‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 117 sur 245 · II. Hypertrophie du col de l'utérus · texte numérisé non relu

II. Hypertrophie du col de l'utérus

M. Huguier, dans un mémoire intéressant (sur V allongement hypertrophique du col de Vutérus — Mémoires de l'Académie de médecine 1860, t. XXIV), en a cité deux variétés principales qu'il est nécessaire de rappeler comme causes d'erreurs de diagnostic.

1" Le col de la matrice forme, dans la cavité du vagin, une saillie cylindroïde ou conoïde de 5 à 7 centimètres, dont l'extrémité libre s'approche de l'ouverture vulvaire sans changements dans le conduit vaginal. — Elle a été prise pour un abaissement ou une descente de la matrice, pour un 'polype, un renversement chronique, un kyste folliculaire^ un squirrhe du col ou une hydropisie de cette partie.

2" La précipitation ou la chute complète de l'utérus ne serait très-généralement autre chose, suivant M. Huguier, qu'une hypertrophie longitudinale de la portionsM5vaginale de l'organe, dont le corps et le fond sont restés dans la cavité pelvienne, bien que le vagin soit entièrement renversé et que la tumeur, pendante entre les cuisses, ait une longueur égale ou supérieure à celle de l'utérus à l'état normal.

HYPOGHONDRES. — Ces deux régions sont occupées principalement, la droite parle foie, et la gauche par la rate et le grand cul-de-sac de I'estomac, organes à propos desquels j'ai exposé les particularités diagnostiques relatives aux hypochondres, et qu'il me paraît par conséquent inutile de rappeler ici.

HYPOCHONDRIE. — Le diagnostic de l'hypochondrie ne présente aucune difficulté, puisqu'il suffit de constater que le malade porte de faux jugements sur l'état de sa santé, soit qu'il s'imagine avoir des maladies dont il n'est nullement atteint, soit qu'il s'exagère outre mesure l'importance ou la gravité de souffrances ou de lésions réelles.

De là une tristesse et une préoccupation continuelles de la manière dont ses fonctions s'exécutent, de l'aspect de ses excrétions, etc.

Toute l'importance de l'examen du médecin est dans la recherche de la nature idiopathique ou sympathique de l'hypochondrie. Les souffrances ou les lésions des organes abdominaux en sont le plus souvent le point de départ. Selon M. Beau, la

HYPOGASTRE. HYSTÉRIE. 479

DYSPEPSIE déterminerait nécessairement l'hypocbondrie, ce qui n'est pas générale • ment accepté (V. p. 500).

Quant à la confusion fréquente que l'on a faite autrefois de riiypochondrie et de l'hystérie, elle n'est pas possible, comme l'ont démontré M. Landouzy et M. Briquet, tant les deux maladies sont différentes dans leur expression symptomatique.

Un tempérament nerveux, l'oisiveté, les études trop abstraites, la lecture des livres de médecine, les impressions morales tristes, la spermatorrbée, sont des causes dont il faut tenir compte pour le diagnostic de l'bypochondrie.

On n'oubliera pas que la durée de l'hypocbondrie est très-variable; qu'elle peut se prolonger toute la vie, et que le pronostic n'est inquiétant que par les lésions réellement graves qui parfois sont le point de départ de l'hypocbondrie.

HYPOGASTRE. — La région hypogastrique est souvent envahie par un épanchement péritonéal ou par des tumeurs diverses dont je me suis occupé ailleurs (V. Tumeurs).

Ces tumeurs constituent les symptômes principaux que l'on peut constater dans cette région. L'exploration de Thypogastre se fait par \ inspection, U palpation , aidée quelquefois du toucher vaginal, par la percussion et même par V auscultation qui, en outre des souffles vasculaires des vaisseaux comprimés qu'une tumeur peut transmettre, fait quelquefois percevoir chez la femme les battements du cœur du fœtus, alors que la malade se refuse à admettre la possibilité d'une grossesse (F. Utérus). Le cathétérisme vésical tranche quelquefois la question du diagnostic de certaines tumeurs formées par l'ampliation de la vessie, comme le fait le succès d'un purgatif pour une tumeur stercorale douteuse.

