‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 134 sur 245 · LARYNX · texte numérisé non relu

LARYNX

des voies aériennes profondes. Dans le cas de lésion, il en révèle le plus souvent la nature. Il aurait même permis à des chirurgiens d'enlever des tumeurs laryngiennes pendant leur constatation, selon M. Czermak.

Ces résultats nouveaux et imprévus devaient vivement impressionner le monde médical. Malheureusement la pratique de la laryngoscopie est impossible ou trèsdifficile chez un assez grand nombre d'individus : d'abord chez les enfants, ensuite chez les adultes dont les organes du gosier sont très-irritables au contact des corps étrangers, chez ceux qui ne peuvent ouvrir largement la bouche et maîtriser les i mouvements de la langue, ou qui ont une conformation et une disposition défavo- H rables des organes. Enfin la méthode est inapplicable dans les cas d'affections aiguës H du larynx. Quoi qu'il en soit, c'est principalement Y inexpérience et la maladresse ■ de r observateur qui constituent, suivant M. Czermak, le principal obstacle. I

(( L'introduction du miroir avec facilité et assurance, par conséquent sans excita- H tion notable de l' arrière-bouche ; la prompte détermination de l'exacte position du m miroir à l'endroit le plus propice et le moins sensible, l'habitude de s'orienter avec des images réfléchies, surtout lorsqu'il s'agit des régions peu connues et de parties mobiles; les indications à donner à la personne examinée pour exécuter les mouvements et prendre l'attitude nécessaires à la disposition la plus favorable des parties buccales et pharyngiennes; enfin la régularisation de l'éclairage et de la direction visuelle : toutes ces circonstances exigent un degré d'exercice et de dextérité que l'on ne peut atteindre que par une grande persévérance, jointe à certaines notions préliminaires et à une certaine adresse naturelle. » (Ouv. cité, p. 17.)

Il me suffit de rappeler ce passage du travail de M. Czermak pour montrer que la laryngoscopie n'est pas encore parvenue à la simphcité de moyens et d'application qu'il faut espérer lui voir atteindre. V. aussi Nasales (régions) et Pilarynx.

LARYNX. — Situé à la partie antérieure du cou et en avant de Tcesophage, le larynx constitue la première partie des voies respiratoires profondes. Il sert nonseulement à la respiration, mais encore, par sa portion glottique, à la production des sons dans les actes de la phonation et du chant. Quoique jouissant d'une certaine mobilité, le larynx n'est que légèrement dévié de sa position normale dans les cas rares où une tumeur s« développe dans son voisinage.

1* Maladies. — Les affections dont le larynx est le siège sont assez nombreuses. Les plus fréquentes sont les diflérentes espèces de laryngite, qui est simple (aiguë ou chronique), striduleuse (pseudo-croup), diphthérique ou pseudo-membraneuse (croup), ulcéreuse aiguë ou chronique (phthisie laryngée). L'œdème de la glotte a été considéré par certains auteurs comme une laryngite œdémateuse. Des affections beaucoup plus rares que les précédentes sont les polypes du larynx, les végétations, le cancer, les hydatides, les calculs, et des tumeurs mal définies. Enfin le spasme de la glotte, la paralvsie ou I'aphonie lorsqu'elle est le seul phénomène appréciable au niveau de cet organe, sont encore considérées comme des affections du larynx.

Toutes ces maladies ou lésions laryngées, qui se rattachent souvent à un état morbide général, ne sont pas également faciles à diagnostiquer ; la laryngorrhagie ou hémorrhagie du larynx est un phénomène pathologique dont il est souvent impossible, dans l'état actuel de la science, d'établir le siège anatomique dans l'organe qui m'occupe.'

2^ Symptômes. — La douleur du larynx est très-variable : lorsqu'elle est spon-

LAIIYKX. 529

lanée, elle est vaguement localisée par le malade à la partie antérieure et moyenne (lu cou, ou bien elle est provoquée ou augmentée par les mouvements respiratoires un peu énergiques, par la déglutition, par l'exercice de la voix, du chant, ou par la toux. Son intensité n'est pas considérable dans la plupart des cas, si ce n'est lorsque 1,1 toux produit au niveau du larynx une sensation passagère de déchirement, conmie dans certaines laryngites aiguës. La pression du larynx d'avant en arrière provoque ({uelquefois aussi la douleur.

