I. Hypertrophie du cœur
On rencontre rarement dans la pratique l'hypertrophie simple du cœur ; le plus souvent elle constitue une lésion secondaire.
1° Éléments du diagnostic. — L'absence de douleur au niveau du cœur, des palpitations habituelles, de la dyspnée, de {'oppression; un soulèvement visible de la région précordiale à chaque impulsion du cœur, dont la pointe peut battre sensiblement plus en dehors et en bas du mamelon que dans l'état normal (Voy. Cœur, p. 203); une impulsion manifestement exagérée aussi à la palpation; une matité précordiale résistante et étendue, qui peut atteindre jusqu'à 10 et 12 centimètres de diamètre, et qui rappelle la forme agrandie de cet organe; à l'auscultation, Yobtusion des bruits du cœur, qui sont sourds, étouffés et ordinairement prolongés, mais sans souffle propre à l'hypertrophie; un pouls au contraire large et fort, régulier, avec fréquentes congestions de la face, et avec ou sans troubles généraux de la circulation : tel est l'ensemble des signes attribués à cette hypertrophie.
2° Inductions diagnostiques. — Lorsque ces signes se trouvent réunis sans coïncidence d'autres altérations du cœur, il est clair que leur ensemble met hors de doute l'existence de l'hypertrophie de cet organe. La matité étendue et à forme spéciale; la déviation de la pointe du cœur en dehors du voisinage du mamelon, lorsqu'il n'existe pas d'épanchement ou de tumeur du côté droit de la poitrine qui refoulent le cœur à gauche; l'énergie des palpitations, de l'impulsion de l'organe et du pouls, contrastant avec l'étouffement des bruits perçus à l'auscultation, ne peuvent laisser aucune hésitation au diagnostic. Mais si on les considère isolément ou en petit nombre, ces signes perdent presque toute leur valeur; et, ce qui contribue encore à leur donner de l'incertitude, c'est la concomitance d'autres lésions cardiaques et notamment de lésions valvulaires.
J'ai dit plus haut que l'hypertrophie du cœur était le plus souvent secondaire. 11 en résulte que la constatation de l'une des maladies dont elle procède habituellement sera une donnée précieuse pour le diagnostic. Parmi ces maladies se
HYPERTROPHIES. — hypertrophie du cœur.
trouvent d'abord les rétrécissement* ou Yinsuffisance des orifices du cœiir, qui produisent l' hypertrophie cardiaque en nécessitant des efforts incessants de contraction de la part de l'organe. Il en est de même de Yemphysème pulmonaire, au cours duquel l'hypertrophie du cœur, signalée par Louis, s'observe le plus souvent comme lésion unique de l'organe, ainsi que l'ont démontré de nombreuses observations (Mém. de la Soc. d'observ., t. III). Des adhérences générales du péricarde ont été également considérées comme cause de l'hypertrophie qui m'occupe (Voy. Adhérences, p. 19); et enfin Larcher admet que cet état du cœur est normal pendant le cours de la gestation (Arch. de mèd., 1859, t. XIII).
Les palpitations nerveuses de l'anémie en imposent souvent aux médecins pour une hypertrophie cardiaque, surtout lorsqu'ils examinent les malades par hasard et sous l'influence de l'émotion que provoque l'exploration. C'est un point des plus importants de la pratique; il me suffit de le signaler, car avec de l'attention on évitera cette grave méprise. L'erreur en pareil cas, s'il y avait la pléthore, séreuse signalée par Beau, serait plus facile que dans l'anémie simple, parce que là l'impulsion exagérée du cœur, la matité étendue et la plénitude du pouls pourraient en imposer davantage.
Je dois rapprocher de ces faits ceux d'anémie ou de cachexie dite exophthalniique, dans lesquels l'excitation cardiaque et vasculaire est portée à l'extrême ; mais ici la saillie des globes oculaires et le développement de la glande thyroïde qui accompagnent les palpitations lèveront ordinairement tous les doutes. — La surcharge graisseuse du cœur pourrait être prise aussi pour son hypertrophie; mais si la matité est étendue dans les deux cas, en revanche il y a, dans le premier, une obésité générale exagérée et une atténuation de l'impulsion qui empêchent de les confondre.
Le siège de l'hypertrophie, qui occupe presque constamment le cœur gauche, n'est pas facile à déterminer si elle a seulement envahi le ventricule droit. Bouiliaud a attribué à V hypertrophie du ventricule droit : le siège des battements et de la matité à la partie inférieure du sternum, ainsi que des hémorrhagies pulmonaires, la turgescence des jugulaires et le pouls veineux. Mais il est difficile de ne pas croire alors à une lésion valvulaire, plus importante que l'hypertrophie elle-même.
Le degré plus ou moins prononcé de l'hypertrophie peut être établi par l'étendue de la matité et de l'impulsion , ainsi que par l'écartemeht de la pointe du cœur. — Quant à ses formes, que l'on a admises au nombre de trois, suivant que la capacité des cavités reste la même, augmente ou diminue, elles ne sont pas toujours faciles à distinguer, sauf dans les cas où la dilatation est prononcée. — Cependant il est difficile de comprendre que les bruits clairs, la faiblesse de l'impulsion du cœur et celle du pouls, que l'on attribue à la dilatation des cavités (p. 291), puissent coïncider avec les signes contraires qui caractérisent l'hypertrophie. Selon Dechambre (Gaz. mèd., 1844), ce qu'il y aurait alors de remarquable serait l'étendue de la matité et la plénitude avec état vibrant du pouls.
Duinénil a signalé un souffle caverneux avec retentissement exagéré de la voix, au niveau de la partie du poumon gauche qui subit la compression du cœur hypertrophié. Il se fonde sur deux faits observés par lui (Union méd. de la Seine-Inférieure, 18G4) pour faire connaître celte complication de l'hypertrophie cardiaque.
3° Pronostic. — Il est très-grave, malgré la possibilité de la guérison admise par Laennec et par Bouillaud. Quoique lente, la marche de l'hypertrophie du