II. Coryza chronique
Le coryza cbronique, qui est apyrétique et de longue durée, s'accompagne souvent, même lorsqu'il est léger, d'une altération de la voix : elle n'est pas pure et se fatigue très-facilement (J. J. Cazenave). Lorsqu'il est simple et que la sécrétion nasale est très-abondante, on a fait la remarque qu'il peut produire de l'amaigrissement, qu'on serait tenté d'attribuer à une cause organique grave.
Le point capital du diagnostic est de déterminer la cause du coryza chronique lorsqu'il est symptomatique, ce qui arrive le plus souvent. Si l'excrétion nasale est d'une fétidité repoussante, il sera facile de la rattacher à Youme ou punaisie. Dans
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les autres cas, on devra songer à un impétigo des narines, à un polype, à des abcès ou des tumeurs sanguines de la cloison nasale, à la morve chronique, à un cancer commençant, ou enfin à la syphilis.
Je ne fais que mentionner ces diverses affections, que l'examen des cavités .nasales, joint aux phénomènes concomitants, permettra de reconnaître facilement.
Cependant le coryza syphilitique des enûmts mérite une mention toute particulière, quoique considéré par quelques auteurs comme ne présentant pas de signes spéciaux. MM. Trousseau et Lasègue {Arch. de méd., 4847, t. XY) ont fait remarquer qu'il était souvent le seul et le premier signe annonçant la syphilis chez l'enfant, et qu^il présentait des caractères particuliers sinon au début, du moins au bout de quelques jours; le liquide devient sanieux, sanguinolent, et, suivant M. Diday (Traité de la syphilis des nouveau-nés, 1854), il se forme incessamment des croûtes qui obstruent les fosses nasales. Dans sa marche lentement croissante, ce coryza a moins de tendance à gagner les parties extérieures (oij l'on peut pourtant voir, au voisinage des narines, des fissures, des pustules, des ulcérations) qu'à pénétrer profondément vers le pharynx , le voile du palais et même le htrynx, où des ulcérations .peuvent se former. Les os s'altèrent à leur tour, ils peuvent être expulsés par fragments, et il en résulte : soit l'aplatissement du nez, soit la perforation de la cloison nasale' que Ton peut constater par l'inspection (Diday). Le diagnostic peut d'ailleurs être facilité par là coïncidence d'autres accidents syphilitiques.
CÔTES. — Les cotes peuvent être partiellement repoussées au dehors par des tumeurs intra-thoraciques, et principalement par des anévrysmes do l'aorte. C^esl ordinairement au niveau de la deuxième côte, et parfois aussi au niveau des côtes voisines, que leur soulèvement s'effectue, mais il faut noter que le cartilage des deuxièmes côtes, et parfois celui de droite en particulier, sont quelquefois sensiblement saillants chez des sujets parfaitement sains, comme je l'ai démontré (bisp. et mens, de la poitr., 1858). V. Intercostales (régions), et Inspection de la poitrine.
COU. — La multiphcilé des organes dont le cou se compose rendrait fort compliqué l'exposé des signes qui peuvent s'y rencontrer. Mais il est facile d'en constater la localisation dans chaque organe de cette région, dont il est spécialement question dans le cours de cet ouvrage. Il n'y a qu'un petit nombre de signes qu'il est quelquefois difficile d y locahser anatomiquement au premier abord, comme l'énorme tuméfaction du cou qui accompagne des diphthéries très-graves et qui ne tient pas seulement au gonflement des ganglions cervicaux, certains abcès profonds qui viennent se montrer dans cette région, et enfin les signes qui siègent au niveau de la colonne vertébrale cervicale ou dans les muscles qui s'y insèrent, dans les affections diverses comprises sous le nom de torticolis.
COUENNE. — V. Sang.
COURBATURE. — Un sentiment de fatigue excessive, d'abattement, et de brisement au niveau des muscles, caractérise la courbature. C'est un état passager qui survient chez l'homme bien portant à la suite d'un exercice ou d'un travail forcés, et qui se montre aussi comme phénomène pathologique au début et dans le cours d^ine foule de maladies. Dans ce ilernier cas, la courbature n a une certaine valeur diagnostique qu'au début des maladies aiguës, lorsqu'elle se joint à un état de malaise général, à de l'anorexie, à des frissons erratiques, etc., en un mot aux signes d'un état fébrile plus ou moins bien accusé; mais elle se montre aussi bien
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dans des maladies légères que dans des maladies graves. On a donné aussi le nom de courbature à la fièvre éphémère (F. ce dernier mot).