HYSTÉR ALGIE. — V. Viscér algies.

HYSTÉRIGISME. — Louyer-Villej-may a décrit sous ce nom (Traité des malad. nerveuses, t. I), un ensemble de phénomènes nerveux propres aux jeunes filles, mais qui ne sont en réalité que des symptômes d'une hystérie légère.

HYSTÉRIE. — Cette affection, connue de toute antiquité, a été surtout étudiée depuis le dernier siècle. Les travaux, publiés en France, de Lepois, Louyer-Villermay, Georget, et de MM. Dubois (d'Amiens), Landouzy, sont connus de tous. xMais aucun traité n'a égalé l'importance de celui de M. Briquet {Traité clin, et thérap. de l'hystérie, 1859), qui comprend l'analyse de 430 observations recueillies sous ses yeux. C'est principalement à cet ouvrage, et à celui de M. Landouzy, que j'aurai recours dans cet article.

Les consciencieuses recherches de M. Briquet me semblent avoir mis hors de doute que cette maladie n'a pas son origine dans une lésion utérine, mais bien qu'elle constitue une névrose de l'encéphale. L'existence, démontrée par des faits d'une rareté exceptionnelle, mais concluants, de troubles hystériques chez l'homme ainsi que chez des femmes privées d'utérus, suffit, en effet, pour anéantir la théorie ancienne et exclusive qui plaçait l'origine de la maladie dans cet organe. Cependant, pour faciliter l'étude diagnostique de l'hystérie, on peut la considérer comme si elle était exclusive à la femme, ce qui n'a nul inconvénient, les phénomènes observés ayant été semblables de part et d'autre.

1° Eléments du diagnostic. — Suivant M. Briquet, l'hystérie a pour symptômes principaux : une sensibilité extrême du sijstème nerveux; des hypéresthésies diverses, au milieu desquelles dominent des douleurs k la région épigastrique, au côté

gauche du thorax, et le long de la gouttière vertébrale gauche; des anesthésies inléressant principalement la peau, les muscles et les organes des sens; des spasmes dont les plus communs sont une oppression à l'épigastre, la sensation d'un globe moulant de l'estomac à la gorge, et la strangulation ; enfin des convulsions qui débutent par de la constriction épigastrique, qui s'accompagnent ordinairement de perte de connaissance, et qui se terminent par des pleurs et des sanglots; symptômes qui sont tous sous l'influence des affections morales [Oiiv. cité, p. 5). Il faut ajouter à cet ensemble les paralysies, \es perversions de la contractilité (par anesthésie musculaire), les modifications d'exhalations et de sécrétions, et enfin, comme phénomènes accidentels se produisant sous l'influence des conditions particulières dans lesquelles les hystériques se trouvent : le délire, la léthargie, la catalepsie, Y extase, le somnambulisme, le coma,\'îi syncope (Ibid., p. 205).

2° Inductions diag7iostiques. — Si j'énumère simplement ces phénomènes, c'est qu'il n'y a pas de maladies dont les symptômes se dissocient et s'isolent plus facilement que ceux de l'hystérie. 11 en résulte qu'ils peuvent se présenter isolément à l'observateur, et servir de premier indice aux inductions diagnostiques.

Cependant il ne faut pas perdre de vue que, dans la pratique, on peut se trouver en présence de deux ordres de manifestations, sur lesquelles M. Landouzy a insisté avec raison : l*' les attaques, qui seules caractérisaient l'hystérie pour les anciens; 2** les phénomènes hystériques intermédiaires. J'insiste d'autant plus sur cette distinction clinique, que M. Briquet me semble considérer comme trop secondaire.

