GASTRITE
C'est surtout cette élimination qui peut faire arriver au diagnostic; aussi dois-je insister sur ce point et faire remarquer que c'est par l'étude attentive des principaux symptômes, Vépigastr algie et les vomissements bilieux, rapprochés des autres particularités de l'affection observée, que l'on arrivera à préciser autant que possible le diagnostic.
La douleur peut surtout être confondue, et elle Ta été souvent, avec celle qui est due à une simple névralgie dorso-intercostale des 5% 6*^ et 7' paires de nerfs qui viennent aboutir à l'épigastre, névralgie qui s'accompagne quelquefois de vomissements. Mais avec de l'attention, rien n'est plus facile que de préciser par la pression le véritable siège de la douleur. Dans la gastrite, la pression de l'épigastre produit à gauche comme à droite de la ligne blanche, une augmentation égale de la douleur spontanée, tandis que, dans la névralgie dorso-intercostale, le foyer douloureux de l'épigastre est strictement limité immédiatement à gauche ou à droite de la ligne blanche dans une petite étendue, ou, si elle existe des deux côtés, elle est infiniment plus marquée d'un côté que de l'autre ; en même temps l'existence des autres foyers de douleur (vertébral et externe) confirme dans le diagnostic de la névralgie. Si la douleur est reconnue pour n'être pas névralgique, on aura encore, avant de la rattacher à la gastrite, à décider qu'elle ne peut pas se rapporter à une gastralgie, au ramollissement non inflammatoire de l'estomac, à Yhépatite, à la péritonite, aux coliques hépatique, néphrétique, saturnine, etc. Quant aux VOMISSEMENTS, j'ai traité ailleurs de leur signification; des détails à ce sujet seraient donc superflus.
La gastrite aiguë est très-rarement spontanée. Le plus ordinairement elle constitue une affection secondaire, qui a été étudiée avec soin par M. Louis. Cet excellent observateur a signalé, dans cette circonstance, l'importance diagnostique des douleurs épigastriques et des vomissements de bile comme signes d'une altération inflammatoire de l'estomac, lorsqu'ils surviennent dans le cours d'une autre maladie.
Le pronostic de la gastrite aiguë n'est grave que parce qu'elle est secondaire.
IL Gastrite chronique.
On éprouve un extrême embarras à indiquer les signes de la gastrite chronique, si l'on veut les résumer d'après des faits bien observés, au lieu d'accepter les descriptions imaginaires de certains auteurs, et ne pas confondre comme d'autres la gastrite chronique avec la gastralgie et les ulcérations simples de Testomac.
M. Louis a démontré que les douleurs épigastriques, les nausées, les vomissements, l'anorexie, avec fièvre au début, caractérisaient quelquefois la maladie dans le cours des affections chroniques, mais qu'elle était quelquefois latente, et enfin que les symptômes précités pouvaient se rencontrer sans lésion inflammatoire de l'estomac. Ce résultat des recherches de M. Louis domine complètement la question, et montre combien le diagnostic de la gastrite chronique présente de difficultés. On peut d'ailleurs la confondre très-facilement avec un cancer de l'estomac à marche très-chronique.
Le pronostic de la gastrite chronique n'est pas extrêmement grave par lui-même, car habituellement ce sont les progrès de l'affection chronique qu'elle complique le plus souvent, qui entraînent une issue funeste.
GASTROGÈLE. — V. Hernies.
GASTRODYNIE. — F. Gastralgie.
400 GASTRO-ENTÉRITE. GÉNITAUX (apPAREILS).
GASTRO-ENTÉRITE. — Avec Yalleix, je n'admets pas d'autre gastro-entérite que celle qui réunit les symptômes de la gastrite et ceux de l'entérite : du côté de l'estomac, anorexie, nausées, vomissements bilieux plus ou moins répétés, douleur épigastriqiie; du côté de l'intestin, quelques coliques, de la diarrhée, des douleurs de ventre, et enfin, comme symptômes généraux, une légère accélération du pouls, un peu de chaleur, et parfois de la céphalalgie.
C'est une affection rare et ordinairement passagère, qui, en temps d'épidémie de choléra, peut se transformer en quelque sorte en cette dernière affection. Quant à la gastro-entérite chronique, plus rare encore que l'aiguë, elle a été longtemps confondue avec la gastro-entérulgie.
GASTRO-ENTÉRALGIE. — Je n'insiste pas sur le diagnostic de cette affection, constilnée par la réunion de la gastralgie et de I'entêralgie, comme la gastro- entérite l'est par la réunion de la gastrite et de l'entérite.
