II. Laryngite chronique
i« Éléments du diagnostic. — Qu'elle soit légère ou intense, la laryngite chronique ne s'accompagne pas de fièvre. Elle est surtout caractérisée par l'enrouement ou l'aphonie, par une douleur légère du larynx, une toux peu fréquente, des crachats parfois pelotonnés, grisâtres, très-épais, rendus surtout le matin. Comme antécédents étiologiques dans les cas peu graves, on trouve les grands efforts de voix, l'abus des alcooliques, l'action du froid.
T Inductions diagnostiques. — Le point important du diagnostic de la laryngite chronique est de décider si elle est simple ou symptomatique. La laryngite chronique simple ne pourra pas être confondue avec Yaphonie nerveuse qui survient brusquement et qui existe sans douleur, sans gêne douloureuse quelconque, sans expectoration. .
Il est d'ailleurs impossible de reconnaître pendant la vie, d'après les symptômes, s d y a ou non ulcération. Celle-ci est du reste si rare, qu'elle a été révoquée en doute par quelques auteurs; cependant M. Bouchut en a rapporté une observation (Soc. des Hôp., juin, 1855) .
La grande difficulté est de décider si l'on a affaire à une l.ryngite chronique liée
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ou non à une autre maladie. Dans les cas de laryngite symptomatique avec ou sans ulcération, il existe presque constamment une phtliisie pulmonaire, et plus rarement une syphilis constitutionnelle ou un cancer du larynx.
Suivant MM. Trousseau et Belloc, qui, à propos de hphthisie laryngée (1837)l, ont publié un intéressant ouvrage sur la laryngite ulcéreuse, les signes concomitants des tubercules pulmonaires, ceux de la sijphilis comme signes anamnesliques ou actuels (au niveau du pharynx), pourraient seuls révéler qii'il s'agit d'une lésion dépendant, soit de la tuberculisatiou, soit de la syphilis constitutionnelle. Quant au cancer du larynx, la présence de la tumeur, sensible au toucher de l'arrière-gorge ou faisant saillie au dehors, le ferait seulement reconnaître.
On peut cependant établir que de fortes probabilités existeront pour des ulcéra- ' tiens laryngiennes lorsque la laryngite chronique aura une marche lente, mais graduellement de plus en plus grave, qu'il y aura fièvre hectique, dépérissement (phthisie laryngée), et qu'en même temps on constatera les signes des maladies dont il vient d'être question. 11 ne sera guère permis de douter de l'existence des ulcérations si, en outre, on constate une expectoration de crachats habituellement purulents, striés de sang, quoique ce dernier signe puisse exister sans ulcération de la muqueuse. Enfin le diagnostic sera certain si, en comprimant le larynx, on sent qu'il est le siège d'une crépitation due à la destruction partielle et à la mobilité des cartilages laryngiens, si des débris de cartilage sont accidentellement rendus par la toux, et si enfin le laryngoscope permet de constater de visu l'ulcération elle-même.
3^ Pronostic. — La laryngite chronique simple est peu grave; mais il n'en est pas de même de celle qui est secondaire, principalement lorsqu'elle dépend de la tuberculisatiou ou d'une affection cancéreuse. Efie contribue alors par ses progrès à hâter la mort. Dans la syphilis, c'est au contraire la guérison ou la cicatrisation de l'ulcération qui pourrait entraîner la mort en rétrécissant le larynx et en déterminant l'asphyxie, comme on l'a observé dans la trachée.
LARYNGOSCOPE. — Ce n'est pas à M. Liston et à M. Garcia (Angleterre) qu'il faut, avec M. Czermak (Du laryngoscope et de son emploi, etc., 1860), rapporter les premiers essais qui ont eu pour but l'exploration visuelle de la glotte à l'aide de miroirs réflecteurs introduits dans l'arrière- bouche. Dès 1857, en effet, trois ans avant la publication de M. Liston, MM. Trousseau et Belloc signalaient, dans leur Tîmté de la phthisie laryngée (p. 179), le spéculum laryngien de Selligue, habile mécanicien français ; il consistait en deux tubes, « dont l'un servait à porter la lumière sur la glotte, et l'autre à apporter à l'œil l'image de la glotte réfléchie dans un miroir placé à l'extrémité gutturale de l'inslrument. » MM. Trousseau et Belloc avaient fait confectionner eux-mêmes par Samson, coutelier, un instrument analogue, mais ils le jugèrent d'une application très-difficile, vu le volume trop considérable de l'appareil et les contractions pharyngiennes provoquées par sa présence dans l'arrière-gorge.
