ICTÈRE
Il ne faut pas oublier, en effet, que la sclérotique est toujours envahie par la coloration jaune dans le véritable ictère, et qu'au début elle peut être la seule partie extérieure qui soit colorée, ce qui n'a pas lieu dans les faux ictères que je viens de rappeler.
L'examen des urines fournit encore d'autres signes probants de rictère; c'est d'abord la couleur rougeâtre de ce liquide, qui teint en jaune serin les parois du vase où il passe, ou un linge qu'on y trempe ; c'est ensuite la réaction que l'acide nitrique produit dans l'urine, à laquelle il donne une couleur verdâtre devenant d'un rouge pourpre par un excès d'acide, et que l'on a dit pouvoir être constatée deux ou trois jours avant l'apparition (même aux sclérotiques) de la teinte ictérique extérieure (F. Bile).
On a encore attribué à l'ictère d'autres signes indirects, tels que le prurit parfois incommode de la peau, une éruption papuleuse (Gubler), la desquamation, la céphalalgie, rarement la vue des objets en jaune, de légers troubles digestifs, et enfin la lenteur du pouls.
Selon M. Calvert, V acide carbo- azotique, pris à l'intérieur, aurait pour effet une coloration jaune delà peau et des conjonctives ressemblant à un ictère intense, coloration qui disparaîtrait avec l'élimination de l'acide par les urines (Jour, depharm. et de chimie, 1 856, t. XXX) .
2« Conditions pathologiques et signification. — L'ictère une fois constaté, il faut remonter à la condition pathologique dans laquelle il se produit. Cette question d'origine devient, en effet, la question capitale du diagnostic. On recherchera d'abord si l'ictère est symptomatique d'une obstruction des voies biliaires ou d'une affection du foie lui-même, d'une maladie paraissant localisée dans un autre organe, d'une affection générale, ou bien si l'ictère, indépendant en apparence de tout autre état pathologique, semble constituer à lui seul une affection particulière (ictère idiopathique).
Lorsque l'ictère est précédé de douleurs plus ou moins vives au niveau du rebord des fausses côtes droites, on doit le rattacher à la colique hépatique, c'est-à-dire presque toujours à l'obstruction des voies biliaires par des caMs biliaires engagés dans les canaux hépatique ou cholédoque. On rattachera beaucoup plus difficilement l'ictère à l'occlusion des voies biliaires par inflammation (Curry, Andral) ou par compression due à une tumeur, à moins que cette tumeur ne soit déjà constatée.
Dans les maladies du foie, comme dans les autres affections générales ou locales nombreuses où l'on rencontre l'ictère comme symptôme, on peut dire qu'il n'est jamais un signe pathognomonique, car il nest constant pour aucune d'elles.
Dans Vhépatite aiguë, l'ictère joint à la fièvre sert beaucoup à caractériser la maladie (Louis), mais dans Vhépatite chronique, où il est plus rare, il n'indique nullement, comme on l'a avancé, que les abcès, s'il en existe, avoisinent les voies biliaires. — Dans le cancer du foie, l'ictère n'a été noté que dans le quart des faits (Valleix). Joint à la tumeur inégale et bosselée du foie, il est alors un très-bon élément de diagnostic. — L'ictère, le véritable ictère, est exceptionnel dans la cirrhose, comme avec les tumeurs hydatiques du foie, et la phlébite de la veme porte.
En dehors des maladies de l'organe hépatique et des voies biliaires, il en est^ un assez grand nombre qui s'accompagnent d'ictère. Ce sont : la pneumonie, même
ICTÈIÎE. 487 celle qui siège dans un point du poumon éloigné du foie (au sommet, par exemple); ï embarras gastrique bilieux; certaines affections utérines; la fièvre bilieuse on Y état bilieux des pays chauds; la fièvre jaune, ainsi appelée en raison de l'existence de l'ictère (dans laquelle cependant il peut faire défaut) et où il a pour caractère particulier d'occuper principalement la poitrine chez quelques sujets, et d'être précédé d'une injection des téguments (Louis). L'ictère est si rare dans la fièvre typhoïde, que M. Louis n'en a rencontré que deux exemples ; c'est là un fait très-important comme caractère différentiel entre cette maladie et celle à laquelle on a donné le nom ^ictère grave, dont il sera question tout à l'heure. Pour compléter le diagnostic de l'ictère, il me reste, en effet, à parler de Tictère dit essentiel lorsqu'on ne peut le rattacher comme symptôme à aucune maladie connue, et qui est tantôt simple et tantôt grave.