Les attaques sont constituées de temps en temps par des accidents spéciaux et graves qui, apparaissant d'une manière soudaine, prennent une certaine intensité, et, après une durée ordinairement courte, disparaissent aussi brusquement qu'ils ont apparu (Briquet). Ces accidents sont, pour M. Landouzy, les attaques conviilsives proprement dites et les accès non conviilsifs. M. Briquet admet comme formes plus nombreuses des attaques : l'' les spasmes ; 2" les syncopes ; 5° les convulsions hystériques; 4^ les convulsions épileptiques ; 5^^ la catalepsie; Y extase; 7° le somnambulisme ; 8*^ le coma et la léthargie ; et 9° le délire.

Les attaques de spasmes, qui sont très-fréquentes, constituent les accès non convulsifs de M. Landouzy. Elles sont caractérisées, suivant M. Briquet, par un sentiment de serrement, d'oppression considérable, et de douleur très- vive, déchirante, non pas au bas-ventre m.ais à l'épigastre, par des palpitations précipitées, une accélération extrême des piouvements respiratoires (jusqu'à 100 par minute), parla sensation d'un globe montant à la gorge où elle provoque la strangulation la plus douloureuse et une dysphagie incomplète {globe hystérique); une violente céphalalgie se déclare aussitôt : les mains s'agitent, se crispent involontairement, et, après une durée qui varie de quelques minutes à quelques heures, pendant lesquelles l'intelligence reste intacte, les sanglots éclatent, les pleurs surviennent, les urines coulent claires et abondantes et les accidents se calment, suivis de céphalalgie, de douleurs thoraciques et de courbature. Ces attaques sont caractéristiques.

Il en est de même des attaques de convulsions. M. Briquet a insisté avec raison sur ce fait que ces convulsions se distinguent de celles de l'épilepsie et de féclampsie en ce que les mouvements sont analogues à ceux qui se produisent dans l'état sain. Ces convulsions sont cloniques, en effet, dans l'hystérie, et toniques dans les deux autres affections convulsives. Le début des attaques a lieu comme pour les attaques

HYSTÉIÎIE. 4g[

de Spasmes jusqu'au moment du sentiment de strangulation; la malade pousse alors un ou plusieurs cris déchirants, caractéristiques, perd le plus souvent connaissance et tombe à terre si elle n'est pas soutenue; en même temps apparaissent les convulsions très-bien décrites par M. Briquet, qui les a constatées chez trois cent cinq malades.

« Le plus ordinairement les malades s'agitent, tantôt comme si elles voulaient échapper à des violences, tantôt comme si elles se débattaient contre une étreinted'autres fois, comme le ferait un opéré auquel on laisserait la liberté de ses mouvements, ou, enfin, comme une personne qui se livrerait à l'impatience, au mécontentement, à la fureur, ou au désespoir. D'autres fois encore, les membres supérieurs et inférieurs se meuvent dans tous les sens; la flexion, l'extension, la rotation ladduction, l'abduction, se succèdent avec la plus grande rapidité. Tantôt le corps se meut comme un ver, tantôt il se contracte dans tous les sens, bondit et s'échappe souvent des mains qui le retiennent. La tête s'agite sur le tronc, en avant en arrière, de côté, mais très-rarement les muscles de la face éprouvent-ils de ces convulsions qui tordent la bouche, qui font rouler les yeux dans leur orbite et les portent en dedans ou en dehors. » {Traité de rhystérie, 1859, p. 360).

Les mouvements convulsifs s'accompagnent quelquefois de craquements dans les articulations ; la face est le plus souvent vultueuse, animée, rarement pâle et froide il y a des palpitations, le ventre se météorise, la respiration est irrégulière • enfin la connaissance revient et alors les sanglots éclatent, et l'accès se termine comme pour les spasmes.

Ces accès peuvent se répéter à des intervalles plus ou moins rapprochés pour constituer l'attaque. Le caractère des actes qui s'observent alors varie d'ailleurs suivant la susceptibilité particulière de l'appareil musculaire, suivant l'âge et la constitution physique et morale, les causes qui ont déterminé les attaques, et enfin, suivant les impressions ressenties auparavant (Briquet).

