‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 21 sur 245 · ANGINE DE POITRINE · texte numérisé non relu

ANGINE DE POITRINE

d'autres signes qui dépendent d'une affection grave du cœur ou des gros vaisseaux, mais qui sont loin d'être constants, comme on l'a dit.

2^ Inductions diagnostiques. — L'invasion subite de ces accès, la douleur et l'angoisse essentiellement passagères qui les constituent, le siège habituel de cette douleur, sont des caractères qui ne permettent guère de méconnaître l'angine de poitrine. Cependant les phénomènes peuvent être d'abord peu accentués, et la douleur principalement peut ne pas envahir toutes les régions qu'elle occupe habituellement, ce qui soulève des doutes qu'il n'est pas toujours possible de lever. — La marche par accès, dans les intervalles desquels la santé est ordinairement parfaite, si l'angine de poitrine est idiopathique et quelle que soit la fréquence ou la rareté des accès, contribue à dissiper ces doutes. Mais il n'en est plus de même lorsque des phénomènes morbides d'un autre ordre se montrent dans les intervalles ; il faut alors rechercher si l'angine de poitrine est symptomatique, en remontant à sa cause. — On trouvera quelquefois, en effet, en examinant le malade, qu'il est affecté tantôt d'une maladie du cœur, tantôt d'un anévrysme de V aorte, tantôt d'une affection chronique de Y estomac, ainsi que j'en ai observé un exemple, dans lequel il y a eu guérison simultanée de l'affection stomacale (ulcère simple?) et de l'angine de poitrine. Ces différentes conditions pathologiques, dans lesquelles l'angine de poitrine est secondaire ou symptomatique, démontrent la nécessité d'un examen complet du malade, afin de ne pas confondre avec la forme symptomatique la forme idiopathique à accès périodiques simples. L'interrogatoire fournira, entre autres données, des renseignements précieux sur les conditions accidentelles dans lesquelles se montrent les accès. Il ne faut pas oublier que la marche contre le vent, V ascension d'un escalier, un accès de colère, une violence extérieure, un excès alcoolique, ont été observés comme causes occasionnelles du premier accès, et qu'il a suffi quelquefois d'un faux pas, d'un simple mouvement, d'un effort de toux ou de défécation pour provoquer leur retour, surtout lorsque la maladie est déjà ancienne.

La seule affection qui pourrait d'ailleurs avoir quelque ressemblance avec l'angine de poitrine est la névralgie dorso-intercostale ; mais, si la douleur peut présenter quelque analogie, la marche de cette névralgie, c'est-à-dire la durée plus prolongée et le retour plus fréquent des accès, ne laissent pas longtemps dans le doute. Ce n'est ) que dans le premier moment de l'invasion de la névralgie dorso-intercostale, si cette invasion est subite et la douleur très-intense (ce qui est du moins fort rare), que l'on pourrait d'abord croire à une angine de poitrine. Il en est de même d'un accès d'asthme; mais ici les signes stéLhoscopiques démontrent que le siège des accidents est dans les organes intra-thoraciques. Peut-il y avoir plus de difficultés lorsque l'angine de poitrine coïncide avec l'une ou l'autre des affections dont je viens de parler? Je ne le pense pas, la distinction des deux maladies concomitantes ne pouvant échapper qu'à une observation superficielle.

Si le malade est convenablement interrogé et examiné, l'on ne méconnaîtra donc pas l'existence d'une angine de poitrine. Cependant il peut résulter de la forme symptomatique de la maladie des difficultés réelles de diagnostic, si la physionomie de l'affection se trouve modifiée par l'insuffisance des symptômes. — C'est là surtout ^qu'est l'origine des erreurs qui peuvent être commises. Quoi qu'il en soit, si l'on arrive à diagnostiquer l'angine de poitrine, on aura établi en même temps si elle est symptomatique d'une affection du cœur, ou des gros vaisseaux, ou de l'estomac, ou

76 ANGIOLEUCITE. — ANTAGONISME.

bien si elle est primitive et indépendante de toute lésion organique saisissable à nos moyens d'investigation.

50 Pronostic. — Il est grave dans les deux circonstances que je viens de rappeler. Si l'angine de poitrine est symptomatique, elle partage la gravité de la maladie qui en est l'origine, et, dans les affections du cœur et de l'aorte, la mort peut survenir subitement au moment d'un accès. Si elle est simple ou primitive, les chances de mort ne sont qu'un peu moindres, car ici encore la terminaison est le plus souvent fatale. A mesure que l'angine s'aggrave, les accès deviennent plus fréquents, plus longs, plus douloureux ; le contraire arrive lorsque l'angine diminue et tend à guérir, ce qui arrive dans un certain nombre de cas, ainsi que je l'ai observé chez le malade dont j'ai parlé plus haut.

