GASTRALGIE
rure , etc., ou bien plus légère et constituée par un malaise pénible et indéfinissable , avec nausées , découragement , anxiété , et quelquefois sensations bizarres (Barras). Les crises douloureuses sont parfois telles que les malades craignent de suffoquer, tombent en défaillance, ont même du délire ou des mouvements convulsifs ; leur cessation est quelquefois marquée par un dégagement considérable de gaz par la bouche et par l'anus. Le j)ouls reste calme et ne se concentre et s'accélère que par la persistance de la douleur; parfois il y a des battements épigastriques . — Dans l'intervalle des crises, la santé peut être parfaite, à moins que la gastralgie ne soit chronique ; alors il persiste des pesanteurs, des tiraille) neuts douloureux calmés par l'ingestion des aliments, dont la digestion peut ensuite être pénible ; parfois il y a une chaleur brûlante à l'épigastre , avec régurgitations de matières àcres ou acides (pyrusis). Dans presque tous les cas, Yappétit est bizarre , souvent exagéré et insatiable (boulimie) 7 la constipation est habituelle, et la nutrition se maintient ordinairement malgré la durée parfois très-longue de la maladie, dix, vingt ans, et môme davantage.
2° Inductions diagnostiques. — Malgré ces symptômes en apparence bien caractéristiques, il n'est pas toujours aussi aisé qu'on le pourrait croire d'abord de diagnostiquer la maladie, puis de décider si elle esl simple ou symptoinatique. Ce sont là les deux points principaux qui doivent préoccuper le praticien; et c'est surtout par voie d'élimination qu'il en atteindra la solution.
La douleur étant le signe essentiel de la gastralgie, elle doit être la base de toute recherche diagnostique ayant pour but de décider qu'il y a ou non gastralgie. S'ensuit-il qu'il nous faille ici passer en revue toutes les douleurs épigastriques qui pourraient être confondues avec celle de la névrose qui nous occupe ? Non évidemment. Déjà à l'article Douleur une partie de ce sujet a été traitée; je n'ai donc qu'à insister ici sur certains points particuliers. — D'abord , l'essentiel est de rechercher si l'on n'a pas affaire à une névralgie dorso- intercostale. Yalleix a fort bien fait remarquer que certaines douleurs de cette névralgie, fréquemment rangées parmi les crampes d'estomac, peuvent occuper la région épigastrique , mais qu'il y a en même temps un point douloureux à la pression et que d'autres points semblables se montrent sur le trajet du nerf. J'ajouterai que la limitation de la douleur à droite ou à gauche de la ligne blanche de l'épigastre est un des meilleurs caractères de la douleur névralgique dorso-intercostale , et qu'il faut avoir bien soin, lorsque l'on constate dans le dos une douleur que provoque la pression et qui retentit à l'épigastre , de bien noter son siège , afin de ne pas attribuer à l'influence de la gastralgie le foyer postérieur d'une névralgie dorso-iulercostale. — Je crois inutile d'exposer ici les caractères différentiels de l'embarras gastrique , de la gastrite aiguë ou chronique , de l'ulcère simple et du cancer de l'estomac avec la gastralgie , attendu que l'on peut facilement avoir recours aux mots correspondants de ce dictionnaire , et qu'il me suffit par conséquent de les mentionner.
La gastralgie une fois établie, est-elle simple ou symplomatiquc? Sans rappeler les coïncidences de cette affection avec une foule d'autres, on peut dire que, parmi les maladies qui affectent notablement le système nerveux ou le sang, l'hystérie et l'anémie (avec ou sans leucorrhée) sont celles qui s'accompagnent le plus souvent de gastralgie, ce dont il faudra d'autant plus tenir compte, que ces deux affections sont très-fréquemment observées, surtout dans les grands centres de population.
3° Pronostic. — On ne doit pas considérer la gastralgie comme une affection
GASTRIQUE (Embarras ou fièvre).
grave au point de vue de la terminaison, à moins qu'il n'y ait des complications exceptionnelles.
GASTRIQUE (Embarras ou fièvre). — On sait que l'on désigne ainsi un état pathologique mal défini dans sa nature et que l'on a aussi appelé état saburral muqueux, embarras bilieux, fièvre gastrique saburrale, etc.
