MENSURATION
5»^ Signes. — C'est pour avoir d'abord exclusivement cherché les signes de la mensuration dans la comparaison des périmètres latéraux, ou des diamètres antéropostérieurs des deux côtés de la poitrine, que l'emploi du ruban gradué, malgré des recherches atlentives, n'a pas d'abord donné les résuUals qu'on se croyait en droit d'en attendre. Gela vient de ce que les alfeclions thoraciques apparues d'un côté de la poitrine, la développent d'abord tout entière, et que c'est secondairement, après cette ampliation générale, que le côté affecté ])eut prédominer relativement au côté opposé. Il résulte de là qu'il y a une ampliation générale constante suivie de n^iroce5SZO?2 également générale, et que l'on a tout intérêt à constater, en raison de sa fréquence; tandis que c'est seulement par exception que l'amplialion ou la rétrocession du côté affecté, relativement au côté opposé, peuvent servir de données séméiologiques.
Une autre conclusion très-importante à déduire de ce qui précède, c'est que l'amplialion ou la rétrocession générales de la poitrine, constatées comme périodes successives dans une maladie, en pratiquant la mensuration à des époques plus ou moins rapprochées, sont plutôt des signes pronostiques que des signes diagnostiques.
Le ruban gradué, ai-je dit, peut donner la mesure mathématique de Y élasticité de la poitrine. J'ai trouvé que les différences normales entre les deux périmètres généraux alors obtenus variaient entre six et neuf, et même onze centimètres (six centimètres à six et demi en moyenne); et que l'élasticité, dans les cas d'engorgements pulmonaires (congestion, inflammation, etc.), pouvait être seulement de quatre centimètres, mais qu'elle était surtout remarquable par ses variations en rapport inverse avec l'amplialion et la rétrocession, de telle sorte que cette élasticité était moindre avec l'ampliation, et plus grande au contraire avec la rétrocession.
Quant à la comparaison des diamètres antéro-postérieurs des deux côtés, je ferai la même réflexion que pour les deux périmètres latéraux : cette comparaison n'est utile que dans des cas exceptionnels, et c'est d'abord l'augmentation générale qui résulte du refoulement antérieur des parois thoraciques, et ses variations dans les maladies, qui est généralement utile. L'amphation, puis la rétrocession qui résultent de ce refoulement ou du retrait des parois antérieures du thorax ne sauraient être négligées, car la poitrine ayant un contour ovale, elle peut se développer notablement en tendant à devenir circulaire, sans que son périmètre varie. Ce principe, appliqué à l'ampliation de chaque côté de la poitrine par Chomel, ai-je dit, est surtout vrai pour l'ampliation générale du thorax.
Des conséquences forôées découlent de ces remarques; c'est que, pour retirer de la mensuration des résultats satisfaisants, il faut : 1" tenir compte principalement de V ampliation ou de la rétrocession générales de la poitrine, et accessoirement de la comparaison de ses deux côtés, tout en sachant que le côté droit est ordinairement de un à trois centimètres plus développé que le gauche ; 2" que les variations du périmètre général ou des diamètres antéro-postérieurs annoncent cette amphation ou cette rétrocession de la poitrine, si on les constate à différentes époques de la maladie; 3° que les variations des diamètres antéro-postérieurs, seuls, peuvent révéler cette ampliation ou cette rétrocession; 4*^ enfin, que les moyens de mensuration qui donnent facilement à la fois le périmètre et les diamètres thoraciques (comme le cyrtomètre) sont les seuls à l'aide desquels on peut retirer de la mensuration tous ses avantages.
556 METALLIQUES (eiiUlTS).
La mensuration cyrtoiiictrique, dont il a été question au mot cyrtomètre, a démontré que l'amplialiou thoracique sensible à la mensuration, ampliationqui dépend le plus souvent de la congestion pulmonaire concouii tante, coïncide avec le progrès des maladies aiguës fébriles, avec celui de toutes les affections tlioraciques aiguës, avec les fièvres éniptiv es ius^uk l'apparition de l'éruption, avec les progrès croissants des épanchements pleurétiqiies. La persistance de l'ampliation indique la résistance de la maladie à la résolution, de même que la rétrocession thoracique (uniquement constatée si l'on voit le malade à une période déjà avancée de l'affection) annonce la résolution prochaine ou immédiate des phénomènes pathologiques. Ces résultats de la mensuration peuvent être mis à profit dans les affections du foie.