GASTRORRHÊE. — On a donné ce nom à l'expulsion par vomituritions ou vomissements de matières liquides incolores, plus ou moins filantes, et ordinairement rendues en petite quantité le matin à jeun. Cette excrétion (nommée vulgairement pituite) peut être habituelle chez des sujets qui font abus de boissons spiritueuses, ou coïncider avec un état de santé régulier; et dans ces deux cas, elle a peu d'importance. Toutefois il faut savoir que cette gastrorrhée peut être le premier symptôme du cancer de l'estomac, et le seul même pendant plusieurs mois. J'ai à peine besoin d'ajouter qu'il est important de se convaincre, dans tous les cas, que le liquide vient de l'estomac et non des glandes salivaires ou de l'œsophage ( V. Vomisse ments).
GASTRORRHAGIE. — V. Hémorrhagies (par la bouche, par l'anus).
GAZEUX (Fluides). — L'air ou les gaz contenus dans les organes respira-, toires et digestifs donnent heu à des signes physiologiques ou pathologiques que je n'ai pas à rappeler. Leur présence iusolite hors du tube digestif ou des conduits respiratoires révèle nécessairement leur perforation ou leur rupture, ou bien une fermentation putride locale.
GENCIVES. — Ordinairement minces, rosées et fermes dans l'état sain, les gencives sont souvent altérées dans une foule de maladies, dans lesquelles elles deviennent plus ou moins douloureuses, gonflées, d'un rouge plus ou moins foncé, molles et saignantes. Il en est ainsi dans les diverses stomatites. Elles sont gonflées et douloureuses pendant une période avancée de la dentition. Elles sont pâles comme la langue et les lèvres dans \ anémie, comme fougueuses et saignantes dans cevidÀWQS cachexies (cachexie splénique, scorbutique, etc.); leur bord libre est quelquefois le siège d'une ulcération linéaire (stomatite) avec ou sans pseudo-membranes, et d'autres fois d'un liséré grisâtre fréquemment observé dans V intoxication satur- , nine, mais que l'on aurait tort de considérer comme un signe pathognomonique. On observe d'ailleurs à leur niveau les mêmes lésions locales que dans les autres parties de la muqueuse buccale (F. Bouche). Les dents j lorsque les gencives ne les fixent plus dans leurs alvéoles, deviennent mobiles et tombent; c'est ce qui arrive dans la stomatite mercurielle, le scorbut, la gangrène buccale, la glycosurie, l'ostéomalacie.
GÉNITAUX (Appareils). — Ayant traité des données diagnostiques et des moyens d'exploration de chaque organe de l'appareil génital chez l'homme et chez la femme, j'ai peu de choses à dire ici de cet appareil au point de vue du diagnostic.
GLOSSITE. — GLOTTE. 401
Je rappellerai seulement que l'on doit chercher quelquefois dans des oi'ganes assez éloi'ïnés l'origine des signes observés vers les organes génitaux. On sait, en eifct, que le gonflement des grandes lèvres chez la femme peut succéder à la disparition des OREILLONS, et que l'orchite chez l'homme peut s'observer dans la même condition, ainsi que dans le cours de la variole (Béraud). Enfin, M. Verneuil a constaté un épanchement dans la tunique vaginale chez deux jeunes garçons de dix à douze ans, épanchement qui semblait se rattacher chez eux à une inflammation de l'arrièrebouche (Arch. de méd., 1857, t. X).
GESTATION. — V. Grossesse.
GIBBOSITÉ. — F. Déviations vertébkales.
GLOSSITE. — La glossile est superiicielle ou profonde, et, dans les deux cas, son diagnostic est facile.
> A. — La glossite siqjerficielle se reconnaît à l'état de la langue, (jui tantôt est sèche, dure, rétractée, couverte d'une couche brunâtre, fendillée; et d'autres ibis affectée seulement au niveau des papilles, qui sont rouges, saillantes, douloureuses, surtout au contact des aliments sapides (glossite papillaire de M. Requin).
Ces glossites superficielles, qui n'ont aucune gravité par elles-mêmes, se remarquent : la première, dans les fièvres graves et diverses stomatites; la seconde, chez les femmes nerveuses et hijstériques .
B. — La glossite profonde aiguë est d'autant plus facile à diagnostiquer que le volume de l'organe est plus considérable. Cette augmentation de volume se fait quelquefois en peu d'heures : la bouche reste ouverte et la langue dépasse au dehors les arcades dentaires; elle est sèche, rouge ou couleur brun noirâtre, et présente l'empreinte des dents. Vers le pharynx, le gonflement gêne considérablement fo déglutition et la respiration; h parole est impossible et la dyspnée va fréquemment jusqu'à V asphyxie. La face est en même temps congestionnée, turgescente; il y a de la fièvre et une soif ardente.
