EMPHYSÈME SOUS-CUTANÉ
chronique simple, ainsi que le fait remarquer le docteur Louis, avec la dilatation des bronches, avec la phthisie, quoique Ton admette que les tubercules produisent de l'emphysème dans leur voisinage. On pourrait cependant croire à l'existence d'un emphysème pulmonaire dans les cas de tumeur 'lu mèdiastin comprimant l'un des gros tuyaux bronchiques ou occasionnant de la dyspnée, avec sonorité normale et faiblesse du bruit respiratoire d'un côté de la poitrine. Quant à la confusion de l'emphysème, uni à une bronchite chronique, avec la phthisie, elle a été plusieurs fois commise, et Louis a vu des emphysémateux être envoyés dans les climats chauds comme phtnisiques.
Parmi les complications de l'emphysème pulmonaire, il faut noter, suivant Tommasî (La Ri forma clinien, 1807), la présence d'une grande proportion «l'acide urique dans l'urine des malades. Mais la congestion pulmonaire, trop méconnue en pareil cas, et la bronchite chronique ou aiguë, sont les complications habituelles de la maladie. L'hypertrophie simple du cœur sans lésions valvulaire est une complication fréquente de la maladie déjà ancienne ; et c'est dans les faits de cette espèce que l'on peut observer une anasarque persistante. Enfin, la pneumonie et, bien plus rarement, le pneumo-thorax par rupture des vésicules et de la plèvre, sont aussi des complications accidentelles de la maladie.
3° Pronostic. — L'emphysème pulmonaire tend incessamment à faire des progrès; mais ils sont très-lents et ne s'opposent pas à une longue existence. L'afîection consécutive du cœur peut contribuera abréger la vie. J'ai vu récemment un emphysémateux avancé en âge et atteint de bronchite, qui a succombé rapidement par suite de la formation de concrétions sanguines dans le cœur hypertrophié.
EMPHYSÈME SOUS-CUTANE. — 1° Caractères. — La peau, qui est soulevée par l'accumulation d'une certaine quantité de gaz dans le tissu cellulaire sous-jacent, fait sentir sous la pression du doigt une crépitation que l'on a comparée avec raison à celle que produit la pression de la neige. Quelquefois la peau distendue est élastique et donne un son manifestement tympanique à la percussion (Cruveilhier). Cet emphysème sous-cutané peut être local ou général, et, dans ce dernier cas, la face et le reste du corps prennent, en se développant graduellement outre mesure, des proportions hideuses. C'est un signe que le chirurgien constate beaucoup plus fréquemment que le médecin, principalement dans les cas de fracture des côtes avec déchirure du poumon, et au niveau des hernies compliquées de gangrène. Mais des solutions de continuité spontanées des organes contenant de l'air peuvent permettre à cet air de s'épancher dans le tissu cellulaire sous-cutané, ce qui a principalement lieu par suite de rupture des poumons, soit chez l'enfant, soit chez l'adulte.
N. Guillot (Arch. de mêd., 1853, t. II), H. Roger (Revue médicale, même année, et Actes de Ici Soc. des hop., 0e fascicule) etOzanam (Arch. de méd., !8">4. t. III) ont publié des Mémoires importants sur l'emphysème sous-cutané des enfants. Ilervieux a décrit un emphysème pulmonaire des enfants du premier âge, qu'il a observé comme lésion dans une foule de conditions pathologiques très-disparates, et qui ne donne lieu pendant la vie à aucun symptôme particulier, si ce n'est, dans certains cas, à un emphysème généralisé (Actes de la Soc. méd. des hôp., 1804). Suivant Guillot, dont le travail concerne les nouveau-nés , c'est au-dessus de la fourchette du sternum et des clavicules que se manifeste d'abord le gonflement extérieur de l'emphysème sous-cutané; il gagne de proche en proche le tissu cellulaire, qu'il distend de plus en plus,
EMPOISONNEMENTS
en s'étendant de la région cervicale à tout le thorax, à la face et au crâne; il est d'abord sensible à la pression de la base du cou, avant de l'être par la saillie de ces régions. Cela se conçoit; niais chez les enfants plus âgés, Ozanain (Mémoire cité) a remarqué que l'air provenant de la rupture pulmonaire pouvait, en suivant les gaines vasculaires, soulever la peau des joues sous forme d'une tumeur lisse, arrondie, brillante, et qui tantôt est ferme, élastique au toucher, si l'air n'a pénétré que par des ouvertures étroites, et tantôt, au contraire, dépressible et disparaissant complètement par la pression, pour reparaître bientôt, si l'accès de l'air est largement établi. De ces différentes parties, l'emphysème peut s'étendre à tout le corps, mais la mort arrive ordinairement auparavant. Elle a eu lieu vingt-cinq fois sur vingt-huit cas réunis par Ozanam, et comprenant ceux de Roger et Guillot.
