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IV. - BACTÉRIES

[Schizophytes, Schizomycètes]. — Cellules de dimensions minuscules, rondes, ovales, cylindriques, en filaments, droites ou courbes, mobiles ou immobiles. Membrane enveloppe très ténue, insoluble dans l’ammoniaque, l’acide acétique concentré, l’iode, l’acide sulfurique étendu. Protoplasme hyalin devenant granuleux avec l’âge. Pas de noyau, mais souvent des vacuoles. Chez les grandes bactéries mobiles, on a découvert deux cils vibratiles placés aux extrémités de la cellule. Depuis que les microscopes et surtout les procédés de coloration des bactéries deviennent plus parfaits, on découvre de plus en plus des bactéries ciliées, et il devient probable que toutes les espèces mobiles sont pourvues de flagellums.

Bien des essais de classification de ces ferments si nombreux ont été présentés; on a tour à tour attribué plus d’importance à la grandeur des cellules, à leur forme et à leur réunion en colonies, à leur couleur, à leur mouvement, à l’existence de flagellums, à la germination des spores, etc. Le système de classification naturelle n’est pas encore trouvé; néanmoins il est commode pour l’étude et la description de conserver les divisions établies par M. Cohn en 1872 [Beitrüge zur Biologie der P/lanzen, t. 1, p. 127] :

1° Sphérobactéries ou bactéries globulaires. — Un seul genre, Micrococcus, en petites cellules sphériques ou ovales, d’un diamètre de 1 à 3 p, isolées ou réunies en chapelets (torula) ou quadrijuguées. Immobiles.

2° Microbactémes ou bactéries en bâtonnets courts. — Un seul genre, Bactèrium, en cellules cylindriques, mobiles, isolées ou groupées par 2, 3 ou 4, mais pas davantage. Les bactéries diffèrent des micrococcus par leur mobilité et leur forme un peu plus allongée, des bacilles par la brièveté des articles.

3° Desmobactéries ou bactéries en filaments droits ou ondulés. — Deux genres : 1° Bacillus en filaments rectilignes, longs ou courts, mobiles ou immobiles, disposés en chaînes d’articles souvent nombreux ; c’est, le genre bactéridium de Davaine : 2° Vibrio, en filaments ondulés, mobiles ; ce dernier genre pourrait être rangé avec autant de raison dans les spirobactéries.

4° Spirobactéries ou bactéries en filaments contournés. — Cellules en forme de tire-bouchon, à mouvement rapide et réversible. Doux genres, Spirillum et Spirochœte qu’on pourrait réunir en un seul.

Enfin les espèces de l’ancien genre, Leptotkrix, sont envisagéesaujourd’hui comme formées parla réunion bout à bout d’un grand nombre de desmobactéries ; elles diffèrent des torula en ce que les filaments ne sont pas étranglés au niveau des articulations.

Les imperfections de cette classification sont évidentes si l’on songe au polymorphisme des schizophytes, pour lequel M. Neelsen a apporté récemment un exemple frappant [ Beitrüge aitr Biologie der Pflanzen, 1880, t. III, p. 187.]

On sait que dans les laiteries du Nord, dans les pays de la Baltique, par exemple, le lait prend quelquefois, surtout en été, une co-

FERMENTATIONS

loration bleue peu d'heures après la traite. Cetta fermentation spéciale, qui règne épidémiquement et ne cède qu’à une désinfection complète de tout le matériel, est due au développement d’un bacillus mobile chromogène, qui est assez rarement entouré d’une zooglée, et est alors immobile. A mesure que le sucre de lait disparaît et que le milieu s’acidifie, les bacillus s’unissont en chaînettes, perdent leur mobilité et diminuant de longueur, prennent une forme bactéridienne, quelquefois étranglée vers le milieu des cellules. C’est le terme du cycle dans le lait et ce cycle se reproduit lorsqu’on sème les globules dans du lait frais.

Ensemencé dans le liquide de Cohn (voir p. 820), ce microbe se développe en bacilles mobiles, qui forment une spore à une de leurs extrémités; la spore tombe dans le liquide et y germe. Le bacille, de son côté, continue son mouvement. Le tout est incolore.

