‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 80 sur 245 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

ment des glandes sous-maxillaires (suivant Chomel) pour l'érysipèle de la face. Par réciprocité, ces prodromes empruntent à l'éruption vmc grande partie de leur signification.

Cette éruptiou, lorsqu'elle est encore incomplète ou qu'elle se développe irrégulièrement et n'a plus dès lors l'aspect spécial qui lui est propre, est elle-même un sujet de difficultés et d'incertitude. Telles sout : l'éruption delà variole à la période papuleuse; celles de la rougeole et de la scarlatine, qui peuvent être prises l'une pour l'autre ; et même l'érysipèle de la face, qui est quelquefois simulé par certaines maladies infectieuses. MM. Bartliez et Rilliet signalent la rougeur résultant de l'injection de la peau dans la pneumonie des enfants comme pouvant simuler une fièvre éruptive. — La desquamation qui termine les éruptions a aussi sa valeur, soit par son siège, soit par ses caractères propres à chaque fièvre éruptive.

La forme de la maladie est un élément important de diagnostic dont il faut tenir compte. On doit, en effet, en présence d'une fièvre éruptive bien constatée, décider si elle est :

1° Régulière, ou irrêçfulière (anomale) ;

2° Bénigne, ou grave (maligne) ;

3° Simple, ou compliquée.

En se posant ces questions, on ne peut négliger de constater : si la maladie est à la fois régulière, bénigne, simple, ou bien s'il existe des anomalies dans la durée de l'incubation, dans le mode d'invasion, dans les caractères ou la durée de l'éruption ou de la desquamation ; si les symptômes en particulier ou dans leur ensemble ont un caractère de gravité inquiétant, qui a fait admettre par les anciens une forme maligne dont la nature n'est pas mieux connue aujourd'hui qu'autrefois; si, enfin, il existe des complications. Ces complications apparaissent et se développent à toutes les périodes : au moment de l'invasion, comme le délire et les convulsions chez les enfants; au moment de l'éruption, comme les hémorrhagies. D'autres peuvent n'être reconnues que dans le cours de la maladie éruptive (pneumonie, bronchopneumonie), ou pendant la période de desquamation et plus tard même, comme la maladie de Brigth qui succède à la scarlatine, et dont la cause est si importante à déterminer pour le pronostic. On y parvient en recherchant les traces de la desquamation et en constatant avec soin les antécédents.

Le pronostic dépend de la nature même de la maladie, de sa forme particulière, de son degré et des complications. {V. Érysipèle de la face, Rougeole, Scarlatine, Urticaire, Variole uses (affections).

ÉRYSIPÈLE. — Les inflammations de la peau auxquelles on a donné ce nom générique sont décrites dans tous les traités de pathologie chirurgicale; mais dans beaucoup de circonstances l'érysipèle, simple, phlegmoneux ou gangréneux, est constaté par le médecin comme complication des maladies internes.

Chez les nouveau-nés j l'érysipèle du tronc accompagne le plus souvent Tinflammation de l'ombilic ou la plilébite ombilicale (Trousseau, Thore) ; mais il ne faudrait pas considérer, avec certains observateurs, la coloration de la peau qui accompagne le sclérème comme un signe d'érysipèle du premier âge. La rougeur diffuse et généralisée du sclérème se distingue facilement de la rougeur circonscrite de Térysipèle (Ilervieux, Soc. des Hôpit., 1855.) — Chc?. Vadulte, des érysipèles se développent dans différentes parties du corps dans le cours d'un grand nombre

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de maladies, tantôt au voisinage d'une lésion qui en est la cause déterminante, plaie quelconque, escliare, phlegmatia alba dolens, œdème des maladies du cœur, etc., et tantôt au niveau d'une parlie saine eu apparence. Dans ces différentes circonstances rérysipèle est dii à une cause toute locale ou à une cause générale, comme celle qui résulte d'une maladie grave (fièvre typiioïde ou autre) et dans laquelle rérysipèle survient comme complication. Le plus souvent il est dû à ces deux ordres de causes simultanément.

Vérysipèle de la face chez l'adulte doit-il être rapproché des érysipèles dont il vient d'être question ? Cela ne fait aucun doute pour ceux qui pensent avec M . Trousseau (Joiirn. de méd.j\S¥t) qu'une lésion locale très-minime, ulcération superficielle des paupières ou des narines, inflammation chronique des fosses nasales, écorchure aux oreilles, ou toute autre lésion aussi insignifiante en apparence, suffisent pour produire la maladie. Mais tous les pathologistcs ne pensent pas ainsi. A mon avis, rérysipèle de la face doit être rangé, dans le plus grand nombre des cas, parmi les fièvres éruptives, dont le rapprochent son évolution habituellement régulière, ses phénomènes généraux et locaux, la terminaison de l'éruption par desquamation et sa cause le plus souvent épidémique. Le diagnostic de la maladie envisagée ainsi doit être examiné à part.

