II. Intoxication mercurielle
1° Éléments du diagnostic. — Quatre sortes d'accidents peuvent caractériser cette intoxication : une éruption cutanée dite hydrargirie, une stomatite, des tremblements, et une cachexie, qui ont des formes particulières.
2° Inductions diagnostiques. — Parmi ces manifestations de l'intoxication mercurielle, il en est deux, Yhydrargirie et la stomatite, qui s'observent principalement dans le cours ou à la suite d'un traitement interne ou externe par les préparations mercurielles. La simple connaissance de cette circonstance fait rattacher facilement à leur véritable cause les accidents que je viens de rappeler, et dont il a été question (Voy. Hydrahgirie et Stomatite mercurielle).
On reconnaît le tremblement mercuriel à des petites secousses successives et involontaires des membres, principalement des membres supérieurs , dont les mouvements perdent leur précision ; elles se rencontrent chez des individus ordinairement pâles, languissants, à chairs molles, et s'accompagnent quelquefois d'embarras de la parole et de mouvements grimaçants de la face.
Lorsque le tremblement est intense, la langue avancée sur la lèvre inférieure, ou allongée hors de la bouche, est agitée aussi de mouvements irréguliers; les malades ne peuvent porter aucun liquide à leur bouche sans le renverser, ni même un aliment solide, qu'ils ne peuvent diriger juste (Mérat). La mastication est quelquefois impossible, et, dans des cas rares, il y a de Yinsomnie, de l'agitation, du délire, de l' affaiblissement de l'intelligence, l'oblusion de plusieurs sens et même des perles de connaissance momentanées.
Mais c'est surtout dans la cachexie mercurielle que l'intelligence peut être affaiblie. On remarque de l'hébétude, la bouffissure, la pâleur, la langueur générale, la fétidité extrême de l'haleine, le gonflement fongueux des gencives qui sont en même temps molles, saignantes, ulcérées, l'ébranlement et la chute des dents cariées ou saines, les palpitations, l'anhélation, les syncopes, la fréquence et la petitesse du pouls, l'infiltration œdémateuse des membres inférieurs, les hémorrhagies sous-épidermiques ou autres, la perte de l'appétit, la diarrliée, parfois un délire plus ou moins violent avec hallucinations, plus rarement des accès convulsifs. Cet ensemble de phénomènes est caractéristique. A part les hallucinations et les convulsions, j'ai observé tous les autres chez une jeune fille de sept ans, qui présenta de plus une foule de points gangreneux partout où existaient des saillies osseuses soumises à la pression. Celle malheureuse enfant, qui succomba aux progrès rapides de la cachexie, avait été d'abord atteinte d'un simple érysipèle de la face, avec le délire fébrile qu'il est si ordinaire d'observer dans le jeune âge au début de beaucoup de maladies aiguës, même bénignes, et ce délire avait fait croire à une méningite contre laquelle on avait eu recours à des frictions mercurielles répétées sur la face. Il n'y eut pas, dans ce cas, de tremblement mercuriel, comme dans ceux où la cachexie survient rapidement par suite d'un traitement mercuriel exagéré. Quand Tin- ■ toxication est lentement continuée, on voit au contraire coïncider les deux manifestations : tremblement et cachexie.
Woiliju. — Dict. de Diago. 2« édit. 37
578 INTOXICATIONS. — krgotisme.
La connaissance d'un traitement mercuriel antérieur, comme celle de la profession du malade font naître immédiatement l'idée de l'intoxication mercurielle. Toutes les conditions professionnelles dans lesquelles on est exposé à l'absorption du mercure vaporisé, comme cela a lieu pour les ouvriers des manufactures de glaces, les chapeliers, les mineurs qui recueillent le métal, et, plus rarement aujourd'hui depuis l'usage de la dorure galvanique, pour les doreurs sur métaux, peuvent produire le tremblement, et, si l'influence toxique continue, la cachexie mercnrielle. L'ingestion ou les frictions répétées des préparations hydrargiriques produisent au contraire plus rarement le tremblement que les autres manifestations, c'est-à-dire que l'hydrargirie, la stomatite et la cachexie mercurielles. Cependant Colson, de Noyon, a cité un cas de tremblement par l'usage de la liqueur de Van Swieten.
Peut-on confondre le tremblement mercuriel avec la chorêe? La confusion semble difficile si l'onsonge que les mouvements brusques, saccadés, irréguliers delachorée, ne ressemblent en rien aux secousses limitées, monotones en quelque sorte dans leur succession, qui caractérisent le tremblement mercuriel ; la chorée n'affecte guère d'ailleurs que les enfants. — Le tremblement idiopathiquez. plus d'analogie avec celui qui dépend du mercure, mais il suffit d'un peu d'attention pour ne pas confondre les deux affections; car des circonstances et des conditions spéciales, influence du mercure, manifestations de l'intoxication autres que le tremblement, se rencontrent dans les cas de tremblement spécifique, et font absolument défaut dans ceux où il est idiopathique. L'hérédité, dans cette dernière circonstance, est une cause habituelle qu'il ne faut pas non plus négliger, car elle est caractéristique.
Le diagnostic ne présente pas de difficultés assez sérieuses dans les cas d'intoxication mercurielle pour que l'on soit obligé d'avoir recours à la recherche du métal dans les excrétions du malade. Je dois rappeler que Biett, dans ses leçons, disait avoir recueilli du mercure métallique à la surface de la peau et principalement dans l'aisselle de sujets atteints de tremblement mercuriel et traités par des bains de vapeur.
3° Pronostic. — 11 n'est grave que dans les cas de cachexie, et surtout lorsque la cause continue à agir.