Quand on ajoute du lactate d’ammonium au liquide de Cohn, le microbe, tout en restant mobile, prend la forme d’un micrococcus, mais sa multiplication par scissiparité et son pouvoir chromogène réapparaissent. Quand la liqueur devient alcaline, les micrococcus s’entourent d’une masse gélatineuse et s’immobilisent.

Enfin, si l’on ajoute du nitrate de potassium à la liqueur de Cohn, le ferment prend la forme d’un leptothrix, forme maladive qui se reproduit encore dans le lait, mais ne le fait plus bleuir. Le microbe paraît être aérobie et par conséquent ne constitue pas un ferment proprement dit.

Reproduction des bactéries. — Deux modes sont bien constatés aujourd’hui : multiplication par scissiparité et reproduction par sporulation.

Dans le développement par sectionnement, on voit la cellule grandir en longueur, son protoplasme s’éclaircir suivant une ligne médiane perpendiculaire au grand axe, puis une cloison se forme à cet endroit, limitant ainsi deux cellules qui se séparent au bout de quelque temps. Chacune de ces cellules subit ensuite une nouvelle division. Quelquefois le sectionnement transversal est précédé d’un léger étranglement. Les cellules de nouvelle formation ne se séparent pas toujours et alors on voit apparaître des chaînes de 3, 4, ou d’un plus grand nombre d’articles.

La rapidité de cette multiplication par scissiparité, qu’il est facile d’observer dans la chambre humide du microscope, est souvent très grande; elle dépend, d’une manière générale, de la composition du milieu et de la température.

Le nombre des individus nés d’une seule cellule peut atteindre, au bout de deux jours, des grandeurs qui dépassent l’imagination.

Supposons, avec M. Cohn, qu’une bactérie se divise en deux dans l’espace d’une heure, puis en quatre au bout de la deuxième heure, puis en huit et ainsi de suite, en 24 heures le nombre des bactéries s’élèvera à 25*, c’est-à-dire à plus de 10 millions et demi. Au bout de 2 jours, le microbe se sera multiplié jusqu’au nombre 2*8 = 281 milliards 475 millions.

Pour nous faire une idée de la grandeur de ces nombres, prenons une bactérie longue de 2 p. et large de 1 p; 633 millions d’une telle bactérie occuperaient 1 millimètre cube, en admettant qu’il n’y ait pas d’espaces vides. Les bactéries engendrées au bout de 24 heures occuperaient déjà 1/40' de cet espace, mais au bout du deuxième jour elles rempliraient 442 centimètres cubes.

En réalité, la multiplication est moins prodigieuse, mais les nombres ci-dessus nous font comprendre l’action rapide et considérable des microbes.

La multiplication par scissiparité a été considérée pendant longtemps comme le seul mode de

FERMENTATIONS

propagation des bactéries. Et cependant, dès 1853, M. Robin, avait indiqué dans le Leptothrix buccalis la présence de petits corps ronds, qui, disait-il, sont peut-être des spores.

M. Pasteur a ensuite observé en 1805 « que les vibrions de la putréfaction et de la fermentation butyrique présentent une sorte d’ovule ou de corpuscule ovoïde réfractant fortement la lumière et qui se montre, soit à l’extrémité, soit dans le corps des articles. » Plus tard, dans ses études sur les vers à soie, le même savant admettait nettement deux modes dereproduction des bactéries : par scission et par noyaux intérieurs. Ces observations, précisées par MM. Cohn, Koch, van Tieghem et d’autres micrographes, ont conduit à la découverte de la sporulation des bactéries.

On observe la formation de spores vers la fin des fermentations, ou bien, lorsque le microbe est pincé dans des conditions peu favorables, soit que de telles conditions se présentent dès l’abord ou se constituent par l’accumulation des produits engendrés ou par une fermentation intercurrente, ou par l’accès de l’air, etc. Dans ces cas, on voit se former dans le protoplasme homogène, au milieu de la cellule, ou à une de ses extrémités, quelquefois aux deux bouts, un corpuscule très réfringent qui se transforme rapidement en une spore oblongue ou cylindrique réfractant fortement la lumière et présentant des contours très foncés. La cellule se détruit ensuite, mettant les spores ou corpuscules germes en liberté dans le liquide; ceux-ci ne germent d’habitude que dans un milieu nouveau. Les choses peuvent se passer différemment et nous avons déjà décrit plus haut l’exemple du microbe du lait bleu; celui-ci se développant dans le liquide de Cohn, évidemment peu favorable, forme une spore à une de ses extrémités, spore qui se détache sans amener la mort du bacille, et qui germe dans le même milieu.