ANGIOLEUCITE. Quoique produite le plus souvent par des blessures ou

des ulcérations de la peau et labsorption de matières putrides, et par conséquent du ressort de la chirurgie, l'angioleucite n'en intéresse pas moins au point de vue de certaines maladies internes. (F. Blennorrhagie, Métrite, Morve, SirniLis.) Quant à la confusion que l'on pourrait établir entre les signes locaux de l'angioleucite et ceux de la névrite, de la phlébite, de Yérythème noueux, et de Vérysipèle, je renvoie à ce que j'en ai dit aux articles que j'ai consacrés à ces dernières affections.

ANGOISSE. — V. Anxiété.

ANIMALCULES. — J'ai traité à l'article parasites (animaux), des animalcules que Ion rencontre accidentellement à Textérieur et à l'intérieur du corps de l'homme ; mais les parasites ne composent pas entièrement la série des animaux vivants dans l'organisme. Les animalcules spermatiques ou spermatozoïdes doivent être considérés à part, en effet, comme faisant partie intégrante du corps de l'homme pendant une longue période de son existence (V. Spermatozoïdes).

ANOREXIE. — F. Faim.

ANTAGONISME. — On a introduit ce mot dans le vocabulaire médical pour désigner le principe en vertu duquel il y aurait, « en raison de l'end émicité même de certaines manifestations pathologiques, incompatibilité plus ou moins absolue de co-existence pour un autre ordre de formes morbides dans la même localité (Boudin). » Outre cet antagonisme géographique, on admettrait aussi un antagonisme individuel, qui rendrait les sujets qui sont affectés de certaines maladies, indemnes d'autres maladies incompatibles.

Cette manière d'envisager les faits est sans doute fort ingénieuse; mais, lorsque l'on étudie attentivement les travaux qui ont été publiés sur ce point de pathologie. Ton ne peut s'empêcher de reconnaître que les conclusions formulées ne reposent que sur de simples allégations d'auteurs, sur des aperçus dénués de preuves, ou sur des données statistiques très-insuffisantes. C'est, en effet, sur une base aussi fragile que s'est appuyé M. Boudin, qui, le premier, a voulu donner comme une loi l'antagonisme entre les fièvres paludéennes et la phthisie pulmonaire, et entre les mêmes fièvres et la fièvre typhoïde (Traité des fièvres intermittentes, i m; Traité de géographie médicale, 1857, t. 11, p. 514, etc.). Combattue par MM. Forget (de Strasbourg), Gintrac, Michel Lévy, et par beaucoup d'autres observateurs distingués qui exercent dans des contrées marécageuses, cette opinion a été surtout très- fortement ébranlée , ou plutôt renversée par le consciencieux travail du docteur Lefèvre, professeur à Rochefort, qui n'en a laissé rien subsister.

ANUS. 77 Du fait de Tinsuffisance manifeste des preuves, je ne conclus pas que l'antagonisme n'existe point comme fait général, mais que les antagonismes annoncés jusqu'à présent ne sont nullement démontrés. Que faudrait-il donc pour formuler les véritables lois de l'antagonisme? il faudrait évidemment recueillir, sans idée préconçue, un nombre considérable de faits bien observés, et en tirer des conclusions numériques comparatives. C'est ainsi qu'a procédé le docteur Lefèvre dans le mémoire cité; et, quelle que soit l'opinion que l'on ait de la méthode numérique, il est de toute évidence qu'elle seule peut résoudre ces sortes de problèmes.

Quant à l'antagonisme qui peut exister, chez un même individu, entre diverses maladies, il ne me paraît pas non plus établi sur des preuves suflisamment convaincantes. MM. Barthez et Rilliet, dans leur excellent Traité des maladies des enfants, ont cru reconnaître un antagonisme de cette espèce entre la diathèse tuberculeuse et la scarlatine, entre les tubercules et la variole. On a déclaré antagonistes : le choléra et la suette ; les scrofules ou les tubercules et le rachitis ; les tubercules et l'intoxication saturnine (Beau) ; la coqueluche et la rougeole (Faber) ; la fièvre typhoïde et les maladies graves (Thirial) . De tous ces antagonismes, il n'en est aucun qui soit parfaitement démontré, soit que l'assertion ait été émise à priori, soit que le nombre des faits sur lesquels on s'est basé ait été infiniment trop restreint, soit enfin que des preuves explicites contre l'antagonisme aient été produites.