Les symptômes foncliomiels fournissent souvent des signes d'une grande valeur. Je viens de dirô que les mouvements respiratoires, la phonation, le chant, la toux et la déglutition même pouvaient être douloureux. La respiration peut en outre être rendue difficile par un obstacle que le malade localise parfaitement dans le larynx par suite de la sensation de gêne qu'il y éprouve; de plus, le rhylhme des mouvements respiratoires est quelquefois modifié, l'inspiration étant beaucoup plus courte que l'expiration ; le passage de l'air est parfois sonore à distance, soit dans le premier temps, soit dans les deux temps respiratoires. La voix peut être rauque, éloufiée, modifiée, en un mot, dans son timbre; l'aphonie est souvent complète. La toux peut présenter un timbre sonore, éclatant, ou au contraire étouffé. La déglutition n'est pas sensiblement difficile.

Les mucosités et les exsudats expulsés du larynx par la toux sont quelquefois caractéristiques; mais d'autres fois il est difficile de décider si les excrétions ^roviennent du larynx lui-même ou d'une partie plus profonde des voies respiratoires. On a tout heu de croire que les matières expectorées viennent de cet organe : 1" lorsqu'elles sont expulsées plutôt par une expiration brusque que par un mouvement de toux, et que les signes physiques n'annoncent pas la présence de mucosités dans le reste des voies aériennes ; 2" lorsqu'il existe en même temps des signes fonctionnels localisés dans le larynx ; 3° lorsqu'il se joint à ces signes des crachats striés de sang, ou bien lorsque les mucosités expectorées, épaissies et rendues sans quinte de toux, semblent avoir été moulées dans les ventricules du larynx; 4" ou aura, non plus des probabilités, mais la certitude que les parties expulsées proviennent du larynx si on y reconnaît des fragments de cartilages laryngiens, ou des fausses membranes qui portent l'empreinte des parois de ce conduit ou qui forment des espèces de viroles d'un diamètre trop grand pour appartenir aux autres portions des conduits respiratoires.

5° Exploration. — L'exploration du larynx fournit aussi des signes d'une certaine valeur. — L'inspection leur est devenue applicable grâce au perfectionnement (jui a été apporté aux instruments exploraleurs anciennement connus (F. Laryn- GOScorE). Précédemment, l'inspection ne pouvait s'exercer que très-incomplétement, dans les cas exceptionnels où l'on avait été forcé de pratiquer la laryngotomie. Il n'est pas inutile de rappeler qu'alors finspection a été quelquefois un moyen de contrôle du diagnostic poi té, en rendant évidentes l'absence ou la réalité de la lésion soupçonnée, des fausses membranes diphthériques, par exemple. J'ai indiqué, à propos du CROUP, le signe indiqué par M. Wilson pour reconnaître si l'obstacle réside dans le larynx ou dans le poumon (p. 249). — La palpation extérieure du larynx, que l'on presse d'avant en arrière ou en lui imprimant des mouvements de latéralité, réveille parfois une douleur dont la constatation est utile au diagnostic; d'autres fois, elle fait sentir des espèces de craquements qui indiquent l'altération

550 LÈP1;E. — LEUCÉMIE, LELXOCYTHÉMIE.

profonde des cartilages. 11 ne faut pas oublier, à ce propos, qu'une sensation de craquement bien moins tranchée se produit quelquefois chez l'homme sain pendant les mouvements de latéralité, par suite des frottements réciproques des cartilages laryngiens. L'introduction dans le pharynx du doigt indicateur, surtout lorsqu'il est armé de la virole métallique de M. Loiseau, pénètre facilement jusqu'à l'orifice de la glotte, et celte palpation est le meilleur moyen de reconnaître l'engouement ou l'œdème du pourtour de cet orifice. L'épiglotte sert de guide pour cette exploration comme pour l'introduction dans le larynx de la sonde de M. Loisean, qui n'a d'importance que comme auxihaire thérapeutique. Quant à la pince dilatatrice du même auteur, son extrémité recourbée peut quelquefois extraire des fausses membranes flottantes dans le larynx, oii leur présence pouvait d'abord n'être que soupçonnée. — V auscultation du larynx a été de la part de M. Barth l'objet de recherches consciencieuses comme toutes celles qu'on lui doit. Le stéthoscope, placé sur l'un ou l'autre côté du larynx, y fait entendre, comme phénomènes physiologiques, un bruit respiratoire à timbre creux et caverneux, un retentissement vocal à son maximum, et une toux donnant la sensation évidente du passage rapide de l'air à travers un espace creux. Ces signes peuvent servir à trouver la position d'un larynx qui se trouverait englobé dans une tumeur cervicale. Comme phénomènes pathologiques, on trouve parfois le bruit respiratoire plus rude ou plus râpeux ; d'autres fois on entend un sifflement plus ou moins prolongé, ou bien un petit cri aigu tout particulier, un ronflement qui est, dans certains cas, comme métalhque, un ronchus humide à grosses bulles, ou enfin, pltis rarement, une espèce de râle vibra7it, de tremblottement, comme si un voile membraneux était agité par l'air.