Si les cellules du microbe sont accouplées en longs filaments, les spores occupent longitudinalement une rangée simple, disposition qui se conserve quelque temps après que les contours du filament se sont effacés ; les spores, emprisonnées dans une masse glaireuse, maintiennent leurs rapports de position et ne deviennent complètement libres que plus tard.

Introduite dans un milieu favorable, la spore entre en germination pourvu qu’on lui offre en même temps de l’oxygène libre (Pasteur). Elle se gonfle, atteint, au bout de 2 heures environ un volume double, et perd son éclat et ses contours foncés. Il apparaît alors, par condensation de la membrane enveloppe de la spore, aux deux pôles ou autour d’un seul, une ombre, suivant que la spore germe en travers (genre bacillus ) ou en long (genre clostridium ) [Prazmowski, 1880]. Au bout de 1 à 2 nouvelles heures, on voit apparaitre le germe sous forme d’une voussure, sorte de papille qui en s’allongeant rapidement constitue la jeune bactérie. Celle-ci se dégage ensuite de la membrane de la spore, chassée at dehors probablement par la contraction de celle-ci. La membrane reste inerte, tandis que la jeune cellule se propage par cloisonnement transversal.

Résistance des spores aux influences exté Heures. — Les spores des bactéries sont douées d’une très grande vitalité, beaucoup supérieure à celle des bactéries elles-mêmes. Elles résistent à l’action de l’eau, de l’alcool, de l’éther, de la pepsine, à la dessiccation, à des écarts de température de 200° (- 100 à -F 100 ), à l’action de l’oxygène sous pression, etc.

De là les noms de spores durables ou permanentes ( Dauersporen ) par lesquels on les désigne

Mentionnons, à cet égard, l’exemple remarquable des spores du Bacillus anlhracts :, que M. Pasteur, dans les mémorables travaux de ces

dernières années, a réconnues être la cause du charbon dit spontané. Ces spores amenées à la surface du sol par les vers de terre ont non seulement échappéà l’action des sucs digestifs de ces annèlides, mais résistent ensuite aux intempéries, à la putréfaction, etc., transformant pour de longues années en champs maudits les terrains dans lesquels les cadavres d’animaux morts du charbon ont été enfouis.

Les spores parfaitement sèches supportent une chaleur de 130° et au delà sans mourir. En présence d’eau, elles sedétruisent toutes, pourvu que l’ébullition soit prolongée suffisamment longtemps. La réaction du milieu et surtout le degré de dessiccation des spores influent notablement sur la température à laquelle leur vie s’éteint, et sur le temps nécessaire pour produire cet effet. M. Pasteur, dans son célèbre mémoire de 1862 sur les corpuscules organisés qui existent dans l’atmosphère, et dans ses études sur la bière (1876), a montré qu'en thèse générale les spores résistent mieux dans les solutions alcalines. Le lait frais, par exemple, doit être chauffé à 110“ pour devenir stérile, tandis que le lait aigri le devient déjà à 80-90° -, l’urine normale acide peut être stérilisée à 100°; saturée préalablement de carbonate calcique, elle exige une température supérieure.

M. Pasteur attribue cette différence frappante à la pénétration plus ou moins facile do l’eau dans l’intérieur des spores; à l’abri de l’humidité aucune spore ne meurt à 100°. On peut aussi admettre, avec M. Tyndall, que le milieu acide, peu favorable aux bactéries, exerce une action nocive sur le germe et, sans le tuer, l’affaiblit suffisamment pour qu’il ne puisse plus se développer dans ce milieu peu propice; on sait, en effet, qu’il suffit quelquefois de transporter dans un liquide plus fertile ces spores, mortes en apparence, pour les voir éclore.