Ces phénomènes aigus sont caractéristiques, et ne permettent pas de confondre la maladie avec aucune autre. Mais, dans tous les cas, il est nécessaire d'en rechercher l'origine. On a signalé comme causes : la compression des veines jugulaires })ar des cols rigides chez les militaires (Stoll), ou par des liens serrés autour du cou; les caustiques, les brûlures, mais principalement les substances acres ou narcoticoacres, le venin des animaux, et V ammoniaque liquide. M. J. Z. Laurence a vu Ja mort par asphyxie survenir par suite d'une glossite survenue dans le cours d'un rhumatisme articulaire âi^n (The Lancet, 1855).
La glossite se termine quelquefois par suppuration. Vabcês se forme alors vers la base de la langue, et son ouverture spontanée peut être suivie de guérison ; mais on l'a vue se comphquer d'un cecîme la glotte mortel. L^ gatigrène a été également observée comme complication suivie de mort.
Sous les noms de glossites chroniques on a sans doute confondu des faits àliypert7Vphie sijphilitique de la langue développée lentement. Peut-être doit-on aussi ranger dans la même catégorie les glossites rapportées par plusieurs auteurs à un traitement mercuriel remontant à une époque éloignée, traitement qui semble indiquer à l'origine une affection syphilitique qui l'aurait motivé.
GLOTTE. — J'ai exposé à l'article Larynx les données diagnostiques relatives à la glotte. On trouvera également aux mots Spasmes et Œdème ( de la glotte) l'exposé
402 GLYCOSE.
du diagnostic de ces deux affections, qui méritent une attention particulière. La. glotte peut participer en outre à toutes les variétés de laryngites.
GLYCOSE. On sait qu'il existe deux espèces de sucres : 1^ les uns dits de
la première espèce (sucre de canne), sur lesquels les alcalis n'ont aucune action, et que les acides transforment en sucres intervertis delà seconde espèce ; 2° les' sucres de la seconde espèce, parmi lesquels est la glycose, et qui sont détruits au contraire par les alcalis, qui les changent en un produit rougeâtre contenant de l'ulmine et des acides bruns particuliers (formique, glycique et mélassique), surtout si l'alcali est concentré et la température élevée. En ajoutant un sel de cuivre, la réaction est plus évidente par la réduction du sel cuivrique.La glycose, en effet, par suite de son affinité pour l'oxygène, fait passer le peroxyde de cuivre à l'état de protoxyde insoluble, qui forme un précipité rougeâtre.
On met à profit ces différentes conditions pour reconnaître la présence de la glycose dans l'urine chez l'homme, et en utilisant encore d'autres particularités qui seront rappelées plus loin. Cette recherche de la glycose, qui est l'objet de cet article, est d'une très-grande importance. La glycosurie ou diabète sucré constitue, en effet, un état pathologique grave, dont le diagnostic repose avant tout sur la constatation du sucre dans l'urine. M. Bruecke a été induit en erreur par des procédés fautifs, lorsqu'il a dit que le sucre était un élément normal de l'urine; car la présence de la glycose dans l'urine avec une certaine persistance est reconnue comme un fait essentiellement pathologique.
Je n'ai pas ici, comme pour I'albumine, à m'occuper de la recherche de la glycose d'abord dans l'urine, puis dans d'autres liquides de l'économie. L'examen de l'urine est le seul indispensable, et d'ailleurs les moyens de recherche sont les mêmes dans tous les liquides. Je vais m'occuper successivement : l'^ des moyens de constatation de la glycose dans l'urine; 2° de son dosage; 5° des causes d'erreur à éviter. 1*^ Moyens de constatation, — Ils sont physiques ou chimiques. a, — L'aspect de l'urine glycosique, lorsqu'elle est transparente d'abord, pâle, presque incolore, ipodore, puis louche et blanchâtre par le repos et le refroidissement, constitue, avec la quantité considérable du liquide rendu dans les vingt-quatre heures, un premier ensemble de données physiques qui pourra y faire soupçonner la présence du sucre. — Si en même temps on reconnaît, à l'aide de V aréomètre, que l'urine, malgré sa décoloration, a une densité de 1020 à 1074 (Bouchardat), il y aura de plus fortes présomptions qu'il y existe de la glycose. — Enfin, lorsque le polarimètredeM Biot démontre que le liquide dévie à droite le plan de polarisation de la lumière, cette donnée, jointe aux précédentes, donne la certitude de la présence de la glycose.