Ces signes stéthoscopi(|ues, comme ie fait remarquer M. Barth, sont secondaire*, etne doivent être placés qu'en seconde ligne comme signes des affections laryngées, après les symptômes fonctionnels. On trouvera leur signification, soit aux articles qui les concernent, soit à ceux qui sont consacrés aux diverses affections laryngées.

LASSITUDE. — V. Courbature.

LENTIGO. — F. Macules.

LÈPRE. — Le diagnostic de la lèpre, ou plutôt des affections lépreuses, se rattache à celui d'une variété de psoriasis (lèpre vulgaire), et de I'éléphantiasis, dont j'ai traité ailleurs.

LÉTHARGIE. — On a considéré la léthargie tantôt comme une sorte de coma somnolentum, dont les réveils momentanés s'accompagnent d'incohérence dans les idées, et tantôt comme la mort apparente. La léthargie, sous ces deux formes, se rencontre principalement comme manifestation de I'hystérie.

LEUCEMIE, LEUGOGYTHÉMIE. — L'exagération du nombre des globules blancs du sang, reconnaissable au microscope (F. Leucocytes), constitue-t-elle la lésion fondamentale d'une affection particulière qui doit occuper sa place dans le cadre nosologique? ou bien n'est-elle qu'un épiphénomène pathologique se rencontrant dans un certain nombre de maladies? Il est indispensable d'être fixé sur l'un ou l'autre de ces points, afin de diriger son diagnostic vers un but bien défini lorsque l'on constate l'exagération des globules blancs du sang. Voyons donc rapidement ce queles faits, les faits et non les théories, doivent faireadmettre au praticien.

LELGÉMIE, LiacOCYTHÉMlE. 551

Suivant M. Beiiiiet et M. Virchow, et, après eux, suivant MM. Leudct, CharcoL {Bull, de la Soc. de BioL, 1855), Vigla {Bull, de la Soc. desHôpit., 1856), E. Vidal qui, dans une intéressante monographie, a analysé et commenté trentedeux observations, en ne s'occupant toutefois (jue d'une forme particulière de l'affection {Gaz. hebdomad., 1856), et enfin, suivant M. Trousseau (Leçons cliniques. Gaz. des Hôpit., 1858), la leucocythémie serait une entité morbide caractérisée par une cachexie particulière qui aurait ])our caractères fondamentaux l'augmentation notable des globules blancs du sang et l'hypertrophie, soit de la rate {forme splénique), soit des ganglions lymphatiques {forme lymphatique).

Malgré la valeur et l'appui de ces autorités, tous les observateurs sont loin de partager cette manière de voir, qui a la fragilité de celles que l'on fonde sur un nombre restreint de faits, observés à l'exclusion de ceux qui peuvent contredire la théorie liâtive que les premiers ont suscitée.

Telle est, en effet, la théorie de la leucocythémie considérée comme maladie.

MM. Bennet et Virchow ayant rencontré des faits de cacliexie dans lesquels, avec l'exagération du volume de la rate ou des ganglions lymphatiques, il y avait exagération notable du nombre des globules blancs dans le sang, sans fièvre intermittente antérieure, en ont conclu qu'ils avaient affaire à une cachexie spéciale ayant pour origine cette altération particulière du sang, celle-ci étant cause, et la maladie effet. Pour qu'il en soit ainsi, il faut rigoureusement (car il s'agit ici d'une proposition qui ne peut admettre d'exception) qiiil y ait des symptômes particuliers dépendant de la lésion du sang elle-même, et ne pouvant se rencontrer indépendamment de l'exagération du nombre des globules blancs du sang. Or, voyons ce que nous apprennent à cet égard les faits considérés dans leur ensemble, et non une série de faits pris à part. ^

D'abord il est hors de toute contestation que Ton a observé la lésion leucémique non-seulement dans des cas analogues à ceux qui ont été signalés par M. Virchow, mais encore dans des cachexies véritablement paludéennes, et dans des faits de cachexie cancéreuse.

