III. Hydatides intra-abdominales
Les hydatides du foie sont incomparablement les plus fréquentes relativement à celles qui occupent les autres organes abdominaux, et au moins aussi fréquentes que celles de tous les autres organes de l'économie réunis, comme le montrent les relevés de Davaine (ouv. cite", p. 376). On en a observé aussi dans les reins
HYDATIDES. — hydatioes intra-abdominales.
(où ils peuvent produire une pyélo-néphrite comme les calculs), dans le petit bassin, bien plus rarement dans V ovaire, et exceptionnellement dans les parois de la matrice et dans les capsules surrénales. En dehors des hydatides du foie et de celles du petit bassin, dont je vais m'occuper en particulier, les autres hydatides des organes abdominaux ne méritent que cette courte mention, leur diagnostic étant subordonné «à celui de la tumeur elle-même (Voy. Tumeiks intra-abdominales) ou à la constatation directe des hydatides expulsées ou de leurs éléments, comme je l'ai indiqué plus haut. A. Hydatides du foie.
Les particularités que présente le diagnostic des hydatides du foie sont nombreuses; aussi les kystes hydatiques de cet organe sont-Us principalement ceux qui ont servi à formuler l'histoire générale des hydatides. Davaine a parfaitement résumé ce diagnostic (ouv. cité, p. 161), et plus tard Trousseau en a fait le sujet d'une de ses leçons (Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, 3e édit.).
Le kyste hydatique du foie qui n'a pas encore acquis un grand volume est d'un diagnostic fort incertain; mais lorsqu'il est volumineux, la présence dans l'hypochondre droit d'une tumeur très-apparente, égale, qui s'est accrue lentement, sans beaucoup de douleur, sans jaunisse, sans ascite, sans fièvre, sans dépérissement général, ne peut guère appartenir qu'aux hydatides. — La tumeur hydatique du foie ne pourra guère être confondue avec un abcès, qui acquiert rarement un grand volume sans être précédé ou accompagné de douleurs et de fièvre. — Elle ne le sera pas non plus avec un cancer, qui ne forme pas une tumeur globuleuse et unie. — La tumeur de la vésicule biliaire pourrait plus facilement être prise pour une hydatide, si elle n'était constamment, et presque à son début, accompagnée d'une jaunisse intense , de douleurs vives (Davaine, ouv. cité, p. 161).
Malgré ces signes distinctifs, il y a des cas dans lesquels le diagnostic offre les plus grandes difficultés : c'est lorsque l'accroissement de la tumeur hydatique, plus rapide que d'ordinaire, est accompagné de douleurs et de fièvre; lorsqu'une circonstance particulière, comme une violence extérieure, est venue en changer la marche; lorsque, parla compression qu'elle exerce sur les conduits biliaires, sur la veine porte ou sur la veine cave, la tumeur produit un ictère, une ascite ou un œdème des membres inférieurs, qui changent plus ou moins la physionomie ordinaire de la maladie ; et lorsque plusieurs kystes donnent à la tuméfaction de l'hypochondre un aspect inégal. Blachez a fait connaître un fait dans lequel l'inégalité des bords de la tumeur a pu donner lieu à une erreur de diagnostic, le foie remplissant les deux hypocbondres, et son bord présentant une scissure au palper, ce qui fit croire à un développement simultané du foie et de la rate. Ce diagnostic semblait être confirmé par une exagération du nombre des globules blancs du sang constatée au microscope. Une ponction exploratrice, la nature hydatique de la tumeur ayant été soupçonnée à la suite d'accès de suffocation, donna issue à un liquide qui mit l'existence des hydatides hors de doute (Soc. méd. des hôpit., 1868). Le volume du foie était bien plus considérable encore chez une malade âgée de trente-huit ans dont Frerichs a rapporté l'observation. Dans ce fait, pendant la vie, fig. 96, page 528, l'abdomen était trèsdistendu par le foie notablement augmenté de volume, puisqu'il donnait lieu à une matité remontant à droite jusqu'à la deuxième côte, et en bas jusqu'à l'ombilic, d'où l'on sentait le foie descendre vers la fosse iliaque droite, et remonter vers le cartilage de la dixième côte gauche ; sa surface était inégale. Une ponction exploratrice révéla la nature hydatique de la tumeur. La mort survint, et à l'autopsie on trouva le diaphragme refoulé supérieurement très-haut, et le foie
HYDATIDES -
HYOATIDF.S l\TRA-.\m WMIKALE*.
devenu énorme ayant les rapports indiqués, fig. 97. Cet organe pesait plus de huit kilogrammes et demi, et le kyste renfermait treize livres de liquide et une vésicule couverte d'échinocoques à sa face interne (Traité prat. des mal. du foie, 2* édit., 4866, obs. I).
Dans ces différents cas, à défaut du frémissement hydatique, la ponction exploratrice avec un trocart capillaire donne des indications précises sur la nature de l'affection du foie ; mais pour la pratiquer, il faut admettre que cette ponction soit exempte de dangers.
Les erreurs de diagnostic commises le plus fréquemment sont celles qui
Fig. W. — Habitua extérieur d'ua individu atteint Fig. 91. — Même individu que pour la figure 96.
d'échinocoques du foie, — a, apophyse xipholde. —6, limite supérieure du foie, au niveau de la
b, symphyse, e, d, e, contour du foie. /, téle du deuxième côte, e, kyste volumineux. <f, raie
sternum, g, point où a lieu le choc du cœur refoulée en haut par le lobe gauche du foie.