Ainsi les données physiques pourraient suffire à la rigueur pour la constatation de la glycose dans l'urine. Malheureusement les instruments qui donnent les seuls renseignements probants (polarimèlres) sont d'un prix très- élevé, et de plus leur emploi exige des manipulations multipliées, un œil exercé, des dispositions particuhères pour leur emplacement, ce qui s'oppose à ce qu'ils deviennent des moyens cliniques habituels. ^ .
L'examen au microscope de l'urine sucrée qui a été exposée au contact de l'air y ferait découvrir, selon M. Arthur Hassall (Méd.-chir, Transact., t, XXXVI), un végétal identique à celui de la levûre et qui ne se verrait dans aucun autre état de
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l'iirine. Ce signe, donné par l'auteur comme précieux pour la découverte d'une minime quantité de glycose, n'a pas, que je sache, été contrôlé par d'autres observateurs.
b. —Parmi les procédés chimiques, le plus en faveur est celui de MM. Cl. Bernard et Barreswill. Il consiste à ajouter à une petite quantité d'urine versée dans un tube une dissolution récente de tartrate double dépotasse et de cuivre, et Ion chauffe le mélange. S'il contient du sucre, il se produit un précipité jaune rougeâtre formé de protoxyde de cuivre. — Dans le procédé de Frommherz, la potasse en excès remplace le tartrate. — La liqueur de Fehling ne diffère de celle de Barreswill que par la substitution delà soude au sel tartrique. — Le procédé de M. Capezzuoli ne diffère du même procédé Barreswill que par la substitution aux sels de cuivre et de potasse, de V oxyde bleu hydraté de cuivre et de la potasse caustique en excès.
Dans le procédé de M. Moore une solution de potasse caustique est le seul réactif employé; la potasse doit être en excès. M. Miaîhe a simplifié ce moyen en substi^ tuant la potasse solide à sa solution. On fait chauffer jusqu'à l'ébullition. Dans l'un et l'autre cas,^ le liquide prend une couleur brune ou d'un brun rougeâtre caractéristique, due à la destruction du sucre, qui se trouve caramélisé.
M. Maumené a conseillé de se servir d'une bandelette de mérinos trempée préalablement dans une solution aqueuse de bichlorure d'étain et séchée au bain-marie; on verse une goutte d'urine sur l'étoffe, et en chauffant fortement on obtient une tache noire très-visible, si l'urine contient du sucre. Ce moyen n'est pas usité.
Enfin, M. Bœttger a proposé le sous-nitrate de bismuth uni à la potasse caustique comme formant, dans les urines sucrées portées à 1 ebullition, un précipité noir de bismuth qui n'est que l'oxyde réduit.
Si ces divers procédés chimiques sont les plus faciles à employer, en revanche le^ caractères qu'ils fournissent ne sont pas absolus ; et ils ne sont pas applicables à la recherche des quantités minimes de glycose. Or, Vextraction du sucre de l'urine et la fermentatim alcoolique sont deux moyens qui décèlent la plus petite proportion de glycose; mais ces procédés sont jusqu'à présent par trop complexes pour être habituellement mis en usage ailleurs que dans un laboratoire. Un seul de ces procédés conseillé par M. Brzeszinski (1850) pour obtenir le sucre en nature, fait exception a cette règle; il est d'une simplicité séduisante. Il consisterait à renfermer l'urine dans un vase de même argile que les creusets ; au bout de peu de jours, on verrait une sorte de transpiration et une incrustation de sucre se faire extérieurement à la surface dn vase.
J'indiquerai plus loin les inconvénients graves qu'on a reprochés à la plupart de ces moyens, et les erreurs auxquelles ils peuvent donner lieu.
2« Dosage. — En supposant la présence de la glycose dans l'urine parfaitement constatée, est-il possible de déterminer la quantité de ce principe contenu dans 1 urine? Cette détermination n'est précise qu'à l'aide du polarimètre de M. Biot, du saccharimètre de M. Soleil, ou du diabétomètre, plus portatif et moins coûteux, de M. Kobiquet basé sur le même principe {Acad. des Se, d8o6). La déviation à droite de la lumière polarisée est mathématiquement en raison directe de la quantité de sucre contenue dans le liquide.
