‹ Dictionnaire de diagnostic médical, comprenant le diagnostic raisonné de chaque maladie, leurs signes, les méthodes d'exploration et l'étude du diagnostic par organe et par région [electronic resource]Chapitre 95 sur 245 · GALE · texte numérisé non relu

GALE

1° Éléments du diagnostic. — rarmi les signes locaux de la gaie, les éruptions vésiculeuse, pustuleuse et papideuse étaient autrefois, avec le prurit, les seuls importants. Les recherches modernes sur Tacare ont démontré qu'en l'absence de l'éruption, les démangeaisons, les sillons acariens, et Vinsecte lui-même peuvent parfaitement suffire pour caractériser la maladie. Cette dernière manière de voir doit-elle faire rejeter les phénomènes généraux et l'existence des accidents attribués à la rétrocession de l'éruption lorsque cette éruption exisle? C'est ce qui ne fait aucun doute si l'on admet que la maladie est essentiellement parasitaire.

2« Inductions diagnostiques. — Comprise ainsi que je viens de le dire, la gale est fort simplifiée dans son diagnostic, puisqu'il s'agit seulement de constater les sillons ou Facare qui les a tracés. En supposant le cas le plus simple, on est porté à faire cette recherche si un individu se plaint de démangeaisons très-vives au niveau des intervalles des doigts et dans les points de flexions articulaires, démangeaisons dont on ne découvre pas la cause au premier abord, aucune éruption cutanée n'étant apparente. Un examen plus attentif de la peau à l'œil nu ou aidé de la loupe fait découvrir des sillons tracés par des acares, et parfois, à l'extrémité de ces sillons, un petit point brillant qui est l'insecte lui-même. Ces sillons, creusés dans l'épiderme, ont quelques millimètres de longueur, se reconnaissent à des lignes blanchâtres ou grisâtres qui sont dues au soulèvement de la couche superficielle de l'épiderme, ou à sa rupture; dans ce dernier cas, le sillon ressemble à une légère égratignure que produirait la pointe d'une épingle et, vu à la loupe, il présente une succession de points noirs considérés comme les fèces de l'insecte. Le point brillant que forme l'animal, ordinairement à l'extrémité du sillon, peut être détaché avec précaution à Laide d une épingle, sur laquelle il rie tarde pas à se mouvoir. L'examen au microscope confirme facilement le diagnostic (F. Parasites animaux).

Si les signes que je viens de rappeler existent assez souvent seuls, il arrive fréquemment aussi que les éruptions cutanées sont la première donnée constatée, et par conséquent le point de départ du diagnostic.

Quelle que soit l'opinion que l'on se forme de la nature de ces éruptions, qu'on les considère comme consécutives et produites par l'irritation locale que détermine l'acare ou comme spontanées, elles ont certainement une assez grande valeur diagnostique, puisque seules elles ont suffi pour faire prendre rang à la maladie dans le cadre nosologique, avant la découverte de l'acarus. Sans donner la certitude mathématique de Lexistence de la gale comme la constatation des sillons et du sarcopte lui-même, ces éruptions sont donc nécessaires à connaître. Le plus fréquemment ce sont des vésicules qui peuvent se montrer, comme l'acare, dans les différentes parties du corps, excepté à la face (Cazenave), et principalement dans les points oii la peau est fine et délicate : dans les intervalles des doigts, au pH du bras, aux aisselles, dans tous les points de flexion articulaire. Ces vésicules, légèrement saillantes et acuminées, sont transparentes au sommet et légèrement rosées chez les jeunes sujets. Par suite des démangeaisons, les malades se grattent et déchirent les vésicules, qui souvent s'enflamment ; assez souvent aussi des pustules d'impétigo et à'ecthyma suivies de croûtes, des furoncles, des papides de prurigo ^ et plus rarement de lichen, s'ajoutent à l'éruption vésiculeuse.

Il ne faut pas oublier que les signes locaux de la gale affectent un siège qui diffère suivant les professions, et dont la connaissance peut faciliter le diagnostic. C'est, en

GAKGRKNES. 589 effet, plus particulièrement aux mains qu on les observe chez les tailleurs et les couturières, à la main droite chez les maîtres d'armes (Cazenave). Souvent, cliez les f^aleux qui se présentent à l'hôpital Saint-Louis, c'est au pénis chez l'homme, et aux mamelles chez la femme, que l'on trouve les sillons caractéristiques; mais il est presque inutile d'ajouter que l'on ne saurait généraliser ce double lait.