En ce qui concerne la dessiccation des spores, M. W. Roberts et M. Cobn avaient annoncé que des infusions de foin, neutralisées préalablement ou non, peuvent être portées à l’ébullition, sous la pression ordinaire, pendant un quart d’heure et dans certaines expériences pendant deux, voire même trois heures sans être stérilisées. Maintenues ensuite à 35-40“, elles deviennent le théâtre d’un développement de bacilles, d’autant plus rapide qu’elies ont été bouillies pendant un laps de temps plus court [W. Roberts, Philos. Transmet., 1874; — F. Cohn, Beitrüge sur Physiol. der Pflanzen, juillet 1876].

M. Tyndall, n’ayant pu confirmer ces résultats dans une première série d’expériences, a trouvé la cause de ces différences dans l’état de siccité plus ou moins parfaite du foin. Le foin vieux, ou desséché à l’aide de la chaleur, donne toujours des infusions fécondes après l’ébullition; le foin récemment récolté, par contre, fournit généralement des liquides stériles [J. Tyndall, Les Microbes, édit, franç., p. 152 et suiv.].

M. Miquel a déterminé la température à laquelle meurent les spores de quelques bactéries, chauffées dans l’eau pure pendant deux heures :

Micrococcus vulgaires 50-55»

— ellipsoldeus 94-95»

Bacillus elongatus 96-97«

— subtilis 100-102°

— ureæ 94-95°

Gros bacille 98-100°

Bacterium termo 49-50°

— en bâtonnets 49-50°

Leptotlirix ramosa 59-60°

Rappelons que les moisissures et les levûres ne résistent pas à 55° [P. Miquel, Annuaire de Montsouris, 18811.

Cette inégale résistance des spores à la chaleur

fournit un précieux moyen de séparation, lorsqu’il s’agit de cultiver à i’état de pureté certains microbes (voir p. 812).

Composition chimique des bactéries. — On n’a étudié jusqu’ici, à ce point de vue, que les microbes de la putréfaction de la gélatine. Les résultats sont encore incomplets, à cause de la difficulté qu’on éprouva à séparer les bactéries du liquide nourricier; on ne peut les retenir sur le filtre; au commencement elles le traversent, mais elles ne tardent pas à en boucher complètement les pores. En acidulant le liquide par l’acide chlorhydrique et le portant à l’ébullition, on voit les bactéries se réunir en gros flocons, mais le produit ainsi obtenu est coagulé et altéré dans sa composition. Aussi s’est-on contenté d’analyser les bactéries adultes, plus ou moins englobées encore dans leur zooglée et lavées avec de l’eau acidulée par l’acide acétique, puis avec de l’eau pure et mises à essorer sur des doubles de papier buvard.

Voici d’abord les résultats numériques trouvés par MM. Nencki et Schaffer :

Zooglea

Bactéries

pure.

adultes.

Eau

Matières albuminoïdes.

Matières grasses

Cendres

Mat. non déterminées.

A l’analyse élémentaire, les bactéries débarrassées de matières grasses ont donné, déduction faite, des cendres :

Zooglea. Bactéries.

Az 14.47 13.92

Les matières albuminoïdes sont formées, en grande partie, d’une substance spéciale qui a reçu le nom de mycoproléine. On peut l’extraire par une solution de potasse faible (à 5 p. 1000) qui dissout à la chaleur du bain-marie la presque totalité de la masse des bactéries ; le résidu insoluble (2 °/o pour la masse zoogléenne, 5 °/0 pour les bactéries adultes) représente très probablement les membranes enveloppes des cellules et semble formé d’une substance cellulosique.

La solution alcaline est neutralisée par un acide et saturée de sel marin pur; la mycoproléine se précipite et est lavée avec une solution concentrée de sel, puis avec une petite quantité d’eau pure. Il n’est pas possible d’enlever ainsi tout le chlorure de sodium, la mycoprotéine étant soluble dans l’eau pure, et le produit obtenu retient de 4 à 8 °/„ de matières minérales.

La mycoprotéine est soluble dans l’eau, les alcalis et les acides. Sa réaction est faiblement acide. Séchée à 110°, elle ne se dissout qu’incomplètement dans l’eau. Les sels neutres la séparent de sa solution.

Le ferrocyanure de potassium, le tannin, l’acide picrique, le chlorure mercurique la précipitent abondamment. L’alcool ne la coagule pas. L’acide azotique ne donne qu’un faible trouble et ne produit pas la réaction xanthoprotéique. Le réactif de Millon la colore en rose, le sulfate de cuivre et la soude en violet. La solution potassique dévie à gauche le plan de la lumière polarisée |a| j = — 79°.