^ M. Landouzy a constaté que la durée des attaques est le plus souvent d'un quart d'heure à une demi-heure, ce que les nombreux relevés de M. Briquet ont confirmé. L'attaque peut se prolonger d'une à deux heures, rarement elle n'est que de quelques minutes. Enfin le chiffre des attaques varie à l'infini; parfois l'attaque est unique et accidentelle; elles sont d'autant plus courtes qu'elles sont plus fréquentes, et la première est ordinairement plus prolongée que les suivantes.

Les attaques ont des prodromes qui consistent en troubles nerveux extrêmement variés, suivant les malades, et qui peuvent souvent faire prévoir les attaques, mais seulement lorsque l'hystérie est déjà diagnostiquée.

Il est évident que les deux genres d'accès, uniques, ou multiples de façon à constituer une attaque, sont tout à fait caractéristiques, soit comme phénomènes actuels, soit comme antécédents. Mais en est-il de même des autres formes d'attaque^ admises par M. Briquet et considérées isolémeTit ? La syncope est le plus souvent une conséquence de la chloro-anémie, de l'aveu même de l'auteur. Mais le coma, le dehre, de même que la catalepsie, l'extase, le somnambuHsme, la léthargie, devront toujours éveiller le soupçon de l'hystérie chez la femme encore jeune, vu la fréquence de cette maladie opposée à la rareté des autres origines des phénomènes que je viens de rappeler. Toutefois on ne saurait admettre avec certitude leur origine hystérique que par la concomitance d'autres phénomènes hystériques antérieurs ou actuels.

Comme antécédents auxquels M. Briquet attache une grande importance, il signale : 1^ une grande impressionnahilité dès l'enfance, les reproches produisant alors des étouffements et des malaises, et les choses tristes provoquant des larmes exagérées ; 2° par le fait des émotions ou des affections morales, un sentiment de malaise et de resserrement épigastrique, puis de strangulation avec palpitations et agitation dans les membres; 5° les trois hyperesthésies suivantes, isolées ou groupées : Vépigastr algie, la douleur au niveau delà partie moyenne des fausses côtes gauches, et la rachialgie, augmentant ou survenant par des causes morales.

Ces antécédents, qui caractérisent Vétat hystérique, sont constants, suivant M. Briquet, qui va jusqu'à considérer comme des signes pathognomoniques, indépendamment des attaques, les trois hyperesthésies que je viens de rappeler. Pour lui, ces douleurs siègent aux attaches des muscles {myosalgies) . Elles sont superlicielles, sous-cutanées, mais extrêmement vives ; on les provoque ou on les exaspère en grattant modérément le muscle, en le galvanisant ou en faisant exécuter des mouvements à la malade. On doit éviter de les confondre : avec des névralgies, qui ont des foyers douloureux d'élection ; avec le rhumatisme musculaire, qui a plus de fixité, qui n'affecte pas plus spécialement le côté gauche du corps, et dont la douleur moins vive à la pression que dans la myosalgie hystérique, est au contraire plus vive par les mouvements; avec la douleur saturnine, qui a des lieux d'élection particuliers.

Peut-on réellement attribuer une valeur pathognomonique à ces douleurs considérées comme signes d'hystérie ? Il est permis d'hésiter à adopter cette appréciation du savant médecin de la Charité ; car, la similitude des trois hyperesthésies avec les foyers de la névralgie dorso-intercostale gauche, qui ont le même siège, l'absence de preuves que les douleurs occupent réellement les attaches musculaires comme le pense l'auteur, et enfin son silence presque absolu sur les névralgies hystériques qu'il ne fait que mentionner dans son ouvrage comme s'il ne les avait jamais constatées lui-même, tandis qu'il décrit minutieusement les hyperesthésies en question : tout semble démontrer qu'il ne s'agit ici que de névralgies dorso-intercostales identiques à celles qui se rencontrent dans la simple anémie, et qui ne sauraient par conséquent constituer des signes pathognomoniques de Thystérie. Je dois cependant ajouter que, lorsque Tépigastralgie ou douleur antérieure est caractérisée par une douleur provoquée par la pression des attaches des deux muscles droits, à l'endroit de leurs insertions aux cinquième, sixième et septième côtes, ainsi qu'à leurs cartilages, on ne saurait admettre que cette douleur est névralgique. Mais en est-il toujours ainsi?