En second lieu, il n'est pas moins avéré que la lésion leucémique peut absolument faire défaut dans des faits caractérisés par des symptômes exactement semblables à ceux que l'on a attribués à cette lésion du sang. M. Lassègue, faisant connaître à la Société des Hôpitaux (dans la discussion qui eut lieu en 1855-1856) les travaux entrepris en Allemagne sur le sujet qui m'occupe, signalait quelques notes critiques dans lesquelles on déclarait avoir observé des cas nombreux (Y anémie avec tumeur de la rate, sans leucocythémie. Ces observations étaient-elles autre chose que des cachexies semblables à celles de M. Virchow sans la lésion considérée comme fondamentale? Il n'est pas permis d'en douter. Moi-même, quelques mois plus tard, je renroulrais à l'hôpital Necker un exemple de cachexie observée avec le plus grand soin, présentant tous les caractères de la leucocythémie décrite comme maladie, et entre autres un développement considérable de la rate sans fièvre intermittente antérieure (leucémie splénique de Virchow), mais le sang, examiné pendant la vie et après la mort, ne présenta pas d'augmentation du nombre des globules blancs {Union méd., 1856).

Cette seule observation dans laquelle l'hypertrophie de la rate ne dépendait nullement d'une oblitération de la veine splénique, comme le démontra l'autopsie, eu

552 LEUCOCYIK-S.

dit plus que tous les raisonnemeiils, pour démoulrer tpie la leiicocythémie n'est pas une lésion ibndnmeutale à laquelle on devra rattacher les symptômes de la maladie. Mais il y a plus : la même conclusion est applicable à la forme lymphatique de la maladie de Yirchow. Pendant que se discutait la question de la leucémie à la Société des Hôpitaux, M. Bonfils communiquait à la Société médicale d'observation un fait remarquable de cachexie chronique avec hTjpertrophie énorme de tous les ganglions hjmphatiques , développement de la rate, asphyxie mortelle par hypertrophie des ganglions bronchiques, et absence d'augmentation des globules blancs du sang plusieurs fois constatée par M. 'Cti. Robin (Recueil de la Soc. méd. d'observ., t. 1). Ici la lencocythémie lymphatique de Yirchow avait été diagnostiquée avant l'examen du sang, mais il devint impossible de l'admettre après.

Il est donc de toute évidence qu'il faut interpréter autrement que ne l'a fait M. Yirchow les faits de leucémie ou de lencocythémie splénique ou lymphatique, et les envisager comme je l'ai fait sous la dénomination de cachexie splénique ou

LÏMPHATIQUE.

Une autre conclusion non moins logique à tirer de ce qui précède, c'est que la lésion leucémique du sang nest quun épiphénornène de diverses cachexies. Il reste à MM. Bennet et Virchow le mérite déjà très-grand d'avoir signalé cet élément nouveau des maladies cachectiques, d'avoir fait connaître sa fréquence dans les cachexies avec hypertrophie delà rate ou des ganglions lymphatiques, et enfin d'avoir décrit une cachexie analogue par ses symptômes à celle que produit l'intoxication paludéenne, mais sans fièvre antérieure de cette espèce, et à laquelle se joint très-souvent, mais non toujours, une exagération notable des leucocytes du sang.

En définitive, la leucémie ou lencocythémie est un simple épiphénomène, dont l'influence sur les fonctions en général est encore inconnue, les signes d'anémie, les suffusions séreuses, les hémon hagies et le dépérissement cachectiques qui lui ont été attribués étant absolument les mêmes dans beaucoup de circonstances où l'exagération des globules blancs n'a pas lieu.

On soupçonnera l'existence de la leucémie ainsi comprise cà la coloration brunâtre particulière du sang, et on la constatera directement par l'examen du sang au microscope, ainsi que je l'ai indiqué ci-après au mot Leucocytes (F. aussi Cachexie

t'PLÉNIQUE ou lymphatique).