Par l’action de la potasse en fusion, elle donne de l’ammoniaque, des amines, une petite quantité de phénol, de l’acide valérique, de la leucine, d’autres acides amidés, en un mot, les mêmes produits que fournissent les véritables albuminoïdes.

FERMENTATIONS

La mycoprotéine se rapproche de la matière albuminoïde retirée par Sclilossberger de la levure do bière, sa composition est aussi la môme, comme on peut en juger par les chiffres suivants :

Bactéries Bactéries de la du mucaie gélatine, d'ammonium. Lovûre.

Az 14.71 14.91 14.73

La deuxième analyse donne la composition de la mycoprotéine retirée de bactéries qui ont été cultivées sur une solution de mucate d’ammonium à 3,3 °/0, contenant en outre des petites quantités de sels minéraux nutritifs; l’élaboration d’une substance aussi complexe aux dépens de l’acide mucique est un fait physiologique très intéressant.

D’après ses caractères, la mycoprotéine constitue une matière albuminoïde spéciale qui, par certains côtés, se rapproche des produits intermédiaires entre les albuminoïdes véritables et les peptones ; c’est peut-être un produit d’altération engendré par l’action de la potasse sur l’albumine génuine des bactéries [MM. Nencki et F. Schafler, Journ. prakt. Chem,, (2); t. XX, p. 443, et t. XXIII, p. 302; Bull. Soc. chitn., t. XXXIV, p. 665, et t. XXXVI, p. 638].

Culture des bactéries. — Nous avons formulé plus haut les règles générales qui sont à observer lorsqu’il s’agit de cultiver un microbe. Il reste à dire quelques mots de la nature du milieu, de la proportion d’oxygène libre et de la température qui exercent une grande influence.

Influence du milieu. — Les milieux dans lesquels se développent les bactéries renferment tous des matières azotées, généralement organiques ou ammoniacales, des matières ternaires (hydrates de carbone, acides végétaux, glycérine, etc.) et des sels minéraux, parmi lesquels du phosphate de potassium et de la magnésie. L’oxygène libre est nécessaire pour la germination des spores et pour les bactéries aérobies ; il est, au contraire, souvent nuisible aux anaérobies.

Les milieux doivent être généralement alcalins ou neutres; une acidité faible ne met pas un obstacle absolu au développement des bactéries, mais elle le ralentit beaucoup, à de rares exceptions près. Citons, par exemple le Mycoderma aceti (un bactérium), qui a besoin d’acide acétique libre pour prospérer. Les acides minéraux sont très nusibles; à la dose d’un demi-centième, ils entravent les fermentations bactéridiennes.

Un grand nombre de bactéries se développent dans tous les liquides de culture énumérés cidessous, mais n’y prospèrent pas également bien ; d’autres exigent, ou du moins préfèrent tel ou tel composé comme aliment, et ce sont précisément les bactéries qui agissent comme ferments proprement dits utiles au chimiste.

Cet aliment est alors consommé en grande quantité; c’est la substance fermentescible. Ainsi leMicrococcus ureæ exige la présence de l’urée; le ferment lactique celle d’une matière sucrée, etc. 11 est d’ailleurs probable que ces ferments peuvent se développer non seulement au contact de leur aliment normal, mais aussi en présence d’autres substances et les dédoubler aussi par fermentation. M. Fitz, dans un intéressant travail publié tout récemment, a découvert, en effet, que le Bacillus butylicus prospère indifféremment sur la glycérine, la mannite ou le sucre de canne, en faisant fermenter chacune de ces matières, bien entendu , d’après une équation spéciale (voir plus loin).

Les deux modifications opposées des corps doués du pouvoir rotatoire ne sont pas détruites

avec une égale facilité par les bactéries ; celles-ci, comme les moisissures, peuvent donc servir à isoler une de ces modifications d’un mélange optiquement inactif par compensation (acide tartrique gauche, Pasteur; propylglycol gauche (Le Bel).

