‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 240 sur 245 · TYPHUS · texte numérisé non relu

TYPHUS

établi, de 1 838 à 1 850, que la maladie désignée sous le nom de typhus fever en Angleterre et aux Étals-Unis différait essentiellement de la fièvre typhoïde, non-seulement au point de vue nosologique par l'absence de lésions intestinales caractéristiques, mais encore au point de vue diagnostique, par un ensemble de symptômes bien distincts. Yalleix, avec son talent ordinaire d'exposition critique, a rendu bien évidents parmi nous les caractèî'es différentiels des deux maladies. Mais il restait des doutes sur la queslion desavoir si le typhus nosocomial, celui des prisons, des armées, des camps (ou d'Hildenbrand), qu'on n'avait pas eu occasion d'observer depuis la connaissance des résultats importants que je viens de rappeler, étaient ou non de simples fièvres typhoïdes, ou des typhus semblables au typhus fever, ou enfin des typhus différents. M. Landouzy, il est vrai, avait conclu d'une épidémie observée dans les prisons de Reims en 1859 et 1840, que le prétendu typhus carcéral n était qu'une fièvre typhoïde. Mais ses recherches, faites sur une trop petite échelle, ne pouvaient faire loi, lorsque la guerre d'Orient est venue offrir à nos médecins militaires Toccasion d'étudier de terribles épidémies développées en 1855 et dans l'hiver de 1855- 1856, pendant lesquelles dix-huit à vingt mille soldats furent atteints, sous Tinfluence de l'agglomération et de conditions hygiéniques désastreuses et multiples. Ils ont rencontré dans ces épidémies un mélange d'affections graves, parmi lesquelles il fut facile de reconnaître des fièvres typhoïdes franchement caractérisées, des cas douteux de cette affection, et enfin des faits très-nombreux dans lesquels la mort survenait plus ou moins rapidement au milieu des symptômes généraux et cérébraux les plus graves, mais sans troubles abdominaux (ou du moins très-légers), et sans lésions intestinales, ou avec des lésions rares et très-différentes de celles de la fièvre typhoïde. Il n'y avait plus à douter dès lors de l'existence d'un typhus des armées ou des camps, comme le démontrèrent les discussions qui eurent heu dans le sein de la Société médicale de Gonstantinople sous la présidence du docteur Fauvel, et les travaux de MM. Tholozan, Carreau, Haspel, Doumic, Scrive, Barrallier, etc. L'existence du typhus nosocomial a été également rendue bien manifestedans les hôpitaux de Gonstantinople, et en France par ia contagion du typhus importé par les soldats de l'armée d'Orient dans les hôpitaux d'Avignon (Chauffard), de Châlous-sur-Saôue (Canat), de Neufchâteau (Carcin), de Strasbourg (Netter), du Val-de-Crâce de Paris (Godelier). Or il est résulté de ces travaux que ce typlius des camps ou des hôpitaux, lorsqu'il n'est pas la fièvre typhoïde épidémique grave, est le même que le typhus fever déjà décrit (remarque faite déjà en Orient par M. Brice, médecin anglais qui a été à même d'observer les deux typhus). Le typhus des camps n'en diffère que par les conditions dans lesquelles s'est développée la maladie. Parmi les travaux récents nous devons mentionner le livre de M. Barrallier, professeur à l'école de médecine navale de Toulon K Les rapports des officiers de santé de la marine, de la collection du port de Toulon, lui ont fourni des renseignements intéressants sur le typhus que ces médecins avaient observé à bord des navires sur lesquels ils étaient lors du rapatriement de l'armée de Grimée. On lira aussi avec intérêt fhistoire médicale des épidémies observées au bagne de Toulon par M. Barrallier.

1^ Éléments du diagnostic. Je ne ferai que signaler les principaux, sauf à les compléter à propos des inductions que provoque l'observation des faits.