COXALGIE. ~ Cette affeclion, quoique chirurgicale, doit être rappelée ici comme l'une des manifestations de la scrofule De plus, il peut arriver que, dans la CONTRACTURE idiopathiquc des extrémités (Rilliet et Barthez) et dans f hystérie, il survienne dans l'un des membres inférieurs un état douloureux qui simule parfaifement la coxalgie. M. Robert a cité un fait d'hyslérie de cette espèce (Viiion méd., 1858). La malade, étant dans le décubitus sur le dos, avait son membre inférieur fortement étendu et son pied tourné dans la rotation en dedans; elle ne pouvait faire le moindre mouvement, et poussait des cris perçants dèi qu'on voulait mouvoir le membre. La possibilité de tous les mouvements de flexion, d'extension, etc., pendant lanesthésie par le chloroforme, que MM. Barthez et Rilliet avaient déjà conseillée comme moyen diagnostique de la coxalgie simulée, démontra la na(ure simplement nerveuse de l'affection.
CRACHATS. — On doit comprendre cette expression dans son sens le plus étendu, et l'appliquer aux matières plus ou moins liquides ou tenant des corps sohdes en suspension, et qui sont rendues par la bouche par expectoration, par exscréation ou par simple expuition. On sait que V expectoration est caractérisée par l'expulsion hors de la glotte des matières ordinairement liquides, au moyen d expirations brusques qui accompagnent habituellement la toux. V exscréation consiste à chasser les matières contenues dans le pharynx au moyen d'une expiration rendue , bruyante par le rétrécissement de cette cavité dû au refoulement de la base de la langue en arrière, pendant l'occlusion des fosses nasales par le voile du palais. Enfin V expuition est l'expulsion sans bruit des matières contenues dans la cavité buccale ; elle est suivie habituellement du crachement. Ces trois modes d'expidsion des crachats, expectoration, exscréation, expuition, qui se combinent souvent, dépendent du siège que les matières occupent dans les voies aériennes sous-épiglottiques, dans le pharynx ou dans la bouche. Je ne prendrai pas pour point de départ, comme dans un livre théorique, la division des crachats provenant i° des voies aériennes profondes, 2« des fosses nasales d'oii ils tombent dans le pharynx, 5« du pharynx luimême, ¥ de la bouche. Le fait diagnostique le plus général, en effet, est la matière rendue, et la détermination du siège ou de la provenance anatomique, d'après ses caractères, est précisément un des points les plus importants à établir au lit du malade, ce que l'on suppose déjà fait en adoptant la division qui précède.
1« Caractères. — Les crachats diffèrent par leur volume, leur couleur, leur consistance, leur odeur, leur saveur et leur composition; mais tous ces caractères n'ont pas une égale importance.
Le volume des crachats est très-variable, et, à cet égard, ils ne présentent rien de particulier à signaler, soit qu'on les considère isolément, soit qu'on les examine réunis. Dans ce dernier cas, le plus favorable à l'exploration, leur ensemble recueilli dans un vase peut donner une idée, sinon du volume, du moins de la quantité de matières crachées dans un temps donné, ce qui est plus utile à connaître. — Leur couleur est tantôt nulle, le liquide étant aqueux et transparent, et tantôt orisâtre, opahne, ou opaque et blanchâtre, jaunâtre, jaune-verdâtre ou plus ou moins jaune V]f, jaune-rougeâtre, rose ou rouge plus ou moins foncé jusqu'à la couleur du stmg pur, rutilant ou noirâtre; parfois ils sont sanieux ou couleur chocolat. La couleur
est tantôt liomogène et tantôt multiple au niveau d'nn même crachat. — Leur consistance esi un"" de leurs principaux caractères; elle est également très-différente suivant les circonstances, depuis le liquide aqueux et plus ou moins limpide jusqu'à la matière presque solide ou même complètement solide ; la viscosité des cracliats est un état intermédiaire qui a une valeur diagnostique incontestable lorsqu'il s'y joint d'autres signes, comme je le rappellerai plus loin. — Vodeiir des crachats est tantôt nulle, tantôt fade et douceâtre, d'autres fois nauséabonde, et parfois pénétrante, gangréneuse, ou ressemblant à celle des matières fécales. — Quelquefois ils ont une saveur légèrement sucrée, salée, etc., mais ces sensations exprimées par les malades n'ont le plus souvent aucune valeur pratique; il n'en est pas de même, comme on le verra plus loin, des matières liquides franchement acides, acres ou amères et qui sont rendues par exscréation.