Cependant, Bennati vit la glotte à l'aide de Finstrum.ent de Selligue; mais MM. Liston (1840) et Garcia (1855) simplifièrent singulièrement le procédé d'exploration en employant un simple petit miroir porté dans le pharynx à l'aide d'une' tige, miroir sur lequel devait à la fois tomber la lumière extérieure et se rélléchir Limage de la glotte. M. Turck, de Vienne, appliqua le premier la méthode au diagnostic des affections laryngiennes [Méthode pratique de Laryngoscopie. Paris,
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1861); mais c'est à M. Czermak que l'on doit la vulgarisalioii du procédé, qu'il a rendu pratique grâce aux perfeclioniieaienls qu'il lui a fait subir, notamment par l'addition du miroir de rophllialmoscope qui a concentré dans l' arrière-gorge la ' lumière réfléchie, soit solaire, soit artificielle, ce que l'on n'avait pu obtenir suffisamment jusque-là. Il a récemment démontré dans plusieurs hôpitaux de Paris que son procédé pouvait être usuel dans un assez grand nombre de cas.
Un miroir laryngien de dix-huit à vingt millimètres, à surface plane, assez épais pour conserver la chaleur nécessaire qui s'opi)Oie à sa ternissure par les vapeurs aqueuses traversant l'arrière-gorge, compose la partie essentielle de Tappareil. Une lampe puissante, à défaut de la lumière du soleil, et enfin un miroir ophthalmoscopique ou d'éclairage, fixé au-devant de l'œil de l'observateur à l'aide de moyens divers, ou sur une table, complètent les moyens d'exploration.
La personne examinée doit être assise, les mains sur ses genoux, le haut du corps avancé, le cou tendu en avant, la bouche largement ouverte, la langue aplatie et tendue un peu au dehors. L'observateur, assis en face, et regardant à travers l'ouverture centrale du miroir oculaire, règle d'abord l'éclairage de l'arrière-bouche, puis il chauffe le petit miroir à tige (ou laryngoscope), dont il éprouve au toucher la i température. Pendant que le malade inspire profondément et prononce la voyelle I ae dans l'expiration, on dirige le petit miroir dans l'arrière-gorge en refoulant la I luette et le voile du palais pour donner à l'instrument la position convenable, en dirigeant l'examen suivant les images que l'on obtient. L'exercice et la réÛexion feront comprendre à chaque observateur, les modifications qu'il doit faire subir au j procédé suivant les circonstances.
Un obstacle sérieux à l'emploi usuel du laryngoscope est l'insuffisance fréquente de la lumière'solaire ou artificielle. M. Cusco y a remédié par un double procédé fort ingénieux qu'il a eu l'obligeance de me communiquer. Il consiste à recevoir les rayons solaires à travers une ouverture pratiquée dans le volet d'une fenêtre, sur un miroir oblique qui rend le jet de lumière horizontal. S'il agit avec la lumière artificielle, il I se sert d'une lampe dans la flamme de laquelle il fait passer un très-petit courant d'oxygène, ce qui donne à la lumière un éclat incomparable. Il faut d'ailleurs arriver à un certain degré d'habileté pour pratiquer la laryngoscopie chez les malades; car si quelqueiois on atteint le but d'emblée, plus souvent il faut, avant une exploration fructueuse, que le malade se soit exercé à bien ouvrir sa bouche, à maintenir sa langue abaissée, et surtout à supporter sans contractions la présence d'un corps étranger au niveau de l'isthme du gosier. Ces exercices préliminaires sontvindispen- I sables, sauf pour la langue, que l'on peut maintenir avec un abaisseur. I On peut voir ainsi l'ouverture de la glotte, les cordes vocales supérieures et les I inférieures (qui sont celles qui produisent les sons) ; on aperçoit également les pa- I rois cartilagineuses de la trachée, et, dans les conditions les plus favorables, jusqu'à l'éperon de l'origine des bronches.
Il n'est plus douteux aujourd'hui que l'on puisse constater de visu, à l'aide du laryngoscope, non -seulement le jeu des cordes vocales et de l'épiglotte dans les actes physiologiques, dont je n'ai pas à m'occuper ici, mais aussi des lésions matérielles que le larynx peut présenter. Le laryngoscope devient ainsi un moyen de diagnostic aussi certain que possible, dans une foule de circonstances oiî précisément il y au- \ rait, sans lui, impossibihlé de décider s'il y a ou non lésion matérielle à l'origine