Tumeurs en général
Les tumeurs consLituent de, masses morbides d une forme, d'une consistance et d'un volume très-variables, pouvant occuper les diverses parties du corps, se déve-^ loppant dans l'intérieur des organes ou dans le tissu cellulaire qui les entoure, et dont le diagnostic est d'autant plus facile qu'elles sont plus accessibles à nos moyens d'investigation. Elles sont extérieures ou bien elles se développent dans les cavités splanchniques; mais je m'occuperai spécialement de ces dernières, développées dans l'intérieur du crâne, de la poitrine ou de l'abdomen.
Les tumeurs extérieures qui ijitéressent particulièrement le médecin, sont celles qui ont leur origitie profonde soit dans un organe ou un tissu intra-splanchniquCy soit dans certaines maladies constitutionnelles. Je rappellerai seulement, à ce dernier point de vue, celles qui sont dues à la scrofule, à ia syphilis, à la morve (dans laquelle les tumeurs sous-cutanées deviennent rapidement fluctuantes), à l'hémophilie et au scorbut (tumeurs sanguines) , et à certaines autres cachexies. La nature de ces différentes tumeurs superficielles se détermine d'après l'ensemble des autres particularités morbides soit antérieures soit concomitantes. Parmi les tumeurs extérieures ayant leur point de départ dans une cavité splaiichnique, il eu est qui sont congénitales. Ce dernier caractère seul peut faire penser quelquefois qu'il s'agit d'une tumeur formée par un viscère voisin faisant hernie par une ouverture accidentelle.
Les tumeurs intra- splanchniques résultent du développement pathologique réguher ou irrégulier d'un oigane, ou du développement de masses morbides indépendantes. On sait qu'elles sont dues tantôt à l'hypergénèse d'éléments normaux, et tantôt à la formation et à l'accumulation d'éléments nouveaux hétéromorphes. Impossibles à diagnostiquer lorsqu'elles sont latentes, elles peuvent ne se manifester que par des troubles fonctionnels ou par des accidents qui résultent soit de la compression, de l'irritation ou de l'usure des organes voisins, soit des communications morbides qui s'étabhssent quelquefois. D'autres fois à ces données diagnostiques se joignent les ressources de l'exploration physique qui est d'autant pluscomplète que la tumeur est plus facilement accessible à nos moyens explorateurs.
Lorsqu'on a reconnu l'existence d'une tumeur, un des points les plus difficiles du diagnostic est la détermination de leur nature anatomique, surtout si l'on prend le mot tumeur dans son acception la plus rigoureuse de produits morbides dits homœomorplies ou hétéromorphes. Au lit du malade, en effet, en présence d'un corps solide ou fluctuant plus ou moins volumineux formant une masse insolite au milieu des organes, on peut avoir affaire non-seulement à des tumeurs proprement dit3s, à des masses cancéreuses ou mélaniques, tuberculeuses, flbro-plastiques, fibreuses,,
TlJMEtJRS. 867
syphilitiques, à des kystes simples ou hydatiques, à certaines tumeurs internes qui ne sont appréciables que par leurs effets, comme certaines exostoses intra-crâniennes, mais encore à des états morbides lout différents de nature, et qui cependant se manifestent fréquemment au praticien par des signes exactement semblables. Ces derniers états morbides sont nombreux. Ce sont des augmentations de volume de certains organes avec induration d'origine inflammatoire, aiguës ou chroniques, des dilatations morbides et locales d'organes creux, soit vasculaires (anéviysmes), soit d'une autre nature, des accumulations de produits naturels liquides ou solides comme les matières stercorales dans le gros intestin, la bile ou l'urine dans les voies biliaires ou urinaires {rétentions). D'autres fois, enfin, ce sont de simples agglomérations par des adhérences d'organes habituellement souples, formant une masse qui a tous les caractères d'une tumeur solide.
On voit que la question du diagnostic des tumeurs ne doit pas être limitée à celle des tumeurs proprement dites, telles que les entendent les anatomo-patliologisles mais qu'elle doit comprendre toutes les variétés de tumeurs apparentes qui s'offrent d'emblée dans la pratique, afin d'arriver à déterminer leur espèce.
Cette multiphcité des conditions organiques des tumeurs qui se présentent comme autant de problèmes à résoudre, constitue, on le conçoit facilement, une des plu.^ grandes difficultés du diagnostic. Le diagnostic local !<e fonde sur leur siège, leur forme, leur volume, leur consistance, leur mobilité plus ou moins grande, l'existence ou l'absence de fluctuation ou de battements à leur niveau ; mais aucune de ces particularités n'est spéciale à une espèce. Dans un assez grand nombre de circonï>tances, elles offrent cependant des caractères propres qui ont une très-grande valeur. — Les tumeurs cancéreuses qui sont le principal signe du cancer, sont ordinairement irrégulières, bosselées, comme marronnées, tantôt dures et résistantes, et tantôt offrant une mollesse particulière. — La fluctuation des kystes non distendus avec excès sert à les faire reconnaître, mais ce caractère est en même temps l'origine de confusions fréquentes avec d'autres collections morbides de iKjuides. — Les tumeurs hydatiques constituent des kystes particuliers, à surface largement arrondie, ordinairement tendus et élastiques, et pouvant donner à la percussion, à la pression, ou à l'auscultation, des sensations spéciales, patiiognomoniques, mais qui ne sont pas constantes, et dont l'absence par conséquent ne saurait faire rejeter l'existence de ce genre de tumeurs. — Des tumeurs dues à Taccumulation de calculs ou de corps étrangers solides , comme des calculs accumulés dans la vésicule biliaire distendue, des noyaux de cerises dans le cœcum, ont également donné lieu à des sensations spéciales à la palpation (sensation de collision). — Les amas de matières fécales présentent quelquefois, en outre de leurs inégalités dures et marronnées, urne particularité très- importante que j'ai rappelée ailleurs (F. p. 367); c'est leur dépressibilité qui fait qu'elles conservent l'empreinte d'une pression graduée.
Sans rappeler tous les caractères particuliers à d'autres tumeurs, je signalerai la nécessité de tenir compte de l'évolution plus ou moins rapide ou plus ou moins lente des phénomènes, et l'importance des causes traumatiques, qui peuvent produire rapidement des tumeurs héniatiques, ou lentement des tumeurs organiques. Les cawses internes ont souvent une utilité clinique particulière. Dans les affections tuberculeuses, cancéreuses, syphihtiques, il suffit de constater une tumeur interne pour soupçoinier fortement qu'elle est de la nature de l'une de ces affections, s'il
existe déjà dans d'autres parties du corps des tumeurs ou d'autres manifestations caractéristiques de l'une de ces maladies. 11 en sera de même pour des tumeurs hydatiques. 11 est clair que, dans ces différentes circonstances, on devra tenir compte de l'ensemble des phénomènes qui peuvent éclairer le diagnostic et que je ne saurais rappeler ici.
Le siège des tumeurs est une particularité des plus importantes, puisqu'elle suffit pour limiter le champ des inductions possibles. Aus^i est-ce là la base des distinctions que je vais chercher à établir. 11 me suffira, pour certaines régions, d'énumérer simplement les tumeurs qu'on y peut rencontrer, pour mettre le lecteur à même de compléter son diagnostic en ayant recours à d'autres articles de cet ouvrage.