CHORÉE
asphyxiques ou de réaction exagérée. Cependant la différence notée dans les symptômes est-elle toujours bien réelle? Il est difficile de l'admettre. Pendant l'été des dernières années, on a pu observer, dans les hôpitaux de Paris, quelques cas isolés de choléra, que l'on ne doit pas évidemment considérer comme épidémiques. Et cependant plusieurs en ont présenté tous les caractères, et entre autres, la cyanose et les évacuations caractéristiques. Un cas sur trois que j'ai observés à l'hôpital Beaujon, en
1857, a été suivi de mort.
On ne saurait confondre le choléra sporadique avec une simple indigestion, si ce n'est tout à fait au début — V empoisonnement par les poisons irritants pourrait être plus facilement pris pour le choléra sporadique; mais ces poisons auront produit des taches caractéristiques sur leur passage, sur les lèvres, dans la bouche, et de plus, l'apparition tardive de la diarrhée dans l'empoisonnement, signe sur lequel M. Grisolle a appelé l'attention en pareil cas, sera un très-bon caractère différentiel.
CHORÉE. — Cette névrose, confondue de nos jours avec la danse de Saint- Guy, a été l'objet de travaux modernes nombreux, depuis la publication des monographies de Bouteille et de Jos.. Bernt, en 1810. A ces travaux se rattachent, en France, les noms de MM. Blache, Rufz, Sée, Barthez et Rilliet, Gillette, Trousseau et Bouvier, qui a récemment exposé à l'Académie de médecine un savant historique de cette maladie, à propos du rapport dont fut l'objet, en 1859, le mémoire de M. Marcé sur l'état mental dans la chorée. Je donne au mot chorée le sens restreint que lui ont attribué la plupart des auteurs, renvoyant aux convulsio]ns l'étude diagnostique des affections convulsives considérées d'une manière générale. Je passerai sous silence la chorée d'Abyssinie, ou tigretier, décrite par M. Pearce, et qui n'est qu'une sorte de danse maniaque épidémique (Le Roy de Méricourt, Arch. de méd.,
1858, t. XII).
1° Éléments du diagnostic. — La chorée vulgaire se rencontre le plus souvent chez les enfants âgés de 6 à 15 ans. Elle débute ordinairement sans prodromes, ou par des prodromes insignifiants pour le diagnostic. Elle est générale ou partielle. Elle s'annonce par des mouvements involontaires irréguliers, et par cela même difficiles à décrire, qui se montrent d'abord aux doigts d'une main, à l'un des membres supérieurs, ou aux deux, puis bientôt à la face (d oii résultent des grimaces que les parents croient d'abord volontaires), puis enfin au reste du corps. Les trémoussements musculaires et les mouvements saccadés involontaires sont spontanés ou remplacent les mouvements réguliers des membres supérieurs ou inférieurs; larticulation des mots est parfois difficile, la production des sons modifiée et rappelant quelquefois l'aboiement ou d'autres cris d'animaux. La production incessante et désordonnée des mouvements est des plus bizarres, le malade se contusionne sur tous les objets à sa portée, et il se forme des excoriations sur le tronc, et au niveau des grandes articulations (Blache). Si le malade est couché, on ne peut quelquefois le maintenir dans son ht qu'avec les plus grands efforts, à moins qu'il ne sommeille. Ce qu'il y a de remarquable, en effet, c'est que les convulsions cessent pendant le sommeil. Elles augmentent au contraire lorsque l'enfant s'aperçoit qu'on l'examine. Le pouls est d'ailleurs naturel et l'intelligence habituellement intacte, à part l'impressionnabilité et l'irritabifité du caractère, et, lorsque la maladie s'est prolongée, il y a quelquefois affaiblissement intellectuel. M. Marcé prétend avoir constaté des troubles moraux ou intellectuels dans les deux tiers des
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cas, et entre autres, la diminution de la mémoire, des hallucinations et même le délire maniaque, ce qui n'est pas admis comme règle générale.
La chorée partielle est limitée à deux membres, ou bien à un seul (le plus souvent à gauche), à une région, à la foce, nu larynx (Blache), à un seul muscle même, comme j'en ai observé un exenrple (muscle sterrio-mastoïdien). La chorée présente d'ailleurs beaucoup d'autres particularités; je rappellerai les plus importantes dans ce qui va suivre.
2° Inductions diagnostiques. — Lorsque l'on a été une seule fois témoin des convulsions plus ou moins généralisées de la chorée vulgaire, la seule forme dont je me sois occupé à dessein dans ce qui précède, on ne peut plus les méconnaître. Leur irrégularité extrême, l'absence de fièvre et, presque toujours, le jeune âge des malades, donnent à la chorée générale un cachet tout particulier, qui empêche de la confondre avec les autres maladies convulsives. Le jeune âge n'est d'ailleurs pas une condition absolue de la chorée; on la rencontre par exception chez l'adulte et même chez des vieillards âgés de 60 à 80 ans, comme plusieurs auteurs, Bouteille entre autres, en ont rapporté de curieux exemples. M. H. Roger a vu une femme de 83 ans, dont il a communiqué l'observation à la Société médicale des hôpitaux (1854), être atteinte de cette maladie. — L'irrégularité des mouvements qui se remarque dans les chorées partielles, aussi bien que dans les chorées générales, suffit pour les faire reconnaître.