En l'absence de ces instruments, le moyen de dosage le plus simple est de se servir de liqueurs cupro-potassiques titrées pour une quantité donnée de liquide à
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examiner (que l'on verse dans des tubes gradués); on détermine ainsi comparativement la quantité de sucre contenu dans un litre d'urine. Ce procédé, proposé par M. Barreswill et conseillé par M. Cl. Bernard, n a pas été généralement utilisé dans la pratique, sans doute à cause de son défaut de simplicité. Il en est de même de Tappréciation de la quantité de glycose urinaire par le volume de l'acide carbonique recueilli par la fermentation, volume qui fait connaître le poids du sucre
dissous. ,
D'autres moyens seulement approximatifs de juger de la quantité de glycose contenue dans l'urine sont : \ abondance plus ou moins grande des précipités (procédés basés sur la réduction des sels cuivriques), et la coloration plus ou moins brune obtenue par les procédés Moore et Mialhe : précipités d'autant plus abondants et à coloration d'autant plus foncée que la matière saccharine dissoute est en quantité plus grande. ^ .
50 __ Les erreurs auxquelles peuvent conduire les différents procédés que j ai rappelés sont assez nombreuses pour avoir diminué la confiance que l'on avait en plusieurs d'entre eux. Ces causes d'erreur, ainsi que celles qui dépendent d'autres conditions, méritent d'être prises en sérieuse considération, car des réactions fautives font croire à la présence de la glycose qui n'existe pas, tandis que certaines particularités peuvent au contraire faire méconnaître l'existence du sucre dans l'urine quoique la glycosurie soit réelle.
D'abord, dans le liquide de Barreswill, la potasse se transforme à l'air assez rapidement en carbonate de potasse, qui réduit le sel de cuivre en l'absence de la glycose. Cette liqueur a donc besoin d'être nouvellement préparée (ou additionnée d'un peu de potasse caustique si elle est ancienne) pour fournir des précipités légitimes. Mais ce n'est pas l'objection là plus grave que l'on ait faite à ce moyen d'investigation chimique. On lui a reproché, en effet, de faire croire à la présence du sucre dans l'urine lorsqu'il n'y existe pas un atome de glycose, la réduction du liquide cupropotassique pouvant être opérée par des produits normaux de l'urine: par Vacide urique et les urates. Ce fait, sur lequel M. Leconte a insisté plus récemment, et qui. est commun aux réactifs de Frommherz et de Fehling, avait été signalé par M. Barreswill lui-même. Il conseillait, en effet, pour éviter les méprises de ce genre, de précipiter d'abord l'acide urique par l'acétate de plomb, de fdtrer, et de traiter la solution par le carbonate de soude pour se débarrasser du plomb en excès. M. Becquerel a depuis préconisé le même procédé ; mais M. Béhier a démontré que les urates, traités par l'acétate de plomb et le sulfate de soude indiqués par M. Becquerel, suffisaient très-bien pour produire la réduction cupro-potassique [Soc. des Hop., novembre 1857). De plus, il faut se rappeler que la glycérine, le tannin, la cellulose (coton) et le chloroforme peuvent aussi réduire le liquide cupropotassique, comme le lait la glycose (Cl. Bernard).
Il résulte de là que l'absence de réduction du liquide cupro-potassique mélangé aux urines est un signe très-net de l'absence delà glycose, tandis que sa réduction ne saurait être considérée comme une preuve décisive de la présence du çucre.
On pourrait en dire autant à la rigueur des autres procédés, dont les résultats négalifs sont plus probants que les réactions obtenues. C'est ainsi que, dans l'emploi de la potasse comme unique réactif, les urines peuvent donner une réaction brune sans contenir de glycose, suivant plusieurs observateurs. Dans le procédé de
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M. Bœttger, auquel M. Béhier a recours, le précipité noir ne doit être attribué à la glycose, suivant M. Mialhe, qu'autant qu'il n'y a ni albumine ni sulfure, ce que l'on établit aisément en traitant une partie d'urine par ï acide azotique et la chaleiiî' (pour recherclier l'albumine), et une aulre partie en la faisant bouillir avec de X oxyde deplomb^ qui ne donne pas de précipité noir, s'il n'y a pas de sulfure dans l'urine. Le réactif de M. Bœttger, qui a ainsi l'avantage d'être peu compliqué pour être exact, puisqu'il n'exige que des mélanges et l'action de la cbaleur, semblerait préférable à tous les autres, s'il avait la sanction de l'expérience.