(Frerichs, Traité des malad. du foie). e, péricarde, f, estomac (Frerich»),
résultent de l'envahissement des kystes développés vers la face supérieure du foie, et qui font croire à un épanchement pleurétique (Voy. TuMEuns intrathoraciques). On a vu, en effet, le diaphragme et le poumon droit être refoulés jusqu'à la troisième ou la deuxième côte, comme dans le fait de Frerichs. L'énorme distension du kyste vers l'abdomen a quelquefois simulé une ascite.
Les accidents si variés de la rupture des kystes hydatiques du foie peuvent seuls mettre sur la voie du diagnostic dans les cas difficiles.
Ces signes ont été bien exposés par Cadet de Gassicourt (Thèse, 1856). fis varient suivant le siège du kyste et les organes qui l'avoisinent. Cette rupture peut s'effectuer : \° à travers les parois abdominales, où il s'établit sous les
DU
HYDÀTIDES. — HYDATIDES INTRA ABDOMINALES. 529
côtes ou près de l'ombilic une fistule qui donne passage à des hydatides plus ou moins mélangées de pus, parfois pendant plusieurs années ; 2° dans V abdomen, soit dans le péritoine, soit dans l'estomac, les intestins, peut-être la vessie, soit enfin dans les voies biliaires, et (doit-on ajouter) dans la veine cave inférieure (Hérard, Soc. des hùp., 1855); 3° dans la poitrine, tantôt dans le péricarde, tantôt dans la plèvre ou le poumon. Je renvoie à ce que j'ai dit de ces ruptures à propos des hydatides en général, en ajoutant que le liquide expectoré, dans les cas de rupture dans les cavités aériennnes, peut contenir des éléments de la bile, qui démontrent le siège de la tumeur hydatique au niveau de l'organe hépatique, comme je l'ai vu récemment dans le fait rappelé plus haut. Trousseau a rapporté une intéressante observation de ce genre, dans laquelle la communication morbide avait eu lieu à travers une portion de tissu gangréné (Clinique méd. de VHôteUDieu, lre édit., t. II, 1862).
Le pronostic des kystes hydatiques du foie est grave ; cependant cette affection doit être considérée comme une des moins dangereuses de l'organe hépatique, la guérison pouvant avoir lieu par évacuation spontanée des hydatides, surtout par les parois abdominales et le côlon, ou par inflammation non suppurée du kyste, dont on doit sans doute rapprocher les faits de guérison par pénétration de la bile dans la cavité kystique, cités par Leudet (Soc. anat., 1853) et par Cadet de Gassicourt. La mort survient de cinq manières différentes, suivant Barrier : 1° par compression extrême du poumon droit(?) ; 2° par inflammation du kyste ; 3° par rupture dans le péritoine ou la plèvre (on doit ajouter dans la veine cave inférieure) ; 4° par inflammation chronique des voies traversées par les hydatides expulsées (intestin, poumon), ou par épuisement dû à la suppuration du kyste ouvert au dehors ; 5° par oblitération des voies biliaires par des hydatides (Thèse, 1840).
B. Hydatides du petit bassin.
Charcot a appelé l'attention sur les particularités remarquables que présentent les kystes hydatiques du petit bassin, en concluant des douze faits qu'il a réunis que le tissu conjonctif sous-péritonéal est le siège de prédilection de ces tumeurs hydatiques. Ces kystes, suivant l'auteur, ne sont pas tout à fait rares et viennent par ordre de fréquence après ceux du cerveau et des poumons; ils coïncident, en général, avec des tumeurs hydatiques dans d'autres organes. Le plus souvent ils siègent entre le rectum et le col de la vessie chez l'homme, et entre le rectum, le vagin et l'utérus chez la femme; ils adhèrent aux organes voisins qu'ils refoulent, et par là diffèrent des kystes de l'ovaire non adhérents. Ils s'accompagnent, à une certaine époque, de phénomènes de compression du rectum, du col vésical (d'où la constipation et rischurie), ou de phénomènes inflammatoires locaux et généraux tendant à l'expulsion des hydatides au dehors, avec tendance de rupture dans les conduits muqueux, car Charcot n'a pas trouvé d'exemple de rupture dans le péritoine. La mort eut lieu par péritonite chez un jeune homme de vingt-quatre ans, qui n'avait pas uriné depuis quatre jours et qui offrait une tumeur fluctuante à l'hypogastre jusqu'à l'ombilic. La sonde n'ayant pu parvenir dans la vessie, une ponction fut pratiquée par le rectum, d'où l'on retira trois litres d'un liquide limpide, en même temps que l'urine sortait en grande abondance et naturellement par l'urètre. On n'avait ponctionné que le kyste hydatique, interposé entre le rectum et la vessie (Lancet, 1864). Une seule fois, dans les faits réunis par Charcot, il a été perçu un frémissement hydatique dans la tumeur (Mém. de la Soc. de biologie, 1852, . t. IV, et Gaz. méd., 1852). Davaine, qui a réuni vingt-sept cas de cette espèce, dont plusieurs, il est vrai, n'ont été reconnus qu'à l'autopsie, range les
Woillez. - Dlct. de Diagn. 2» édit. 34