ÉTUDE CHIMIQUE DE QUELQUES BACTÉRIES
Déterminer une bactérie, en établir l’individualité, est un problème complexe ; l’aspect morphologique de ces infiniment petits et l’équation chimique de leur vie changent avec le milieu. Aussi, comme le dit excellemment M. Duclaux, pour caractériser un ferment, il ne suffit pas d’observer sa forme, ses dimensions, qui subissent de nombreuses variations, mais il faut connaître en outre les conditions physiologiques de son existence, sa nature d’aérobie ou d’anaérobie, les aliments qu’il préfère ou ceux dont il se contente, les transformations chimiques qu’il amène dans le milieu où il vit, la température qui lui convient le mieux, celle à laquelle il périt, enfin il faut le poursuivre dans des cultures successives. Tout cela n’est pas de trop pour le caractériser. Cohn a dit qu’il y avait peut-être, dans le monde des infiniment petits, des êtres se ressemblant autant que les amandiers à amandes douces et amères.
L’observation de ces règles conduirait à une monographie complète de chaque bactérie et à une classification rationnelle des fermentations qu’elle détermine. Mais les bactéries ne sont pas encore suffisamment étudiées à ce point de vue; on ne connaît que pour quelques espèces les dédoublements qu’elles font éprouver aux divers composés organiques. Pour le moment, la question chimique est plu3 avancée ; on connaît mieux les dédoublements variés subis par tel ou tel composé fermentescible que l’on ne connaît les organismes qui les provoquent.
A défaut d’une classification des fermentations bactériennes d’après chaque espèce de microbe, on pourrait essayer de les ranger d’après la nature du produit principal de la réaction, comme on l’a fait à l’article Fermentation du corps de cet ouvrage; mais la plupart de ces actes vitaux
FERMENTATIONS. — 822
engendrent plusieurs produits, souvent en proportions égales. Aussi préférons-nous ne pas suivre cette méthode et diviser les fermentations bactéridiennes d’après la nature des réactions observées et établir des sous-divisions d’après la nature des composés fermentescibles.
En considérant la réaction chimique principale, on peut diviser les fermentations en plusieurs groupes: 1° fermentation par hydratation; 2° par dédoublement; 3° par réduction; nous en rapprocherons : 4° les fermentations par oxydation.
1° Fermentation par hydratation.
Fermentation de l’urée. — Ainsi qu’on l’a dit aut. I, p. 1449 et au 1. 111, p. 583, la transformation de l’urée en carbonate d’ammonium est provoquée par un ferment spécial étudié par MM. Pasteur et Van Tieghem. La Tonda urinœ, ou Micrococcus urece (Cohn), est en globules sphériques de lp.,5 associés deux à deux ou disposés en charges souvent assez longues (fig. 4 a de la planche). Il ne manque dans aucune urine devenue ammoniacale, que ce soit après l’émission ou à l’intérieur de la vessie. Toutes les fois qu’à l’aide d’un examen attentif on a cherché ce micrococcus dans le catarrhe vésical, on Ta toujours trouvé. Les anciennes idées nées de la théorie de la fermentation de Liebig, d’après lesquelles on attribuait la réaction alcaline de l’urine à l’action décomposante du mucus vésical ou de l’épithélium sur l’urée, doivent donc être abandonnées, et il faut admettre que des germes du Micrococcus ureæ sont arrivés d’une manière quelconque dans la vessie, soit par le cathétérisme, soit de proche en proche, en végétant dans le canal de l’urèthre. D’après M. Miquel, les germes de ce microbe sont du reste très répandus dans l’air [Bull. Soc. chim., t. XXIX, p. 387].
D’après M. R. de Jaksch, la température la plus favorable au développement du microbe est de 30-33°. Les éléments P, S, K, Mgetl’oxygène libre sont indispensables au microbe; celui-ci exige en outre une substance azotée (urée, oxamate sodique, ammoniaque) et une autre fournissant le carbone (hydrates de carbone, glycérine, sels sodiques d’acides gras univalents ou plurivalents) ; certains corps (glycocolles, asparagine, créatine, hippurates, peptones) suffisent à ce double besoin.