Une dernière remarque importante à faire est celle-ci : les variations légères en plus ou en moins, soit un demi ou un centimètre pour le périmètre, soit un demicentimètre pour le diamètre antéro-poslérieur, peuvent être constatées du jour au lendemain, dans la capacité thoracique générale. Ces variations légères ne sont parfois que des oscillations dont il ne f;mt pas tenir compte, à moins que les progrès en plus ou en moins ne continuent les jours suivants (V. Congestio?} pulmonaire, Pleurésie, Pneumonie, etc.).
MENTAGRE. — V. Sycose.
MÉSENTÈRE. — F. Épiploons.
MÉSOGÉPHALE. — F. Encéphale.
MÉTALLIQUES ( Bruits ou Résonnances ) . — Ces phénomènes comprennent le tintement et les consonnances métalliques.
Caractères. — Dans son excellente thèse sur le pneumo-thorax (1841), M. Saussier a fait remarquer avec raison (jue le tintement métalliciue signalé par Laennec est un signe complexe qu'on doit considérer comme un ensemble de phénomènes sonores qu'il appelle métalliques et que je dénommerai résonnances métalliques^ en faisant remarquer qu'ils doivent être distingués des phénomènes amphoriques (F. ce mot), quoiqu'ils coïncident fréquemment ensemble.
Les résoiniances métalliques se passent dans des cavités intra-thoraciques plus ou moins vastes contenant un gaz. Elles ont un timbre argentin analogue à celu du bruit (jui résulte de la chute d'une goutte d'eau dans une carafe aux trois quarts vide (Laennec). Tantôt c'est un souffle respiratoire ordinairement amphorique, qui s'accompagne de cette consonnance, qui est tantôt comme filée, tantôt brusque et comme saccadée, tantôt enfin constituant un bruit unique «tt court, analogue à celui que produit la chute de la goutte d'eau ou bien une note aiguë d'harmonica (tintement métallique proprement dit). On perçoit ces résonnances dans un point limité 'de la poitrine du côté affecté, ou dans une grande étendue, et plutôt supérieurement qu'inférieurement ; leur production est spontanée ou provoquée par la toux, par la voix ou par la production de différents bruits dont il sera question plus loin.
2° Conditions pathologiques et signification. — Les bruits ou résonnances métalliques se produisent le plus souvent dans la plèvre contenant un gaz {pnéumotho7'ax), et rarement dans de vastes excavations tuberculeuses. Ce sont des bruits dont le timbre ordinaire est transformé par la présence de ce gaz. On conçoit trèsbien comment, dans les cas de communication de la plèvre avec les bronches, les bruits amplioriques de la respiration, de la voix, de la toux, comment la crépitation d'un
MÉTÉORISME. 557
liquide traversé par l'air dans la cavité accidentelle ou dans le conduit qui y mène (de Castelnau), comment le décollement des lèvres de ce conduil, comment, en un mot, tous les bruits qui consonnent dans la cavité, peuvent prendre un timbre métallique. Bien plus, les bruits produits en dehors de la cavité, sans perforation de la plèvre ou sans perméabilité de la perforation, peuvent, en y retentissant, produire (quoique plus rarement) les mêmes phénomènes. Cette remarque de M. Saussier, à propos du pneumo-thorax sans fistule actuelle, a été reproduite depuis par d'autres observateurs, notamment par M. Skoda, qui y a trouvé l'unique explication des bruits métalliques, ce qui est par trop exclusif.
On a aussi donné comme preuve à Tappui de l'opinion du médecin de Vienne, des faits de tintement métallique perçu après la thoracentèse par suite de la pénétration de l'air extérieur dans la plèvre, sans perforation pulmonaire; mais il n'est pas prouvé qu'une perforation par le trois-quarts n'ait pas alors eu lieu.
Quoi qu'il en soit, la consonnance métallique n'est pas démontrée pour le bruit respiratoire vésiculaire, mais elle l'est pour des bruits plus intenses, tels que ceux de déglutition dans l'œsophage, et même pour les battements du cœur (Bartli). Mais dans ces différents cas, les consonnances métalliques, toujours liées à la présence d'un gaz dans la plèvre, sont beaucoup plus rares que celles qui sont produites dans l'intérieur même de la cavité pleurale.