La coîïiposition des crachats présente surtout des particularités intéressantes pour le diagnostic. Le mucus, le pus, la sérosité ou le liquide salivaire sont, avec le sang, les éléments les plus ordinaires des crachats. Quelquefois ils contiennent de la bile, des matières charbonneuses, des fausses membranes, des hydatides, des détritus organiques, de la matière tuberculeuse, des cryptogames microscopiques, des concrétions calculeuses, des débris gangréneux, parfois même des matières alimentaires, et enfin, lorsqu'il existe une communication accidentelle du poumon avec l'extérieur, des substances introduites dans la poitrine par injection (l'iode, par exemple).
Le mucus, qui constitue souvent à lui seul les crachats et qui est fourni par les muqueuses, ou plutôt par les glandes qui leur sont annexées, est transparent ou demitransparent grisâtre, et d'une consistance variable, visqueuse, gluante, ou plus ou moins dense, viscosité qu'il doit à la mucosine; le mucus montre au microscope, non pas des globules, comme on l'a dit, mais des cellules d'épithélium pavimenteux ou cylindrique, des gouttes d'huile, des granulations moléculaires, des vibrions ou autres infusoires lorsqu'il n'est pas renouvelé (Ch. Robin). On a considéré comme simplement muqueux les crachats jaunes ou jaune-verdâtres plus ou moins opaques qui ont de la ressemblance avec le pus, et qui doivent réellement cet aspect au pus lorsqu'ils en contiennent les globules.
Le pus est presque toujours plus ou moins mélangé au mucus dans les crachats d'aspect puriforme (muco-pus), et c'est le mucus qui leur donne leur viscosité et les fait flotter à la surface de l'eau. Lorsque les crachats sont entièrement purulents, ce qui est rare, ils sont fluides, en une masse homogène miscible à l'eau, qu'ils troublent et dont ils gagnent le fond ; ils forment avec l'ammoniaque une espèce de gelée transparente incolore d'une grande ténacité (Thompson), et ds offrent au microscope des globules de pus proprement dits et des globules pyoïdes qm distinguent le pus du mucus.
La sérosité, dont la quantité varie dans les crachats, se sépare de leurs parties plus compactes lorsqu'ils sont réunis dans un vase, et l'on a tiré de la présence de ces parties plus compactes à la surface ou dans le fond du liquide des inductions sur leur nature. Quoique fondée dans un cerlain nombre de cas, dans ceux où les crachats contiennent de la matière tuberculeuse, par exemple, cette appréciation n'est pas rigoureusement exacte, car un crachat épais de même nature peut êire tantôt plus léger et tantôt plus pesant que la sérosité, suivant la plus on moins grande quantité de mucus ou d'air qui lui est incorporée.
La présence du sang donne aux matières crachées plusieurs aspects différents, lorsqu'il n'est pas immédiatement reconnaissable par son isolement en stries en caillot, ou en masse constituant seule les crachats. Incorporé à ces derniers en plus -ou moins grande quantité, le sang leur donne une teinte rosée à peine sensible ou plus ou moins foncée s'ils sont opaques, ou bien une couleur jaune clair, orange safran, s'ils sont visqueux et demi-transparents ; parfois ils pr ésentent un aspect brunâtre. On ne saurait trop recommander de ne pas confondre avec du san"- les matières colorées provenant des médicaments que l'on donne aux malades (le kermès, l'extrait de ratanhia, par exemple), et qui, en s'attachant aux parois du pharynx, en sont expulsés ensuite. Le microscope, en montrant dans les crachats des globules sanguins, est d'ailleurs un excellent moyen de reconnaître la présence du sang dans les cas douteux.