M. Jaksch admet que le Micrococcus ureæ est polymorphe; vingt-quatre heures après l’ensemencement, il formeraitdes baguettes longues de 2 à 3 p., larges de Op.,5, qui présenteraient les indices de 1 ou 2 étranglements. Au bout de quarante-huit heure-, ceux-ci étant devenus très nets, le microbe affecterait la forme des cellules rondes ordinaires rangées en chapelets. Enfin, au bout de quinze jours, les cellules seraient réunies en amas zoogléens par une substance visqueuse [Zeitschr. physiol. Chem., 1881, t. V, p. 395].
M. Musculus a fait, en 1876, l’observation très intéressante que les urines en fermentation ammoniacale renferment un ferment soluble, une diastase, qu’il a pu isoler par précipitation à l’aide de l’alcool. Cette substance possède la propriété d’hydrater rapidement l’urée, en dehors de tout microbe, de môme que la diastase saccharine l’amidon. Elle est instable : une température de 80°, les acides même faibles annihilent son action. Un papier imprégné de cette diastase et légèrement teint au curcuma constitue un excellent réactif de l’urée : humecté d’un liquide neutre contenant de l’urée, il ne tarde pas à se colorer en brun [Musculus, Compt. rend., t. LXXVIII, p. 132; t. LXXXI1, p. 333].
Ces faits, qui avaient pu paraître un instant en contradiction avec la théorie de M. Pasteur sur la fermentation ammoniacale de l’urine, ne de-
FERMENTATIONS
vaient pas tarder à recevoir une explication toute naturelle. MM. Pasteur et Joubert, tout en confirmant l’existenço do la diastase urinaire, attribuent sa production au Micrococcus ureæ. La propriété de sécréter ainsi des diastases ne se rencontre-t-elle pas très fréquemment parmi les levures et les bactéries? Sans microbe, pas de ferment soluble, et par conséquent pas de fermentation ammoniacale [Pasteur et Joubert, Compt. rend., t. LXXXI1I, p. 5J.
Le ferment qui produit la décomposition de l’acide hippurique en acide benzoïque et glycocolle paraît être identique avec le Micrococcus ureæ (Van Tieghem).
M. Miquel a trouvé dans l’eau d’égout un autre ferment ammoniacal de l’urée, le Bacillus ureæ, qui est, du reste, moins répandu que le Micrococcus, mais qu’il est facile de sc procurer en ajoutant à l’urine neutre stérilisée quelques gouttes d’eau d’égout portées pendantdeux heures à 80-90°. Neuf fois sur dix, l’expérience réussit, et l’urine fermente sous l’influence du bacille, le micrococcus, moins résistant à la chaleur, ayant été détruit.
Ce bacille est en filaments très grêles, mobiles, isolés ou réunis au nombre de 2, 3, 4. La longueur de ces cellules atteint 5 à 6p, leur largeur ne dépasse pas 0,7 à Op.,8. C’est un être anaérobie. A la fin de sa vie, il se résout en sporebrillantes, légèrement elliptiques, qui peuvent résister pendant plusieurs heures à une chaleur humide de 95-96° [P. Miquel, Bull. Soc. chim., t. XXXI, p. 391; t. XXXII, p. 126].
Fermentation pdtride. — On connaît les phénomènes complexes et les produits de la putréfaction des albuminoïdes [ voyez t. II, p. 1225, et Suppl., p 57]. Plusieurs fermentations se succèdent, mais au commencement les ferments d’hydratation interviennent principalement, transformant, tout au début, les albuminoïdes en albuminates et en peptones, et dédoublant ensuite celles-ci en acides amidés. Ce n’est qu’alors que les microbes réducteurs entrent en action. La peptonisation s’opère comme la fermentation ammoniacale sous l’influence de diastases secrétées par les microbes. Dans l’acte de la digestion, ces ferments jouent un rôle important : leur mission est d’achever la transformation en peptones des albuminoïdes qui ont échappé aux actions successives du suc gastrique et du suc pancréatique. Une partie de ces peptones est absorbée; une autre partie, étant complètement détruite, engendre les nombreux produits de la putréfaction ; on les a retrouvés- tous, ou peu s’en faut, dans les excréments.
