‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 227 sur 245 · SUETTE MILIAIRE · texte numérisé non relu

SUETTE MILIAIRE

faire soupçonner l'invasion de la maladie que dans le cours d'une épidémie. En dehors de cette condition, les sueurs profuses, la constriction épigastrique et l'éruption miliaire sont, en outre de la fièvre, les symptômes les plus caractéristiques de l'affection.

Les sueurs sont remarquables par leur continuité et leur abondance (qui leur fait souvent traverser toute l'épaisseur des matelas du lit) , par leur odeur aigre et nauséabonde, et par leur défaut d'acidité ou d'alcalinité prononcées. La peau est en même temps comme macérée. Par leur abondance, leur continuité, et leur coïncidence avec l'angoisse épigastrique sur laquelle tous les auteurs ont insisté, les sueurs ne peuvent être attribuées à un simple accès de fièvre intermittente ; d'ailleurs l'éruption miliaire vient bientôt lever tous les doutes. 11 ne faut cependant pas oublier que, dans certaines épidémies, des sueurs profuses ont été quelquefois le seul symptôme observé, comme l'a constaté à Poitiers M. Gaillari (1845).

La marche de la maladie est tantôt continue, et tantôt rémittente ou intermittente, ce qui s'expliquerait parfaitement aux yeux des pathologistes qui considèrent la suette miliaire comme de nature paludéenne. Quoiqu'on ne puisse pas considérer cette opinion comme justifiée dans tous les cas, il est bien évident que la maladie peut avoir une marche franchement intermittente, même dans des localités élevées et échappant en apparence à toute influence maremmatique : c'est ce que j'ai constaté, dans ces conditions, chez une femme qui était prise chaque jour, à quatre heures d'après-midi, d'un accès bien manifeste qui céda rapidement au sulfate de quinine {Ann. méd.-psychoL, 2® série, t. lll). C'est surtout pendant l'éruption que les symptômes généraux peuvent acquérir leur plus grande intensité. Lorsque la suette est bénigne, sa durée ne dépasse guère deux septénaires; mais si elle est plus grave, elle peut être plus d'un mois à se guérir, et, si la mort survient, c'est ordinairement vers la fin du premier septénaire. • — Quant aux causes de la maladie, elles sont très-mal connues. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'elle^est presque toujours épidémique dans certaines contrées (principalement en Picardie), et que ce n'est que d'une manière tout exceptionnelle qu'on en rencontre dans certaines localités, à Paris, par exemple.

11 n'est pas encore prouvé que la suette miliaire soit contagieuse ; mais plusieurs faits péremptoires m'ont démontré, comme à M. Foucart, qu'en temps d'épidémie la frayeur peut être une cause occasionnelle puissante. J'ai vu aussi, comme M. Boinet (Acad. de méd., 1849), le choléra compliquer la suette, et de plus la suette être à son tour une complication du choléra, ce que j'ai constaté chez la malade dont j'ai parlé fout à l'heure. En présence de faits de cette espèce, l'opinion qu'il y a antagonisme entre ces deux maladies n'est pas soutenable.

Il n'est pas possible de confondre la suette miliaire, ainsi caractérisée, avec aucune autre maladie. La mihaire symptomatique du rhumatisme, de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, de l'état puerpéral {V. Miliaire) ressemble à l'éruption de la suette, mais elle ne constitue qu'un épiphénomène. Cette miliaire peut quelquefois coïncider avec des sueurs abondantes, il est vrai, mais elles sont loin d'être aussi copieuses que celles de la suette miliaire; dans cette mihaire symptomatique, il n'y a pas d'ailleurs l'angoisse épigastrique si caractéristique de la suette, et enfin l'existence des symptômes de la maladie préexistante ne peut faire douter un instant de la nature accidentelle de l'éruption.

La suette une fois reconnue, on aura pu déterminer en même temps sa foî'me

continue, ou rémittente, ou intermittente. Dans les deux derniers cas, l'emploi àw sulfate de quinine sera une pierre de touche précieuse, par la réussite du médicament, si la rémittence ou l'intermittence existent réellement.

Les complications à redouter ne doivent pas être oubliées. Des angines intenses avec ou sans fausses membranes, des bronchites, desaphthes, V entérite, sont les principales qui ont été observées. Mais les angines ne se rapportent-elles pas au moins quelquefois, sinon toujours, à des scarlatines anomales méconnues? C'est la question quel'on se pose à la lecture de certaines observations publiées ; il a fallu, ce me semble, une grande préoccupation pour ne pas y voir des exemples de scarlatine expliquant parfaitement l'ensemble des symptômes et la terminaison funeste. Relativement aux. bronchites, auxaphthes, àTeulérite, je me demande avec Valleix, si ce ne seraient pas là des lésions secondaires plus ou moins fréquentes, appartenant à la fièvre miliaire elle-même, au lieu d'être de véritables complications. Quoi qu'il en sôit, de véritables complications ont été observées. Ce sont des accès de suffocation, des hémorrhagies multiples, des paralysies consécutives comme à la suite des autresmaladies aiguës, et surtout des morts rapides ou subites, survenant dans les pre-. miers jours, alors que rien en apparence ne doive inquiéter dans l'état des malades.

50 Pronostic. — La suette miliaire se termine presque toujours fovorablement. Mais il faut redouter, soit dans les cas d'éruption difficile ou supprimée, soit dans les cas en apparence les plus réguliers et les plus simples, l'invasion d'accidents nerveux graves, rapidement suivis de coma et de mort, tels que du délire, de l'agitation, de la loquacité, des soubresauts des tendons, des mouvements convulsifs, ou de la stupeur, delà prostration. M, Abel Robert (de Chaumont) pense que la forme rémittente sporadique de la suette est la plus insidieuse, parce qu'elle tue à la façon des lièvres pernicieuses, dont elle ne serait qu'une variété. Dans les cas les plussimples , un malaise avec sentiment d'oppression a été quelquefois le prélude d'accidents ataxiques rapidement mortels, comme M. Gaillard l'a observé à Poitiers. On est généralement d'accord pour considérer la terreur ou le pressentiment de la mort comme étant d'un mauvais augure, et comme devant faire redouter une issue prochainement fatale.

SUEURS. — Les sueurs morbides sont un élément diagnostique important de certaines maladies : dans les fièvres intermittentes simples ou pernicieuses, dans^ la PHTHisiE PULMONAIRE par Icur retour périodique et nocturne, dans la suette ÉPiDÉMiQUE par leur profusion extrême, dans certains rhumatismes, plus rarement dans la phlébite de la veine porte (p. 707). Les sueurs doivent être considérées comme un phénomène critique d'une foule de maladies; mais dans quelles limites? C'est une question de pronostic sur laquelle la science n'est pas encore très-avancée (F. Crises). Comme particularité intéressante et peu connue, j'ai constaté que, dans la pleurésie avec épanchement, l'apparition des sueurs devait être considérée comme un signe de résolution, attendu que, dans les faits que j'ai observés, l'apparition des sueurs coïncidait avec la résorption latente du liquide épanché.

La sueur plus ou moins limitée au visage et aux extrémités refroidies, est un phénomène caractéristique de la syncope et de la défaillance. Des sueurs localisées s'observent quelquefois au niveau d'une moitié du corps sans cause connue (Abercrombie)^ ou limitées à des parties atteintes de névralgie (Notta), ou dans le cours

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