II. Rhumatisme musculaire
\° Éléments du diagnostic. — Aigu ou chronique comme le rhumatisme articulaire, il a pour caractère essentiel la douleur vive qui accompagne les contractions des muscles affectés; il en résulte que les mouvements que ces muscles déterminent se trouvent arrêtés brusquement et arrachent des cris et des plaintes au malade, souvent préoccupé de chercher une position non douloureuse, et qui est justement celle dans laquelle les muscles atteints sont dans le relâchement. La douleur devient alors très-supportable ou disparaît momentanément, jusqu'à ce que des contractions volontaires ou involontaires viennent la réveiller. C'est le plus soirvent la nuit que surviennent des paroxysmes de cette espèce, dans lesquels il y a aussi des douleurs spontanées lancinantes analogues à celles des névralgies, sans cependant qu'elles en aient la rapidité. En outre de la douleur par les mouvements, de la douleur spontanée, et des paroxysmes qu'elles présentent, on leur reconnaît dans un certain nombre de cas une mobilité analogue à celle du rhumatisme articulaire. Il n'existe d'ailleurs aucun phénomène extérieur (rougeur ou tuméfaction) au niveau des muscles affectés. Si j'ajoute que le rhumatisme peut n'atteindre qu'un seul muscle ou s'étendre à un plus ou moins grand nombre, et que la douleur cause parfois une insomnie complète et très-rarement quelques légers troubles fébriles, principalement au début (horripilations, chaleur, malaise, céphalalgie), j'aurai énuméré les symptômes les plus importants du rhumatisme musculaire en général.
2"* Inductions diagnostiques. — Lorsque l'on est en présence d'un rhumatisme musculaire aigu caractérisé par les douleurs qui lui sont propres, on observe que sa marche est continue, avec des exacerbations irrégulières, et parfois avec la mobilité qui a été rappelée tout à l'heure ; sa durée est ordinairement de quelques jours, au plus de quelques semaines, mais avec des rémissions bien tranchées. Lorsqu'il est chronique, les rémissions sont plus prononcées encore, et parfois même complètes pendant un temps plus ou moins long. — Si l'on cherche à remonter aux causes de la maladie, on constate les mêmes que pour le rhumatisme articulaire.
Le rhumatisme musculaire ne peut être confondu sans inattention avec la mosiTE, l'inflammation des muscles étarit caractérisée par une douleur d'une extrême intensité, par l'impossibilité absolue des contractions, par l'absence de toute rémission, par le gonflement douloureux et par fois par la rougeur au niveau du muscle affecté. — Mais c'est surtout avec les douleurs superficielles considérées comme musculaires dans Vhystériej que le rhumatisme peut facilement être confondu
(p. 482). — Il en est de même des doulem^s névralgiques, d'autant mieux que le rhumatisme musculaire a été considéré comme une névralgie des branches musculaires des nerfs (Valleix), et que les deux affections peuvent ou alterner ou exister simultanément. Toutefois l'absence des foyers névralgiques à la pression sera la preuve qu'il ne s'agit nullement d'une névralgie. — Enfin, dans des cas rares, on pourra hésiter entre l'existence d'un rhumatisme musculaire ou articulaire. J'ai vu une dame atteinte d'un rhumatisme aigu siégeant au niveau des muscles de l'épaule et de la plupart de ceux du membre supérieur, et chez laquelle je constatai, avec la difficulté extrêmement douloureuse des mouvements, la sensibilité des muscles à la pression, et l'absence de toute douleur articulaire lorsque, en disant à la malade de s'abandonner autant que possible à elle-même, j'imprimais de légers mouvements au bras dans l'articulation scapulo humérale, ou à l'avant-bras sur le bras. Il était évident que les articulations étaient libres.