L'antagonisme n'est donc actuellement encore qu'à l'état de théorie fort obscure. Aussi l'aurais-je passé sous silence, s'il n'était pas sans danger pour le -diagnostic de tenir compte, comme de vérités démontrées, des applications que l'on en a faites. Si on admettait, en effet, en présence d'une endémicité paludéerme ou d'une des maladies que je viens de rappeler, les antagonismes qui ont été formulés, on devrait considérer comme inutile de rechercher, en dehors de cette endémicité ou de chacune de ces maladies, l'existence d'une des affections dites antagonistes; et, par conséquent, on pourrait méconnaître cette affection si elle n'existait réellement. ANTÉCÉDENTS. — F. Examek des malades.

ANTÉFLEXIONS et ANTÉVERSIONS. — F. Déviations utérines. ANURIE. — F. Miction.

ANUS. — Les affections de l'anus intéressent particulièrement le chirurgien; 1 mais, dans certaines circonstances, le médecin lui-même a besoin aussi de constater l'état de cette région. Non-seulement il y rencontre des lésions locales qui peuvent éclairer le diagnostic d'une maladie générale, des lésions syphilitiques, par exemple, mais encore il y trouve quelquefois l'explication de phénomènes morbides qu'il pourrait être tenté de rapporter à toute autre cause qu'à une lésion locale de cetle extrémité du tube digestif.

Le pourtour de l'anus est assez souvent le siège d'affections cutanées, principalement V eczéma et les plaques muqueuses, de fissures ou à'éraillures à fond rosé qui se cicatrisent rapidement, de chancres à bords taillés à pic et à fond grisâtre qui persistent longtemps, àliémorrhoïdes extra-reclales, et enfin d'oxyures qui peuvent occuper les plis rayonnés de l'anus. La névralgie ano-vésicale occupe l'anus, dont le sphincter peut enfin être atteint de contracture sous l'influence de diverses causes, ou de paralysie.

Les symptômes ou signes qu'on y observe, outre les lésions cutanées, sont : des cuissons, du prurit, des douleurs plus ou moins vives; des contractures du sphincter

78 ANXIÉTÉ. AORTITE.

alternant avec un relâchement excessif (névralgie ano-vésicale) ; des contractures plus ou moins longtemps persistantes; la paralysie du sphincter avec incontinence; l'hémorrhagie, qu'il est si important de ne pas confondre avec celles qui ont une source plus profonde d.ms l'intestin, line faut pas prendre non plus la contracture du sphincter pour le rétrécissement de l'anus, qui est parfois le résultat de l'ablation des tumeurs hémorrhoïdales, et qui peut rendre compte de constipations opiniâtres ou d'accumulations de matières fécales dans le rectum. On ne doit pas enfin confondre une paralysie spontanée du sphincter, qui explique l'incontinence ou les selles involontaires, avec la béance infundibuliforme qui résulte d'habitudes sodomites passives. Pour décider la question, l'on devra tenir compte des signes que M. Tardieu a indiqués comme résultant de la pédérastie passive, dans la savante étude médico-légale qu'il a publiée sur ce sujet en 1858 (Ann. dliygiène puhl et de méd. légale). Outre la déformation infundibuliforme de l'anus, le relâchement du sphincter et l'incontinence des matières, qui existent dans les deux conditions de paralysie spontanée ou de sodomie, on constate, dans ce dernier cas : le développement excessif des fesses, l'effacement des plis, des crêtes et caroncules du pourtour, de l'anus la dilatation extrême de l'orifice anal, les ulcérations, les rhagades, les hémorrhddes, les fistules, la blennorrhagie rectale, la syphilis, les corps étrangers introduits dans l'anus. Ces signes ont d'autant plus de valeur que les mdividus se défendent presque toujours avec beaucoup d'énergie de s'adonner aux ignobles habitudes que l'on soupçonne. - L'exploration anale, en général, a lieu d'abord par Vinspection, pendant laquelle il est bon de dire au malade de faire un effort comme pour aller à la garde-robe, afin que les parties profondes de l'anus se présentent à la vue; le toucher^ fournit aussi quelques renseignements utiles, en donnant l'idée de la consistance des tissus et de leur état au-dessus du sphincter. Enfin Y électrisation de ce sphincter, qui est d'ailleurs extrêmement douloureuse, peut démontrer qu'il est paralysé, si elle Im rend la contractibilité qu'il a perdue.

ANXIÉTÉ. — On désigne ainsi une inquiétude vive avec malaise, pouvant aller jusqu'à V angoisse, et qui dépend ordinairement ou d'une terreur profonde, ou d'une douleur Vive, ou enfin d'un sentiment d'oppression ou de dyspnée prononcées L'anxiété existe aussi par suite du malaise indéfinissable qui précède certains vomissements, qui accompagne certaines maladies graves ou certaines névroses : la fièvre jaune, la peste, la morve aiguë, beaucoup d'empoisonnements, la morsure des serpents venimeux, l'angine de poitrine, le spasme de l'œsophage, etc. L'anxiete est extrême dans la rage.