4° Éléments du diagnostic. — La face tantôt naturelle, et tantôt avec coloration jaunâtre de la sclérotique et du pourtour des lèvres, une céphalalgie gravative, de Yanorexie, du dégoût des aliments, un goût amer ou fade, et un empâtement dans la bouche, dû principalement à Yenduit limoneux blanc ou blanc jaunâtre qui recouvre la langue, une haleine fétide particulière, dite saburrale, quelquefois des rapports aigres et nidoreux, des régurgitations bilieuses, des yiausées ou même des vomissements, un sentiment de malaise ou de gène vers la région épigastrique qui est indolente à la pression, tantôt de la diarrhée et tantôt de la constipation, des urines rares et sèdimenteuses : tels sont les symptômes principaux de l'embarras gastrique, qui peut exister a vec ou sans fièvre. Dans le premier cas, on constate un certain abattement, un malaise général, delà courbature, de Yinsomnie, sans trop grande fréquence du pouls. Cette fièvre est éphémère.
2° Inductions diagnostiques. — Le diagnostic de l'embarras gastrique, qui est surtout fréquent pendant les chaleurs de l'été, ne présente pas en général de difficultés. Lorsqu'il en est autrement, ce qui arrive lorsque le mal s'est prolongé déjà pendant un certain temps, l'embarras gastrique offre un caractère distinctif sur lequel on a insisté avec raison : c'est la rapidité de la disparition des accidents et le retour de l'appétit sous l'influence des évacuants et principalement des vomitifs. Lorsque les accidents résistent à l'emploi de ce moyen, on doit soupçonner qu'ils caractérisent une autre maladie ou qu'ils ne sont qu'une complication d'une maladie plus grave.
En présence des symptômes de l'embarras gastrique, il faut se demander, en effet, si l'affection est simple ou si elle n'est qu'un épiphénomène d'une maladie concomitante.
Il n'est guère d'affection, en effet, qui ne puisse se compliquer de cet état pathologique, et c'est surtout dans la pneumonie des vieillards, la phthisie aiguë, et dans l'affection typhoïde que l'on peut croire à l'existence d'un simple embarras gastrique. Dans la pneumonie des vieillards, en effet, les signes locaux de l'inflammation pulmonaire sont souvent à peu près nuls, ou demandent à être soigneusement recherchés pour être reconnus. Dans la phthisie aiguë, les symptômes de l'embarras gastrique peuvent être tellement prédominants, que c'est sur des faits de cette espèce que Waller a fondé sa division de la phthisie aiguë à forme gastrique, et que Leudeta admis sa forme latente (Thèse, 1851). Enfin il arrive journellement que, dans les embarras gastriques fébriles, la fièvre, l'abattement, la céphalalgie, les troubles de la vue, la diarrhée, fout hésiter entre l'existence d'une affection typhoïde et un simple embarras des voies digestives; il est vrai que l'erreur peut n'avoir lieu qu'au début , avant le développement des taches rosées lenticulaires de l'affection typhoïde, mais l'incertitude est inévitable jusqu'à ce que l'on ait eu recours au vomitif, comme critérium. L'évacuation est habituellement suivie d'une grande amélioration, d'une nuit calme et du retour de l'appétit, si l'on n'a affaire qu'à un simple embarras gastrique, et les symptômes persistent au contraire, à peu de chose près, au môme degré dans le cas de fièvre typhoïde.
Lorsqu'il est primitif, l'embarras gastrique ne saurait être confondu avec la gastrite, ni avec la dyspepsie, malgré les phénomènes communs de part et
GASTRITE. — GASTRITE AIGI7C.
4'aulre. La castrite est introuvable comme maladie spontanée, et la dyspepsie est essentiellement chronique, tandis que rembarras gastrique ne l'est jamais, au moins comme affection isolée.
Que l'embarras gastrique soit primitif ou constitue un épipbénomène, on n'oubliera pas qu'il peut présenter ou la forme bilieuse ou la forme muqueuse. — Dans la première, on constate les signes de l'état bilieux : face jaunâtre, amertume de la bouche, vomissements bilieux amers, jaunâtres ou verdàtres, et réaction verdâtre de l'urine traitée par l'acide nitrique. Cette forme se distingue difficilement des fièvres bilieuses bénignes des pays chauds. — Dans la forme muqueuse, la face est naturelle ou pâle, la bouche fade, et les matières vomies sont sans amertume ni coloration. Cette forme est souvent liée à l'engouement stercoral.