Pour terminer ce que j'ai à dire du diagnostic de la gale, il me suffira d'ajouter que le prurigo (qui souvent d'ailleurs coïncide avec la gale), le lichen simplex, le 'lichen urticatus, pourraient être confondus avec les éruptions symptomatiques de la gale, et que la syphilis, la scrofule et le scorbut peuvent modifier l'aspect de ces éruptions secondaires. Ces simples iudicatious suffisent pour donner l'éveil au praticien (chose la plus utile en pareil cas), et lui faire rechercher l'acare et ses sillons.

GANGLIONS LYMPHATIQUES. — V. Adênopathies.

GANGRÈNES. — La mortification locale des tissus qui constitue la gangrène est un signe qui sert fréquemment de base au diagnostic; mais avant d'exposer ce qu'il y a de particuher dans les principales localisations gangréneuses, il est indispensable de traiter la question d'une manière générale.

L Gangrènes en général.

Quel que soit Torgane envahi par la gangrène, la partie mortifiée subit la fermentation putride ou se dessèche, un travail d'inflammation éhminatoire s'établit a pourtour, et, si l'élimination a lieu, la plaie suppurante qui lui succède peut suivre sa marche la plus heureuse et se cicatriser avec une perte de substance plus ou moins considérable, ou bien la mort survient dans le cours de cette série d'accidents successifs. Cet enchaînement des phénomènes résultant de la gangrène peut être suivi des yeux dans les parties extérieures, tandis que, dans les organes profonds, il s'annonce par des symptômes qui varient suivant les organes atteints; cependant ces symptômes se rattachent toujours à lune des données que je viens d'exposer : à la mortification même des tissus, à leur décomposition, à leur expulsion au dehors de l'organisme, à la suppuration consécutive, et à la cicatrisation de la perte de substance.

Une question capitale du diagnostic de la gangrène est la recherche des causes locales ou générales de la lésion.

Les causes locales, en dehors desnnfluences trauma tiques, sont toutes celles qui entravent la circulation ou obstruent les vaisseaux : les artères, les capillaires, plus rarement les veines. Ainsi agissent le froid, la compression très-prolongée, rarement les obturations veineuses {phlegmatia alba dolens), mais bien plus fréquemment les obturations des artères dues à leur inflammation spontanée suivant les uns, à leur pénétration par des embolies suivant d'autres. — Parmi les causes générales, on a considéré depuis longtemps comme causes prédisposantes les débilitations profondes produites par des flux abondants, par des suppurations prolongées, par la misère ou la vieillesse. Mais depuis les recherches sur les gangrènes spontanées de M. François (1 852) , qui considéra certaines altérations du sang comme origine des gangrènes, et par exemple le typhus et la fièvre jaune, on a rattaché les complications gangréneuses à une foule d'affections générales aiguës ou chroniques.

Les fièvres graves, éruptives ou non éruptives, sont les affections générales aiguës qui se compliquent le plus fréquemment de gangrène; on pourrait les nommer toutes, en faisant remarquer toutefois que c'est principalement dans le cours de certaines

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épidémies d'ime extrême gravité, que se montre la gangrène, à moins qu'elle ne fasse cortège presque obligé des symptômes, comme dans les bubons de la peste . — Au nombre des maladies générales à marche chronique, pouvant favoriser ou provoquer l'apparition de la gangrène, et dans lesquelles il y a aussi manifestement altération du sang, on trouve la maladie de Bright, V hémophilie, le scorbut et surtout la glycosurie (Landouzy, Marchai). L'altération du sang est manifeste dans l'iiNTOxicATioN pav V evgot de seigle, maladie dont une des formes a la gangrène spontanée pour caractère principal. — Enfin, dans une thèse intéressante sur la gangrène, M. Zambaco (1857) a cherché à démontrer l'influence que les perturbations nerveuses ont sur la production de la gangrène.

On peut établir en fait que toutes les causes de débilitation profonde et prolongée soit hygiéniques, soit pathologiques, soit même physiologiques, favorisent la production de la gangrène. Cependant il faut s'engager avec réserve dans le champ des explications générales de la gangrène, car les progrès de l'observation peuvent faire découvrir des causes matérielles dans des circonstances o\x l'on n'en soupçonnait pas d'abord l'existence.

J'aurais encore à examiner plusieurs questions générales relatives à la gangrène^ mais elles sont dominées par le fait du siège de la lésion dans tel ou tel organe, et se retrouvent par conséquent mieux à leur place dans ce qui va suivre.

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