AORTE. — F- Abtères. ■ AORTITE — Il est généralement admis aujourd'hui que l'on doit considérer comme lésion de l'aortite, non la simple rougeur de l'aorte, mais le boursoufflement, le ramollissement de la membrane interne, et les exsudats pseudo-membraneux, comme l'ont fait MM. Bizot (1857) et Thierfelder (1840).

Ainsi envisagée, Vaortite aiguë est une affection rare, caractérisée, suivant M Bizot, par une fièvre intense, sans douleur notable, par un œdème d abord locahsé aux membres inférieurs, puis général, par de X agitation, sans altération de V intelligence, et par une très-grande fazl^/^^.9g, le tout rapidement suivi de mort. M. Thierfelder a aussi constaté la fièvre et l'œdème généralise, mais, de plus

APHOJNIE. 79

de la chaleur dans la poitrine, une douleur sous-ternale augmentant par les pulsations de l'aorte, de la dypsnée et une toux violente. On a encore considéré Vanxiété, les lipothymies et les syncopes comme des signes de l'aortite. Mais cette précision apparente de symptômes repose sur un trop petit nombre de faits pour que le diagnostic ne présente pas de grandes diftîcultés; aussi ne peut-on arriver qu'à soupçonner l'existence de 1 aorlite aiguë par voie d'exclusion, en se basant surtout sur l'anasarque fébrile.

Quant à Vaortite chronique, elle constitue une lésion simplement anatomique qui échappe au diagnostic pratique, car je ne comprends pas ici les concrétions aortiques qu'on rencontre chez les vieillards, et qui ne peuvent être considérées comme un produit de l'inflammation.

APHONIE. — L'aphonie est la diminution manifeste ou l'abolition complète de la sonorité naturelle de la voix. Nous ne prenons pas par conséquent ce phénomène morbide dans le sens absolu de son étymologie, comme l'ont fait les anciens, qui ont été jusqu'à donner le nom d'aphonie au mutisme.

L'aphonie est toujours un symptôme. Les anciens faisaient autant de maladies distinctes des différentes espèces d'aphonie; mais les progrès de l'anatomie pathologique lui ont fait assigner son véritable caractère symptomatique dans le plus grand nombre des cas. Certains auteurs modernes ont pourtant persislé à faire de l'aphonie une maladie particulière quand aucune lésion appréciable ne vient expliquer le phénomène; mais cette distinction n'est pas justifiée.

l"* Caractères. — L'aphonie est rarement absolue. On sait qu'on appelle communément enrouement une aphonie incomplète qui parfois permet à la voix de reprendre, par intervalles, son éclat ordinaire. L'aphonie est donc complète ou incomplète; elle peut aussi être courte ou prolongée, conti^me ou interrompue, et parfois même régulièrement intermittente. Tantôt elle présente le timbre naturel mais atténué de la voix basse volontaire, ce qui est le plus fréquent; et tantôt un timbre étouffé particulier dont j'indiquerai tout à Theure les particularités.

On ne confondra pas avec une aphonie morbide celles qui résultent d'une vive impression morale, de cris ou éclats de voix exagérés, d'exercice forcé de la parole ou du chant, et qui sont généralement momentanées.

2*^ Conditions pathologiques. — Ces conditions de l'aphonie doivent être cherchées dans l'organe même où se produit le son vocal, le larynx, dans les organes limitrophes mais essentiels à la production de la voix, et enfin dans les organes plus ou moins éloignés.

L'aphonie est un symptôme à peu près constant des laryngites. Dans l'inflammation laryngiemie simple aiguë, mais peu intense, la voix est d'abord plutôt rauque, enrouée, que véritablement éteinte ; l'aphonie est surtout complète si la laryngite aiguë devient intense. Il en est de même de la laryngite chronique, où la raucité précède ordinairement l'aphonie complète, qu'amènent les progrès croissants de l'affection. — Dans la laryngite striduleuse ou pseudo-croup, la voix et le cri conservent une certaine force, ou ne sont nullem^ent altérés, surtout dans l'intervalle des accès; ici l'aphonie est intermittente comme les accès ; elle est habituellement incomplète, et la voix est faible, enrouée et comme déchirée. — Elle est beaucoup plus altérée, sourde, éteinte ou avec un timbre sifflant tout particulier dans la laryngite pseudo-

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