‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 32 sur 245 · I. Blennorrhagie aiguë · texte numérisé non relu

I. Blennorrhagie aiguë

A. Chez l'homme. — De l'aveu des auteurs les plus autorisés, il n'est pas pos-

BLENNORRH AGIE .

.ible de distinguer, au lit du malade, la blenuorrhagie vénérienne de celle qm ne l'est pas. Je n'ai donc pas à établir de division pour les examiner séparément

Éléments du diagnostic. - Le plus souvent les symptômes sont exclusivement locaux ; car ce n'est que par exception qu'il existe du maloAse ou des frmons au début, et, plus tard, de véritables symptômes fébriles, l écoulement est le premier indice de la maladie. Elle se caractérise en outre par un léger prurit au niveau du méat urinaire, puis par une véritable douleur, dont l'mtensite est proportionnée à celle de la maladie, douleur provoquée ou exaspérée toujours par la miction, \e, érections, Véjacnlation, et parfois alors excessive, insupportable le p us souvent bornée à l'extrémité de la verge (fosse naviculaire) , et parlois s étendant plus profondément, gagnant le périnée, où la pression l'exaspère, les testicules hsparois abdominales et les cuisses. La matière de Vécoidement, qui ne constitue quelquefois qu'un simple suintement, est ordinairement plus ou moins abondante; d abord transparente et filante (mucus), elle devient successivement louche, Wancbatr opaque (muco-pus) et, après le huitième jour, jaune purs verdatre quelquefo^ sanieuse et coLnant un peu de sang; elle a une odeur f^^e, parfo. et de et produit sur le linge des taches d'un aspect en rapport avec ses différente» colora-

*Texplora.ion des parties fournit, en outre de la matière de l'écoulement, d'aulres données utiles au diagnostic : rougeur des bords du méat, quelquefois tion (Hunter), inflammation du gland, et même abcès sur les cotes du frein dar. les cas intenses, l'urètre est dur, résistant,^ très-douloureux au toucher, donnant passage à un jet d'urine mince, parfois brisé. . , j ^ j„„

iAnductions diagnostiques. - La douleur et l'écoulement sont les deux données essentielles du diagnostic ; et elles suffiraient à la rigueur, s'il ne s agissait que d'établir l'existence de la blenuorrhagie. Mais le problème à résoudre est plus com-

^' rai dit en commençant qu'il n'existait aucun moyen de reconnaître si la blennorrbagie est ou non virulente. Cela doit s'entendre des caractères locaux e actuels de l'alïection; car si l'on recherche les commémora tifs avec soin, on peut arriver quelquefois à rattacher la maladie à une cause autre qu'un coit infectant. Je me hâte d'ajouter que ce sont les cas les plus rares; ils sont exceptionnels même, en sorte que la fréquence de la contamination doit toujours faire soupçonner une origine virulente à la blenuorrhagie, et n'admettre qu'avec la plus grande reserve a blenuorrhagie non virulente, lorsque l'existence d'un coït suspect est niee par le malade On a admis, comme causes de la blennorrhagie non virulente, le séjour d'une sond^ ou de tout autre corps étranger àm^YmUve, àe^ violences extérieures le vice rhumatismal ou arthritique, une influence catarrhule ep,Aemiaue 'le scorbut, une affection herpétique des parties génitales (Lallemand), une excUation permanente de ces organes, l'usage de liqueurs cm fermentation, telles que le cidre, le vin nouveau, la bière surtout. On a été enfin jusqu a accuser 1 embarras gastrique, la constipation, la continence, la dentition des enfants, et même celle des dents de sagesse, chez les jeunes gens, influences qm sont toutes tresproblématiques. Il est clair que les causes externes seules sont assez positives pour être de quelque utilité au diagnostic.

On ne pourrait confondre l'écoulement de l'urétrite ou ûe la blenuorrhagie qu a-

BLKiNKOlilîHAr.IE. 121

vec la balanite, dans laquelle la matière provient, non du canal de lurèlre, mais de la muqueuse du gland et du prépuce, ce dont il est facile de s'assurer. 11 ne faut pas oublier toutefois que la balanite peut compliquer les blennorrliagies d'une certaine intensité; mais alors le doute de l'existence de la blennorrhagie ne saurait exister, et il suftira de presser le canal de l'urètre, en poussant vers le méat, pour en faire sourdre la matière blennorrhagique.

Après avoir déterminé l'existence de la blennorrhagie d'après les données précédemment rappelées, il faut en établir en même temps : son degré d'intensité, son siège au niveau de la fosse naviculaire (cas le plus fréquent), ou dans une plus grande étendue de l'urètre; sa forme; ses lésions, et enfin ses complications.

Le degré d'intensité de la blennorrhagie dépend de lacuité et de l'extension plus ou moins grande de la douleur et de l'inflammation, qui s'observent à la période d'augment de la maladie, c'est-à-dire pendant les 6 à 8 premiers jours. Lorsqu'il existe une incurvation de la verge en arrière pendant les érections, qui sont trèsdouloureuses (chaudepisse cordée), c'est que l'inflammation s'est étendue à toute l'épaisseur de la verge. *

Quant aux formes de l'affection, l'on en a admis un grand nombre. Les unes basées sur l'intensité ou la prédominance de certains phénomènes symptomatiques se révèlent d'elles-mêmes. 11 en est d'autres, fondées sur les causes particulières de la blennorrhagie, causes dont l'influence douteuse n'a pu être démontrée. C'est ainsi que l'on a voulu établir des formes rhumatismale, herpétique, scorbutique. Ce.rtams auteurs ont aussi admis, avec Swédiaur, une blennorrhagie sèche; mais cette distinction n'a pas été généralement acceptée.

