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III. Ergotisme

On a décrit sous ce nom une intoxication due à l'ergot de seigle contenu dans le pain de certaines contrées à la suite d'une année pluvieuse, et qui sévit ordinairement d'une manière épidémique à partir de l'automne, c'est-à-dire de l'époque où l'on commence à faire usage des grains nouvellement récoltés. Sans faire l'historique de celte maladie, je rappellerai qu'elle a été l'objet de nombreuses relations depuis le xvi° siècle. Le docteur Heusinger, dont le travail a été reproduit par Lasègue dans les Archives de médecine (1857, t. IX), a donné de l'épidémie de 1855 et 1856 de la Haute-Hcsse, une relation oui peut jusqu'à un certain point servir de type pour la description symptomafique de l'ergotisme convulsif, à la condition d'être complétée. En effet, l'ergotisme ayant été observé sous forme épidémique par la plupart des observateurs, leurs descriptions présentent toujours des différences particulières.

4 • Élâmmts du diagnostic. — En général, la maladie débute par une sorte d't'rressc, de la céphalalgie, des vertiges, des troubles des sens, de l'agitation, de la tristesse. Plus ou moins rapidement ensuite, surviennent des fourmillements aux extrémités (d'où ils envahissent à peu près tout le corps), et des acci-s de contract ures ou de spasmes arrachant des cris aux malades, et occupant principalement les fléchisseurs des membres, les muscles thoraciques et abdo-

INTOXICATIONS. ergotisme

minaux, ceux de la face et des yeux, le diaphragme, le larynx (spasme de la glotte), et même les muscles non soumis à la volonté (coliques). Ces crises, sans augmentation de fréquence du pouls, sont suivies à'anesthêsie fugace ou permanente, se montrant surtout aux doigts et aux orteils, mais pouvant envahir le reste du corps, même les sens (amaurose subite, surdité, perte de l'odorat ou du goût). En même temps l'appétit est conservé, parfois même exagéré; rarement il y a des troubles digestifs plus aigus ou des déjections involontaires,

La gangrène, qui n'est qu'une manifestation plus avancée de l'intoxication, débute ordinairement par les orteils; mais une portion plus ou moins grande des membres inférieurs ou supérieurs jusqu'à leur insertion à la hanche ou à l'épaule peut être envahie par la gangrène et se détacher par suite d'un travail spontané d'élimination, à moins que la mort, précédée de coma, ne survienne auparavant. Une aneslhésie complète ou des douleurs atroces dans le membre ou les membres atteints, accompagnent la gangrène.

2° Inductions diagnostiques. — Le diagnostic peut avoir différents points de départ dans les symptômes, car chaque symptôme prédominant au moment de l'examen du malade peut donner lieu à une foule d'erreurs particulières : les fourmillements, les contractures ou les convulsions cloniques, consécutivement l'anesthésie et l'abolition des sens, le délire, etc., peuvent isolément fixer d'a- • bord l'attention, et faire complètement dévier de la voie du vrai diagnostic, si l'on ne songe pas à la cause.

Les données étiologiques sont, en effet, très-importantes. Une maladie épidémique sévissant sur la partie la plus nécessiteuse d'une population , se montrant vers la fin des années pluvieuses, et caractérisée pas des accidents nerveux graves auxquels se joint quelquefois une gangrène sèche des membres plus ou moins étendue, ne peut guère laisser de doute sur sa nature. Une fois soupçonnée, la cause en est bientôt établie, et le diagnostic de l'ergotisme confirmé.

En dehors de la connaissance ou du soupçon des antécédents, tout au contraire est obscurité dans le diagnostic, et l'erreur est presque inévitable. C'est ce qui arrive lorsque, par exemple, on a à examiner hors de son pays un individu isolé dont on ignore les antécédents, ou qui se trouve dans un état d'obtusion des sens et de l'intelligence qui pourrait faire croire à une idiotie, comme l'agitation délirante pourrait être rattachée à la manie, les convulsions à Yêpilepsie, la gangrené à une tout autre cause que l'ergotisme. Il ne serait pas impossible non plus, au début d'une épidémie dont les accidents convulsifs auraient une certaine violence, que l'on pensât avoir affaire d'abord à une épidémie de méningite cérébro-spinale épidémique, surtout si les individus atteinls se trouvaient agglomérés dans un établissement, condition habituelle dans laquelle les épidémies de méningite cérébro-spinale ont été observées.

Le degré auquel est parvenue l'intoxication est une considération importante; car lorsque l'influence de l'ergot est légère, la manifestation peut rester bornée à une sorte d'ivresse passagère ; poussée plus loin, l'action de l'ergot donne lieu aux accidents convulsifs avec ou sans la gangrène sèche, qui survient ellemême plus ou moins rapidement. Une autre considération qui n'est pas sans valeur est la persistance, pendant la convalescence et pendant un temps qui peut être fort long, de l'affaiblissement de l'intelligence, de la vue et des mouvements avec ou sans tremblement musculaire.

3° Pronostic. — Cette intoxication est plus ou moins grave suivant les épidémies, dans lesquelles tantôt la mort, et tantôt la guérison, sont la terminaison la plus commune. On peut dire d'une manière générale que la gravité est propor-

580 INTOXICATIONS. — par le sulfure de carbone.

tionnée à la quaRlité de l'ergot absorbé et à la continuité prolongée de son ingestion dans les cas où la maladie est méconnue. On comprend dès lors toute l'importance du diagnostic, et la nécessité de ne pas se borner à un examen et à un interrogatoire superficiels.

La mort peut être le résultat de la violence des attaques convulsives et de l'asphyxie, ou survenir inopinément : ce sont des particularités qu'il ne faut pas perdre de vue. Quant à la guérison , elle est souvent spontanée dès que la cause cesse d'agir, et cette circonstance, de même que la cessation de l'épidémie dès que les populations ne sont plus exposées à la cause de l'intoxication, vient mettre hors de doute l'existence de l'ergotisme.

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