Des travaux importants, parmi lesquels il faut citer surtout ceux de MM. Gautier et Etard, ont apporté des faits intéressants à l’histoire des produits de la putréfaction. Un article spécial leur sera consacré dans ce Supplément.
2° Fermentation par dédoublement.
Fermentation lactique. — Voyez t. I, p. 1448. Voici comment M. Pasteur décrit le ferment gui dédouble la glucose en deux molécules d’acide lactique : « Ce sont de petits articles légèrement étranglés vers leur milieu, isolés en général, rarement joints en chaînes de deux à trois articles. « Leur largeur est d’environ lp.,3, leur longueur est à peu près double. C’est donc un bacterium (fig. 4 b de la planche).
M. Ch. Richet a établi par des recherches intéressantes que l’oxygène rend plus rapide la fermentation lactique; que l’ébullition du lait, en coagulant une matière albuminoïde soluble, diminue de moitié l’activité de la fermentation ; enfin, que l’addition de peptones ou de sucs dt-
FERMENTATIONS
FERMENTATIONS
gestifs, pouvant en produire dans le milieu môme, auemente la rapidité de la fermentation [Ch. Richet, Compt. rend., t. LXXXVI , p. 550, t. LXXXV11I, p. 750].
Fermentation cellulosique. — M. Durin a trouvé une fois dans une mélasse d’Allemagne un ferment qui aurait la propriété de dédoubler la saccharose en lévulose et en une matière cellulosique qui se sépare en grumeaux au sein du liquide :
„CiîH*!0" = (C6 II10 05)n + n C6H'sOG.
L’agent de cette fermentation serait une diastase sécrétée par le microbe, sur la nature duquel l’auteur ne donne aucune indication [Compt. rend., t. LXXXIII, p. 128].
3° Fermentation par réduction.
Dans ces fermentations si nombreuses et si variées, une partie de la substance fermentescible s’oxyde complètement et passe à l’état de gaz carbonique et d’eau; l’oxygène nécessaire à cet effet est emprunté à l’autre partie du corps fermentescible, qui tantôt complique, tantôt simplifie sa molécule, mais devient, dans tous les cas, plus riche en hydrogène et souvent aussi en carbone. La totalité de l’h3rdrogène n’est pas toujours fixée par la matière organique, une partie peut être mise en liberté; c’est de l’hydrogène naissant qui, développé en milieu alcalin, peut provoquer des réactions par réduction comme le fait l’amalgame de sodium. Il transforme le sucre interverti en mannite, l’indigo en modification incolore; il réduit les nitrates, mais il n’attaque pas les sulfates.
Fermentation de la glycérine. — D’après les travaux de M. Fitz, ce corps peut Ctre mis en fermentation par plusieurs microbes.
1° Bacillus œthylicus (fig. 5 a de la planche). — Le microbe du foin le plus résistant à l’action de la chaleur (<), se développe très bien dans un milieu renfermant 30 pour 1000 de glycérine, 1 pour 1000 d’extrait de viande Liebig et 5 pour 1000 de carbonate de calcium précipité. On ensemence ce liquide avec de l’eau de lavage de foin, on fait bouillir pendant cinq minutes et l’on abandonne le tout à l’étuve à 40° dans un ballon fermé par du papier à filtre. La fermentation ne tarde pas à s’établir, et, au bout de quelques jours, une goutte du liquide peut servir à ensemencer de nouvelles portions de milieu glycérique stérilisé préalablement par une chaleur de 110°. Au bout de sept semaines environ, la fermentation est achevée ; le bacille transformé en spores permanentes est tombé au fond et le liquide contient de l'alcool éthylique pur et une très petite quantité seulement d'acides volatils et fixes. 200 grammes de glycérine ont fourni 256r,8 d’alcool, peut-être d’apres l’équation
C3i]s03 = CO* + CsHG0 + H*.
Quelquefois un bacille aérobie vient troubler la fermentation par le Bacillus œthylicus [A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch., 1878, p. 49].