Certaines bactéries sont très difficiles dans le choix de leur nourriture, s’il est permis de s’exprimer ainsi. M. Pasteur a montré que le microbe du choléra des poules, par exemple, ne se développe ni dans l’urine neutralisée ni dans l’eau de levùre, mais fort bien sur du bouillon de poule. Au bout de quelques jours, le développement s’arrête, et si l’on filtre alors le liquide, on reconnaît qu’il est devenu stérile pour de nouvelles cultures du même microbe. Ou bien, on peut mettre fin à l’expérience au bout de deux jours, avant que le développement du ferment ne soit arrivé à son apogée, filtrer alors et ensemencera nouveau le liquide. Lanouvelle culture sera peu productive, preuve évidente que le bouillon manque d’éléments nutritifs. D’ailleurs, l’hypothèse d’après laquelle le milieu serait infecté par un principe toxique secrété par le microbe doit être écartée ; car on peutévaporer le liquide stérile dans le vide et dissoudre le résidu dans du bouillon de poule frais, sans lui faire perdre le moins du monde sa fertilité.

Le microbe du choléra des poules enlève donc une ou plusieurs substances au bouillon de poule, qui ceitainemeut ne s’y trouvent qu’en très faible proportion (le poids du microbe formé est si minime), mais qui sont indispensables. Nous sommes ici en présence d'un fait analogue à celui que M. Raulin a constaté relativement à la nécessité d’une trace de zinc dans les liquides nourriciers de VAspergillus niger. (Voir p. 813.)

Les milieux le plus souvent usités pour la culture des bactéries sont les suivants :

1° Liquide de Colin contenant, par 1000 gr. d’eau, 10 gr. de tartrate d’ammonium neutre, 5 gr. de phosphate bipotassique, 5 gr. de sulfate de magnésium et 0 gr. 5 de phosphate de calcium.

2° Albumine de l’œuf étendue.

3° Urine normale; en la neutralisant par le carbonate calcique ou quelques gouttes de potasse, ou mieux encore en l’étendant d’eau de manière à abaisser sa densité vers 1,005, on augmente son altérabilité.

4° Bouillon de bœuf, de veau, de poulet neutralisé par la potasse; densité 1,024. On peut le préparer avec l’extrait de viande de Liebig, dont on dissout 50 gr. dans 1 litre d’eau; on neutralise à chaud et l’on filtre. Le liquide possède une couleur rouge ambrée, qui à la lumière diminue peu à peu d’intensité.

5° Sérum sanguin étendu d’eau.

6° Suc de fruits (fraises, raisins).

7° Suc de choux dilué.

8° Jus de veau.

9° Décoction de levùre (30 gr. par litre).

10° Petit lait.

11° Infusion de concombre, d’oignon, de navet, de betterave, de champignon, de foin.

12" Décoctions de chair de toutes espèces d’animaux (mammifères, oiseaux, poissons).

L’altérabilité de tous ces liquides n’est pas la même, c’est-à-dire, qu’exposés aux poussières atmosphériques, ils entreront en fermentation avec une facilite variable, donnant lieu à un développement plus ou moins abondant de microbes. On constate à cet égard des différences très notables non seulement d’un liquide à l’autre, mais aussi pour le même liquide, suivant qu’il a été rendu stérile par la chaleur ou par la filtration à froid (voir p.812); dans ce dernier cas, il est incomparablement plus altérable, comme si la chaleur avait pour effet de détruire certaines substances éminemment favorables à l’éclosion des

spores. M. Miquel, dans ses très utiles travaux | sur les bactéries atmosphériques, a cherché à apprécier le degré de cette altérabilité en la comparant avec celle du bouillon d’extrait de viande, prise comme unité ; voici les résultats :

Mode de Degré stérilisation, d'altérabilité.

Liqueur de Cohn

Albumine d’œuf

froid

Urine normale

froid

Urine normale

Urine neutralisée

froid

Bouillon neutralisé

UOo

XJrine normale étendue.

froid

Sérum sanguin dilué. . .

froid

e.oo

Suc de fruits

froid

Suc de choux dilué.. ..

froid

Jus de veau

froid

[P. Miquel, Annuaire de Montsouris, 1882].

D’après M. Tyndall, l’intusion de concombre est le milieu le plus altérable de tous ceux qu’il a examinés, et ils sont nombreux.

