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I. Gangrènes en général

Quel que soit l'organe envahi par la gangrène, la partie mortifiée subit la fermentation putride ou se dessèche, un travail d'inflammation éliminatoire s'établit au pourtour, et, si l'élimination a lieu, la plaie suppurante qui lui succède peut suivre sa marche la plus heureuse et se cicatriser avec une perte de substance plus ou moins considérable, ou bien la mort survient dans le cours de cette série d'accidents successifs. Cet enchaînement des phénomènes résultant de la gangrène peut être suivi des yeux dans les parties extérieures, tandis que , dans les organes profonds , il s'annonce par des symptômes qui varient suivant les organes atteints ; cependant ces symptômes se rattachent toujours à l'une des données que je viens d'exposer : à la mortification même des tissus, à leur décomposition, à leur expulsion au dehors de l'organisme, à la suppuration consécutive, à la cicatrisation de la perte de substance.

Une question capitale du diagnostic de la gangrène est la recherche des causes locales ou générales de la lésion.

Les causes locales, en dehors des influences traumatiques, sont toutes celles qui entravent la circulation ou obstruent les vaisseaux : les artères, les capillaires, plus rarement les veines. Ainsi agissent le froid , la compression trèsprolongée, rarement les obturations veineuses (phlegmatia alba dolenà), mais bien plus fréquemment les obturations des artères dues à des embolies. Les recherches modernes ont démontré toute l'importance des obturations artérielles emboliques comme causes des gangrènes; mais il faut y joindre les obturations des petites artères qui sont la conséquence du développement des plaques athèromateuses , et les obturations dues à une véritable artérite. Cette dernière cause a été reléguée au dernier plan , ou même niée; et cependant elle a, dans certaines contrées , une très-grande importance. Martinez del Rio, qui a pratiqué la chirurgie avec distinction à Mexico , y a très-souvent constaté la gangrère due à l'artérite , et do nombreuses autopsies faites avec le plus grand soin lui ont démontré que cette affection doit être considérée comme une sorte d'endémie particulière au Mexique (communication orale). — Parmi les causes générales, on a considéré depuis longtemps comme causes prédisposantes les débilitations profondes produites par des flux abondants, par des suppurations prolongées , par la misère ou la vieillesse. Mais depuis les recherches $ur les gangrènes spontanées de François (4832), qui considéra

GANGRÈNES. — gangrènes localisées.

certaines altérations du sang comme origine des gangrènes , et par exemple le typhus et la fièvre jaune, on a ratlathé les complications gangréneuses à une foule d'affections générales aiguës ou chroniques.

Les fièvres graves, éruplives ou non éruplives, sont les affections générales aiguës qui se compliquent le plus fréquemment de gangrène; on pourrait les nommer toutes, en faisant remarquer toutefois que c'est principalement dans le cours de certaines épidémies d'une extrême gravité, que se montre la gangrène, à moins qu'elle ne fasse cortège presque obligé des symptômes, comme dans les bubons de la peste. Au nombre des maladies générales à marche chronique, pouvant favoriser ou provoquer l'apparition de la gangrène, et dans lesquelles il y a aussi altération manifeste du sang, on trouve la maladie de Bright, V hémophilie , le scorbut et surtout la glycosurie ( Landouzy, Marchai). L'importance des gangrènes dans celte dernière maladie est incontestée aujourd'hui ; aussi une gangrène quelconque doit-elle suggérer l'idée de l'existence de la glycosurie (diabète sucré), si celte maladie n'a pas été d'abord constatée, et faire rechercher la glycose dans l'urine. L'altération du sang est manifeste dans Pintoxication par Vergot de seigle, maladie dont une des formes a la gangrène spontanée pour caractère principal. — Enfin, dans une thèse intéressante sur la gangrène, Zambaco (1857) a cherché à démontrer l'influence que les perturbations nerveuses ont sur la production de cette affection.

On peut établir en fait que toutes les causes de débilitation profonde et prolongée, soit hygiéniques , soit pathologiques, soit même physiologiques, favorisent la production de la gangrène. Cependant il faut s'engager avec réserve dans le champ des explications générales de la gangrène , car les progrès de l'observation ont fait découvrir des causes matérielles dans des circonstances où l'on n'en soupçonnait pas d'abord l'existence {Voy. Embolies artérielles).

J'aurais encore à examiner plusieurs Questions générales relatives à la gangrène , mais elles sont dominées par le fait du siège de la lésion dans tel ou lel organe, et se retrouvent par conséquent mieux à leur place dans ce qui va suivre.

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