2° Bacille succinique. — Le microbe qui transforme le malate de calcium en succinate, ressemble beaucoup au précédent; il se développe aussi dans la glycérine et donne pour 50 parties 10p,6 d’alcool éthylique, 1 partie d’acétate et 2 parties de formiate de calcium et une trace
(1) Dans ses premiers travaux, M. Fitz avait désigné lo bacille qui produit d? l’alcool éthylique sous le nom de Bacillus subtilis, le considérant comme identique avec le bacille du même nom de M. Cohn ; à l'heure actuelle, quoiqu'il n’ait pas encore publié une étude compléta de ce microbe, il semble distinguer les deux bacilles.
seulement d’acide succinique. Dans le milieu glvcérique, il conserve sa forme ordinaire.
Micrococcus cyaneus (Cohn). — Le microbe du pus bleu se multiplie très activement dans le liquide glycérique, en donnant une matière colorante bleue, la pyocyanine, et son produit incolore d’hydrogénation pouvant, a 1 air, régénérer la matière bleue. Le microbe est en très petites cellules elliptiques d’une longueur de lu, 5, généralement associées deux à deux; le liquide contient en outre un bacillus. Néanmoins, M* Fitz croit que les produits de la fermentation sont, en partie du moins, engendrés par le Micrococcus cyaneus. Ces produits nombreux sont formés principalement d’alcool ordinaire et d’acide butyrique, avec de petites quantités d’alcool butylique normal, d’acide acétique et d’acide succinique [A. Fitz , Deutsch. chem. Gesellsch., 18;8, p. 54 et 1893].
4° Microbes du pus orangé. — Ils font fermenter énergiquement la glycérine ; au début, il se développe exclusivement un micrococcus, vers la fin un bacillus vient s’y joindre. 100 grammes de glycérine ont fourni 23sr, 8 d’alcool éthylique,
et des traces seulement d’acides [A. Fitz, foc. cit.].
5° Bacillus butylicus (fig. 5 6 de la planche). — Ce bacille anaérobie du foin se développe plus aisément dans le liquide glycérique ci-dessus que les autres microbes qui l’accompagnent, si bien qu’il est en général facile de le purifier par des cultures successives. Mais, pour l’obtenir tout à fait pur, il faut employer, d’après M. Fitz, la méthode d’ensemencement d’une seule cellule de microbe. Il donne lieu à une fermentation très active dès la température de 31®, mais il agit plus vite vers 39-40°; vers 45-45*5, la fermentation s’arrête. Par son aspect, il ressemble au ferment butyrique de M. Pasteur; il est, par conséquent, beaucoup plus grand que le bacillus du foin qui détermine la fermen tation alcoolique de la glycérine. Il ne produit pas de zoogléa à la surface du liquide ; ses formes varient avec l’âge et le milieu : dans un liquide riche en glycérine, les cellules s’élargissent; si le milieu contient de l’albumine, elles deviennent au contraire ténues. Vers l’apogée de la fermentation, elles présentent généralement une voussure à leur milieu, ce qui leur donne la forme de tonneaux. L’iode ne teinte pas le microbe jeune ; mais, lorsque celui-ci approche du moment où il se transforme en spores, il prend avec le réactif une coloration violette intense, soit dans tout son intérieur, soit dans certaines de ces parties seulement. Les spores résistent dans le milieu glycérique ordinaireà une ébullition de quelques minutes , mais à la longue elles sont tuées beaucoup au-dessous de 1Û0°; vers 80°, elles perdent au bout de sept à onze heures le pouvoir de germer.
La fermentation de la glycérine par le Bacillus butylicus dégage un mélange d’hydrogène et de gaz carbonique; il se forme h la surface du liquido une mousse blanche abondante, qui tombe vers le dixième au douzième jour; la fermentation est alors près de sa fin. Quelquefois, lorsque le milieu renferme trop de sulfates, une fermentation sulfhydrique intercurrente, produite par un microbe spècial, entrave le développement du Bacillus butylicus avant que toute la glycérine soit disparue. Après une fermentation régulière, le liquide contient, pour 100 grammes de glycérine, 8sr,l d’alcool butylique normal, 176r,4 d’acide butyrique lf, 7 d’acide lactique ordinaire, 3sr,4 de glycol propylique normal et des traces d’alcool éthylique et d’alcool propylique normal. E. Schulze a trouvé en outre de la phorone. La formation de l’alcool butylique normal observée par M. Fitz et celle du glycol propylique
constatée parM. Freund fournissent un moyen de préparation] avantageux de ces composés.