Influence de la température. — La température la plus favorable est généralement située entre 30 et 40°. Au-dessous de 30°, le développement des bactéries se ralentit, mais il ne s’interrompt pas même à 15°. Vers 0" il se trouve arrêté et audessous le microbe adulte est souvent tué. Un excès de chaleur est également nuisible, mais les bactéries présentent à cet égard des différences notables qui peuvent être mises à profit pour leur séparation. Dans les eaux communes, M. Miquel a trouvé un bacillus qui vit encore très bien à GO- TO0, mais qui meurt à 71-72°. Un léger écart de température anéantit, en effet, quelquefois l’action d’un microbe.

Le Bacillus anthracis, par exemple, se développe activement vers 37-39°, et meurt à 41° : ce qui explique pourquoi le charbon n’atteint pas les oiseaux, dont la température est trop élevée; mais il suffit de refroidir artificiellement une poule de quelques degrés, pour la rendre inoculable (Pasteur).

Le Bacillus butylicus, dont l’optimum de température est situé à 40°, se multiplie encore énergiquement sur la glycérine à 42°, mais ne produit plus de fermentation à 45°, 5 (Fitz).

Influence des cultures successives. — En ensemençant un ferment, dans un milieu approprié, on voit bientôt apparaître le trouble caractéristique du développement bactéridien; ce trouble augmente tant que le liquide renferme encore les principes nutritifs nécessaires ou tant que l’oxygène libre ne fait pas défaut, lorsqu’il s’agit de bactéries aérobies ; ce moment atteint, les bactéries se transforment en spores permanentes, tombent au fond et le liquide s’éclaircit.

Si, peu de temps après l’ensemencement, au bout de 2 à 3 jours par exemple, on prélève une trace du liquide pour la transporter dans un milieu frais, on obtient une seconde culture dont on peut semer une trace dans un troisième milieu, et ainsi de suite. Si le ferment primitif était pur, on peut perpétuer ainsi l’espèce à travers les générations successives, très nombreuses, avec ses caractères extérieurs et ses fonctions physiologiques intactes.

S’il est permis de généraliser les observations remarquables et inattendues de M. Pasteur sur les cultures successives des microbes du choléra des poules et du charbon, on ne réussit dans cette voie qu’à la condition expresse d’opérer en présence d’une quantité limitée d’oxygène ou bien d’espacer de quelques jours seulement les ensemencements. A mesure que, dans les cultures faites au contact de l’air, l’intervalle entre deux ensemencements successifs grandit, atteint

8 jours par exemple, les fonctions physiolo* giques du microbe, la virulence dans l’espèce, s’amoindrissent; d'abord le microbe n’est plus foudroyant, puis au bout de cuit lires continuées pendant quatre à cinq mois il a cessé d’être agent mortel. L’animal inoculé, légèrement atteint par la maladie, se rétablit et est devenu réiractaireaux atteintes du microbe primitif, très virulent. Il est vacciné, le virus affaibli, atténué par la culture, étant devenu un véritable vaccin.

Si la culture est prolongée plus encore, le microbe vaccin devient d’abord inerte, puis il est tué. La présence de l’oxygène libre est nécessaire pour obtenir cette atténuation; à l’abri de ce gaz, le virus conserve son énergie à travers de nombreuses cultures.

Ajoutons qu’inversement M. Pasteur a réussi à rajeunir, pour ainsi dire, le virus atténué et lui a rendu sa virulence première en le cultivant dans des conditions éminemment favorables, dans le corps de tout jeunes cobayes par exemple.

Ce n’est pas ici le lieu de parler en détail des travaux admirables de notre illustre savant, qui a ouvert une voie nouvelle à l’art de guérir. Découverts d’hier, ces faits ont reçu immédiatement la sanction de la pratique dans des expériences célèbres sur la vaccination, contre le charbon, d’animaux des races bovine et ovine. La raison de la préservation des animaux vaccinés est peut-être d’origine chimique, comme nous avons vu le bouillon de poule, par une seule culture du microbe du choléra des poules, devenir impropre à l'éclosion d’une nouvelle génération. Cette comparaison est prématurée, sans doute, mais elle se présente naturellement à l’esprit, avide de connaître la raison des faits.

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