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GÉNÉRALES DES MATIÈRES ALBUMINOÏDES

I. — Aux réactions caractéristiques qui ont été indiquées (t. 1er, p. 94), nous ajouterons les suivantes :

1° Au contact de l’acide sulfurique concentré et en présence d’une petite quantité de solution sucrée, les matières albuminoïdes prennent une coloration rouge, qui passe bientôt au pourpre [Schultze, Ann. der Cliem. u. Pharm., t. LXXI, p. 283].

2° Traitées à froid par une petite quantité de sulfate de cuivre, puis par un excès de potasse, les solutions des matières albuminoïdes forment une liqueur bleue ou violette. Cette réaction peut servir à reconnaître les matières albuminoïdes solides : lorsqu’on touche celles-ci successivement avec une goutte de solution de sulfate de cuivre, puis avec une goutte de potasse, et qu’on lave ensuite avec de l’eau, l’endroit touché reste coloré en violet. Cette coloration n’a pas lieu lorsqu’on ajoute d’abord la potasse. Elle est d’autant plus rose que l’on emploie moins de sulfate de cuivre, et est alors entièrement semblable à la réaction du biuret [Piotrowski, Wiener Acad. Bericht., t. XXIV, p. 335].

3" Lorsqu’on dissout les matières albuminoïdes dans un excès d’acide acétique cristallisable et qu’on ajoute de l’acide sulfurique concentré, la liqueur prend une teinte violette et une légère fluorescence. Dans un état convenable de concentration, cette liqueur montre dans le spectre une bande d’absorption entre les lignes b et F de Fraunhofer. Cette absorption est analogue à celle

?uc détermine la matière colorante de l’urine ; urobiline) [Adamkiowicz, Deutsch. chem. Ges élis ch., t. VIII, p. 701].

4° On rappelle ici que le réactif de Millon est un des plus sensibles pour découvrir de petites quantités de matières albuminoïdes. Pour le préparer, on dissout d’abord à froid, puis à l’aide d’une douce chaleur, 1 p. de mercure dans son poids d’acide nitrique concentré; on étend la solution nitrique du double de son volume d’eau ; on laisse reposer pendant quelques heures, puis f on sépare la liqueur claire par décantation des

cristaux qui se sont déposés. Par l’ébullition avec cette solution ou à froid, au bout de quelque temps, les matières albuminoïdes, même très étendues, prennent une coloration rouge. Cette réaction se produit encore dans des liqueurs qui ne renferment qu’un dix-millième de matière albuminoïde.

II. — Les réactions que nous allons indiquer maintenant provoquent un dédoublement plus ou moins profond des matières albuminoïdes. Elles ont été étudiées, dans ces dernières années, par un grand nombre de chimistes et surtout par l’au teur de cet article, qui a pu en tirer certaines déductions dignes d’intérêt sur la constitution de ces matières. A ce point de vue on appelle spécialement l'attention du lecteur sur l’action des agents d’hydratation, acides et alcalis étendus. C’est principalement l’action de l’eau de haryte à une température élevée qui a permis à l’auteur de rassembler un grand nombre de données qu’il a pu grouper en vue de la solution du problème qu’il s’était posé. En raison de l’étendue de ces recherches et dans le but de ne pas trop allonger ces généralités, nous en rejetons l’exposé à la fin de cet article.

Action de l’eau sur les matières albuminoïdes. — Les anciennes observations de Mulder concernant l’action de l’eau bouillante sur la fibrine avaient conduit ce chimiste à admettre qu’il se forme dans cette circonstance un corps plus oxygéné que la fibrine et qu’il a désigné sous le nom de tritoxyde de protéine. Elles ont ôté complétées récemment par M. Lubavin [Die Eiweisskôrper, p. 200]. Ayant chauffé dans une marmite de Papin de 120° à 150° la matière albumineuse provenant du liquide d’une ascite, il a obtenu une solution brune qui exhalait une odeur de bouillon et qui renfermait de la leucine et do la tyrosine. La caséine chauffée avec de l’eau à 200° en tubes scellés a fourni, indépendamment d’un produit résineux, un liquide jaune-brun et des croûtes cristallines de tyrosine. Le liquide renfermait en dissolution ce dernier corps, ainsi que la leucine. On voit que, dans ces circonstances, les matières albuminoïdes éprouvent un commencement d’hydratation.

Action des acides étendus. — On a déjà mentionné l’action que les acides étendus, et en particulier l’acide chlorhydrique faible, exercent à froid sur les matières albuminoïdes insolubles, qu’elles gonflent et dissolvent même en partie. A l’ébullition, ces matières éprouvent, par l’action des acides étendus , des transformations multiples qui ont été étudiées dans ces derniers temps par M. Schützenberger [Bull, de la Soc. chim., t. XXIII, p. 161, 193, 216, 242, 385, 433 et t. XXIV, p. 2 et 145]. Les recherches de ce chimiste ont porté sur l’albumine coagulée, mais il est probable que les autres matières albuminoïdes subiraient des dédoublements du même genre. Voici comment il a opéré.

Une certaine quantité d’albumine sèche ost délayée dans 6 a 8 litres d’eau à laquelle on ajoute 200 grammes d’acide sulfurique concentré. Le tout est soumis à l’ébullition pendant une ou deux heures. Au bout de ce temps, les petites masses d’albumine cuite se sont divisées et délayées dans la liqueur et le tout s’est converti en une bouillie homogène incolore. L’albumine est dédoublée en deux produits, l’un soluble, l’autre insoluble. Ce dernier forme un précipité gélatineux qui, après lavage, se dessèche en une masse grumeleuse, amorphe, fendillée, jaunâtre, mais dont la poudre est presque incolore. Ce produit, insoluble dans l’eau, l’alcool et l’éther, a été nommé hémiprotéine. Il forme, à peu de chose près, la moitié de la quantité d’albumine employée. Il renferme, indépendamment d’une

petite quantité de soufre : C — 52,66 à 54,83; H = 7,01 à 7,31 ; Az = 14,22 à 15,08.

La solution acide séparée de l’hémiproteine contient, comme élément principal, une substance amorphe, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool, d’une réaction légèrement acide : c’est Vliémialbtmine. Ce corps renferme C = 50; H = 7 ; Az = 15,4, nombres qui s’accordent avec la formule C24H'l0AzGO10. 11 n’est pas impossible que le produit dont il s’agit renferme de l’albumine-peptone. En tout cas il s’en rapproche.

Indépendamment de cette matière, on a pu extraire de la solution alcoolique : 1° une petite quantité d’un acide azoté, C2,HM)Az6016; 2° une substance analogue à la sarcine ou hypoxanthine, un corps réduisant énergiquement la liqueur de Fehling, et qui est sans doute du glucose ou un corps analogue.

Par une ébullition prolongée avec l’acide sulfurique étendu, l’hémiprotéine se dissout ellemême, quoique lentement, et se convertit en une substance amorphe d’une saveur faiblement sucrée, insoluble dans l’eau et dans l’alcool et précipitable par lo nitrate mercurique de sa solution aqueuse. Ce corps a reçu le nom d’hémiproléidme. 11 renferme

Substance séchée à 120*.

Carbone 41,13

Hydrogène . . . 6,48

Azote 14,5

Substance séchée à 100".

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