Le Bacillus butylicus fait fermenter la mannite et la saccharose, comme on le verra plus loin ; il peut aussi se développer sur des solutions de lactate calcique ou ammonique, de glycérate, de malate, de citrate, de tartrate, de quinate de calcium, de tartrate ammonique, d’érythrite, de lactose, de quercite ; mais dans aucun de ces milieux il ne détermine une véritable fermentation, ne pouvant pas vivre sans oxygène dans ces conditions moins favorables à son développement [A. Fitz. Deutsch. chem. Gesellsch., 1876, p. 1348; 1877, p. 276; 1878, p. 42; 1880, p. 1311 ; 1882, p. 867] .
6° Bacillus amylobacter. — Ce bacille, identique avec le vibrion butyrique de M. Pasteur, donne de l’acide butyrique avec la glycérine (Van Tieghem).
Fermentation ne l’érythrite. — Plusieurs microbes peuvent faire fermenter cet alcool quudrivalent, mais aucun d’eux n’a été cultivé à l’état de pureté.
1° Microbes de la bouse de vache. — On a fait deux cultures successives de ces microbes dans un petit volume d’un liquide contenant de l’érythrite, puis l’on a ensemencé une grande quantité de la même solution avec une goutte de la deuxième culture. Le microbe qui se développe le plus abondamment est en forme de poire longue de 2p., 8, large de lp,5; en outre, on trouve un très petit bacillus, un micrococcus et un microbe en chapelets. 30 grammes d’érythrite en présence de 25 grammes de carbonate calcique ont fourni une trace d’alcool, 13 grammes d’un sel de calcium contenant surtout du butyrate normal, avec trace d’acétate et de caproate, et 12 grammes d’acide succinique.
2° Microbes du foin. — En faisant, comme ci-dessus, deux cultures préliminaires des microbes du foin et ensemençant ensuite la solution principale d’érythrite avec une trace de la deuxième culture, on a constaté dès l’abord le développement de la bactérie en forme de poire, mais qui n’a pas tardé à disparaître complètement pour faire place à un bacille et à deux micrococcus, l’un rond, l’autre ovale. Dans ces conditions, on a obtenu principalement de l’acide butyrique, avec trace d’acide formique et acétique, mais point d’acide succinique [A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch., 1878, p. 1890; 1879, p. 475].
fermentation de la QUERCITE. — Ensemencée en solution étendue et en présence de carbonate calcique, comme dans les cas précédents, avec de l’eau de lavages du foin, elle ne fournit que de l’acide butyrique. Le microbe qui s’est développé ressemble au ferment butyrique de Fitz.
fermentation DE la MANNITE. — Plusieurs microbes décomposent la mannite.
1“ Bacillus en forme de massue. — Ce microbe, trouvé par hasard dans une culture des bacilles du foin dans le liquide glycérique, fait fermenter une solution de mannite à 30 p. 1000 additionnée de sels nutritifs et de carbonate calcique. Au bout de sept semaines, la fermentation étant terminée, on a trouvé pour 100 grammes de mannite 26er,3 d’alcool et 7&r,9 de formiate calcique et une trace d’acide succinique [A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch., 1878, p. 1895].
2° Bacillus æthylicus. — 11 prospère très bien sur une solution étendue de mannite, mais on ne connaît pas les produits de la fermentation.
3° Bacillus butylicus. — Ce microbe, ensemencé dans un milieu composé de 6 litres d’eau, 180 grammes de mannite, 0sr,l de phosphate de potassium, ÜSr,02 de sulfate de magnésium, 1 gramme de sel ammoniac et de 45 grammes
de carbonate de calcium précipité détermine une fermentation qui ne débute que vers le onzième jour et dure ensuite pendant une quinzaine. Le microbe se présente sous l’aspect décrit plus haut. Les produits de la fermentation, rapportés à 100 grammes de mannite, sont : 10er,2 d’alcool butylique normal, 35gf,4 d’acide butyrique pur, Osr/t d’acide lactique et une trace d’acide succinique (A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch., 1882, p. 875].