Il serait très-important pour le diagnostic de pouvoir établir l'existence ou l'absence dans le canal de l'urètre d'une lésion à laquelle on a fait jouer un rôle capital : je veux parler du chancre. Le plus souvent, lorsqu'il existe, le chancre est latent; et l'on ne saurait alors être plus autorisé à l'admettre comme larvé, qu'à le rejeter comme n'existant pas. Ce n'est que dans des cas exceptionnels que l'on peut conclure à l'existence d'un chancre, lorsque, par exemple. Ton constate les signes suivants mdiqués par M. Lagneau : un noyau d'engorgement senti au dehors par le dojgt au niveau du canal, un écoulement de pus strié de sang et une douleur qui est plus forte, au niveau de la lésion, au moment de l'émission de l'urine ou de l'introduction d'une bougie dans l'urètre.

Les complications de la blennorrhagie chez l'homme sont variées et nombreuses, aussi ne doivent-elles pas être perdues de vue. Il en est qui résultent de la propagation de l'inflammation dans les voies urinaires profondes vers la vessie, les uretères, les reins, ou vers les testicules (par les canaux déférents); ce sont la cystite, la py élite, la néphrite, et enfin Vorchite qui, en indurant l'épididyme, peut occasionner la STÉRILITÉ. D'autres complications, également inflammatoires, sont les bubons^ au nombre d'un ou de deux, et qui se terminent quelquefois par une suppuration difficile à tarir, Yarthrite, Yophthalmie, et, suivant Lagneau, l'inflammation des muqueuses du conduit auditif externe, des fosses nasales, du larynx et même des bronches. Toutes ces affections prennent alors la dénomination de blennorrhagiques, de la cause qui les produit. Cependant on a dénié cette qualification à certaines complications. Le docteur Brander, de Copenhague, par exemple, considère l'arthrite comme l'effet d'un rhumatisme simplement concomitant, et ne se dévelop-

122 BLENNORUHAGIE.

pant que chez les snjets qui ont été déjà affectés de cette maladie. Des complicatious plus rares sont : des accès fébriles intermittents^ assez souvent pernicieux dans d'autres affections urinaires; la gangrène de la verge, observée dans le conrs d'une fièvre typhoïde chez un sujet affecté aussi de blennorrhagie ; des abcès du périnée ; et enfin la phlébite de la veine dorsale de la verge. Dans ce dernier cas; le dos de la verge, à la fin de la première période de la blennorrhagie, présente, vers le pubis, une tuméfaction inflammatoire considérable, dure et avoisinée par des vaisseaux veineux, sinueux et résistants, qui s'étendent jusque vers le prépuce; en même temps, l'érection porte la verge érigée fortement en arrière. Celte complication singulière n'est pas grave, et, suivant M. Nélaton et Valleix, elle se termine assez rapidement par résolution, en rendant toutelois l'érection anomale pendant un temps assez long. Mais la terminaison par résolution n'est pas constante; car j'ai observé un fait de cette espèce, dans lequel l'inflammation de la veine dorsale, qui formait un cylindre volumineux et dur, se compliqua d'un abcès vers la racine de la verge, et guérit d'ailleurs assez rapidement après la ponction de la collection purulente.

Enfin je dois rappeler comme phénomènes consécutifs de la blennorrhagie, d'abord des douleurs très-vives qui peuvent survenir au niveau du canal de l'urètre, et qui ont été particulièrement signalées par M. Vidal (de Cassis). Elles ont été désignées, par quelques auteurs, sous les noms de névralgie de Vurètre ou urétralgie, et sont parfois assez rebelles. Les pertes séminales involontaires et surtout les rétrécissements du canal de l'urètre, sont rarement des conséquences de la Mennorrhagie.

L'infection syphilitique peut-elle être une conséquence, une complication de la •blennorrhagie, indépendamment de toute autre lésion vénérienne? On sait que cette question divise en deux camps les syphiliographes, et que, pour M. Ricord et les partisans de ses doctrines, les blennorrhagies avec chancre manifeste ou larvé sont les seules susceptibles d'être suivies d'infection générale. Cette manière de voir a des adversaires nombreux (V. Bulletin de VAcad. de méd., 1842 t. VU, p. 459, t. YIII, p. 605). Cette question délicate n'étant pas résohie d'une manière précise et définitive, le diagnostic n'a encore, à la rigueur, rien à conclure des raisons qui ont été fournies de part et d'autre, ni des solutions qui ont été proposées, et qui sont provisoires jusqu'à preuve complète. Les recherches de M. Ricord sur l'inoculation ont jeté une vive lumière sur la propriété infectieuse du chancre; mais si, d'un côté, l'inoculation de la matière de l'écoulement blennorrhagique démontre sa nature vénérienne, que l'on admette ou non la présence d'un chancre larvé, d'un autre côté la non-réussite de l'inoculation ne prouve pas nécessairement que la blennorrhagie ne sera pas suivie d'accidents syphilitiques secondaires ou tertiaires. C'est un point capital sur lequel on ne saurait trop insister.

3*^ Pronostic. — La blennorrhagie de l'homme est loin d'être grave, dans l'immense majorité des cas; elle ne saurait le devenir que par les complications qui peuvent survenir. Mais ce qu'il faut prévoir, pour en prévenir les malades, ce sont les recrudescences ou les récidives qui se montrent à la suite d'imprudences, et notamment d'écarts de régime ou d'abus prématuré du coït. Il faut également être très-réservé sur la question des accidents consécutifs, des malades atteints d'accidents secondaires ou tertiaires n'accusant quelquefois qu'une blennorrhagie en apparence

Page 1