V. Intoxication par l'opium
L'opium produit également une ivresse et une intoxication particulière, qui ont été bien décrites dans la thèse de Réveil (1850).
L'ivresse des fumeurs d'opium peut se reconnaître aux phénomènes suivants. Au début, il y a une grande langueur, une faiblesse générale rendant tout travail impossible, puis surviennent des symptômes d'excitation cérébrale : les facultés intellectuelles s'exaltent, mais sans rien perdre de leur netteté; le jugement et la raison conservent toute leur intégrité , ce qui distingue complètement cette ivresse de celle produite par les boissons alcooliques. De plus, on éprouve une gaieté tranquille, un bien-être physique etmoral, vlwù exaltation des fonctions de l'esprit et du corps , au lieu de la dépression et des troubles de ces fonctions par les spiritueux. Les démangeaisons de la peau, principalement aux ailes du nez et au scrotum , succèdent à un sentiment de grande clialeur. Une heure ou deux après que l'on a cessé de fumer l'opium, les sensations sont plus obtuses : il survient un sommeil doux et tranquille , mais
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sans visions ni hallucinations, comme chez le mangeur d'opium. Hpeut survenir des nausées et des vomissements, si l'on fume peu de temps après le repas.
Ce que l'on peut appeler Yintoxication par l'opium s'observe principalement chez le mangeur d'opium. Son corps est maigre et incurvé, sa face pâle et jaune; sa constitution est chétive et débilitée, sa démarche chancelante; ses yeux sont appesantis , ses organes digestifs troublés (appétit nul , constipation opiniâtre); ses facultés mentales sont abolies. Il y a de la somnolence avec visions et hallucinations. Enfin il existe une impuissance complète.
INTUSSUSCEPTION, INVAGINATION. — Voy. Occlusions intestinales.
IODISME. — Il y a un iodisme aigu et un iodisme chronique , qui dépendent de l'action rapide ou lente de l'iode qui a pénétré dans l'organisme. Les effets toxiques des préparations iodées ne sont pas toujours proportionnés à leur dose plus ou moins élevée , car une très-petite dose pourrait produire, suivant Rilliet, un effet violent chez certains individus.
I. — Quoiqu'il en soit, que la préparation iodée ait été ingérée, qu'elle ait été injectée dans une cavité accidentelle par une plaie fistuleuse , ou dans une cavité séreuse à la suite d'une ponction, ou simplement appliquée sur la peau, toutes conditions qui ont été constatées par des observateurs, il peut en résulter des accidents rapides dus à l'absorption de l'iode, et qui constituent Y iodisme aigu, Yivresse iodique. Les phénomènes qui caractérisent celte forme aiguë passagère sont les suivants : coryza plus ou moins intense avec éternumenls, écoulement séreux nasal abondant, sentiment de tension douloureuse dans les sinus frontaux, déglutition douloureuse et difficile, salivation abondante, perte de l'appétit, parfois nausées et môme vomissements, le tout d'une intensité variable, avec ou sans fièvre, persistant pendant quelques heures seulement ou pendant plusieurs jours.
Cet iodisme aigu pourrait être pris pour un coryza intense, ou pour les prodromes de la rougeole, surtout lorsqu'il se fait en même temps une éruption cutanée érythémateuse due également à l'iode. Cette éruption serait une sorte de roséole ou plutôt une éruption papuleuse, se développant principalement au front, au nez, sur les joues, et rarement ailleurs. Mais je dois ajouter que l'existence de celte éruption , en tant que manifestation de î'iodisme , a été niée par certains observateurs.
Cet iodisme aigu se djssipe assez rapidement de lui-même ; il n'a donc pas de gravité. Cependant on a vu la mort survenir trenle heures après un simple badigeonnage de teinture d'iode fait, chez une jeune fille de dix-sept ans, au niveau de quelques ganglions tuméfiés de la région parolidienne. L'urine, examinée après la mort, contenait des traces d'iode (Gillespie, Med. Times, 1865). Sans doute les fails de ce genre sont exceptionnels ; mais il n'en faut pas moins tenir compte, malgré l'innocuité journalière de larges badigeonnages de teinture d'iode.
II. — Indépendamment de ces accidents rapides et passagers d'iodisme du côté des organes digestifs , des organes sécréteurs , de la peau ou du système nerveux (Cullericr), il existe aussi, suivant Rilliet, un iodisme chronique ou constitutionnel signalé par Coindet, qui serait dû à Genève à l'emploi de trèspetites doses de préparations d'iode. Une longue et savante discussion eut lieu eu 1860 à l'Académie de médecine à l'occasion du rapport de Trousseau sur le Mémoire de Rilliet (Bullet. de l'Acad., t. XXV). Il en résulta les opinions les plus contradictoires sur ce point capital important, que les accidents, pour se déve-