4° Bacillus amylobacter. — Il donne de l’acide butyrique (Van Tieghem).
FERMENTATIONS DE LA GLUCOSE, DE LA SAC- CHAROSE ET DE LA LACTOSE. — La gluCOSO
et la lévulose servent d’aliment à un grand nombre de microbes et se décomposent par fermentation. La saccharose et la lactose peuvent subir les mômes dédoublements, mais il est nécessaire qu’elles s’hydratent préalablement sous l’action d’une diastase sécrétée par le microbe. Aussi, toutes les fois que la diastase manque, ces sucres, tout en permettant le développement du microbe, ne fermentent pas.
Le Bacillus butylicus de Fitz est intéressant sous ce rapport ; il fournit une diastase intervertissant la saccharose, mais incapable d’opérer l’hydratation du sucre de lait; celui-ci échappe par conséquent à son action fermentative.
1° Bacillus butylicus. — Lorsqu’il est ensemencé sur une solution de ltsû grammes de saccharose dans 6 litres d’eau additionnée de 70 grammes de carbonate calcique précipité et des sels nutritifs nécessaires, la fermentation débute au bout d’une huitaine de jours et dure pendant vingt-cinq jours. Parmi les produits, M. Fitz a trouvé une petite quantité d’alcool butylique normal (0,5 °/0) et d’acide lactique (0,3 °/0), et surtout de l’acide butyrique, qui forme 42,5 °/„ du sucre interverti correspondant à la saccharose employée. L’acide butyrique est accompagné d’une faible proportion d’acide acétique et d’acide caproique ; ces derniers produits sont relativement un peu plus abondants que dans la fermentation de la glycérine ou de la mannite [A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch.,
2° Bacillus amylobacter (fig. 6 a de la planche). — Ce bacille est, d’après les recherches de M. Prazmowski confirmées par M. Van Tieghem, identique avec le vibrion de M. Pasteur (t. I, p. 1450) [Prazmowski, Botan. Zeitung, 27 juin 1879; — Van Tieghem, Compt. rend., t. LXXXIX, p. 5]. Il fait fermenter indifféremment les glucoses, la saccharose et la lactose, en donnant comme produit ultime de l’acide butylique; il est probable qu’il se forme passagèrement de l’acide lactique , ce même organisme constituant le lerment butyrique du lactate calcique.
FERMENTATIONS DE LA DEXTRINE ET DE L'AMI- DON. — Elles ont lieu après saccharification de ces hydrates de carbone sous l’influence des diastases formées par les microbes. La diastase du Bacillus butylicus est sans action sur l’amidon : aussi le microbe ne fait-il pas fermenter ce corps.
1° Bacillus amylobacter. — Il agit comme sur le sucre; attaque aussi l’arabine et la lichénine.
2° Bacillus æthylicus. — Vers 40°, il fait fermenter l’empois d’amidon additionné de carbonate de calcium; cette température doit être atteinte dès le début, pour entraver le développement des germes du Bactcrium termo qui pourraient être mélangés à la semence. Dans l’intervalle de 30 à 35° est situé l’optimum de température pour le bactérium, mais vers 40° la vie du microbe est tellement languissante, qu’il est rapidement arrêté dans son développement parle bacillus. 100 grammes de fécule de pommes do terre oi.t fourni dans cette fermentation
I gramme d’alcool éthylique avec trace d’alcool butylique normal, 5 grammes d’acide acétique, 34sr,7 d’acide butyrique et üsf, 33 d’acide succinique .
Le Dacillus œthylicus ne provoque pas la fermentation butyrique du lactate de calcium ; il est donc probable que le glucose devient directement acide butyrique sans passer par l’état intermédiaire d’acide lactique.
Cette fermentation de l’amidon fournit, d'après Fitz, le mode de préparation le plus commode de l’acide butyrique [A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch., 1878, p. 52].