Érysipèle de la face.

1" Eléments du diagnostic. — Après vingt-quatre heures ou plus de symptômes généraux fébriles, ou, comme premier symptôme dans certains cas, on voit apparaître une rougeur plus ou moins foncée dans un point de la face (le plus ordinairement au niveau du nez ou dans son voisinage), rougeur avec douleur locale, avec sentiment de chaleur, et tuméfaction manifeste formant sur ses bords une sorte de bourrelet. Ce bourrelet est visible et senti surtout par le toucher, qui perçoit aussi la résistance et l'inégalité un peu granulée des parties affectées. Le gonflement inflammatoire peut atteindre le tissu cellulaire sous-cutané, ce qui augmente encore la tuméfaction, rend les mouvements difficiles et obstrue les ouvertures voisines, les yeux, lesnarineSj le conduit auditif; souvent les ganglions sous-maxillaires sont sensibles et engorgés, même avant l'éruption, suivant Chomel. Une desquamation au niveau des parties affectées succède à la résolution, qui se fait dans le même ordre que l'envahissement des parties de proche en proche à la face, puis au cuir chevelu, oùl'érysipèle se manifeste par une intumescence comme œdémateuse^ légèrement rosée et très-douloureuse à la pression. Dans un assez grand nombre de cas, rérysipèle n'a pas des caractères locaux aussi simples, comme je le rappellerai plus loin.

A ces signes locaux, qui sont quelquefois les seuls observés, sauf un peu de malaise (comme pour certaines rougeoles ou scarlatines très-bénignes chez les enfants), il se joint des symptômes généraux plus ou moins intenses suivant les individus : pouls accéléré, chaleur générale, céphalalgie, anxiété, agitation nocturne, parfois somnolence, anorexie, langue blanche, bouche pâteuse, soif, nausées et même vomissements, constipation.

L'évolution complète de la maladie dure ordinairement deux septénaires.

2^ Inductions diagnostiques, — L'apparition de l'érysipèle de la face peut-il être prévu avant que les symptômes locaux caractéristiques se soient montrés? M. Chomel a pu annoncer l'éruption en constatant l'engorgement douloureux et ac-

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cidentel des ganglions sous-maxillaires. On peut sans doute tii er [larli de celte adénite syniptomatiquc pour porter le même diagnostic, si on la constate en temps cV épidémie d!érxjsipèle de la face, chez uii individu affecté d'une fièvre qui ne peut s'expliquer autrement. Mais il faudrait se garder de généraliser le précepte ; car les ganglions sous-maxillaires ne sont pas toujours engorgés dans l'érysipèle de la face, et ils peuvent l'être d'une manière aiguë sans érysipèle.

L'éruption une fois apparue, on ne saurait se méprendre sur la nature de la maladie, même lorsque cette éruption n'occupe qu'une petite surface, mais à la condition de tenir compte de quelques particularités qui pourraient donner le change. L'épiderme, par exemple, est assez souvent soulevé, au niveau de l'éruption, en vésicules irrégulières ou arrondies, tantôt très-fmes (érysipèle dit alors vésicideiix, eczémateux)^ tantôt atteignant les dimensions de véritables bulles {ér-^^é^hle phlycténoïde, hidleux, pemphigoïde); tantôt enfin ce sont des pustules ou une sorte de miliaire par le fait de la purulence du liquide que les soulèvements épidermiques renferment. Ce liquide, habituellement de couleur ambrée, forme ensuite en se desséchant des croules jaunâtres ou brunâtres. L'invasion récente et aiguë de l'éruption suffira pour que ces caractères variés ne soient pas rapportés à une maladie cutanée autre que l'érysipèle. Cependant la forme pustuleuse d'un érysipèle delà face devra faire penser à Texistence de la morve, et rechercher s'il ne s'agit pas de cette insidieuse affection .

La marche graduellement envahissante de l'érysipèle de la face, et quelques circonstances étiologiques, comme l'existence d'une épidémie d'érysipèle et la prédisposition de certains individus à contracter la maladie, seront également, dans les cas douteux, des données à ne pas négliger. On n'oubliera pas, relativement à la marche de l'affection, que la lésion cutanée s'arrête quelquefois dans son extension et reste limitée au nez^ aune joue, etc., et l'on devra considérer comme exceptionnels les cas dans lesquels une lésion locale de la face, comme un impétigo nasal, a paru être la cause occasionnelle de l'érysipèle.

Ce qui précède me semble démontrer l'impossibilité de confondre l'érysipèle de la face avec la rougeole ou avec la scarlatine, quoique l'on ait vu coïncider chez le même individu un érysipèle de la face avec la rougeole. On ne pourrait non pluSj au début de l'érysipèle, le confondre avec un érythème limité de la face, car l'état général joint aux progrès sensibles de Féruption du jour au lendemain ne permettrait pas d'admettre une éruption crythémateuse.

