II. Pharyngites chroniques
Elles sont simples ou syphilitiques.
A — Pharyngites chroniques simples. — Parmi ces pharyngites, on doit distinguer d'abord celle qui, à la suite de pharyngites aiguës plus ou moins répétées, occupe les amygdales. On la reconnaît : au volume exagéré habituel de ces glandes, qui sont en même temps inégales, et parsemées, au niveau de leurs lacunes agran- (lies de petites cowcré^iions d\m blanc sale, qui donnent une certaine fétidité n Phaleine ; à la sensation d\in corps étranger dans la gorge, au nasonnement de la voix et parfois à une gêne de la déglutition et de la respiration. Mais cette affection secondaire présente bien moins d'intérêt que la smvante au point de
vue du diagnostic. , , i-, i i
La pharyngite granuleuse ou glanduleuse, qui a ete étudiée dansées derniers temps par M . Green (de New-York) et par Chomel, a été le sujet d'une monographie intéressante de M. Noël G. de Mussy (1857). Cette pharyngite chronique est caractérisée par des lésions spéciales, visibles à l'inspection de l'isthme du gosier et de la paroi postérieure du pharynx. Outre Yinjection générale de ces différentes parlies, on constate que le voile du palais est comme perlé de petites saillies semipellucides, rarement rouges, semblables à des œufs de poissons, à pourtour finement injecté; que la luette est presque constamment augmentée de volume, et le siège des mêmes granulations ainsi que les amygdales, qui sont tantôt hypertrophiées, tantôt au contraire atrophiées. La paroi postérieure du pharynx présente les lésions les plus remarquables : sa muqueuse ^^i écarlate, tantôt luisante, tantôt greluie, chagrinée, et comme hérissée de granulations variables pour leur vo urne, leur nombre, leur disposition; quelques-unes donnent issue parfois a une gouttetette de pus pendant la contraction des muscles pharyngiens provoquée par Exploration Dans leurs intervalles on remarque des vaisseaux variqueux, peut-être d autant plus prononcés que l'affection est plus ancienne. Enfin en déprimant forlemeiit la hivme, on peut quelquefois voir l'épiglotte, dont la muqueuse rouge et tomeuteusc présente aussi parfois des granulations. Suivant M . Green , il surviendrait a la longue une îstrophie des tissus qui élargirait la gorge.
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Suivant M. Noël G. de Mussy, un chatouillement provoquant une toux gutturale et des efforts expirateurs ou un râcleuient, qu'il désigne par le mot anglais henij des crachats globuleux, colloïdes, perlés, et enfin des modifications dans le timbre, la tonalité et la puissance de la voix, sont les phénomènes principaux qui caractérisent Tangine granuleuse. Jointes à l'éruption pharyngienne essentiellement chronique de la maladie, ces données suffisent, en effet, au diagnostic.
Parmi les données anamnestiques, la diathèse herpétique, Vherpétisme, constituerait, suivant MM. Chomel et G. de Mussy, la condition la plus ftivorable au développement de cette pharyngite. Mais cette question importante demande encore à être soumise à une rigoureuse observation tant des sujets atteints de l'angine granuleuse que de ceux qui en sont exemp!s; car l'herpétisme, tel que le comprend M. de Mussy, est tellement commun, qu'il est nécessaire de rechercher si sa fréquence n'est pas aussi grande d'un côté que de l'autre. La pharyngite granuleuse est plus franchement secondaire dans la syphilis, dont elle est depuis longtemps considérée aussi comme une manifestation. D'après Chomel, les avocats, les instituteurs, les chanteurs, et, suivant M. Green, les ecclésiastiques plus fréquemment encore, seraient particulièrement prédisposés à la maladie lorsqu'elle est primitive. M. G. de Mussy a vu les follicules du pharynx contenir et expulser des concrétions calcaires, composées de phosphate, de carbonate et d'urate de chaux [Union méd., 1856, p. 76) ; et suivant M, Spengler, cité par M. Willemin (Union méd., 1858, p. 536), le catarrhe bronchique, l'emphysème pulmonaire, une douleur particulière de la langue, très-fatigante pour le malade, seraient aussi des complications de la maladie.
Le pronostic de cette pharyngite n'offre pas d'ailleurs de gravité ; mais elle peut rendre l'homme inapte à remplir les devoirs de sa profession, lorsque celle-^ci exige l'exercice fréquent de la parole. C'est donc une maladie dont l'étude ne doit pas être négligée.
B. Pharyngites syphilitiques.
Parmi les pharyngites chroniques que l'on a rattachées à la syphilis comme lésions secondaires, on a distingué une forme érythémateuse, une forme granuleuse, une troisième forme en plaques arrondies, et enfin une forme ulcéreuse que je renvoie au mot Ulcérations, comme je l'ai fait pour les ulcérations pharyngiennes à marche aiguë. Ces pharyngites syphilitiques coïncident très-souvent toutes avec des syphilides. M. Martelière a même été jusqu'à assimiler les lésions syphilitiques du pharynx à celles de la peau {Thèse, 1854).