Enfin, il n'est pas jusqu'au procédé complexe de la fermentation alcoolique, en apparence si décisif, qui ne puisse induire en erreur dans la rechercbe du sucre. La fermentation, en effet, pourrait avoir lieu, suivant M. Leconte, dans une urine saine, soit parce qu'un malade aurait ingéré à jeun une grande quantité de sucre qui aurait produit accidentellement une glycosurie temporaire physiologique, soit parce que la leviire de mauvaise qualité aurait elle-même donné lieu à la fermentation. On ne pourrait éviter ce dernier effet qu'en se servant de levure de brasseur bien lavée (Arc. de méd., 1857, t. X).
Ce qui ajoute aux difficultés de la constatation de la glycose, c'est que, de même que pour l'albumine, il peut exister des variations diurnes de quantité qui font méconnaître la glycosurie si l'on n'examine les urines que le matin. Des expériences de M. Cl. Bernard et des faits observés par M. Ândral, et confirmés par M. Baudrimont, il résulte que les urines qui ne donnaient à jeun que des traces de glycose, en présentaient après le dîner douze à vingt-cinq grammes par litre {Acad. des Se, i 855) . L'état de digestion constitue donc une prédisposition passagère à la glycosurie, qui s'expliquerait, dit M. Cl. Bernard, par la production plus considérable du sucre . du foie dans celte condition. D'un aulre côté, on a observé des glycosuries dans lesquelles le sucre disparaissait des urines pendant un certain temps, pour y reparaître ensuite de nouveau, comme l'a remarqué M. Bence ]ones (Méd.-chir. Transact., t. XXXVl). Enfin le sucre peut disparaître pendant une maladie fébrile (variole, rougeole, pneumonie) et réapparaître ensuite.
Pour éviter les erreurs dans la recherche de la glycose dans l'urine, il ne faut donc pas perdre de vue les réactions trompeuses que j'ai rappelées, ni les variations ou les intermittences qui peuvent résulter de l'abstinence ou de l'invasion des maladies aiguës incidentes.
Pour éviter toute cause d'erreur, M. Mialhe est d'avis que l'on doit employer successivement tous les procédés les plus pratiques qui, en se contrôlant les uns les autres, peuvent présenter des résultats certains. L'aréomètre, les alcalis, les procédés de Frommherz, de Barreswill ou de Fehling, et celui de Bœttger, lui paraissent devoir être employés successivement, ce qui n'exigerait quct quelques minutes (Journ. le Progrès, 4860). Pour M. Becquerel il n'y a qu'un seul moyen infaillible : le polarimètre, qui permet de reconnaître dix-huit centigrammes de sucre dans mille grammes d'eau. M. Béhier, d'après ses expériences, croit que le polarimètre et la fermentation réunis, en se contrôlant, sont le seul moyen certiin [Lac. cit.).
Au miheu de ces incertitudes, si fâcheuses pour la pratique, quel parti prendre? Devant le discrédit infligé aux réactifs chimiques, ce n'est qu'en hésitant que l'on pourrait conseiller l'emploi du procédé Bœttger, contrôlé comme il a été dit, et qui jusqu'à présent est celui qui paraît offrir le moins de chances à l'erreur Mais il est
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clair que, dans l'état actuel de nos connaissances, l'emploi de l'aréomètre, du polarimètre et de Ja fermentation, sont les moyens les plus sûrs de constater la présence de la glycose dans l'urine. Malheureusement le polarimètre, d'ailleurs si peu simple à employer, fait le plus souvent défaut. Il reste donc l'aéromètre et la fermentation qui, en moins de deux heures, et à une température de vingt à trente degrés, produit du gaz acide carbonique si l'urine, additionnée de levure, contient du sucre. On aurait seulement soin de s'assurer de la bonne qualité de la levûre, en constatant que, délayée dans de l'eau pure, et soumise à la même température, elle ne donne pas lieu au même phénomène.
GLYCOSURIE. — Le diabète sucré a reçu une foule de dénominations, qui ont été remplacées parmi nous parle mot glucosurie (ou plutôt glycosurie), proposé par M. Bouchardat. Cette maladie est essentiellement caractérisée par l'excrétion ordinairement très-abondante d'une urine contenant toujours en dissolution une matière saccharine analogue au sucre de fécule (glycose). On a successivement formulé plusieurs théories sur les conditions organiques qui font apparaître la glycose dans l'urine. Mais les premières opinions se sont modifiées profondément depuis les remarquables travaux de M. Cl. Bernard sur la fonction glycogénique du foie, et sur l'influence des lésions de certaines parties des centres nerveux sur la glycosurie {Leçons de physiologie exp.^ 1855, 1. 1). Toutefois la question de physiologie pathologique de cette maladie ne peut encore être considérée comme complètement élucidée.
l'' Éléments du diagnostic. — Les symptômes de la maladie ont été parfaitement exposés par M. Contour dans son excellente thèse sur le diabète sucré (1845). La donnée essentielle du diagnostic est la constatation de la glycose dans l'urine,, question traitée à part dans l'article précédent. Je n'ai donc à rappeler ici que les données symptomatiques qui peuvent donner Fidée de rechercher cette glycose dans l'urine.