Le rhumatisme musculaire étant reconnu, son siège sera par cela même déterminé; mais ce siège peut donner lieu à des particularités nécessaires à rappeler.
a. — Dans le rhumatisme du muscle occipito-frontal recouvrant la région épicrânienne {rhumatisme épicrânien), la douleur occupe l'occiput, le front, le sinciput, et se fait principalement sentir quand ou fait mouvoir le cuir chevelu ; en dehors des mouvements, cette douleur constitue une espèce de céphalalgie qu'il ne faut pas confondre avec la névralgie occipitale ou trifaciale peu intense.
h. — Les muscles des yeux et les principaux muscles masticateurs (temporaux, masséters) peuvent aussi être affectés. Lorsque le rhumatisme occupe les masticateurs, la mastication est très-pénible ou même impossible. Il ne faut pas oublier que les affections de l'articulation temporo-maxillaire ont un résultat semblable, mais alors la douleur est beaucoup plus limitée et fixée dans un petit espace au-devant du conduit auditif, tandis que, dans le rhumatisme des muscles masséter et temporal d'un côté, la douleur occupe une vaste surface au niveau de la tempe et en arrière de la joue.
c. — Lorsque les muscles du cou sont atteints, ce qui a lieu ordinairement par suite de Faction du froid, il en résulte un torticolis rhumatismal qui se manifeste le plus souvent au moment du réveil et qui force les malades à une immobilité presque caractéristique, avec légère inclinaison de la tête du côté affecté ; tout mouvement de la tête et surtout les mouvements latéraux provoquent des douleurs extrêmement vives. Valleix a signalé comme forme particulière de ce rhumatisme une affection douloureuse des muscles postérieurs du cou qu'il appelle cervicodynie, et qui ne diffère du torticolis latéral que par son siège en arrière du cou et son extension aux muscles occipitaux ou aux nerfs du même nom, ce qui fait alterner ou coïncider le rhumatisme avec la névralgie occipitale. Valleix note déplus, comme signes particuliers de la cervicodynie : l'apparition ou l'augmentation vive de la douleur quand le malade incline la tête en arrière, sa diminution ou disparition dans le repos absolu ; une douleur sourde qui va en augmentant dès que la tête est baissée en avant, un état de vague dans la tête, de la tension dans cette partie et des étourdisse ments souvent très-marqués, sans qu'il y ait congestion.
d. — A h région thoracique, plusieurs muscles peuvent être atteints de rhumatisme. — Lorsque ce sont les intercostaux, on a affaire à la pleurodynie, dont le diagnostic avec les autres affections thoraciques est très-important. Dans cette va-
riété de rhumatisme musculaire, la douleur se développe principalement dans les grandes inspirations, par la toux, l'éternument, et par la pression des espaces intercostaux occupés par les muscles rhumatisés, sans que la percussion ou lauscultation révèlent de lésion intra-thoracique, du moins dans la plupart des cas. Mais en l'absence des signes de lésions intra-thoraciques, on peut confondre avec la pleurodyniela névralgie dorso-intercostale, ainsi que Yalleix l'a parfaitement démontré {V. Névralgies), et surtout la congestion pulmonaire, sur laquelle j'ai appelé l'attention dans ces derniers temps, congestion révélée par la mensuration, mais qui peut échapper à un examen peu attentif (V. Congestion pulmonaire).
e. — Le rhumatisme des muscles de Yépaule, ou plutôt Au deltoïde, mérite une mention spéciale, parce qu'on peut le confondre ^ïvec une arthrite. Mais, dans cette dernière affection, tous les mouvements du bi*as sur l'épaule, soit volontaires, soit produits parle médecin, sont impossibles sans douleur ; tandis que, dans le cas de rhumatisme, c'est en particulier lorsque le malade veut écarter son bras du tronc que la douleur se manifeste. De plus, les muscles étant dans le relâchement, l'observateur peut imprimer à l'articulation des mouvements plus ou moins étendus qui ne provoquent pas de sensation douloureuse.
f. — Le lombago ou rhumatisme de la région lombaire est observé fréquemment. Lorsqu'il est peu intense, la douleur peut ne se faire sentir que dans les mouvements de redressement ou de torsion du tronc, ou lorsque l'on veut s'élancer pour courir. Quand il est très-aigu au contraire, la station droite est impossible et le décubitus sur le dos est forcé; la douleur se réveille et devient très-intense dès les premiers efforts du malade pour s'asseoir sur son séant, et elle est presque insupportable e lui arrache des gémissements dès qu'il veut se coucher de nouveau sur le dos, c qu'il ne peut faire que brusquement. Le lombago ne saurait être confondu sans inattention avec la névralgie lombo-abdominale (p. 595). Il se distingue du rhumatisme articulaire des vertèbres lombaires (qui rend tout mouvement impossible et coïncide ordinairement avec d'autres douleurs articulaires) par le déiiiutde tuméfaction, douloureuse au toucher, au pourtour des apophyses épineuses; àes abcès des lombes, par l'absence d'empâtement, de Iluctuation et de fièvre. Les erreurs de diagnostic sont surtout faciles lorsqu'il s'agit de tumeurs qui attaquent les vertèbres et qui donnent lieu à une douleur que l'on peut prendre pour un simple lombago chronique : tel est, par exemple, Vanévrysnie de V aorte descendante.