A l'âge adulte, l'emphysème sous-cutané présente des caractères analogues; seulement l'invasion peut se faire dans des points différents, comme on le verra pins loin.
2° Conditions pathologiques et signification. — Lorsque l'on constate la présence de l'air dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit seulement à la pression de la partie antérieure et latérale du cou, soit au niveau d'une tuméfaction caractéristique plus ou moins étendue, il faut en rechercher la cause. La plus fréquente chez l'enfant est une toux violente, principalement celle des accès de coqueluche. Suivant Ozanain, le môme effet résulterait d'une bronchite ou môme d'une pneumonie ou d'une pleurésie, mais au niveau du poumon sain, qui a dès lors un surcroît d'activité (?); on a attribué encore la production de l'emphysème sous-cutané à la simple violence des cris de l'enfant due à un accès de colère, à une douleur très-vive (Ozanam), ou à des efforts musculaires exagérés, lorsque, par exemple, l'enfant cherche à se dégager des bras qui le maintiennent (Vitali, Arch. de mêd., 1846).
Chez l'adulte, on a vu cet emphysème produit par la perforation sous-cutanée d'une caverne tuberculeuse (Cruveilhier , Stokes), par le ramollissement d'un ganglion bronchique tuberculeux ouvert à la fois dans le médiastin et la bronche droite (Debeauvais, Union méd.y 1856), et, chez la femme en travail, au niveau de la face, du cou, du thorax, au moment des efforts de l'accouchement (Todd, Edimb. med. journ., 1855). Dans les mômes conditions, Clinlock a observé un emphysème sous-cutané des régions sus -pubiennes et iliaques résultant de la rupture de l'utérus (North-Americati med-chir. Revie\i\ 1858). Enfin Erichsen (Lancet, 1860) et Demarquay (Gaz. des hôpit., 1860) ont vu l'emphysème consécutif à des opérations pratiquées sur le rectum, sans infiltration stercorale ou urineuse. .
Presque toujours mortel par asphyxie, l'emphysème sous-cutané a été suivi de guérison dans un petit nombre de cas. Celui de Todd est du nombre.
EMPOISONNEMENTS. — Je ne dois entendre ici par empoisonnement que les accidents plus ou moins rapides qui résultent de l'introduction d'un poison dans l'estomac, ou de son application sur le derme dénudé, à dose suffisante pour occasionner la mort ou altérer gravement la santé. Il ne sera donc question dans cet article que de ces accidents aigus, les effets chroniques des substances vénéneuses étant exposés au mot Intoxications.
En dehors de tout problème médico-légal, deux questions diagnostiques se présentent à résoudre dans la pratique : 1° Existe-t-il réellement un empoisonnement? 2° En cas d'affirmative, quelle en est la cause?