Parmi les autres éléments que les crachats peuvent présenter, les uns se reconnaissent à première vue, soit parce que leur aspect est caractéristique, soit parce que l'on a constaté déjà la présence de ces éléments dans la bouche ou le pharynx; les fausses membranes, certaines altérations organiques, des matières ahmentaires, elc, sont dans ce cas. D'autres demandent un examen plus approfondi, et, dans les cas douteux sur la nature des matières rendues, les réactifs chimiques et l'examen microscopique seront d'un grand secours. Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler la bile qui, à première vue, par la coloration jaune qu'elle donne aux crachats, flu't croire quelquefois à la présence du sang, ou encore la sérosité des kystes hydatiques, les détritus véritablement gangréneux et difficiles à distinguer à première vue des fausses membranes colorées par du sang. On a cru d'abord que la matière tuberculeuse était reconnaissable à des caractères propres, mais on a été forcé de renoncer à cette idée. M. Bennett (1842) et M. Rcmak (1845) ont bien constaté des cryptogames microscopiques dans les crachats des phthisiques, mais ils ne sont p.ts constants (F. Parasites végétaux).
2" Conditions pathologiques et signification. — En envisageant aussi largement que je viens de le faire les excrétions qui m'occupent, il faudrait rappeler ici comme conditions pathologiques qui leur donnent naissance toutes les maladies qui s accompagnent de sécrétions anomales, d'exsudats morbides, ou de lésions plus ou moins profondes des tissus, et qui siègent non-seulement dans la bouche et les glandes sahvaires qui y aboutissent, au niveau du pharynx, des cavités nasales, des cavités et des conduits aériens, mais encore dans l'œsophage ou même dans les parties plus profondes du tube digestif, ou dans d'autres organes plus ou moins éloignés. Dans ces derniers cas, il s'établit, à un moment donné, une communication morbide accidentelle avec les cavités aériennes ou la partie supérieure du tube digestif, et il s'y déverse des matières qui viennent se montrer au dehors. Voyons comment l'on peut arriver au diagnostic de ces affections nombreuses en prenant les crachats pour point de départ.
Je dois d'abord foire observer que, dans une foule de circonstances, la valeur séméiologique des crachats devient trop secondaire pour attirer l'attention d'une manière spéciale : c'est lorsqu'ils constituent un élément de diagnostic relativement peu important en présence des autres signes d une maladie d'aiQeurs très-évidente, que la lésion soit immédiatement visible comme dans les affections de la bouche et certaines affections du pharynx, ou que cette lésion .soit plus profonde.
Mais en dehors de ces faits, il en est d'assez nombreux dans lesquels les crachais sont d'abord les '^euls signes qui peuvent conduire au diagnostic, ou bien ds soulèvent par leur apparition dans le cours d'une maladie un nouveau problème à résoudre, soit Qu'ils annoncent une complication particulière, soit qu'ils sulfisent pour faire revenir sur le diagnostic déjà porté, ou au contraire pour le justifier complètement. Dan, ces différentes circonstances, l'étude des crachats est d'une utilité incontestable. Or avant de chercher à déterminer la condition pathologique de leur apparition, le praticien doit se demander de quel organe ils émanent, déterminer en un mot leur siège anatomique primitif, puis faire de cette détermination la base de ses inductions diagnostiques. - , • • m •
La nature même du crachat suffit assez souvent pour révéler son origine. Mais, d'autres fois le problème à résoudre présente des difficultés, et il faut en chercher la solution d'ans les antécédents et dans l'état actuel du malade; les conditions accessoires qui se rattachent à l'expulsion des crachats sont aussi des éléments tres-importants de diagnostic et qu'il ne faut pas négliger. J'ai déjà traité au mot Hémorrhagies de la provenance anatomique du sang expulsé par la bouche, je ne m occuperai donc pas ici des crachats véritablement sanguins.
La bouche est le point de départ des crachats lorsqu'il y existe une lésion en rapport avec les caractères offerts par les matières expulsées, et lorsque ces crachats, plus ou moins abondants, sont rendus par simple expuition, sans toux m vomiiurition ou effort de vomissement préalable. En l'absence de toute lésion buccale il peut V avoir expuition d'une salive plus ou moins abondante provenant des glandes saÛvaires, que ces glandes soient ou non elles-mêmes le siège d une le-
sion appréciable. " . i ' ^ i -t^v
Les crachats qui proviennent des fosses nasales et qui sont expulses a la suite d'un renillement, le malade ayant la sensation de leur passage des cavités nasales dans le pharynx, ont par cela même un siège facile à déterminer. 1 n en est plus de même si les"mueosités séeoulent lentement dans le pharynx. C'est surtout quand J s'agit de crachats sanguinolents qu'il est important de rechercher si le sang provient ou non des fosses nasales.