Le degré de la maladie dépend du plus ou moins d'intensité des symptômes, parmi lesquels il faut tenir compte des phénomènes exceptionnels (probablement congestifs) que l'on rencontre quelquefois du côté du cerveau, tels qu'une céphalalgie intense, une insomnie opiniâtre, et même du délire.
3° Pronostic. —11 est d'autant plus important de ne pas confondre l'embarras gastrique avec d'autres maladies plus graves, que son pronostic est toujours favorable , et qu'il n'en est pas de môme des affections avec lesquelles il pourrait être confondu.
GASTRITE. — Si la division de la gastrite en aiguë et chronique est justifiée, c'est surtout dans la question de diagnostic.
I. Gastrite aiguë. — On peut se demander ce qu'est devenue aujourd'hui la gastrite, si fréquemment annoncée au lit des malades, il y a une quarantaine d'années, par les médecins imbus des doctrines de Broussais. C'est que cette affection est en réalité très-rare, principalement hors des hôpitaux, et que l'on ne croit plus à son existence toutes les fois qu'il y a vers l'estomac des troubles plus ou moins graves.
On admet généralement aujourd'hui, mais avec réserve, qu'une douleur épigastrique spontanée augmentant à la pression, des vomissements bilieux plus ou moins fréquents et sans soulagement consécutif, une perte de V appétit plus ou moins complète avec un soif vive, et enfin un mouvement fébrile plus ou moins intense et sans autres symptômes généraux violents, constituent les principaux symptômes de la gastrite aiguë.
Mais combien ces signes seraient trompeurs si l'on ne constatait pas en même temps l'absence des autres affections qui peuvent produire la plupart d'entre eux ! C'est surtout cette élimination qui peut faire arriver au diagnostic; aussi dois-je insister sur ce point et faire remarquer que c'est par l'étude attentive des principaux symptômes, épigastralgie et les vomissements bilieux, rapprochés des autres particularités de l'affection observée, que l'on arrivera à préciser autant que possible le diagnostic.
La douleur peut surtout être confondue, et elle l'a été souvent, avec celle qui est due à une simple névralgie dorso-intercostale des cinquième, sixième et septième paires de nerfs qui viennent aboutir àl'épigastre , névralgie qui s'accompagne quelquefois de vomissements. Mais avec de l'attention, rien n'est plus facile que de J préciser par la pression le véritable siège delà douleur. Dans la gastrite, la pression del'épigastre produit à gauche comme à droite de la ligne blanche une augmentation égale de la douleur spontanée, tandis que, dans la névralgie dorsointercostale, le foyer douloureux de l'épigastre est strictement limité immédiatement à gauche ou ù droite de la ligne blanche dans une petite étendue, ou, si elle existe des deux côtés, elle est infiniment plus marquée d'un côté que
m GASTRORRHÉE.
de l'antre; en même temps l'existence des antres foyers de douleur (vertébral et externe) confirme le diagnostic de la névralgie. Si la douleur est reconnue pour n'être pas névralgique , on aura encore , avant de la rattacher à la gastrite, a décider qu'elle ne peut pas se rapporter a une gastralgie, au ramollissement non inflammatoire de l'estomac, à {'hépatite, â la péritonite , aux coliques hépatique, néphrétique, saturnine, etc. Quant aux vomissements, j'ai traité ailleurs de leur signification ; des détails à ce sujet seraient donc superflus.
La gastrite aiguë est très-rarement spontanée. Le plus ordinairement, elle constitue une affection secondaire, qui a été étudiée avec soin par Louis. Cet excellent observateur a signalé, dans cette circonstance, l'importance diagnostique des douleurs cpigastriques et des vomissements de bile comme signes d'une altération inflammatoire de l'estomac, lorsqu'ils surviennent dans le cours d'une autre maladie.
Le pronostic de la gastrite aiguë n'est grave que parce qu'elle est secondaire.