I. Existe-t-il un empoisonnement? — Cette première question est fréquemment difficile à résoudre. L'invasion rapide des accidents, surtout au cours
EMPOISONNEMENTS
d'une bonne santé habituelle, leur apparition immédiatement après le repas, l'expression même des phénomènes observés, sont les données principales qui, à défaut de la connaissance de la cause, font soupçonner qu'il y a empoisonnement. Mais combien de maladies spontanées se caractérisent de la même manière ! Il peut donc y avoir fréquemment doute sur la nature des phénomènes observés; doute d'autant plus sérieux que l'on a généralement négligé d'étudier les empoisonnements considérés comme maladies, ainsi que l'ont fait remarquer les auteurs du Compendium de médecine. Ce n'est que dans ces derniers temps que la question clinique a* été reprise et traitée plus à fond dans le livre important publié récemment par Tardieu et Roussin (Etude médico-légale et clinique sur l'empoisonnement, 1867). Cet ouvrage permet d'envisager la question dans ses rapports avec la pathologie, ce que n'avaient pas encore pennis de faire les travaux antérieurs, ayant trop exclusivement pour objet la toxicologie au détriment de l'empoisonnement-maladie. Le travail dé l'éminent professeur de médecine légale, dans lequel je vais puiser pour l'étude de l'empoisonnement en général, me fournira d'excellentes données de diagnostic.
La classification artificielle des poisons, que les études médico-légales ont cherché à établir d'après leur action particulière sur certains organes, est la seule qui puisse servir de fil conducteur dans le diagnostic des empoisonnements.
Dans la première édition de ce Dictionnaire, j'ai signalé l'insuffisance de la classification des poisons en irritants, narcotiques, narcotico-âcres et septiques, dont les effets dans chaque division étaient trop variables pour être caractéristiques de cette classe en général. Tardieu a démontré que cette classification ne pouvait être conservée, et il en a proposé une nouvelle, qui concorde mieux avec les éléments pratiques du diagnostic. Il admet l'empoisonnement par les poisons : 1° irritants ou corrosifs; 2° hyposthénisants ; 3° stupéfiants; 4° narcotiques; 5° névrosthêniques (loc. cit., p. 167). Je vais suivre cette division.
1° Effets des poisons irritants ou corrosifs. — L'empoisonnement avec les substances toxiques de ce groupe se reconnaît à des signes généraux assez tranchés. Une saveur brûlante et une douleur très-vive dans la gorge, le long de l'œsophage et jusque dans l'estomac, des vomissements multiplies de matières souvent sanguinolentes, de couleur brune ou jaunâtre, des évacuations alvines plus ou moins abondantes, une déglutition très-douloureuse, une soif inextinguible, du météorisme, avec un état général ordinairement grave, l'altération des traits, la pâleur, l'anxiété, de l'agitation ou une prostration profonde : tels sont les signes généraux des empoisonnements par les poisons irritants ou corrosifs. Ils peuvent ulcérer et perforer le tube digestif en donnant lieu à une péritonite rapidement mortelle.
Cet ensemble de phénomènes, sans être observé au complet, doit faire soupçonner ou reconnaître un empoisonnement par une substance irritante ou corrosive, agissant avec énergie sur les organes digestifs, sans avoir d'action secondaire résultant de leur absorption. Ce genre d'empoisonnement pourrait être confondu avec de nombreuses maladies. La perforation intestinale, Y étranglement intestinal interne ou externe, la gastrite grave, la péritonite aiguë, le choléra sporadique ou épidémique, sont les principales. J'ai vu une névralgie dorso-intercostale violente et subite chez une hystérique, à la suite d'un repas, simuler par les vomissements joints à la douleur, un empoisonnement de ce genre.