On est embarrassé quelquefois pour savoir si des mucosités plus ou moins filanles et rendues par expuition proviennent ou non des voies dtgesUves profondes. Ma s .1 10 peut y .L de doutes sur cette provenance si les mucosités sont assez abondantes, SI c les clntiennent des parcelles alimentaires on de la bile, et s. le J Pfaitemenl les li.luides arriver dans le pharynx immédiatement après nn effo.t de vomiturition ou de vomissement. s i„„, véritable
Les crachats des voies respiratoires sont aiseuient rapportes a leui ^entable source, car ils ne peuvent être lancés dons le pharynx ou dans la cavité ueca e qn parla toux ou par une expiration ordinairement forte et brusque, e e «"''»de » i fa tcmeut conscience de leur expulsion. Souvent d'ailleurs l'aspect des crachats !uxl'nies les sjmplôuies fonctionnels et les signes physiques ue permettent p s le douter de cet e rigine. Cependant il est une qnesdon dont la solution imporle an on au diagnostic e^t qu'il n''est pas toujours facile de décider c'est ce le de pr ei^er la partie des voies respiratoires où se lait lexsudation. Le malade ignale que qnefois un point particulier de la poitrine d'où il sent, dit-il, se détacher l^f^^^^^' mais c'est là un élémen.1 douteux de diagnostic. Les signes physiques, le s,e„e des
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râles perçus par rauscultatioii surloiit, sont, avec les autres pliéiiomènes de la maladie, les meilleurs guides pour cette détermination.
S'il est ordinairement facile de reconnaître que les crachats proviennent réellement des cavités buccale, nasale ou aérienne, il ne l'est pas toujours de décider qu'ils sont formés dans le pharynx. Cette cavité est, en effet, l'aboutissant commun des fosses nasales, du tube digestif et des voies aériennes sous-épiglolticpies. De plus la présence seule des mucosités dans le pharynx suffit quelquefois pour provoquer de la toux ou des efforts de vomissement, et l'on pourrait croire alors que ces mucosités proviennent du larynx ou de l'œsophage. Cependant, lorsqu'il n'existe aucun signe de lésions dans les voies digestives ou respiratoires, les signes locaux qui existent du côté du pharynx, et l'exscréation qui en expulse les matières sécrétées démontreront que ces matières en proviennent. Il n'y a aucun doute à cet égard lorsque l'exscréation chasse des petites masses concrètes, de la grosseur d'un petit pois, de couleur grisâtre, de la consistance du suif, d'une odeur repoussante lorsqu'on les écrase, et qui sont fournies par les lacunes des amygdales.
Enfin il peut arriver que les crachats proviennent d'organes plus ou moins éloignés de ceux dont il vient d'être question, par suite d'une communication moîMde avec les cavités aériennes; mais il est rare que. cette communication ne soit p;Ks brusque et que les matières rendues ne soient pas en grande abondance, ce qui donne un cachet particuher à ces accidents (V. Perforations, Ruptures). Dans les cas exceptionnels où le conduit de communication ne laisse passer qu'une petite quantité de liquide, la nature de ce hquide et ses éléments histologiques, rapprochés des symptômes ou signes qui peuvent exister déjà au niveau d'un organe, suffisent ordinairement pour en faire déterminer l'origine. C'est ce qui arrive pour des collections purulentes, pour des kystes.
Le siège de production des crachats étant établi, on est sur la voie du diagnostic de la maladie principale ou secondaire qui en est l'origine, et je n'aurais qu'à renvoyer aux mots Pharynx, Fosses nasales. Respiratoires (organes) pour faire coiii;pléter le diagnostic, si les crachats expectorés n'étaient, dans certains cas de dia • gnostic difficile, les seuls signes sur lesquels on puisse se baser pour se prononcer, ou bien si, dans une affection connue, ils n'indiquaient une de ses périodes en particulier. Je dois donc entrer dans quelques détails à ce sujet, pour compléter ce qui précède.