a. — La forme érythémateuse, parfois très-opiniâtre, suivant M. Cazenave, se caractérise par mie roûgeiir énjthémateuse d'un aspect violacé, avec très-léger gonflement des parois du pharynx, qui sont sèches, luisantes, comme tendues. La déglutition est difficile, il y a un sentiment constant de sécheresse de la gorge, surtout le matin. Cet ensemble de caractères est bien évidemment caractéristique; mais, dans les cas douteux, le diagnostic doit s'appuyer sur l'existence antérieure ou actuelle d'accidents syphiHtiques, et sur l'amélioration que peut produire un traitement antisyphilitique. — Il en est exactement de même de la forme granuleuse de la pharyngite syphilitique, qu'il serait si facile de confondre avec la pharyngite granuleuse non syphilitique. ■ — ■ La fornrie en plaques arrondies présente au contraire des signés tout particuliers à l'inspection de la gorge. Ce sont, outre
l'iniection d'un aspect violacé, des petits disques ou porimis de disques légèrement saillants, de teinte opaline ou tout à fait blancs et épais, faisant corps avec la muqueuse. Il n'est pas rare que de semblables plaques existent en même temps sur la muqueuse des joues, des lèvres, et surtout sur les bords de la langue, circonstance qui permet un examen plus facile de la lésion. Au pharynx, c'est surtout sur les amygdales, et plus rarement sur le voile du palais qu'on les constate. Elles sont quelquefois la première lésion secondaire observée ; et alors, elles sont bientôt suivies d'ulcérations qui ne permettent plus le moindre doute. PHAEYNGORRHAGÏE. — F. Hémorrhagies, p. 435. PHARYNX. — Comme la cavité buccale, le pharynx contribue, dans une certaine mesure, aux fonctions de la respiration, de la digestion et de la phonation. Il est en effet, comme le vestibule par où passe l'air avant de pénétrer dans les voies respiratoires proprement dites, il est le principal agent de la déglutition, et enfin il constitue avec les fosses nasales et la bouche une cavité complexe dans laquelle la voix résonne et acquiert son timbre particulier.
Maladies. — Les affections pharyngiennes, soit primitives, soit secondaires, soit symptomatiques, sont nombreuses. Ce sont : I'hémorbhagie pharyngienne ou pharyngorrhngie; les diverses espèces de pharyngites aiguës, simple, pultacée, diphthérique, gangréneuse, ulcéreuse; les pharyngites chroniques, érythémateuse, granuleuse, ulcéreuse simple ou syphilitique, et enfin les dégénérescences organiques, les tumeurs et la dilatation du pharynx,
2-^ Symptômes. — La douleur spontanée, ordinairement peu vive, est parfois augmentée par le passage de l'air, et presque toujours par les mouvements de déglutition ou par l'exercice de la parole.— Les symptômes fonctionnels dont le pharynx est le siège doivent être recherchés aussi à ces trois points de vue, que j'ai signalés plus haut. — Le passage de l'air dans le pharynx est plus ou moins gêné par suite de la tuméfaction des parois pharyngiennes, ou de toute autre cause de rétrécissement de celte cavité, et cette gêne de la respiration, beaucoup plus prononcée dans le jeune âge que dans l'âge adulte, peut aller jusqu'à Tasphyxie. La dysphagie est le signe le plus fréquent que présente le pharynx, et le pre mier qui soit accusé par le malade dans un bon nombre de cas. Enfin la voù
prend, dans certaines affections pharyngiennes, un timbre guttural particulier qui seul met quelquefois sur la voie du diagnostic. — Les excrétions du pharynx sont rendues par excréation, et les produits excrétés présentent souvent des caractères très-utiles au diagnostic, comme on peut le voir au mot Pharyngites.
3« Exploration. — Le diagnostic des maladies pharyngiennes n'acquiert de certitude que par l'exploration du pharynx, lorsque les lésions sont situées de telle sorte qu'elles occupent les parties accessibles à la vue et au toucher, y inspection est facilitée par l'écartement des mâchoires, en face du jour, par l'élévation du voile du palais, que l'on obtient en faisant prononcer au malade la voyelle A prolongée, comme le conseille M. Louis, et enfin par l'abaissement de la langue. Cet abaissement de la langue s'opère quelquefois avec facilité par la volonté du malade, mais le plus ordinairement à l'aide du doigt, d'un manche de cuiller (moyen le plus ordinaire) ou d'instruments particuliers, tels que des abaisseurs de la langue, que des praticiens préfèrent, ou enfin à l'aide de spéculums, qui sont cependant a peu près exclus de la pratique. Malheureusement il peut arriver que ces auxiliaires de
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l'exploralion soient reiiclns innliles par l'impossibilité où se trouvent les mâchoires d'être suffisamment écartées l'ime de l'autre. On a aussi la ressource de pouvoir introduire l'indicateur entre les arcades dentaires et, en le rapprochant latéralement du fond de la bouche, d'explorer ainsi les parties accessibles au toucher, c'est-à-dire celles qui s'étendent peu au delà de l'isthme du gosier, sauf toutefois dans quelques cas où l'on peut atteindre l'épiglotte et la glotte elle-même.
Enfin je dois rappeler encore comme moyens explorateurs de la cavité pharyngienne : l'introduction d'un stylet ou d'une tige quelconque, au moyen de laquelle on peut détacher du pharynx soit du mucus épaissi qui simule une faussemembrane, soit une pseudo-membrane réelle; 2° l'emploi du microscope, lorsqu'il s'agit de rechercher la nature d'un exsudât ou des détritus pharyngiens, surtout pour le diagnostic de la gangrène ; 5° l'emploi du laryngoscope, qui a pu être appliqué à l'exploration des parties du pharynx inaccessibles à l'inspection directe.
PHLÉBITE. — Sans reproduire les discussions dont cette affection a été l'objet, je rappellerai que certains auteurs ont confondu avec la phlébite la résorption purulente, qui n'en est le plus souvent que la conséquence et qui en est parfaitement distincte.
Le diagnostic de la phlébite est très -différent selon la position superficielle ou profonde des veines enflammées, c'est-à-dire suivant qu'elles sont ou non accessibles à l'exploration.