2° Effets des poisons hyposthénisants. — Quoique plusieurs des poisons rangés ici et que j'énumèrerai plus loin produisent au premier abord des effets toxiques semblables à ceux qui sont dus aux poisons irritants ou corrosifs, c'est
EMPOISONNEMENTS
à tort qu'on les a confondus avec eux, les hyposthénisants ayant des effets toxiques qui résultent de leur absorption. On reconnaît les empoisonnements de ce groupe, non-seulement à l'existence d'une saveur àcre et à la contraction douloureuse de la gorge , aux nausées , vomissements et aux évacuations alvines répétées, comme dans le groupe précédent, mais encore à d'autres signes trèsbien distingués par Tardien. Aux vomissements plutôt muqueux et glaireux que bilieux et porracés, viennent s'ajouter bientôt une prostration extrême des forces, un état syncopal tout à fait caractéristique, une grande oppression, une soif ardente, l'absence d'urine, le météorisme du -ventre, le refroidissement de la peau, des crampes, quelquefois des convulsions partielles ou générales, suivies de paralysies du sentiment et du mouvement. La voix s'éteint, des ecchymoses peuvent se montrer ainsi que la cyanose ; la mort, qui survient plus ou moins rapidement, est précédée de sueurs visqueuses, de convulsions, de syncope. Quand la terminaison n'est pas funeste, et que le malade guérit, la convalescence est longue et difficile. Dans la forme subaiguë, les rémissions alternent avec des recrudescences, et la santé, profondément altérée, peut à jamais être perdue.
Les maladies dont se rapproche le plus l'empoisonnement par les poisons hyposthénisants sont, selon Tardieu, Yindigestion grave, le choléra épidémique et sporadique, et quoique d'une manière moins frappante, certaines formes ataxiques et adynaniques de la fièvre typhoïde. La ressemblance peut être assez grande pour induire en erreur, et rendre nécessaire l'analyse de l'urine et des matières rendues par les vomissements et par les selles. Les meilleurs signes différentiels, la cause étant inconnue, seraient d'ailleurs l'existence d'une cause autre que l'ingestion du poison.
3° Effets des poisons stupéfiants. — Ces poisons ne produisent jamais une irritation locale que l'on puisse assimiler à celle des poisons irritants; ils agissent d'une manière toute spéciale sur le système nerveux, dont ils dépriment l'activité. Ce sont eux qui ont été désignés sous la dénomination de narcoticoâcres. On reconnaît l'empoisonnement de ce genre d'abord aux malaises du . début, aux défaillances, céphalalgie, vertiges, douleurs épigastriques, nausées, vomissements, ballonnement du ventre. A ces symptômes, apparaissant quelques heures après l'ingestion du poison, succèdent promptement du délire agité ou paisible, des hallucinations, du coma, des paralysies générales ou partielles, l'altération de la face, la dilatation des pupilles, l'embarras de la respiration; {puis une mort rapide survient dans les convulsions ou le coma. Cependant la guérison n'est pas impossible.
Les maladies spontanées qui rappellent le plus les symptômes de l'empoisonnement par les stupéfiants sont la méningite, Y apoplexie, les paralysies locales, {hystérie convulsive et cataleptique. Le diagnostic reste quelquefois obscur parce que les accidents en eux-mêmes ne sont pas toujours assez bien caractérisés. Je reviendrai plus loin sur ce diagnostic différentiel à propos de la ques tion du diagnostic de l'agent toxique.
4° Effets de l'empoisonnement par les narcotiques. — Pour reconnaître qu'il s'agit d'un empoisonnement de ce genre, il ne faut pas oublier que l'action des narcotiques s'exerce directement et tout spécialement sur le systèine)nerveux, en produisant le narcotisme. Des pesanteurs de tête, des vertiges, l'exaltalion des sens; fragmentation de la chaleur générale et de la force du pouls; la sécheresse de la gorge et de la peau; les nausées, les vomissements; la suspension de toutes les sécrétions; un prurit très-vif, souvent accompagné d'éruptions papuleuses (prurigo , urticaire) ou vésiculeuses (eczéma) un assoupissement
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souvent profond dès le début, la résolution des membres, l'injection de la face, la fixité du regard, avec resserrement de la pupille signalé parOrfila, et considéré comme constant avec la somnolence par Trousseau et l'idoux ; parfois le gonflement et la teinte. violacée des paupières; enfin, dans certains cas, la respiration stertoreuse s'embarrassant de plus en plus jusqu'à la terminaison par la mort, qui a lieu en général de sept à douze heures après l'ingestion du poison : tels sont les phénomènes de cet empoisonnement. La mort est souvent hâtée par la contracture des muscles thoraciques et du diaphragme, ou par des convulsions (Tardieu, loc. cit., p. 851).