* Du typhus épidémique et histoire médicale des épidémies de typhus observées au bagne de Toulon en iS^^ et 1856. Paris, 1861.

TYPKUS.

Dans les cas les moins douteux, le début du typhus était brusque et marqué par un frisson initial et un appareil fébrile remarquable parla violence des symptômes cérébraux et nerveux, qui l'accompagnaient : céphalalgie intense, bourdonnements d'oreilles, surdité, stupeur, insomnie, agitation, délire, prostration profonde. Jusque-là, à part un état catarrhal plus ou moins prononcé des yeux, des fosses nasales et des bronches, noté au début par plusieurs observateurs, les phénomènes n'avaient rien de bien caractéristique comparativement à la fièvre typhoïde dite inflammatoire; mais le typhus différait bientôt de cette dernière affection par la rareté des épistaxis, par l'atténuation remarquable et le plus souvent par V absence des troubles digestifs ou abdominaux, et surtout par V éruption cutanée. Cette éruption comprenait des taches de deux espèces, très-différentes des taches typhoïdes. Signalées par M. Jenner dans le typhus fever, elles ont été observées dans le typhus des armées par M. Godelier, dont la description faite d'après nature semble calquée sur celle du médecin anglais. De ces taches, apparaissant du deuxième au cinquième jour, et dont la durée était de deux à dix jours, les unes sont vagues, sous-épidermiques, envahissant le tronc et les membres et respectant parfois le visage ; elles sont comparées par M. Jenner à une teinte de jus de mures, par d'autres à l'éruption de la rougeole, et donnent à la peau un aspect tigré; les autres, dont la coloration est plus foncée et qui sont souvent de véritables pétéchies, ne disparaissent pas sous la pression du doigt. Les unes et les autres sont sans relief au-dessus de la peau.

La marche du typhus, presque toujours continue, a une durée variable : trèscourte si l'épidémie est dans toute son intensité, et alors rapidement suivie de mort dans les premiers jours, parfois au milieu de symptômes cérébraux et ataxiques épouvantables; plus lente si l'épidémie est à son déclin. La convalescence, qui a été souvent remarquable par son apparition brusque du jour au lendemain, était ordinairement très-longue; cependant elle fut remarquable par sa rapidité dans beaucoup de cas observés dans les hôpitaux français à la fm de la campagne de Crimée. — Le typhus est épidémique et essentiellement contagieux. 11 affecte tous les âges, et se développe sous l'influence de l'encombrement, auquel s'ajoutent les mauvaises conditions hygiéniques.

2° Inductions diagnostiques. — Parmi les symptômes du typhus, il n'en est qu'un seul, l'éruption cutanée, qui pourrait être considéré comme spécial s'il nefaisait défaut dans un certain nombre de cas. L'apparition hâtive de cette éruption, précédée de phénomènes fébriles, a fait considérer la maladie comme un exanthème (Emile Chauffard), et l'on a même soulevé la question de savoir si l'on n'avait pas quelquefois confondu avec le typhus certaines rougeoles graves (Dechambre : Gaz. hebdom., 1856). Aussi, comme pour la fièvre typhoïde, est-ce sur l'ensemble des symptômes qu'il faut se baser pour le diagnostic plutôt que sur les symptômes isolés.

Ainsi envisagé, le typhus est apparu à M. Godelier comme une maladie toute spéciale, ayant des caractères qui ne lui ont jamais permis de la confondre avec la fièvre typhoïde. Si l'on a fréquemment signalé des cas embarrassants de diagnostic où la confusion était facile, c'était dans des faits dont la proportion a été jugée considérable (Carreau, Scrive), mais qui ont pu paraître avoir une certaine fréquence en raison de l'extension formidable des épidémies d'Orient. Dans les faits de ce genre, aux symptômes cérébraux se joignaient exceptionnellement au début quelques symptômes abdominaux, diarrhée, douleurs de ventre, un peu de météorisme, ou bien

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