Quoi qu'il en soit, ces phénomènes ont une assez grande valeur diagnostique, soit comme antécédents, soit comme phénomènes hystériques actuels, et au même titre que les suivants, qui se remarquent comme eux du côté gauche du corps dans la plupart des cas, condition générale signalée par M. Briquet, et très-utile à noter. Ce sont d'abord les hyperesthésies musculo- cutanées autres que les dorso-intercostales, ou occupant les organes des sens et même les viscères ; des anesthésies, des spasmes et des paralysies.

Parmi les hyperesthésies, je dois rappeler : la dermalgie et surtout la céphalalgie, occupant le plus souvent les régions frontale et temporales, selon les nombreux relevés de M. Briquet, et rarement le sommet de la tête, où elle constitue le clou ou

V œuf hystérique, qui s'accompagne fréquemment de frissonnements, de vomissements, de troubles digestifs et parfois de fièvre.

On doit si'^naler encore les liyperesthésies analogues des parois abdominales ou des membres, ainsi que celles de la vue (photophobie), de Youïe (hypercousie), celle du larynx, d'où résulterait la toux hystérique, le spasme de la glotte (qui a nécessité deux fuis la trachéotomie) et l'asthme (?), La gastralgie, Ventéralgie, la néphralgie, la cystalgie et Vhystér algie complètent cette énumération.

Les ANESTHÉsiES liystériqucs qui m'ont occupé ailleurs (p. 62), ainsi que les SPASMES et les paralysies, devront également faire soupçonner l'existence de l'hystérie chez les jeunes femmes. Le soupçon se changera en certitude, comme pour les autres symptômes, s'il a existé précédemment des attaques caractéristiques, et si les urines sont habituellement limpides, incolores et abondantes, signe important auquel Sydenham, Mitter Bâcher, cités par M. Briquet, et M. Briquet lui-même, ont reconnu une grande valeur.

La coïncidence d'autres phénomènes franchement hystériques, actuels ou antérieurs éclairera aussi sur la nature hystérique de certaines contractures passagères ou permanentes plus ou moins étendues, sur celle des pneumatoses, du ptyalisme, des sueurs abondantes (parfois sanguinolentes), et de certaines galactirrhées que l'on a vues alterner avec des attaques d'hystérie (obs. de M. Briquet).

Outre les erreurs auxquelles peuvent donner lieu ces symptômes pris isolément, leur réunion, ou l'hystérie elle-même, a été considérée comme pouvant être confondue avec Vhypochondrie (Dubois, d'Amiens), et avec Vétat nerveux ou névropathique ( Whytt) .

Mais l'hypochondrie (Y. ce mot) présente des phénomènes bien caractéristiques; et quant à Vétat nerveux considéré en dehors de l'hystérie, il ne peut y avoir doute que lorsque les attaques d'hystérie n'existent pas, c'est-à-dire, lorsque cette affection elle-même est très-problématique. C'est alors, comme dans toutes les conditions semblables, dans l'ensemble des phénomènes, dans leur évolution, leurs causes, qu'il faut chercher des motifs de conviction.