En première ligne se place Y abondance considérable du liquide urinaire rendu dans les vingt-quatre heures (5 à 1 6 kilogrammes et plus), ainsi que ses aspects successifs qui sont la pâleur, la transparence et le défatit d'odeur au moment de l'émission, son aspect lactescent par le refroidissement, puis l'exhalation d'une odeur aigre et vineuse. Il s'y joint les caractères physiques et chimiques que j'ai rappelés dans l'article précédent. Le méat urinaire et le prépuce sont rougis par le fréquent passage de l'urine, et parfois l'on peut constater de la glycose desséchée extérieurement dans le voisinage des parties génitales, au périnée, par exemple (Autenrieth), ou sur la chemise du malade. Il y a absence de fièvre, intégrité de l'intelligence, sécheresse remarquable de la peau par suite du défaut de transpiration dans la plupart des cas, mais non dans tous; une anesthésie quelquefois complète, parfois des éruptions diverses (lichen, impétigo, psoriasis), et un affaiblissement de la vue.
Du côté des organes digestifs, les phénomènes sont souvent remarquables : bouche aride et sèche, salive rare, épaisse, écumeuse, presque toujours acide (constamment suivant M. Mialhe); gout fade (sucre dans la salive); langue humide, avec ou sans enduit blanc, épais; parfois d'un brun noirâtre, gencives molles, saignantes; déchaussement et ébranlement des dents, qyi se carient et tombent entières ou en fragments; augmentation remarquable deV appétit ou véritable boulimie, accompagnée néanmoins d'un amaigrissement de plus en plus prononcé; ali-
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ments ingérés en quantités vraiment surprenantes dans certains cas, quoique la digestion en soit souvent facile, d'autres fois accompagnée de douleur ou de chaleur épigastriques, de renvois acides et même de vomissements de matières pouvant contenir du sucre (Mac-Gregor) ; la constipation est prononcée, et les matières fécales sont parfois complètement inodores; plus tard elles sont grisâtres et diarrhéiques. Les facidtés viriles sont anéanlies chez l'homme, neuf fois sur dix, suivant Elliotson. Quand la maladie est avancée, il survient de la fièvre, une sensibilité exagérée au froid et des alternatives de chaleur, de la toux, des signes de tuhercides pidmonaires el un dépérissement à marche rapide, enfin de Y œdème aux membres inférieurs, et parfois un épanchement dans le péritoine dans les derniers temps de l'existence. Il sera question plus loin d'autres phénomènes concomitants qui peuvent éveiller l'idée de la glycosurie ; ils dépendent des maladies dans lesquelles elle se déclare comme épiphénomène, ou bien ils constituent des complications delà glycosurie elle-même.
'2" Inductions diagnostiques. — Il serait facile de critiquer celte sèche énumération des symptômes de la glycosurie, mais non de la remplacer par un tableau d'ensemble de la maladie suffisamment complet, tant sont variées pour leur nombre et leur intensité les manifestations symptomatiques de la maladie.
Vers le début, lorsque l'abondance excessive des urines, l'appélit extraordinaire avec amaigrissement sensible, ou bien l'examen fortuit des urines ne viennent pas mettre sur la voie, l'idée de la glycosurie peut très-bien ne pas se présenter à l'esprit.
Quand la maladie est franchement déclarée, au contraire, on peut dire qu'il n'y a pas un seul des symptômes principaux qui ne puisse éveiller l'idée de l'existence de la glycosurie et provoquer l'examen del'urine.OrjCes phénomènes symptomatiques se - présentent à l'appréciation du médecin souvent isolément, plus rarement en groupe ; aussi doit-il bien se pénétrer de connaissances suffisantes sur cette maladie, s'il ne veut pas s'exposer à faire fausse route. Le diagnostic est d'autant plus dilficile que les phénomènes sont plus isolés, et ce qui augmente les difficultés d'interprétation de ces phénomènes, c'est qu'il peut arriver que la glycose soit éliminée m trop petite quantité par l'urine pour êlre appréciable par nos moyens actuels d'investigation.
