‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 5 sur 245 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

Or, il est une seule forme d'ouvrage dont le cadre se prête admirablement à ces recherches en apparence si difficiles : c'est la forme de dictionnaire. Là, chaque symptôme, chaque organe, chaque maladie, chaque moyen d'exploration utile, ont leur article facile à trouver immédiatement. Il en résulte que le lecteur est naturellement conduit de l'un à l'autre, jusqu'à ce qu'en définitive il arrive, non pas simplement à dénommer la maladie, mais à l'étudier dans toutes ses particularités diagnostiques.

C'est un dictionnaire de ce genre que je pubUe.

Il est surprenant que cette manière d'envisager le diagnostic n'ait pas encore été mise à profit à notre époque, où les progrès du diagnostic, favorisés par les études anatomo-pathol ogiques, ont été si grands.

Les anciens, qui avaient l'esprit essentiellement pratique, mais qui, à défaut des ressources modernes d'investigation, se laissaient entraîner à la dérive de leurs hypothèses doctrinales, dans le diagnostic comme dans la thérapeutique, avaient déjà songé à cette forme d'ouvrage. Je dois, en effet, à l'obhgeance si éclairée de mes éditeurs la connaissance de deux Dictionnaires de diagnostic et de pronostic pubhés au dernier siècle K Mais ce sont des œuvres informes et vides pour l'époque où nous vivons, ne contenant d'ailleurs qu'un très-petit nombre d'articles, et où les questions de doctrine annihilent complètement les résultats de Tobservation clinique. Je n'ai par conséquent pu en tirer aucun parti.

Cet ouvrage, tel que je l'ai conçu, exigeait un très-grand travail, car il s'agissait de condenser en un seul volume des matériaux considérables. Aussi ai-je à réclamer l'indulgence pour mon style, qui est souvent d'une concision indispensable.

* Michel du Tennctar fit imprimer en 1770, à Paris, un volume in-12 intitulé : Diclion noire des pronostics, ou Tart de prévoir les bons ou mauvais événements dans les maladies. En 1777 parurent à Bouillon les Éléments de semèioiiqiie ; dictionnaire des Symptômes, production du même auteur, et qui ne porte également que les lettres initiales M. D. T. Enfin plusieurs bibliographes attribuent, et je serais tenté d^attribuer au professeur du Tennetar le Dictionnaire du Diagnostic puljlié en 1771 sous le nom du docteur llchan. {Dictionnaire des Sciences médicales. Paris, 18U, art. Dictionnaire, par Chaumeton.)

AVANT-PHOPOS.

En exposant cette sorte de bilan de la médecine pratique, j'ai fait bon marché des théories qui ne sont pas rigoureusement déduites des faits bien observés. J'ai utilisé les travaux et l'expérience des auteurs qui m'ont précédé, en joignant à leur expérience celle que je puis avoir acquise après plus de vingt années de pratique. Dans la critique toujours réservée que j'ai dû faire quelquelois des travaux que j'ai eus à citer, je me suis réservé une liberté complète d'appréciation, même à l'égard de njcs amis. Cette ft^anchise, que favorise l'indépendance de ma position, sera, je l'espère, favorablement accueillie.

J'ai dû d'ailleurs faire un choix parmi ces matériaux, donnés tous comme déduits de l'observation, base fondamentale de la science médicale. Ces matériaux ont, en effet, une valeur très-diverse, depuis le fait évident admis par tous sans conteste jusqu'à l'hypothèse la plus hasardée. Dans cet immense agrégat de notions, de règles générales, de lois scientifiques, j'ai fait mes efforts pour séparer l'ivraie du bon grain; mais tel est l'état de nos connaissances que, sur bien des sujets, il est encore impossible d'avoir des notions suffisamment précises.

Les travaux basés sur la méthode numérique, je dois me hâter de le dire, sont ceux qui m'ont fourni les données les plus précises, parce qu elles sont le plus sérieusement établies, la preuve se trouvant à côté de l'assertion.

Cette valeur supérieure des déductions scientifiques résultant de l'emploi de cette méthode d'investigation est un fait notoire pour tous ceux qui examinent de près les fondements de la science. Et cette valeur est plus éclatante encore si on la compare à celle des assertions basées sur le souvenir.

Il a fallu une grande préoccupation d'esprit pour dire que l'élève abordant i'hôpital n'avait qu'à choisir entre deux moyens d'études chniques : entre la méthode numérique ou la méthode dlnduction.

La méthode numérique, en effet, n'est employée que pour l'édification de la science; et elle n'est une méthode ou un moyen d'étude que pour l'observateur, expérimenté déjà, qui prétend à en élargir le cadre ou qui veut

^jj AVANT-PROPOS.

contrôler les assertions émises. L'élève n'a qu'à profiter des résultats ainsi obtenus, et simplement à les utiliser en les appliquant aux faits qu'il a sous les yeux.

L'induction n'est pas une méthode. Elle est une opération spontanée de l'intelligence, qui est de tous les instants, comme la pensée et le jugement. Aussi, émettre cette opinion paradoxale que les partisans de h méthode numérique se bornent à constater et à réunir des chiffres, s'interdisant toute induction, c'est au moins une grossière erreur. Depuis f longtemps déjà, on a comparé les partisans de la méthode numérique des manœuvres de la science, et leurs gfâversaires se sont attribué à eu? seuls le rôle d'architecte. Cet ingénieux rapprochement ne saurait être considéré comme sérieux, et sa réfutation me paraît inutile. La grande importance des résultats obtenus par la méthode est, en effet, la meilleure des réfutations.

Ainsi l'élève au lit du malade fera de l'induction indépendamment de toute règle, de toute méthode, en apphquant les données scientifiques formulées par la méthode numérique ou autrement. Donc, il ne devra aborder les malades que muni d'une assez grande partie de ces connaissances, comme je l'ai dit plus haut. L'engager à se hvrer à l'observation avant d'avoir acquis des connaissances théoriques, lui conseiller de s'abandonner sans frein aux écarts de son imagination, c'est préconiser une manière d'agir qui serait véritablement le fléau de son intelUgence. C'est en s'engageant dès l'abord dans cette voie que, «lorsque l'âge a blanchi les cheveux et mûri l'expérience, » on s'expose à avoir plus de fautes et de mécomptes à regretter.

Paris, 1^' octobre 1861.

P. S. Les mots imprimés en petites capitales, dans le courant de cet ouvrage, rappellent les articles complémentaires que l'on peut consulter.

DE

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