LEUCOCYTES (Globules blancs du sang). — On sait que ces éléments anatomiques du sang, vus au microscope, ont un volume supérieur à celui des globules rouges, et qu'il varie entre 0">'",010 et 0'''''\0\A. Us ne sont, chez l'adulte, c|ue dans la proportion de 1 pour 100 ou 200 globules rouges, ou, plus exactement, suivant M. Moleschott elM. Welker, de 1 globule blanc pour 357 colorés. Quoi qu'il en soit de cette évaluation, l'importance est de savoir que lerunombre peut atteindre 25 ou 50 et même 50 pour 100, ce qui caractérise ïétat leiicocijtliémique du sang ou la lencocythémie. C'est à ce point de vue que les leucocytes nous intéressent, et qu'il me [laraît nécessaire d'indi(pier comment on constate cette exagération de leur nombre et les précautions que Ton doit prendre pour éviter les causes d'erreur.

Tantôt on a à sa disposition une certaine quantité de sang obtenue par suite d'une hémorihagie ou par ra[)plication d'une ventouse scarifiée (Becquerel), tantôt seulement une gouttelette de sang obtenue par une piqûre.

LEUCO>YiES. 535

Dans le premier cas, le simple aspect du sang qui contient une exagération de «lobules blancs a des caractères qui sont parfois assez tranchés pour attirer Tattenlion pendant la vie. Au lieu d'être d'un rouge plus ou moins franc ou noirâtre, il est généralement trouble, d'un rouge jaunâtre à sa sortie des vaisseaux ; par le repos, il peut former une sorte de bouillie d'un brun acajou ou chocolat, contenant une quantité variable de coagulations blanchâtres. Introduit dans un tube dans lequel on le laisse reposer, le sang leucocythémique donne lieu à la foi mation d'un cadlot qui se divise en deux parties, selon Yogel : une couche inférieure d'un rouge brun, et une couche supérieure blanchâtre et granuleuse, plus ou moins épaisse. Cette couche blanchâtre n'est autre chose qu'un amas de leucocytes qui, examinés au microscope, sont reconnaissables à leur couleur blanche, à leur forme sphérique, à leur volume à peu près uniforme, à leur contenu finement graïuileux ou constituant de deux à quatre ou cinq noyaux ronds ou ovales, que l'acide acétique rend plus évidents et teinte en jaune rougeâtre. On voil parfois ces cellules se déformer- si'outaiiéraent, en donnant lieu à des expansions sarcodiques, puis reprendre la forme sphérique.

Par le second mode d'exploration, qui est celui auquel on a recours de pi éférence, on examine simplement au microscope une très-minime quantité de sang, recueillie par suite d'un petit écoulement hémorrhagique spontané, on obtenue à l'aide d'une piqûre de lancette ou plutôt d'uiguille opérée sur un doigt du malade ou sur ses gencives. Dans ce cas, il peut arriver deux choses : ou bien le sang est liquide au moment de l'examen microscopique, ou bien il a été conservé quelque temps et il est en partie coagulé. La première condition est la plus favorable, et le champ du microscope montre immédiatement la proportion qui existe entre les globules blancs et rouges, ceux-ci en forme de disques empilés par groupes, et ceux-là globuleux, plus gros et parfaitement distincts, pinson moins nombreux suivant le nombre total des globules des deux espèces. Si le sang est en partie coagulé, leur comparaison est loin d'être aussi facile. J'ai fait remarquer {Soc. des Hôpitaux, 1856) (pie, s'il se trouve un petit caillot pressé entre les deux lames de verre du porte-objet, presque tous les globules blancs se groupent au pourtour, où leur proportion paraît énorme, tandis que, vers le centre, on en trouve à peine. Il faut donc, en pareil cas, enlever avec soin toute concrétion sanguine de la préparation si l'on veut se faire une ju;leidée de la proportion des globules, examiner la préparation dans toute son étendue, el surtout s'assurer toujours que les leucocytes ne se sont pas accumulés à la périphérie.