Parmi les crachats rendus par expectoration, ceux qui sont muqueux se rencontrent principalement dans la bronchite aiguë ou chronique, mais ils peuvent se montrer aussi dans le cours de certaines pneumonies, de la phthisie pulmonaire encore peu avancée, et dans plusieurs autres affections : toutes les fois, en un mot, qu'il y a sécrétion exagérée de la muqueuse bronchique, soit par inflammation, soit par simple excrétion non inflammatoire, ce que les crachats seuls ne permettent pas toujours de reconnaître. Si l'on excepte la bronchite, dans laquelle les crachats ont une importance particulière, et la simple bronchorrée dans laquelle la sécrétion bronchique de mucus transparent est le seul symptôme, il y a ordinairement d'autres éléments de diagnostic qui rendent les matières expectorées peu iniportantes.
Les crachats de la bronchite aiguë sont d'abord transparents et plus ou moins aérés; réunis en musse, ils forment un liquide plus ou moins visqueux, filant, et
d'autant plus spumeux à sa surface que les mucosités ont été plus longtemps agitées avec l'air dans les voies aériennes. Plus tard, les crachats deviennent plus opaques, jaunâtres ou jaune-verdàtres, puis leur viscosité augmente en même temps qu'ils diminuent de quantité. C'est à cette seconde période de la bronchite aiguë, ou comme élément habituel de la bronchite ou du catarrhe chroniques, que les crachats muqueux avec ou sans pus, peuvent être pris pour ceux de la phthisie; et c'est surtout dans les cas où la bronchite chronique est liée à une dilatation des bronches que cette confusion est facile.
Dans la phthisie pulmonaire, les matières expectorées n'ont par elles-mêmes de valeur séméiologique que lorsqu'elles contiennent des fragments de substance tuberculeuse ou lorsque, vers la fm de la maladie arrivée à son dernier terme, elles deviennent puriformes et forment une masse homogène d'un gris jaunâtre pâle et comme violeté. H faut, dans le premier cas, se garder de considérer comme des détritus tuberculeux tontes les stries opaques que présentent les crachats, car, dans la simple bronchite chronique, on peut en rencontrer d'un aspect semblable. Malheureusement le microscope ne peut, comme on l'a cru d'aboi d, lever les doutes à cet égard, les tubercules n'ayant pas, comme l'avaient pensé quelques micrographes, de caractère propre. M. Louis attache avec raison beaucoup d'importance aux crachats striés lorsque l'on constate en même temps les signes d'une caverne tuberculeuse. Il signale aussi l'importance diagnostique de la forme arrondie, pelotonnée des ci achats opaques des phlhisiques, même comme premier indice de l'affection tuberculeuse, tout en reconnaissant qu'il y a des exceptions. Le même observateur fait remarquer aussi qu'à un moment donné de la seconde période de la phthisie, il peut y avoir expectoration d'une énorme quantité de crachats comme puriformes, provenant probablement des cavernes existantes et des bronches, sans que l'on puisse l'attribuer à une masse de tubercules ramollis ou bien à une vomique ouverte dans les bronches (liech. sur laphth., 1845). Très-rarement on trouve dans les crachats des phthisiques des débris du poumon, et surtout des calculs (F. ce mot).
Lorsque, dans la dilatation des bronches, l'expectoration ne se fait pas franchement par crises caractéristiques survenant principalement une ou deux fois par jour et remarquables par l'abondance des matières expectorées, celles-ci présentent dos caractères qui peuvent être confondus avee ceux des crachats de la bronchite chronique simple ou des crachats des tuberculeux. M. Barth, qui a étudié la dilatation des bronches avec tant de soin, n'a trouvé comme caractères distinctifs que ceux qui sont classiques en quelque sorte, et qui, n'étant pas constants, ne peuvent par conséquent s'utiliser dans tous les cas. Il en est de même de ce fait qu'il signale, à savoir que, « dans la phthisie, les crachats souvent isolés, souvent pelotonnés, plongent habituellement sous l'eau, ou laissent détacher, par l'agitation au milieu du liquide, des grumeaux épais qui se précipitent rapidement au fond du vase; tandis que, dans les dilatations des bronches, les crachats, ordinairement fondus les uns dans les autres, forment une masse de muco-pus qui, mise dans l'eau, surnage en nappe ou s'y enfonce seulement en partie sous forme d'un nuage demi-opaque, et ne laisse détacher que des parcelles, des filaments qui gagnent très-lentement le fond de l'eau. )) (Mém. de la Soc. d'obs., t. lll.)
Si les crachats sanguinolents briquetés se rencontrent dans la pneumonie aussi bien que dans la bronchite aiguë, dans l'apoplexie pulmonaire, et dans des cas