L'instabilité des phénomènes, leur durée temporaire, leur apparition et leur disparition brusques, sont des particularités de la marche de la maladie qui ont une grande valeur. — Quant aux données étiologiques, qui ont été si bien étudiées par M. Briquet, il en ressort principalement : que l'hystérie, presque spéciale au sexe féminin, peut se rencontrer chez Tenfant avant la puberté, mais que le maximum de fréquence est entre \1 etlh ans, âge au delà duquel l'invasion de la maladie est rare; que l'hystérie est héréditaire dans le quart des faits; que Vimpressionnabilité augmentée de V élément affectif du système nerveux, et non Vinfluence des organes génitaux, constitue le fond de la prédisposition ; que, dans les cinq sixièmes des faits, la maladie a suivi l'action d'une cause déterminante qui a agi sur l'encéphale dans plus de la moitié des cas.

De plus on n'oubliera pas que l'imitation est une cause incontestable du retour des attaques et même de l'invasion de la maladie, comme toutes les impressions morales profondes; l'imitation expliquerait aussi, selon M. Briquet, les bizarres épidémies de convulsionnaires et de possession, dont il a exposé un saisissant tibleau.

Une question importante d'étiologie se rattache à la distinction de l'hystérie en

primitive ou secondaire. Il résulte des recherches nombreuses de M. Briquet, relativement à l'hystérie secondaire : 1° que les maladies prolongées qui occasionnent un< grand affaiblissement, un état anémique et des souffrances prolongées, sont celles qui prédisposent le plus à l'hystérie ; 2** que les affections prolongées des organes génitaux provoquent peut-être cette prédisposition plus que celles des autres organes, parce qu'elles réunissent à un plus haut degré que les autres les conditions qui viennent d'être indiquées.

En présence des formes ou des manifestations si nombreuses que peut offrir l'hystérie, il faut songer toujours à la possibilité de l'existence de cette affection chez les jeunes femmes qui présentent des symptômes insolites; mais on doit aussi se défier de la simulation des accidents hystériques faciles à reproduire, ou desinventions fantaisistes de certaines femmes réellement hystériques qui veulent inspirer plus d'intérêt. Il suffit de signaler la possibilité de ces manœuvres, que l'on parvient toujours à déjouer dès qu'on les soupçonne. On n'oubliera pas non plus qu'un' petit nombre de femmes cherchent à dissimuler des antécédents franchement hystériques.

Une forme de la maladie dont la détermination précise est fort difficile est Vhystéro-épilepsie. Cette seule dénomination montre précisément que l'on établit, en l'employant, la confusion entre l'hystérie et l'épilepsie. Et de fait, il est souvent impossible de décider s'il y a épilepsie ou hystérie épileptiforme, à moins que les attaques d'épilepsie et d'hystérie ne se déclarent isolément chez la même malade, ainsi que l'a vu M. Briquet.

Les complications présentent quelques particularités utiles à rappeler au point devue du diagnostic. — Il serait fort difficicile, selon M. Briquet, d'indiquer exactement les différences qui existent entre les phlegmasies aiguës de l'encéphale et l'hystérieaiguë; et cette combinaison, qui n'est pas très-rare, serait un des écueils les plus dangereux de la pratique. — Les affections inflammatoires aiguës de la poitrine et des bronches revêtent souvent la forme convulsive. — Celles des viscères abdominaux provoquent des spasmes. — Les affections utérines chroniques avec exagération de sensibilité se borneraient à réagir sur le système nerveux des hystériques, sans avoir la gravité qu'on leur a supposée. — Le rhumatisme articulaire ne serait pas trèsrare chez les hystériques (28 sur 400). — Ni M. Briquet ni M. Landouzy n'ont jamais vu V hypoehmdrie compliquer l'hystérie, contrairement à l'opinion desanciens, qui croyaient cette complication fréquente. — Il en est de même de la nymphomanie. — Enfin la chorée n'existe jamais en même temps que des attaques franches d'hystérie, et elle ne se combine à l'hystérie que quand celle-ci se borne aux simples accidents de la première période.

Comme phénomène consécutif à fhystérie, il faut, selon M. Briquet, signaler Yétat nerveux. Cependant les aneslhésies et les hyperesthésies disparaissent avec la> maladie.