FERMENTATION DE LA CELLULOSE. — Dèsl850, Mitscherlich avait observé que des tranches de pomme de terre abandonnées dans l’eau pendant quelques jours, dans des conditions favorables, subissent des modifications faciles à poursuivre au microscope; les cellules du parenchyme se désagrègent, puis se dénudent, la cellulose qui les unissait et formait leur enveloppe ayant disparu.
En 1805, M. Trecul a trouvé autour et à l’intérieur des cellules de petits corpuscules qu’il a nommés amylobacters et qui ne sont autres que le ferment de la cellulose, le Dacillus amylobacter cultivé à l’état de pureté et étudié récemment par M. Van Tieghem [ Cornpt . rend., t. LXXXVI1I, p. 205]. Comme nous l’avons déjà dit, on doit admettre aujourd’hui l’identité de ce bacille avec le vibrion butyrique découvert par M. Pasteur. Ce microbe hydrate certaines variétés délicates de la cellulose et convertit ensuite par fermentation la glucose en acide butyrique.
La cellulose semble aussi être attaquée par la bactérie minuscule qui produit du méthane, de l’hydrogène et du gaz carbonique aux dépens d’une foute de matières organiques, et qui est à l’œuvre dans la vase des marais. Ce microbe vit en présence de très peu d’oxygène, mais ne cesse pas de produire du gaz des marais, alors même que l’air a libre accès (Le Bel et Müntz).
Dans la panse des herbivores, il s’accomplit une fermentation vaseuse très énergique qui fournit du méthane et du gaz carbonique, en même temps que le milieu devient fortement acide. Ces produits sont probablement formés par un des microbes du foin, qui attaque la cellulose. M. Tappeiner, qui vient de publier un travail sur ce sujet, semble avoir réussi à cultiver le microbe dans un milieu artificiel et le décrit sous l’aspect de bacilles courts et mobiles.
II a constaté que le microbe peut détruire la cellulose du papier à filtrer et du coton [H. Tappeiner, Deutsch. chem. Gesellsch., 1881, p. 2375; 1882, p. 999].
FERMENTATION DU LACTATE DS CALCIUM. — Ce sel est décomposé par plusieurs microbes.
1° Dacillus amylobacter (fig. G a). — C’est l’agent de la fermentation butyrique ordinaire du lactate de calcium si bien étudiée par M. Pasteur [Voir 1. 1, p. 1450 et Etudes sur la bière, p. 282 et suiv.l. Cette fermentation fournit une petite quantité d’alcool éthylique et d’alcool butylique.
2° Nouveau microbe butyrique. — Il a été observé par M. Fitz en cultivant de la bouse de vache dans un milieu contenant du lactate calcique. ILso présente en globules ronds de lp.,6 à lp,7, rangés en chapelets; certaines cellules, en voie de segmentation, sont un peu allongées et étranglées vers le milieu. La fermentation du lactate de calcium sous l’action de ce microbe est rapide et nette et fournit comme la fermentation . ordinaire, 2C3H603 = C4H802 -f 2C O2 -f- H4,
: la proportion théoricjue d’acide butyrique normal mélangé de traces d’acides homologues [A. Fitz, Deutsch. chem. Gesellsch., 1878, p. 51],
3° Dacille propionique. — Strecker avait observé en 1854 la formation d’acide propionique
dans une préparation d’acide butyrique d’après le procédé classique ; la masse exposée à de notables changements de température (0 à 20°) ne fermentait que très lentement et contenait au bout de 2 à 3 mois du lactate de calcium et une notable proportion de mannite. Au bout d’un an, ces produits avaient disparu, mais à la place d’acide butyrique Strecker trouva principalement de l’acide propionique, mélangé d’acide valérique et acétique [Compt. rend., t. XXXIX,] p. 56]. M. Fitz a retrouvé le ferment propionique du lactate de calcium; il se présente sous la forme d’un bacille long et étroit, réuni souvent en chaînes tortueuses. Dans une expérience, 100 gr. de lactate calcique ont fourni 4G8r,l d’un mélange d’acétate et de propioniate calcique, ce dernier prédominant de beaucoup.
L’équation suivante représente peut-être la fermentation propionique,