EMPHYSÈME PULMONAIRE
des saillies partielles avec effacement des espaces intercostaux, surtout si elles occupent les régions sus et sous-claviculaires, une sonorité exagérée à la percussion et un affaiblissement du bruit respiratoire, il n'y a guère à douter de l'existence de l'emphysème. Cependant Beau, qui a formulé une théorie en opposition à celle de ses devanciers, a dénié aux hétéromorphies thoraciques toute valeur séméiologique ; mais en observant les faits avec attention et sans idée préconçue, l'on peut se convaincre que ce signe existe lorsque la maladie a déjà eu une certaine durée. La saillie se produit d'ailleurs par le même mécanisme que le refoulement du cœur et celui du diaphragme (d'où la saillie de l'épigastre et l'abaissement du foie) signalés par Stokes dans un certain nombre de faits. 11 n'y a, dans les saillies post-claviculaires et sous-claviculaires, rien qui ressemble à la dilatation veineuse par laquelle Beau a voulu les expliquer. Ces saillies sont particulières à l'emphysème; seulement elles n'existent pas dans tous les faits. Tout en continuant donc à admettre les hétéromorphies dues à l'emphysème, je dois faire remarquer que le son exagéré du thorax à la percussion a perdu de son importance première comme signe d'emphysème depuis que les conditions connues du tympaisisme thoracique se sont multipliées; cependant, réuni aux autres signes, il concourt à compléter le diagnostic.
Mais un élément complexe de diagnostic qui contribue principalement à caractériser la maladie, ce sont les recrudescences de la dyspnée habituelle. Il y a d'abord les recrudescences tout à fait passagères, provoquées par la marche, l'ascension d'un lieu élevé, par l'inspiration d'un air chargé de poussière, imprégné de vapeurs excitantes, ou bien simplement par le sommeil, ce qui l'oblige fréquemment à sortir de son lit la nuit et à gagner la fenêtre pour respirer. L'accès est alors caractéristique, et, comme antécédent, il constitue une donnée excellente pour le diagnostic. Mais il y a, selon moi, deux formes de recrudescences ou d'attaques de dyspnée qui constituent de véritables complications, et dont l'apparition vient corroborer le diagnostic.
A. — L'accès de dyspnée est plus durable que ceux déterminés par la marche rapide, l'ascension, les odeurs fortes, etc., dont il vient d'être question. Il peut persister un ou plusieurs jours, caractérisé par une respiration sifflante, la faiblesse ou l'absence du bruit respiratoiree, par des râles sifflants ou ronflants qui sont peu modifiés par la toux, et qui pourront disparaître du jour au lendemain par l'usage d'un vomitif, en même temps que la poitrine diminue sensiblement de volume à la mensuration. L'accès est alors dû à une congestion pulmonaire.
B. — L'accès de dyspnée est plus persistant encore; il y a des râles sous-crépitants humides, des râles sonores se modifiant par la toux, et les accidents ne cèdent que d'une manière incomplète à l'emploi d'un émétique. Il y a en un mot une bronchite incidente plus ou moins aiguë avec la congestion. C'est dans cette espèce d'accès prolongés de dyspnée que l'on voit survenir l'œdème des membres inférieurs, qui disparaît d'abord avec la bronchite accidentelle, mais qui à la longue se répète et finit par devenir permanent.
L'emphysème n'existe, pour Beau, que pendant ces accès, qui sont tous pour lui des bronchites avec accès d'asthme. Mais en admettant que les signes de l'emphysème soient plus prononcés au moment des accès, il est clair que l'on voit persister, dans les intervalles, des signes suffisamment caractéristiques de l'emphysème, indépendants de ceux de la congestion (qui n'est pas de la bronchite) et de la bronchite elle-même.
Il serait difficile de confondre l'emphysème pulmonaire avec la bronchite