Ces effets toxiques des narcotiques peuvent facilement être confondus avec Yhémorrhagie ou la congestion cérébrale, avec Yapoplexie pulmonaire ou Yasphyjcie par la vapeur du charbon. En l'absence de renseignements sur la cause, il n'y aura de distinction possible, pendant la vie, qu'avec l'hémorrhagie cérébrale qui s'accompagne d'une hémiplégie ou de contracture d'un seul eut*» du corps, ce qui n'a pas lieu dans le narcotisme.
5° Effets de l'empoisonnement par les poisons névrosthéniques. — Ici, l'appareil symptomatique qui peut faire soupçonner l'empoisonnement est celui des névroses convulsives. La mort peut être presque instantanée, tant l'action de ces poisons est rapide; mais lorsque les effets sont moins immédiatement funestes, on observe les signes d'une vive stimulation cérébrale : éblouissements, vertiges, tintements d'oreilles, agitation, délire; puis frémissements douloureux dans les membres; accélération des mouvements respiratoires, raideur des mâchoires, contractions spasmodiques , dysurie, orgasme vénérien pénible, convulsions générales interrompues par des rémissions de plus en plus courtes, suffocation imminente, abolition du sentiment et du mouvement, coma, formation d'écume dans les bronches, mort. Si la guérison a lieu, elle est lente, et il peut persister des vertiges, une anxiété précordiale très-pénible, et surtout des paralysies des muscles ou des sens.
Ces effets toxiques ont quelque analogie avec les symptômes de Yéclampsie, de Yépilepsie, de Y hystérie, dont il est cependant facile de les distinguer, si l'on a égard à l'évolution des attaques. V angine de poitrine et le spasme de la glotte ne sauraient être confondus avec l'empoisonnement dont il est question que dans les cas où la mort est presque subite, ce qui n'a d'intérêt que pour le médecin légiste.
Cet aperçu général des effets des empoisonnements de chaque groupe ne peut conduire qu'à soupçonner l'empoisonnement et à en déterminer le genre; mais le diagnostic ne peut se compléter que par la recherche et la connaissance de la substance toxique. Sans aborder les questions de toxicologie, si intéressantes d'ailleurs, mais qui seraient ici un hors-d'œuvre, il me reste donc à exposer les signes qui peuvent mettre le praticien sur la voie pour la détermination de la cause.
II. Lorsqu'il y a empoisonnement, qu'elle en est la cause ? —
Comme pour le diagnostic de l'empoisonnement considéré en général, il est indispensable de distinguer ici les uns des autres les cinq groupes que j'ai rappelés précédemment, et dont j'ai exposé les caractères particuliers, sans spécifier ceux qui sont propres à faire distinguer les agents toxiques les uns des autres dans chaque groupe, ce que je vais faire succinctement.
i° Poisons irritants ou corrosifs. — Il ne faut pas oublier que, dans cette classe de poisons, on peut avoir affaire : aux acides concentrés, sulfurique, nitrique ou azotique, chlor hydrique, oxalique; à des sels acides, comme l'alun, le nitrate acide de mercure; à des alcalis, tels que la potasse et la sonde Woiluez. — Dict. de Diag. 2« édit. 22
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caustiques, Veau de Javelle; enfin à des principes végétaux irritants, notamment les purgatifs drastiques (les euphorbiacés , le croton tiglium, la bryone, la rue, la coloquinte, la gomme-gutle sont les plus usités). La c oral line doit être rapprochée des drastiques pour ses effets toxiques.
