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I. Grossesse normale

Reconnaître la grossesse lorsqu'elle existe, constater les affections qui la compliquent et l'influence que ces maladies exercent sur elle, et enfin rapporter à la grossesse les changements qu'elle-même provoque dans les maladies concomitantes : telles sont les trois questions de diagnostic que j'ai à examiner.

A. — Reconnaître Vexistence de la grossesse est un problème bien différent suivant la période à laquelle elle est arrivée, car ses signes palhognomoniques, le ballottement, les mouvements du fœtus et les doubles battements de son cœur, ne se montrent qu'à une époque déjà avancée; jusque-là les difiîcultés diagnostiques sont nombreuses.

A la première période, c'est-à-dire pendant environ les deux premiers mois, la grossesse s'accompagne de signes rationnels, sans qu'un seul, considéré à part, soit probant; ces signes, mômes réunis, ne peuvent que faire soupçonner la grossesse. Ce sont : un arrêt dans le retour des règles , jusque-là régulières; les troubles de la digestion ou les bizarreries de Y appétit; les vomissements, parfois rebelles; les sensation particulières de chaleur ou autres ressenties par la femme à l'hypogastre ; puis l'altération sensible des traits, la turgescence des mamelles , l'élargissement avec teinte plus foncée des mamelons ,

GROSSESSE. — GROSSESSE NORMALE

et rabaissement du col utérin, qui est plus mou et plus volumineux. Le soupçon de l'existence de la grossesse dans les cas d'aménorrhée doit d'ailleurs venir toujours à l'esprit du médecin ; et, si l'ensemble des phénomènes concomitants ne vient pas à l'appui de cette présomption , il faut éviter de se prononcer immédiatement, et attendre la marche ultérieure des phénomènes, lien est de même si, peu après une époque menstruelle, une jeune femme éprouve des signes rationnels de grossesse; le défaut des menstrues à l'époque suivante vient alors augmenter les probabilités de la grossesse. Celte réserve, lorsque l'on peut soupçonner le gestation vers son début , est d'autant plus nécessaire qu'elle fait éviter des explorations intra-utérines qui auraient l'avortement pour conséquence , comme cela est arrivé à des praticiens recommandables. Ainsi, savoir attendre est un précepte important en pareil cas.

C'est à tort que Jos. Beccaria a considéré comme un signe pathognomonique de la grossesse la présence d'une douleur pulsative très-vive bornée à la région du cervelet (Ann. univers, di med., 1830), et qui n'était probablement autre chose qu'une névralgie occipitale. La présence de la kyesteïne dans V urine est un autre signe de grossesse qui n'a pas plus de valeur, -quoique Lethley (Edinb. med. and surg. journ. , 1842) l'ait constatée 48 fois sur 50, attendu que cette particularité, de môme que la précédente, se retrouve hors de la gestation. On peut en dire autant de la coloration lie de vin de la muqueuse vaginale, signalée par Jacquemin {Arch. de méd., 1842, t. XIII, p. 210), et que Buchheister a retrouvée chez les femmes peu avant les règles, et chez une malade présentant les signes rationnels de la grossesse, mais affectée seulement d'une tumeur de l'ovaire. Mattei , dans une communication faite à l'Académie de médecine (juin 18GG), indique un moyen plus positif de reconnaître la grossesse avant le quatrième mois, et même dès la fin du premier. Se fondant sur ce principe que l'utérus ne peut être gravide sans augmenter de volume , et sur ce (ait important que l'utérus est alors quatre fois sur cinq en antéversion , une fois sur cinq ou six en rétroversion, et rarement dans la position droite, il considère le palper hypogaslrique combiné au toucher vaginal comme fournissant fréquemment alors des signes de grossesse. C'est ainsi que dans l'antéversion, par exemple, il peut constater que le corps utérin est de niveau avec les pubis dès la fin du premier mois et même avant, à plus forte raison plus tard. Cette constatation est un peu plus tardive lorsque l'utérus reste droit et dans la rétroversion; et, dans ce dernier cas encore, le diagnostic pourrait être porté dès le troisième mois (Bulletin de VAcad. de méd., 1860, n° 19). Ainsi que la remarque en a été faite, on ne saurait poser comme règle ces résultats du toucher et de la palpation combinés, résultats qHi n'indiquent d'ailleurs qu'une augmentation de volume de l'utérus, sans en faire connaître la cause spéciale. Chez certaines femmes , l'utérus peut doubler de volume à 1 époque des règles; et, dans un cas de ce genre, Cazeaux a pu croire à un commencement de grossesse qui n'existait pas. Le développement de l'utérus gravide offre cependant quelque chose de spécial facile à constater, suivant Depaul , pendant les premiers mois. C'est que le segment postérieur et inférieur de l'organe se développe avant ses autres portions; cela fait que, si par le toucher on contourne le col, la face postérieure de ce col paraît plus courte que L'intérieure, et que le doigt arrive immédiatement sur le corps de l'utérus (Union méd., 1806). C'est là un signe excellent dont on pourra tirer parti. Barnes a signalé aussi comme signe de grossesse au début un relâchement particulier du tissu connectif unissant le col utérin à la base

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