Pour étabhr la proportion des leucocytes dans le sang que Ton examine, on n'a pas d'autres moyens que l'appréciation visuelle, soit dans le champ du microscope, soit dans le tube dont il a été parlé d'abord, et oir la hauteur de la couche blanchâtre et grumeleuse comparée à celle de la couche inférieure d'un brun rougeâtre, indique la proportion relative des globules blancs et rouges. Dans les cas les plus ordinaires, l'examen au microscope ne perniet d'arriver qu'à une évaluation approximative, les globules rouges empilés ne pouvant être facilement comptés. On admet qu'il y a exagération pathologique du nombre des leucocytes lorsqu'ils représentent le quart, le tiers, ou la moitié des globules rouges, comme je l'ai dit en commençant.

MM. Doiiders et Moleschott ont démontré (1847) que le nomhie des leucocytes

'^54 LEUCORi.HÉE.

iioriïîaux augmente momentanément après les repas, ce qui a été confirmé par M. de Piiry et M. Hirt. Il serait intéressant de rechercher s'il en est de même lorsqu'il y a leucocythémie.

On a considéré d'abord ces globules blancs du sang comme des globules de pus. La vérité est qu'aujourd'hui on considère comme impossible de distinguer à l'examen microscopique les leucocytes des globules de pus. Traités par l'ammoniaque liquide, les leucocytes forment même une masse filante comme le pus additiomié du même réactif (Regnauld et Emile Vidal, Soc. des Hôpit. de Paris, août 1856).

LEUCORRHÉE. — Je comprends sous le nom de leucorrhée les écoulements blancs, chroniques, quelquefois habituels, qui se font hors des organes génitaux de la femme, avec ou sans altération de ces organes, et assez abondants pour être incommodes.

1^ Caractères. — La matière de V écoulement est blanchâtre, d'où les noms de fleurs, fiueiirs ou pertes blanches; mais elle varie suivant qu'elle provient du col de l'utérus ou du vagin. S'il est fourni par le col, le liquide est habituellement aqueux ou filant, transparent, semblable à du blanc d'œuf; s'il provient du vagin, il est opaque, d'un blanc" crémeux ou caséeux. L'on peut établir d'une manière générale que, dans les cas de lésions de la muqueuse, le liquide excrété prend un as pect purulent, circonstance importante qui ressort des recherches consciencieuses de M. d'Espine {Arch. de méd., 1836, t. X). Le liquide leucorrhéique forme sur le linge des taches grisâtres, consistantes comme celles de l'empois. On peut souvent le voir sourdre, soit de l'orifice utérin, soit du vagin, à l'aide du spéculum. Selon M. Davaine {Traité des Entozoaires, 1860), le mucus vaginal renferme quelquefois des bulles d'air qui lui donnent l'aspect écumeux, ce qui coïnciderait constamment avec la présence d'un parasite microscopique : le trichomonas vaginal.

Comme conséquences de la leucorrhée abondante et prolongée, je dois signaler Talanguissement et la faiblesse,, la flaccidité des chairs, la pâleur, V anémie en un mot, et surtout la gastralgie., Ventéralgie. Un fait moins bien démontré, c'est que la leucorrhée pourrait par elle-même produire des végétations, qu'il faudrait se garder dès lors de considérer comme syphilitiques, et qui seraient analogues à celles observées dans le cours de la grossesse (V. p. 422).

Suivant M. H. Beigel, la sécrétion d Qcol utérin est toujours alcaline, et celle du vagin acide en même temps qu'elle co: ,"ient de nombreuses cellules d'épithélium pavimenteux [Arch. de méd., 1856, t. VIII). Ces caractères ne peuvent guère servir au diagnostic anatomique, qui nécessite l'exploration au spéculum.

2° Conditions patliologiques et signification. — L'examen direct des voies génitales est indispensable pour déterminer l'origine de l'écoulement. Tantôt on trouve des lésions locales qui l'expliquent, et tantôt la muqueuse paraît saine.

Lorsqu'il existe des lésions, elles peuvent occuper seulement la vulve (F. Vulvite), l'utérus ou le vagin. — La congestion utérine explique la leucorrhée qui précède et qui suit les règles chez certaines femmes. Les granulations du col, la métrite, une ulcération, une déviation utérine, \inpolypej un cancer, peuvent expliquer immédiatement la production de l'écoulement. Il en est de même lorsque, dans le vagin, on constate des rougeurs dépendant d'une inflammation simple ou blennorrhagique, des érosions ou des ulcérations, ou des granulations comme celles qui surviennent avec de la leucorrhée dans le cours de la grossesse (vaginite granuleuse) .

Page 1