M. Trousseau a eu l'idée de provoquer la consonnance métallique dans le pneurnothorax, en percutant tandis que l'oreille est appliquée sur le côté affecté. Mais il ne faut pas oublier que, dans l'état normal, la percussion auscullatoire produit un cliquetis métallique signalé par Laennec, et semblable à celui que produit sur soimême la percussion de la main que l'on aurait appliquée sur son oreille.
On a signalé, au niveau du cœur, des battements ayant un timbre métallique à l'auscultation, soit pendant les palpitations énergiques de cet organe, soit dans la péricardite (Bouillaud). Enlin M. Guillemain a cru entendre à distance un tintement métallique spontané se. produisant au niveau d'une tumeur hydatique (Gaz-, m^d., 1847).
MÉTÉORISME. — L'accumulation des gaz dans le tube digestif qui constitue le météorisme a reçu également les dénominations de flatulence, flatuosités, ballonnement, et de tîjwpam'/é? intestinale. On le reconnaît à une tuméfaction de l'abdomen localisée ou généralisée, tantôt peu prononcée et tantôt énorme, se distini?uant des autres tuméfactions abdominales par le son tijmpanique que produit la percussion à son niveau. Cette sonorité est parfois plutôt obscure qu'exagérée dans certains cas de météorisme excessif.
Le météorisme, dû au développement et à l'accumulation de gaz dans l'intestin, s'observe d'abord dans les affections localisées dans cet organe : dans \ entérite des nouveau-nés, dans Ventéralgie des adultes, dans la dyspepsie dite flatulente, dans les OCCLUSIONS INTESTINALES, 011 Ic météorismc constitue une donnée -dont M. Laugier a tiré parti pour le diagnostic du siège anatomique de la lésion de l'intestin. C'est aussi un signe grave de V affection typhoïde, de la morve, de h péritonite chroniqiie (avec saillies persistantes des anses intestinales) ; le météorisme est accidentel et passager dans certaines névroses, et notamment dans Y hystérie, où il cesse souvent par l'émission des gaz parla bouche ou par llanus. Plus rarement on rencontre le météorisme comm.e signe d'anémie, de cijstite aiguë, de métrite ou de
558 MÉTRITE.
phlébite de la veine porte, affection dans laquelle le météonsme a été considéré comme \m symplôme important par Waller. J'ai vu un météonsme se produire par suite du séjour (et probablement de la fermentation putride) du sang d'une épistaxis dans l'estomac et les intestins. t
Le météorisme est un phénomène qui n'est grave que lorsqu'il est excessif, ou lorsqu'il dépend d'ime maladie grave par elle-même, comme la fièvre typhoïde ou l'occlusion de l'intestin. J'ai vu, chez un vieillard, une dyspepsie fïatulente produire, {ju météorisme devenu mortel par ses progrès excessifs.
MÉTRITE. — L'inflammation de l'utérus présente des caractères différents suivant qu'elle est aiguë ou chronique.
L Métrite aiguëi
1^ Eléments du diagnostic. — Les symptômes qui peuvent faire diagnostiquer !a métrite sont les suivants : une douleur parfois peu vive, et bornée à l'utérus, d'autres fois gravative, continue, avec des redoublements accompagnés d'irradiations vers les lombes, l'anus, les aines, les cuisses, douleur consistant le plus souvent en une, pesanteur incommode au périnée, augmentant sensiblement par la pression de Tutérus au moyen du palper^ hypogastrique, et du toucher vaginal ou rectal; par le toucher vaginal, dureté ou mollesse du col, qui est en même temps plus ou moins volumineux, et douloureux partout ; volume du corps de l'organe souvent augmenté aussi,, ce que peuvent faire juger le toucher rectal et le toucher hypogastrique qui permet par- Ibis de sentir, au-dessus du pubis, l'utérus formant une rénitence globuleuse, mate, à la percussion, et qui remonte plus ou moins haut vers l'ombilic. Plus souvent; l'augmentation de volume, moins considérable, est sentie parla main qui presse, Fhypogastre, tandis que de l'autre, par le toucher vaginal, on soulève l'utérus, qui paraît en même temps plus lourd. Au début de la métrite, il y a absence de tout écouleynent; mais ensuite il en survient un roussâtre ou muco-purulent, qui disparaît ave^ l'inllammation, à moins qu'elle ne passe à l'état chronique, ce qui est rare ; parfois il apparaît une métrorrhagie plus ou moins abondante. A ces symptômes locaux se joignent des symptômes généraux tantôt légers et tantôt trèsintenses (fi'équence et ampleur du pouls, chaleur de la peau, quelquefois sueurs, anorexie, soif, insomnie).
