ressemblant à de l’iode libre.

L’azophénylène se dissout dans l’acide azotique étendu, mais on n’a pu obtenir de sel à l’état solide. On connaît des combinaisons avec les azotates métalliques.

Azophénylène et nitrate d’argent,

C12H8Az2, 2 Az O3 Ag.

— Précipité jaune très dense, soluble dans l’acide azotique étendu et bouillant, d’où il se dépose en magnifiques lames dorées. Ce sel détone quand on le chauffe brusquement ; l’eau à 100“ le dédouble, et l’acide chlorhydrique en sépare du chlorure d’argent.

Azophénylène et nitrate de mercure,

C12H8Az2, Hg (AzO3)2.

— Cristaux rouge rubis se déposant de l’acide azotique étendu bouillant. L’hydrogène sulfuré en précipite la totalité du mercure en combinaison avec l’azophenylène et du soufre.

Constitution de V azophénylène. — La' constitution de l’azophénylène peut être représentée par une des deux formules suivantes :

C6II4=Az C6II4-Az

l OU I .11

C8H4=Az C6 II4 -Az.

Malgré la différence de constitution et de fonc- I tion, il est curieux de rappeler au point de vue des propriétés jusqu’à quel point les dérivés hydro- -

génés de l’azophénylène ressemblent à ceux de la quinone.

Diverses synthèses tentées parClaus n’ont pas abouti [Rascuack , Deutsch. chem. Gesellsch., t. V, p. 367 ; — A. Claus et Pfeifer, Bull. Soc. chim., t. XVIII; — A. Claus, Deutsch. chem. Gesellsch., t. VIII, p. 37 ; — Claus et Hensinger, même recueil, t. VIII, p. 000]. A. Étard.

AZOTE. — Divers nouveaux procédés ont été indiqués pour préparer ce gaz.

Dans un flacon de 10 à 15 litres, on introduit 200 grammes de tournure de cuivre, exempts d’autres métaux, on les recouvre d’ammoniaque et l’on ferme le flacon avec un bouchon muni d’un tube à entonnoir et d’un tube de dégagement bouché par un tube de caoutchouc et une baguette de verre. Après un à deux jours, l’oxygène est complètement absorbé et il reste de l’azote qu’on déplace par de l’eau bouillie et qu’on lave dans de l’eau pure pour la débarrasser de l’ammoniaque entraînée [Berthelot, Bull. Soc. cliim., t. XIII, p. 314].

Lupton fait passer de l’air à travers une solution chaude d’ammoniaque, puis sur du cuivre chauffé au rouge dans un tube. L’oxyde de cuivre formé est immédiatement réduit par l’ammoniaque avec dégagement Je gaz azote, qui s’ajoute à celui fourni par l’air. De cette façon, le même cuivre sert à préparer l’azote d’une manière continue et pour ainsi dire indéfinie [Chem. News , t. XXXIII, p. 90].

Un mélange de chlorure de chaux et de sulfate d’ammonium produit à froid un dégagement d’azote [Cr. Calvert, Compt. rend., t. LXXIX, p. 796], L’hypobromite de potassium en solution, ajouté à du sel ammoniac, donne lieu à froid à un dégagement instantané d’azote; cette réaction permet de préparer l’azote dans un appareil continu, aussi facilement que le gaz carbonique.

Wolcott Gibbs chauffe un mélange d’azotite de sodium et de sel ammoniac avec de l’acide acétique additionné de dichromate de potassium ; ce dernier sel a pour but de transformer en acide azotique les vapeurs nitreuses qui se produisent en même temps que l’azote [Bull. Soc. chim., t. XXIX, p. 31].

Lorsqu’on chauffe l’azotate d’ammonium avec du peroxyde de manganèse, il s’établit une réaction violente, accompagnée d’une forte élévation de température. La réaction commence à 180° et produit un dégagement d’azote d’après la réaction

4 Az 0:) (Az H4) + MnO2 = (Az03)2Mn -f 8 112 O -f 3 Az2.

Si la température dépasse 215°, la réaction est plus complexe par suite de la décomposition de l’azotate de manganèse, qui donne des vapeurs nitreuses et de l’oxygène [Gatehouse, Chem. News, t. XXXV, p. 118].

Propriétés. — Cailletet a pu liquéfier l’azote sous une pression de 200 atmosphères, suivie d’une détente subite [Compt. rend., t. LXXXV, p. 1017].

D’après Plücker et ITittorf, l’azote peut donner suivant les circonstances un spectre de bandes, ou primaire, et un spectre de lignes, ou secondaire. A. Schuster a cru reconnaître que le premier de ces spectres ou spectre cannelé est dû à la présence d’un oxyde de l’azote: ayant fait passer l’étincelle dans un tube contenant de l'azote très raréfié et un fragment de sodium, il a d’abord observé le spectre de bandes, puis ayant chauffé le sodium, il n’a plus vu qu’un spectre de lignes; l’introduction d’une trace d’air dans le tube détermine immédiatement l’apparition d’un spectre de bandes [Poggend. Annal., t. CXLVIII, p. 106; Bull. Soc. chim., t. XVIII, p. 491; G. Salet a fait voir que le changement de spectre observé par Schuster élait dû à l’absorption de

l’azoto par le sodium chaud sous l’influence de l’eflluve électrique, le spectre cannelé disparaissant avec l’azote lui-même. Il se produit un azoture que l’eau détruit avec formation d’ammoniaque. Le spectre de lignes observé par Schuster n’est que le spectre du sodium; l’azote pur présente réellement deux spectres. Cette opinion a été admise depuis par Schuster, Cazin, etc. [Compt. rend., t. LXXXII, p. 223, 274]).

Fixation de l’azote libre sur les matières organiques, — Cette fixation a lieu, d’après les recherches de Berthelot , sous l’influence de décharges obscures. Ainsi l’azote se combine avec ] l’acétylène; il agit sur le méthane en fournissant de l’ammoniaque et un produit de condensation. Il rèsinifie la benzine et l’essence de térében- : thine. Il se fixe également sur la cellulose. Ces phénomènes jouent certainement un rôle dans la fixation de l’azote libre de l’air par les plantes f Bull. Soc. chim., t. XXVI, p. 58; t. XXVII,

: p. 485 et 480].

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