5° Pronostic. — La mort est très-rarement survenue dans les attaques ; elle est due alors à la suffocation. Plus rarement encore la mort a été directement le fait de l'hystérie indépendamment des attaques; elle a été produite alors par V épuisement, par une méningo-encéphalite, deux fois par la gastralgie ; et indirectement, par la phthisie pulmonaire, la cirrhose du foie,raffection de Bright. Les affections utérines et notamment le cancer utérin ne provoquent pas plus fréquemment ici que dans

ICHTHYOSE. — ICTÈRE. 485

•d'autres conditions une terminaison fatale. — La terminaison de l'hystérie par guérison complète et rapide ne se voit pas souvent; c'est que l'affection est alors récente -et due à une cause accidentelle. Quand elle est ancienne, et que la constitution est -très-impressionnable, « l'hystérie laisse après elle un état mélancolique, l'épilepsie, -des paralysies plus ou moins étendues, des tics convulsifs, la rétraction des muscles, lachorée, le rachitisme. Le cerveau, le poumon, le cœur, et surtout le tube digestif, peuvent devenir le siège de phlegmasies chroniques, d'où résulte presque toujours un amaigrissement plus ou moins considérable. » (Briquet.) HYSTÉROMÈTRE. — F. Utérus.

ICHTHYOSE. — Cette affection cutanée, congénitale ou accidentelle, est aisée à reconnaître à « des squames plus ou moins larges, dures, sèches, d'un blanc grisâtre, comme imbriquées, formées par de l'épiderme épaissi, ne reposant jamais sur une surface enflammée, n'étant accompagnées d'aucune chaleur, d'aucune douleur, d'aucune démangeaison, et constamment liées à une altération profonde des couches sous-jacentes delà peau » (Cazenave). Celle-ci est épaisse, fendillée, rude au loucher comme une peau de chagrin, et souvent comme recouverte d'écaillés plus ou moins épaisses (squames adhérentes) aux parties saillantes des membres. — L'ichthyose est générale ou partielle. Les parties qui en sont moins fréquemment ou moins profondément atteintes que les autres sont la paume des mains, la plante des pieds, et surtout les régions où. la peau est plus line, comme la face interne des membres, les aisselles, les aines, le visage, les paupières.

Lorsque l'ichthyose est partielle, elle se présente parfois sous forme d'exfohation presque farineuse, et pourrait être prise pour de l'eczéma si les antécédents de cette dernière affection ne venaient éclairer le praticien.

L'ichthyose est incurable ou très-rebelle ; mais elle ne se complique pas d'altérations des organes intérieurs.

ICTÈRE. — 1" Caractères. — La coloration jaune de la conjonctive et de la peau, due au passage dans le sang des matières colorantes de la bile, constitue l'ictère. — Il se constate ordinairement à première vue, qu'il soit limité ou généralisé. La coloration ictérique apparaît d'abord à la sclérotique, puis aux tempes, au pourtour du nez, aux commissures des lèvres, avant d'envahir le reste de la face ou <du corps; la teinte en est le plus souvent franchement jaune clair, jaune foncé, plus rarement verdâtre, ou même d'un vert foncé et brunâtre qui a fait qualifier l'ictère de fioir.

Dans certains cas, la coloration jaune est douteuse, soit parce que l'ictère est trèspeu prononcé ou à son début, soit parce que l'on voit le malade à la lumière d'une bougie ou d'une lampe, qui annihile la couleur jaune, soit enfin parce que la coloration naturellement brune de la peau du sujet en atténue la manifestation. Quelqueibis au contraire l'ictère n'est pas réel, mais simulé par une coloration légèrement jaunâtre de la peau, comme dans l'intoxication saturnine, dans laquelle cette coloration est appelée faussement ictère saturnin, dans la cirrhose du foie, dans la cachexie cancéreuse, ou enfin dans l'anémie, surtout chez les individus dont le teint est naturellement jaunâtre. Or, dans ces diverses circonstances, il faut contrôler son impression par la recherche de quelques autres signes propres à l'ictère luimême.

Page 1