2*^ Inductions diagnostiques. — Le soupçon d'une métrite aiguë peut naître de la constatation de certains symptômes locaux (douleur, métrorrhagie) joints à de la fièvre ; mais il est évident que l'on ne peut arriver à un diagnostic suffisamment précis que par l'exploration de l'utérus à l'aide du toucher et du spéculum, qui font constater les signes locaux que je viens de rappeler.
Cependant, malgré l'existence de ces éléments de diagnostic en apparence assez précis, il arrive souvent qu'on ne saurait décider s'il s'agit d'une métrite ou d'une simple congestion ou engorgement de l'utérus. 11 serait difficile de préciser à cet égard des caractères distinctifs suffisants; car, si la congestion apparaît de préférence à l'époque des règles, s'accompagne de moins de fièvre, de douleurs plus vives, on ne saurait baser son diagnostic sur des données aussi vagues, suffisantes peut-être théoriquement, mais insuffisantes dans la pratique.
La considération de certaines données étiologiques a une grande valeur diagnostique dans les cas de doute, en dehors des causes communes à la congestion et à la s métrite. On croira plutôt, en effet, à une métrite qu'à une congestion, s'il a existé*
MÉTRITE.
comme antécédents des violences extérieures ayant agi incontestablement sur 1 ntérx.s ( oups sur l'hypogastre, chute, coït répété, opérations et manœuvres fa.les sur 1 or- Z!) le col présente des décl.irures profondes par su.te d un accouchement récent /■W.llemin), si le travail a été dilTicile, la délivrance laborieuse ou incomplète Î^Lntion de fragments du placenta), le repos insuffisant, ou le coït trop lot exerce M la suite de raccouchement. .
La métrite post-puerpérale, d'une durée d'un à deux septénaires en moyenne, est la plus facile à reconnaître, qu'elle soit simple on I un des clemeiUs de h fièvre mierw'rale Elle atteint l'ensemble de l'organe; aussi présente-t-elle 1 exagération deséLentssymptomaliques exposés plus haut : douleur ordnian-ement vive surtout au touclier vaginal ou à la palpat.on hypogastrique même légère; tuméfaction considérable, soit du col de l'utérus autour duquel .1 peut être d, ficile de passer le aoi-t soit du corps, qui déborde souvent de plusieurs travers de doigts vers l abdomen-'suppression fréquente mais non constante des lodnes; symptômes généraux nte. ses parfois complications de lymphangite, de phlébite de supiptiratwn el
mèm<.àe gangrène, qui s'accompagnent d'altération profonde des traits, de frissons irréguUers, de sueurs froides, d'abattement, d anxiete, de ballonuement ,ki ventre de dévoiemenl, d'extrême petitesse du pouls, etc. ; entm les abcès de la fosse maque sont une complication qui n'est pas très-rare. 11 est impossible de méconnaître à ces différents signes, même en l'absence de tonte complication, 1 existence d'une métrite puerpérale, lorsque, quatre à cinq jours au moins et vingt a vmgt-cmq jours au plus auparavant, a eu lieu un accouchement dans les conditions que j ai lu-
''"'ll n'est pas possible de confondre la métrite aiguë avec une hématocèle ou un phlegmon rétro-utérin, ces tumeurs plus ou moins douloureuses se développant, non plus au niveau du col, mais en arrière de celui-ci
Dans les cas de mélrite aiguë non puerpérale, 1 affection ne varie pas sulfisamment suivant son siège sur la muqueuse [métrite catarrhale) , dans le tissu du corps de l'organe, ou sur le col isolément, pour que l'on puisse, au lit du malade, faire ces dis inclions anatomiques de la maladie ; d'ailleurs elles ne son rien moins que précises en réalité, si ce n'est lorsque la métrite est chronique, et par conséquent
peu utiles à rechercher ici. • , •
5« Pronostic. - La métrite aiguë simple guérit presque toujours, et ne passe a l'état chronique que dans des cas rares. Le pronostic n'est grave que lorsque la métnte puerpérale esl compliquée, et surtout lorsque se fait la suppuration, qui conslituerait, suivant M. Béhier, le point de départ de la fièvre puerpérale ellemême.