Le degré et la forme de la maladie seront naturellement établis en même temps qu'elle sera reconnue. Quant aux complications;) qui sont très-rares en France, je dois rappeler les accidents cérébraux que l'on a attribués, sans preuves suffisantes^ à la propagation de l'inflammation du cuir chevelu aux membranes cérébrales par les conduits vasculaires qui traversent certaines parties des parois du crâne. Quelle que Soit l'explication admise, il paraît que l'on voit en Angleterre, comme faits ordinaires et non exceptionnels, les phénomènes généraux les plus graves, etprincl])alemeht les actidents cérébraux, accompagner l'érysipèle de la face et occasionner souvent la mort.

2" Pronostic. — Ce que je viens db dire démontre qufe la gravité dé la maladie varie suivant les pays. Les habitudes invétérées d'iutcmpcrancè alcOoliqiié dans les classes inférieures d'oulre-Manche expliqueraient-elles le pronostic fâcheux de l'éry-

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sipèle de la face chez nos voisins? Quoi qu'il en soit, les faits crérysipèle de la face suivi de mort sont rares parmi nous, à moins que la maladie ne survienne comme affection secondaire et complication d'une maladie préexistante. Chaque jour, en effet, on peut vérifier la justesse de la loi générale Ibrmulée par M. Louis, que l'érysipèle de la face se termine favorablement s'il se déclare chez un individu auparavant bien portant, sauf au delà de l'âge de soixante ans.

L'érysipèle de la face, quoique survenant comme maladie secondaire, peut exercer quelquefois une influence favorable sur l'affection primitive, comme cela a lieu pour certaines scrofiilides .

ERYTHÈMES. — On peut dire que l'érythème est Taffection cxanthéma tique la plus mal connue et la moins bien étudiée, non dans sa forme la plus bénigne et la plus simple, mais dans les nombreuses variétés d'éruptions que l'on a comprises sous le même terme. ^

1" Éléments du diagnostic. — Dans sa forme simple et bénigne, l'érythème est caractérisé par des taches d'un rouge assez vif, à limites vagues, superficielles, disparaissant momentanément sous la pression du doigt, et qui sont parfois le siège d'un léger sentiment de cuisson, surtout quand la partie qui en est le siège est exposée à une vive chaleur. Il n'existe alors ni sailHe ni tuméfaction de ces taches ; mais il n'en est pas de même dans les variétés dites éry thème papuleux et érythème noueux.

Dans la forme papuleuse, il existe de petites plaques arrondies, légèrement saillantes, semblables à des papules, d'abord rouges, puis violacées au bout d'un ou de deux jours, avant de disparaître tout à fait. — L'érythème noueux, qui s'observe à la partie antérieure des jambes, et quelquefois aux membres supérieurs chez les femmes et les jeunes sujets, surtout ceux à constitution molle, est un érythème trèsdifférent des précédents. Il est constitué par des espèces de nodosités superficielles, légèrement saillantes à la vue, plus sensibles au toucher, qui est plus ou moins douloureux, et au niveau desquelles se voit une coloration diffuse, rosée ou d'un rouge sombre, qui devient légèrement bleuâtre, puis jaunâtre comme une ecchymose, tandis que l'induration se ramollit. Le tout disparaît en dix ou quinze jours. — Il existe enfin sous le nom àHntertrigo un érythème qui se développe au niveau des plis cutanés, principalement che^ les personnes grasses et chez les enfants, audessous des mamelles, aux aisselles, aux aines, à la partie interne et supérieure des cuisses. Au niveau des points affectésj il survient quelquefois un suintement séreux dû à de légères exulcérations, et qu'il ne faut pas confondre avec l'eczéma.

Rarement Térythèmeest précédé de symptômes généraux, sauf l'érythème noueux et les autres formes d'érythème lorsqu'elles sont symptomatiques ; mais le plus souvent alors la fièvre est éphémère.

La marche de l'éruption est variable, tantôt rapide et d'une durée de quarantehuit heures, comme le strophulus des enfants au moment de la dentition, tantôt se prolongeant pendant un ou deux septénaires, comme l érythème noueux, tantôt enfin persistant plus longtemps, comme Tintertrigo et certains érythèmes symptomatiques que je rappellerai plus loin.

Inductions diagnostiques. — L'érythème, que l'on désigne assez souvent sous le nom de roséole, est facile à diagnostiquer à ces différents caractères ; cependant il peut être confondu dans certains cas avec l'éruption de la rougeole ou de la scarlatine, non pas lorsque ces deux aflections ont une marche régulière, car alors l'ensemble

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