g. — Une autre espèce de rhumatisme musculaire qu'il est important de reconnaUre, est celui des parois antérieures et latérales de Vabdomen, qui s'observe surtout chez les femmes. Cette dernière circonstance le fait confondre plus facilement avec la péritonite, qui précisément est plus souvent observée chez la femme que chez l'homme. La douleur rhumatismale se distingue ici de celle qui serait due à une péritonite en ce qu'elle prend de l'intensité dès que les malades veulent s'asseoir (V. p. 685), et que l'on peut comprimer largement et de plus en plus fortement l'abdomen avec la main, sans rendre la douleur insupportable, tandis qu'une pression semblable ne saurait être supportée dans la péritonite. Si Tonne tient pas compte de ce caractère distinctif, qui est précieux, on commettra presque nécessairement la confusion, surtout si le rhumatisme s'accompagne de fièvre.
Le rhumatisme musculaire des membres est très-facile à constater en ce que la douleur par les mouvements dans les muscles mêmes qui les produisent, et
l'absence complète de toule douleur vive dans le repos, sont des plus caractéristiques. Aussi le distingue-t-on facilement des névralgies des membres par Fabsence de douleurs lancinantes spontanées,- et de points ou foyers douloureux. On ne le confondra pas non plus avec les douleurs passagères de la courbature survenant à la suite d'une fatigue musculaire qui les explique, ni avec celles que l'on observe dans le cours de la syphilis, de Y intoxication saturnine, ou vers la fm de la phthisie pulmonaire (arthralgie des phthisiques) . La coïncidence des autres symptômes donne à ces douleurs variées leur vraie signification.
i. — Des muscles plus profondément situés, comme ceux de la langue (Chomel), du pharynx et de V œsophage (p. 616), de la vessie^ le diaphragme, sont atteints quelquefois de rhumatisme, et ici encore ce n'est que par leurs contractions fonctionnelles que se manifeste la douleur vive qui caractérise la maladie, ordinairement passagère.
Dans le rhumatisme du diaphragme, que l'on voit survenir à la suite de l'impression du froid chez les sujets prédisposés, cette douleur qui se fait sentir aux attaches du muscle (au rebord des fausses-côtes) peut ne se montrer que dans les grandes inspirations, ou bien elle peut être très-vive à la moindre inspiration. — Et comme les mouvements respiratoires ne peuvent être complètement suspendus, il en résulte alors une anxiété et des imminences de suffocation extrêmement douloureuses, qu'il ne faut pas attribuer à d'autres causes, à Tangine de poitrine, par exemple — On a décrit un rhumatisme musculaire de \ utérus (Wigand) se manifestant chez la femme grosse par des douleurs au moment des contractions utérines et au palper de l'organe. Mais ces signes suffisent-ils pour justifier la nature rhumatismale de ces douleurs dans tous les cas? Je ne le pense pas. J'ai vu deux cas d'accouchement avec des douleurs utérines de cette espèce, qui m'ont paru dépendre d'une simple sensibilité exagérée de l'utérus^ puisque ces douleurs ont cessé et que les contractions utérines sont redevenues normales sous l'influence de quelques inhalations de chloroforme dans un cas et d'une potion antispasmodique dans l'autre. — Enfin on a donné le nom de rhumatisme de V estomac ou de V intestin à des phénomènes douloureux survenant du côté de ces organes chez des rhumatisants, et ces faits doivent être admis, mais ici encore, ils ne doivent l'être qu'avec une certaine réserve, ces affections douloureuses pouvant ne pas siéger dans tous Ifss cas dans les fibres musculaires. La vérification est malheureusement impossible, les mouvements musculaires de ces viscères n'étant pas soumis à la volonté.
