II. Hydatides intra-thoraciques
Si je comprends ici sous un même titre les hydatides du poumon et de la plèvre, c'est que, pendant la vie, le diagnostic ne saurait aller au-delà de ce fait que la poitrine contient un kyste hydatique ; et encore ce diagnostic est-il de la plus grande difficulté lorsque la tumeur siège à droite au-dessus du foie.
En supposant, en effet, qu'une tumeur intra-thoracique soit diagnostiquée ( Voy. Tumeurs), dans la plupart des cas, il n'y a, comme signes positifs démontrant qu'il s'agit d'un kyste hydatique, que l'écoulement du liquide de l'hydatide à l'aide d'une ponction exploratrice, ou par suite d'une rupture dans les voies respiratoires, et le frémissement hydatique à la percussion, qui puissent éclairer le praticien d'une manière certaine. Cependant Vigla, qui a publié un excellent Mémoire sur les hydatides de la cavité thoracique (Arch. de méd., 1805, t. VI), a montré qu'en tenant compte de tous les signes locaux, on peut arriver à diagnostiquer ces tumeurs . Il distingue les hydatides intra-thoraciques développées : 1° dans la cavité même des plèvres; 2° en dehors du feuillet pariétal ou viscéral des plèvres; 3° dans l'un des médiastins; 4° dans le foie ou la rate et ayant envahi la poitrine après avoir refoulé et perforé le diaphragme.
Vigla insiste dans son travail sur les signes qui doivent fixer l'attention : sur la valeur séméiologique de la dyspnée constante, progressive, sans symptômes généraux; sur la dilatation inégale et partielle de la poitrine du côté affecté, avec matité procédant d'un point quelconque de la circonférence, sans niveau régulier, indépendante des lois de la pesanteur, pouvant s'avancer en pointe du côté opposé, avec absence de tout bruit respiratoire au niveau de la saillie, avec refoulement des organes voisins , marche chronique, et durée très-longue dès le début. Dans le fait très-remarquable qui a été recueilli par lui, il insista sur la saillie anomale qui siégeait en avant du côté droit de la poitrine, sans s'étendre en dehors au niveau de l'aisselle comme dans les épanchements pleurétiques du côté droit, ou comme les tumeurs volumineuses du foie, affections qui se trouvaient ainsi exclues du diagnostic. Celte première considération sur la saillie thoracique, à propos de laquelle le docteur Vigla voulut bien me demander mon avis, qui fut conforme au sien, fut le point de départ de son diagnostic par
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exclusion. La forme insolite de la inatité fit également éloigner l'idée de l'épanchement pleurétique, de môme que l'absence de battements vasculaires et des bruits respiratoires au niveau de la saillie lui fit rejeter l'existence d'un anévrysme ou d'une tumeur solide, qui aurait transmis les bruits du cœur et des poumons. Il arriva ainsi à admettre la probabilité d'un kyste hydatique, et une ponction faite par Monod, sur la demande de Vigla, vint donner la certitude à ses inductions, car le malade, après avoir eu d'abord des accès de suffocation menaçants, guérit après l'évacuation par le trocart de 2,450 grammes de liquide avec des fragments de vésicules hydatiques.
Dans la plupart des faits observés, les hydatides occupant la base d'une des cavités latérales de la poitrine ont été prises pour des épanchements pleurétiques, et celles occupant le sommet pour des tuberculisations pulmonaires. La rupture du kyste et l'expulsion des hydatides (liquide ou fragments de vésicules) par l'expectoration viennent ordinairement révéler la nature de l'affection intrathoracique jusque-là méconnue. Eu supposant que l'on arrive à la connaissance du kyste intra-thoracique par des signes suffisants, on ne saurait avoir la prétention de préciser s'il occupe le poumon, la plèvre ou le médiastin. Il y a plus : on a contesté la possibilité de distinguer d'un kyste intra-thoracique un kyste ayant son point de départ dans le foie ou dans la rate, et qui aurait envahi le côté correspondant de la poitrine. Cependant s'il y a expectoration d'hydatides, il est clair que le mélange de la bile démontrera qu'il s'agit d'un kyste du foie ouvert dans les bronches. C'est ce que j'ai reconnu récemment chez une jeune femme qui expectorait des crachats tachés de sang, et mélangés de débris membraniformes jaunâtres depuis plusieurs semaines. Ces débris, examinés parRanvier, furent reconnus pour être des fragments de vésicules hydatiques avec des éléments biliaires. Outre une toux fréquente et extrêmement pénible, il n'existait comme signes locaux qu'un peu de râles sous-crépitants à la base du poumon droit en arrière et une matité du foie remontée de deux bons travers de doigt de plus que de coutume, sans que cet organe dépassât inférieurement le rebord des fausses côtes. Trousseau, qui a publié une excellente leçon sur les hydatides du poumon (Clinique méd. de l'Hôtel- Dieu, t. II), a nié leur existence dans la plèvre, en y expliquant leur présence par leur chute de la périphérie du poumon dans la cavité pleurale.
Quoi qu'il en soit, les kystes intra-thoraciques d'un certain volume ne peuvent guérir que par leur ponction ou leur rupture dans les bronches. Mais cette rupture elle-même peut occasionner rapidement la mort en asphyxiant le malade; c'est ce que j'ai vu arriver à l'Hôtel-Dieu pour un homme qui, admis à l'hôpital pour une dyspnée excessive, y succomba peu d'instants après, en rejetant par la toux une énorme quantité de liquide aqueux et transparent. A l'autopsie, je constatai un énorme kyste uniloculaire occupant les deux tiers inférieurs du côté gauche de la poitrine, s' ouvrant dans le tissu pulmonaire par un pertuis assez étroit. Ce kyste, que j'ai reproduit par le dessin, était sans doute fort ancien, car le poumon, refoulé en avant et diminué d^ volume sans doute par la compression, n y formait qu'une languette en boudin aplati, descendant au-devant de la partie gauche du cœur, et présentant d'ailleurs un tissu pulmonaire normal et crépitant.