Plus la maladie est avancée et plus le diagnostic devient facile, parce que les symptômes rappelés plus haut se multiplient de plus en plus et deviennent, dans eertains cas, si franchement caractéristiques que l'on ne peut méconnaître leur origine. Cependant l'examen de l'urine peut seul assurer le diagnostic en y démontrant la présence du sucre. Il ne faut pas oublier néanmoins à quelles déceptions on se trouve exposé en pareil cas, ainsi que je l'ai rappelé dans le précédent article.
En supposant le diagnostic de la glycosurie bien établi comme état pathologique, il est essentiel d'en rechercher la cause et par conséquent de déterminer si l'affection est idiopathique ou symptomatique.
La glycosurie idiopathique ou prmniiYe, rencontrée presque exclusivement chez l'homme adulte, serait due à des influences hygiéniques profondément débilitantes, à l'habitation de certaines contrées (l'Angleterre et la Hollande, par exemple), à une nourriture insuffisante, trop exclusivement végétale, et notamment à l'usage
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immodéré des féculents, du sucre, des boissons fermentées ou aqueuses, et, pour certains observateurs, à la suppression delà transpiration cutanée. Ces données étiologiques, dont l'influence n'est pas démontrée suffisamment pour la plupart, doivent cependant être prises en considération dans le diagnostic de la glycosurie idiopa- I bique; mais ici l'absence de toute maladie pouvant être l'origine d'une glycosurie symptomatiqne a plus de valeur comme donnée diagnostique.
Dans cette première catégorie (glycosurie idiopatbique) se rangent la plupart des laits sur lesquels les premiers observateurs qui ont décrit la maladie ont basé leurs descriptions. Ce n'est que plus tard que les glycosuries secondaires ou sijmptomatiques ont été observées.
M. Blot, dans une thèse remarquée (1849), avança que la présence du sucre dans l'urine des femmes enceintes, en couches, et dans l'état puerpéral, était un phénomène habituel, et que sa disparition indiquait un état pathologique intercurrent. Mais M. Leconte (Arch. de méd., août, \ 857) est venu ébranler les conclusions de M. Blot en niant l'existence de la glycose dans les urines des femmes en lactation; qu'il lui aurait été impossible de faire fermenter ces urines, qui n'auraient réduit le liquide cupro-potassique que grâce à la plus grande quantité d'acide urique qu'elles contiennent (V. Glycose). Je me hâte d'ajouter néanmoins que M. Becquerel s'est étonné de voir nier d'une manière absolue les propositions de M. Blot (Soc. des hop. , 4857). Un autre contradicteur de M. Blot, M. Kirsten (V. Arc/i. deméd. , 1857, t. X) , prétend avoir été conduit par ses recherches à admettre une proposition contraire à celle de l'auteur relativement à la disparition du sucre dans l'état puerpéral, disparition qui n'indiquerait pas l'invasion d'une maladie intercurrente. C'est donc un sujet qui réclame de nouvelles recherches.
Dans le travail que M. Becquerel a communiqué, en 1 857, à la Société des hôpitaux de Paris, il a appelé l'attention sur la glycosurie symptomatiqne, qui se distingue de celle qui est idiopatbique par la simplicité du phénomène de la présence du sucre dans l'urine. Cette glycosurie symptoraatique est passagère et sans conséquences graves, et il faut avoir soin par conséquent de ne pas la confondre avec la glycosurie idiopatbique. Sur deux mille faits environ de maladies diverses, cet habile observateur a trouvé près d'une vingtaine de cas de glycosurie symptomatiqne dans des maladies du cerveau et de la moelle, et dans d'autres affections trop vallées et encore en trop petit nombre pour que le fait ait une signification précise. Cependant il faut noter que M. Becquerel, à son grand étonnement, n'a pas constaté le phénomène dans les cas d'emphysème pulmonaire, de bronchite chronique ancienne, de maladie du cœur, ce qui infirme complètement certaine théorie du diabète sucré qui place l'origine de la maladie dans les lésions des organes respiratoires (Âlvaro Reynoso).
En outre des affections spontanées du cerveau et de la moelle, on a signalé comme point de départ d'une glycosurie temporaire, la commotion cérébrale traumatique. M. Moutard-Martin et M. P. Fischer [Union méd., 1860, t. Y) ont publié deux faits de ce genre, qui sont loin d'être les seuls connus. D'un autre côté, M. Gibb (The Lancet, 1858) prétend avoir constaté la glycosurie chez presque tous les sujets atteints de coqueluche, et, pour M. Burdel (de Yierzon), elle est un épiphénomène habituel de la fièvre paludéenne, se montrant pendant les accès et disparaissant avec eux.