Parmi les complications du rhumatisme musculaire, on a signalé des paralysies partielles de certains muscles, avec ou sans atrophie consécutive, et plus rarement des contractures^ dans le torticolis, par exemple. Je me contente de les rappeler, attendu qu'il en a été suffisamment question aux mots paralysies et contractures. Quant dxw névralgies^ qui alternent fréquemment avec le rhumatisme musculaire ou qui coïncident avec lui, et à la suite desquelles on voit survenir des paralysies partielles comme à la suite du rhumatisme musculaire, doivent-elles vraiment être rangées ici comme des complications de cette dernière maladie? D'après ce que j'en ai dit dans le courant de cet article, lesnévralgies ne constitueraient-elles pas plutôt des manifestations rhumatismales au même titre que celles qui occupent les articulations et les muscles? Malgré l'affirmation tranchante de certains pathologistes à cette dernière question, on peut se convaincre, pour les névralgies, de même que
ROSÉOLE. — ROUGEOLE.
pour plusieurs autres affections réputées rhumatismales dont j'ai parlé, qu'il est impossible, dans l'état acluel de la science, de distinguer les uns des autres les faits de ces affections qui sont ou non d'origine rhumatismale. On doit sans doute admettre cette origine dans une certaine limite, mais cette limite est impossible à préciser. L'action du iroid comme cause ne suffit pas toujours, en effet, comme démonstration de la nature rhumatismale.
50 Pfonostic. — J'ai à peine besoin de rappeler que le rhumatisme musculaire n'est jamais grave, quoi qu'il constitue souvent une affection très-rebelle.
RIGIDITE, ROIDEUR. — F. Contractures.
RONGHUS. — V. Râles.
ROSAGIQUE (Acide). — V. Urines.
ROSÉOLE. — On doit admettre avec M. Rayer que les faits décrits sous ce nom doivent se rapporter à I'érythème ou à la rougeole.
ROUGEOLE. — Cette fièvre éruptive, dénommée aussi fièvre mo7'billeuse et très-communément observée, se rencontre principalement chez ies enfants, sans être cependant aussi rare chez l'adulte qu'on le pensait autrefois, ainsi que l'a démontré M. Michel Lévy [Mém, sur la rougeole des adultes, 1847). Cette maladie a été l'objet de travaux très-nombreux, parmi lesquels on peut signaler ceux de Rosen, Rorsieri, et de MM. Roudin, Rufz, Rarthez et Rilliet.
1° Éléments du diagnostic. — Comme dans toute autre fièvre éruptive, il faut rappeler à part les phénomènes antérieurs à Féruption (prodromes) , ceux qui caractérisent l'éruption elle-même, et ceux qui lui succèdent. — Aux prodromes se rapportent : une fièvre phis ou moins intense, rarement précédée de frissons, selon MM . Rarthez et Rilliet {Traité des maladies des enfants) , et accompagnée quelquefois de nausées, de vomissements, de constipation ou de diarrhée légère, et, à de rares exceptions près, d'un coryza intense, avec picotements, congestion des yeux, larmoiement, toux sonore et enrouée tout à la fois (appelée toux ferine) , et une légère inflammation du pharynx. — L'éruption, apparaissant après une durée de deux à cinq jours environ de ces prodromes, se développe pendant vingt-quatre ou quarante huit heures, à la suite d'un redoublement de l'état fébrile. 11 apparaît d'abord sur le menton, les joues et sur toute la face, des taches rosées, petites, légèrement saillantes dans leur totalité, déchiquetées et morcelées sur leurs bords, disparaissant par la pression du doigt pour reparaître bientôt après. Ces taches s'étendent rapidement au cou et à toute la surface du corps ; alors elles sont plus nombreuses, un peu plus larges; quelques-unes se réunissent, mais rarement elles forment des plaques îm peu étendues ; en sorte qu'il reste toujours entre elles des intervalles de peau saine. Dans certains cas, l'éruption se compose de petites taches isolées, légèrement saillantes, à peu près égales, et qui constituent de véritables papules qui ont fait donner la dénomination de boutonneuse à l'éruption. En même temps la fièvre augmente ou persiste, ainsi que les phénomènes du côté du nez et des yeux; la face est gonflée, rouge, vultueuse; la toux devient plus fréquente, plus grasse; elle amène \ expectoration de crachats nummulaires opaques non aérés, nageant dans du mucus. La sonorité thoracique est variable, tympanique ou légèrement obscure (signes de congestion généralement néghgés par les auteurs) ; à l'auscultation, on perçoit une respiration normale ou des râles sonores ou humides. L'éruption forme un piqueté manifeste à Visthme du gosier, — L'ensemble de ces symptômes dé-