On reconnaît qu'un empoisonnement par un poison irritant est dû à un acide concentré, selon Orlila, lorsque Ton constate les signes suivants : la saveur du liquide est franchement acide; il produit en même temps une chaleur acre dans la gorge. Il bouillonne sur le carreau, et rougit fortement la teinture de tournesol. S'il y a en même temps des taches â l'intérieur des lèvres ou de la bouche, on doit admettre qu'il s'agit de l'acide sulfurique (taches noires), de l'acide nitrique ou azotique (taches jaunes), ou de l'acide chlorhydrique (taches rouges). — On a affaire à un empoisonnement par un alcali (sous-carbonate de potasse, soude, eau de Javelle, ammoniaque) si la matière des vomissements ne bouillonne pas sur le carreau, si elle est comme savonneuse et grasse au toucher, si elle ramène au bleu la teinture de tournesol rougie par un acide, si elle rougit le papier de curcuma et verdit le sirop de violettes. Cet examen chimique est d'autant plus essentiel que la bouche et la orge ne peuvent présenter que des signes d'inflammation avec ou sans érosions, et que les autres signes ne diffèrent pas de ceux de 1 empoisonnement par un acide concentré, si ce n'est pourtant par la saveur acre, caustique, urineuse que détermine l'alcali dans la bouche, et, chez certains sujets, la péritonite, qui peut résulter de la perforation de l'estomac par les alcalis caustiques. Quant à l'empoisonnement par les drastiques, leur ingestion sera le plus souvent facile à constater, soit qu'ils .lient été prescrits par le médecin lui-même et que la dose ait été trop élevée, soit que la substance ait été prise par mégarde, ce qui peut arriver pour des plantes de jardin, telles que la bryone, dont la racine est quelquefois confondue avec le navet. C'est par exclusion des acides et des alcalis caustiques qu'on arrivera à déterminer l'une de ces dernières causes (drastiques), s'il y a eu intérêt à les cacher dans un but criminel.
Dans une récente communication à l'Académie de médecine, Tardieu a rapproché de l'action de l'huile de croton tiglium celle de la coralline ou péonine, substance tinctoriale qui dérive de l'acide rosolique, lequel lui-même est un dérivé de l'acide phénique. Il signale son action locale sous forme d'une éruption vésiculeuse très-aiguë, et des effets généraux tels que l'inflammation violente du tube digestif. Jusqu'ici on n'a observé que des effets locaux, produits par des chaussettes ou des bas teints en rouge par la coralline (Tardieu , Bidart de Rouen). Mais l'expérimentation a démontré que cette i-ubslance, injectée sous la peau des animaux, avait des effets toxiques rapidement mortels {Bulletin de l'Acad. de mèd., février 1809, et Annales d'hygiène publique, avril 1809). C'est donc un poison irritant des plus dangereux et dont l'emploi industriel mérite la plus sérieuse attention.
2° Poisons hyposthénisants. — On a ici à rechercher si l'on a affaire : à des préparations arsenicales; au phosphore ; au sublimé corrosif et aux autres sels de mercure; aux sels de cuivre, à Yémétique, au nitre, au sel d'oseille (bioxalate de potasse), à la digitale et à son principe exlractif, la digitaline.
a. — Quoique les préparations arsénicales soient moins employées qu'autrefois dans un but criminel, le diagnostic des accidents qu'elles occasionnent est devenu très-important, par suite de l'emploi fréquent de l'arsenic en thérapeutique, et de l'utilisation, depuis plusieurs années, des verts arsénicaux dans la teinture des papiers, des étoffes et des fleurs. Il en est résulté des empoisonnements professionnels et accidentels trop nombreux pour ne pas être parlicu-
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lièrement signalés. L'empoisonnement par l'arsenic, difficile d'ailleurs à bien décrire, affecte quatre formes (Tardieu). A la forme suraiguë se rapportent les si- nés que j'ai attribués à celte classe, dont l'arsenic est le type; à la fonne latente, l'absence des vomissements, d'évacuations et de réaction fébrile, et une faiblesse avec syncopes et sommolence ultime; à la forme subaiguë, d'une durée île deux à six ou dix jours, un ensemble de phénomènes généraux et digestifs graves, et quelquefois des éruptions cutanées pétéchiales, papuleuses, vésiculeuses on même pustuleuses; enfin à la tonne lente, résultant de doses répétées et successives, se rapportent, outre les accidents digestifs qui présentent des alternatives multipliées de convalescence apparente et de rechutes véritables, des douleurs et des lassitudes dans les membres, des vertiges, l'impossibilité de se tenir debout, des hémorrhagies variées, parfois des syncopes ou des convulsions, et enfin la paraplégie.
