FIÈVRE
Outre la coïncidence de la chaleur et de l'accélération du pouls qui existent dans les maladies fébriles, il y a le plus souvent d'autres phénomènes concomitants qui sont sous la dépendance de la fièvre ou, comme on le dit souvent, du mouvement fébrile. Ce sont : un sentiment de malaise général, d'abattement, de courbature, I de la céphalalgie, de Y anorexie et des signes de cofigestion ôdius différents orj ganes (F. Congestions, p. 207) sans que toutefois ces différents signes soient I constants.
' La marc/ie variable |de la fièvre, ainsi que sa durée, que je ne fais qu'indiquer, modifient les allures de l'état fébrile. Il en est de même des causes (F. Fièvres). *
Sans insister davantage sur les caractères de la fièvre envisagée comme phénomène symptomatique, voyons quelles en sont les conditions pathologiques, question capitale en pareille circonstance.
Conditions pathologiques et signification. — Ces conditions très- nombreuses se présentent au lit du malade sous deux conditions très-importantes, dont on doit la distinction aux progrès modernes de l'anatomie pathologique et du diagnostic :
a. — De l'examen des différents organes, il résulte qu'il existe des signes pathologiques locaux fournis par l'un d'eux et qui permettent d'expliquer l'existence de
I la fièvre concomitante, dont la marche est parallèle à celle de la manifestation or- ! ganique locale;
b. — Les phénomènes fébriles sont au contraire en désaccord avec les signes locaux, ces derniers étant parfois étendus à un grand nombre d'organes, mais néanmoins insuffisants pour exphquer la gravité de la fièvre.
1 Cette distinction domine le diagnostic de Tétat fébrile dans les maladies.
j Dans la détermination des faits de la première catégorie, ceux relatifs à des lésions locales avec fièvre proportionnée à ces lésions, on se trouve en présence de la classe des phlegmasies, dans lesquelles la fièvre est dite improprement secondaire, puisqu'elle ne Test pas toujours. Dans la seconde catégorie de faits, qui embrasse ceux de l'exagération des phénomènes fébriles par rapport aux lésions locales, on a le plus souvent affaire aux affections appelées pyrexies ou fièvres proprement dites. Je dis le plus souvent, car une pblegmasie latente peut donner lieu à une fièvre qui en impose pour une pyrexie.
Sans rappeler ici les affections si nombreuses que ce double cadre embrasse, voyons les particularités qui peuvent le plus fréquemment mettre sur la voie ou détourner l'attention dans celte recherche des conditions pathologiques auxquelles se rattache la fièvre.
I Les frissons qui signalent le début de la fièvre ont quelquefois des caractères utiles au diagnostic. Un frisson violent et plus ou moins prolongé, avec tremblement général et claquement de dents, annonce ordinairement une maladie grave. Cliez la femme récemment accouchée, un frisson violent, hors celui qui précède quelquefois la fièvre de lait, est un signe d'inflammation intercurrente, de résorption purulente, ou de fièvre puerpérale, et ce dernier diagnostic est presque certain s'il règne une épidémie de ce genre. Le frisson survenant tout à coup avec un symptôme grave, céphalalgie, délire, coma, syncope, accidents digestifs, etc., devra faire songer à un accès de fièvre pernicieuse, diagnostic qui se trouvera confirmé si les accidents cessent après quelque? heures. Les frissons qui apparaissent dans le cours d'une maladie préexistante annoncent ou une pyoémie ou l'invasion d'une compli-
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cation, et il ne faut pas oublier que cette complication est presque toujours une pneumonie chez les vieillards.
Que le médecin ait été ou non témoin du frisson mitial dont il vient d être question, ou que ce frisson ait manqué, la fréquence du pouls avec la chaleur de la peau, ai-je dit, constituent la réaction fébrile ou la fièvre telle qu'il a le plus souvent à la constater. C'est en pareille circonstance que l'interrogatoire et l'exploration du malade doivent être faites avec soin, afin de réunir pour la solution du problème le plus de données possible. Trouve-t-on des phénomènes locaux qui révèlent une de ces lésions qui constituent la base ou la raison d'une distinction nosologique, et par suite la maladie elle-même à laquelle on a affaire? Le problème est rapidement résolu. Lorsque cette constatation fait au contraire défaut, malgré un examen des plus attentifs, il y a manifestement, ai-je dit, une maladie aiguë générale, ou une phlegmasie localement latente, et qui ne laisse d'appréciable que ses phénomènes généraux ou fébriles. C'est principalement aux deux extrêmes de la vie, chez les jeunes enfants et chez les vieillards, que l'on est exposé, en observant légèrement et même quelquefois en observant avec soin, à prendre la fièvre pour une pyrexie lorsqu'elle est la manifestation d'une phlegmasie.
La considération du degré ou de l'intensité des phénomènes fébriles ne présente à la rigueur rien de bien utile au diagnostic, toutes les maladies fébriles pouvant offrir à cet égard des variétés bien tranchées. Cependant il y a des dispositions individuelles dont il faut tenir compte relativement à l'intensité de ces phénomènes. Cela est surtout vrai suivant les âges. Les enfants éprouvent, en règle générale, des accidents fébriles beaucoup plus tranchés qu'aux âges suivants. Il faut être bien prévenu de Texubérance de ces phénomènes dans le jeune âge, où elle a lieu souvent pour les maladies les plus légères comme pour les plus graves, et où des symptômes concomitants, résultant très-probablement de congestions fébriles locales, peuvent donner le change pour le diagnostic. Le délire et les convulsions, par exemple, font croire à une affection grave des centres nerveux ; les vomissements à une lésion de l'estomac, etc.; tandis que, peu après, une phlegmasie locale facilement reconnaissable, ou bien une éruption exanthématique font connaître la nature de la maladie. Aux périodes plus avancées de la vie, on rencontre encore la fièvre présentant parfois cette intensité et ces anomalies ou plutôt les comphcations fébriles dont il vient d'être question; mais cela devient de plus en plus rare. Dans la vieillesse, on voit même assez souvent des phlegmasies graves ne pas s'accompagner de phénomènes fébrdes. L'absence de la fièvre ne suffit donc pas chez le vieillard pour éloigner l'idée d'une phlegmasie plus ou moins grave.
J'ai dit que les frissons, survenant dans le cours d'une maladie préexistante, annonçaient ordinairement une complication. La même remarque doit s'appliquer aussi à l'accélération du pouls avec chaleur plus ou moins exagérée, si toutefois l'exacerbation est durable et ne constitue pas un accident ordinaire de la maladie fébrile que l'on observe. L'apparition de la fièvre peut donc annoncer des complications phlegmasiques dans le cours des maladies.
Il ne faut pas perdre de vue non plus que, par elle-même, la fièvre prolongée peut produire à son tour des phlegmasies secondaires que, dans ce cas, elle précède. On sait que la connaissance de celte loi d'observation est due aux recherches de M. Louis sur la fièvre typhoïde. La possibilité de ces complications dans les affections