Les données étiologiques de la chorée, telles que sa fréquence plus grande chez les filles que chez les garçons, l'influence de la frayeur., des violentes émotions, de l'imitation (qui peut donner lieu à des espèces d'épidémies), et enfin du y^lmmatisme (Copland, Sée), ne peuvent guère servir au diagnostic. M. Duncan (d'Edimbourg) a vu la chorée se développer pendant l'anémie due à la grossesse, et disparaître avant ou immédiatement après l'accouchement (Edimh. med. Journ.., ISS-i). — La marche de la maladie est continue et progressive, et sa durée est en moyenne de 69 jours, suivant M. Sée. Or, les progrès de la maladie peuvent coniirmer le diagnostic, lorsque l'on voit les convulsions irrégulières envahir successivement les membres, la face, et enfin tout le corps. Très-rarement les accidents sont intermittents et vraiment périodiques, comme l'ont observé Bouteille et M. Rufz.
Suivant la remarque de M. Blache, l'absence de la fièvre, du coma, du délire et de la roideur tétanique, sont des signes très-propres à séparer la chorée de toute autre affection de l'axe cérébro-spinal ; et c'est à tort que l'on en a rapproché le béribéri, le branlement de tête des vieillards, quelques tics douloureux, certains tremblements nerveux dus aux excès vénériens ou alcooliques, ou à une intoxication saturnine ou mercurielle. La régularité des tremblements, dans ces derniers cas, les distingue facilement de la chorée. Cependant il existe certaines chorées partielles qui sont symptomatiques d'une lésion du cerveau ou de la moelle épinière, et qui simulent complètement la chorée essentielle. M. Jadelot pensait que la chorée partielle chronique dépendait souvent d'une affection organique de l'encéphale (Barthez et Rilliet). Des tîd)ercules cérébraux, la même lésion du cervelet (Schute), un ramollissement circonscrit de la moelle, ont donné lieu à cette forme rare de chorée, qui était limitée à l'œil dans le premier cas.
Outre la forme dite vulgaire de la chorée dont il est question précédemment.
184 CIIROMHIDROSE.
Ton a admis une forme rhythmique ou anomale qui comprend toutes les variétés de danses convulsives qui ont été observées par les anciens, et auxquelles est plus particulièrement applicable la dénomination de danse de Saint-Guy. Ces chorées rhythmiques, qui se développaient autrefois épidémiquement sous l'influence de l'imitation, sont complètement différentes de la cborée telle que nous l'observons, ainsi que M. Bouvier l'a démontré.
Les complications de la chorée, de même que certaines maladies intercurrentes, méritent une attention particulière. Les maladies incidentes peuvent n'exercer aucune influence sur la durée ou sur Fintensité de la chorée, comme M. Rufz et M. Blache l'ont remarqué, ou bien il peut arriver, suivant MM. Barthez et Rilliet, que des fièvres êrwpiives agissent sur la chorée, soit en l'exaspérant, soit en la, faisant diminuer, puis disparaître. Ils n'admettent donc pas, avec M. Sée, que toujours la fièvre exaspère la chorée. — Les convulsions générales sont venues quelquefois compliquer la chorée, et on les a vues en marquer le début (Sée); mais ce sont là des faits exceptionnels. On doit considérer aussi comme complications le spasme de la glotte et probablement aussi la contracture du diaphragme qui peuvent amener Vasphyxie, et produire rapidement la mort.
30 Pronostic. — On ne peut pas dire que la chorée soit toujours une affection légère, même lorsqu'elle est simple. Les cas graves, dans lesquels on doit redouter la mort, sont d'abord ceux où l'excitation nerveuse et les convulsions choréiques ont une grande inlensité, et dans lesquelles on a vu survenir le spasme de la glotte ou la contracture du diaphragme. Weir et Aitken ont publié un fait de chorée mortelle survenue immédiatement après un rhumatisme articulaire (The Glasgoiv med. Journ., 1855). Plusieurs observateurs ont constaté des tubercules dans le cerveau après la mort, et M. Malherbe (de Nantes) a trouvé une fois un ramollissement de la substance corticale du cerveau et du cervelet (Journ. de méd. de la Loire- Inférieure, 1858). Enfin M. Trousseau a vu survenir la mort chez des malades consumés par une fièvre due à l'inflammation des plaies nombreuses qui résultaient des frottements continuels des parties saillantes du corps pendant les mouvements désordonnés qu'elles subissent (Union méd., 1859). La chorée se termine le plus ordinairement par la guérison, surtout lorsqu'elle est aiguë; mais les récidives sont assez fréquentes. Les chorées chroniques qui reviennent à de courts intervalles, ou qui sont continues, peuvent se perpétuer pendant des années.
GHROMHIDROSE. — On a donné ce nom, ainsi que celui de cyanopathie cutanée., à une coloration partielle en noir ou en bleu de la peau, et spécialement des paupières, chez les femmes, qui a été observée par Yonge (1709), Billard (d'Angers), parle docteur Moore Neligan (Dublin Quarterly Journ., t. XIX), et décrite en France par M. Le Roy de Méricourt (Arch. de méd., i 857, t. X).
Le plus souvent il existe, au niveau des paupières, plus rarement dans les parties voisines de la face ou dans un espace plus étendu, une coloration comme enfumée, noirâtre ou bleuâtre, due à une excrétion de matière pigmenlaire. Celle-ci s'attache aux linges imbibés d'huile que l'on passe sur les parties qui sont le siège de cette exsudation anomale. Cette Ipsion singulière a été observée chez des jeunes femmes qui, huit fois sur neuf, présentaient une aménorrhée ou une dysménorrhée. Presque tous les cas observés en France l'ont été dans des villes situées au bord de la mer, et principalement à Brest.