b. — Le phosphore, par suite de la fabrication et de l'usage des allumettes pbosphorées, produit depuis quinze ans des empoisonnements qui se sont multipliés dans une proportion effrayante. D'un autre côté, la marche des accidents est souvent insidieuse, ce qui oblige à une élude clinique attentive pour les bien diagnostiquer. Tardieu rejette les divisions de Palk (de M u bourg), qui distingue un phosphorisme intestinal aigu, un phosphorisme cérébro-spinal et un phosphorisme pneumo-gastrique. II admet que l'empoisonnement par le phosphore, à marche rapide ou lente (mais jamais foudroyante), présente trois formes symptomatiques distinctes : une forme commune, une forme nerveuse et une forme hénwivrhagique, pouvant être isolées ou constituer trois périodes successives. Leur importance diagnostique oblige à les bien connaître. — Dans la forme commune, dont l'invasion n'est pas très-rapide (comme dans les autres formes), à la douleur de gorge, avec gonflement de la langue, chaleur à l'épigastre, ictère, malaise, agitation, succèdent des vomissements répandant quelquefois des lueurs dans l'obscurité ; puis ces vomissements s'arrêtent dans les vingt-quatre heures ou après trente-six heures, et il se déclare une sédation avec douleurs erratiques pendant deux, trois ou quatre jours et plus, et la mort survient subitement quand la guérison paraît assurée. — Dans la forme nerveuse, il y a prédominance d'engourdissements dans les membres, de fourmillements, de crampes douloureuses, de troubles variés de la sensibilité, de syncopes répétées; la prostration est extrême, la voix éteinte, la peau sèche, ictérique, avec plaques érythémateuses; puis éclate brusquement du délire avec resserrement convulsif des mâchoires, soubresauts des membres, enfin coma et mort du septième au douzième jour. — Dans la forme hémorrhagiquc qui est assez lente, les signes de l'altération du sang prédominent : vomissements souvent formés de sang pur, des selles de même nature avec lénesme, gonflement douloureux du foie, faiblesse des battements du cœur, faiblesse générale et signes nerveux de l'anémie. Dans l'intervalle d'améliorations apparentes se montrent des hémorrhagies par toutes les voies. Ici l'ictère est tardif, et l'œil, dont la conjonctive est ecchymosée, prend un aspect singulier. La faiblesse et la cachexie vont croissant, et la mort survient fatalement, quelquefois après plusieurs mois.
La variété de ces phénomènes rend le diagnostic de l'empoisonnement par le phosphore souvent difficile. C'est surtout avec I'ictèrk GnAVK non vénéneux qu'ilest facile île le confondre. L'appareil symptomatique est moins grave dans l'empoisonnement; l'ictère est tardif, mais ce n'est guère que par les phénomènes du début que l'on peut être mis sur la voie du diagnostic lorsque ces phénomènes existent. Je veux parler de la sensation de chaleur à la gorge, des éructations
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et des vomissements lumineux, et du gout de soufre et de phosphore dans la bouche. Il faut tenir compte également ici de l'absence de la fièvre, fièvre qui est constante dans l'ictère grave. Un fait important qui permet de se rendre compte de beaucoup de particularités diagnostiques de l'empoisonnement par le phosphore, c'est la sléatose rapide du foie et des autres organes. La dégénérescence graisseuse est survenue en quelques jours chez des animaux empoisonnés par le phosphore, ainsi que Fritz, Hanvier et Verliac l'ont montré, et Tardieu a vu cette dégénérescence s'emparer du cœur, du foie, des reims, des glandes de l'estomac et des muscles des membres chez des individus empoisonnés depuis quarante-huit heures seulement {loc. cit., p. 445). J'aurai à revenir sur les accidents produits par le phosphore à propos des