I. Laryngite aiguë
1° Éléments du diagnostic. — Ils varient suivant que la laryngite est légère ou grave.
LARYNGITE. — laryngite aiguë.
Lorsqu'elle, est légère, il y a absence de fièvre. Le symptôme principal (et parfois même le seul) est la raucité de la voix, qui passe des sons graves et rudes à des sons aigus et criards ; ou bien il y a aphonie complète. On a aussi noté comme symptômes moins constants : une sensation douloureuse vers le larynx; une toux provoquée par l'acte de la phonation, par des picotements, par l'ingestion d'une boisson froide ou le passage des aliments; des rares crachais blanchâtres.
Lorsque la laryngite aiguë est grave, il y a : fièvre plus ou moins intense, douleur plus vive au larynx, parfois exaspérée par la pression latérale du bord supérieur du cartilage thyroïde; déglutition quelquefois impossible en raison de la douleur, sensation d'un corps étranger dans le larynx (Valleix); toux quelquefois quinteuse, suivie expectoration blanchâtre, parfois teintée de sang; aphonie presque complète, respiration difficile, rude, bruyante, avec des exacerbations de dyspnée. Dans certains cas, enfin, il y a des symptômes d'asphyxie, une anxiété extrême, du délire ou du coma, qui sont suivis de mort, ce qui s'observe surtout chez les enfants. — L'emploi du laryngoscope a permis d'étudier sur le vivant l'inflammation même du larynx. La muqueuse est gonflée, injectée, rouge écarlate; l'épiglotle forme un bourrelet plus ou moins épais, les ventricules peuvent être comme effacés, la glotte est rétrécie, et les cordes vocales inférieures, suivant LudwigTurck (Rech. clin, sur les malad. du larynx, 4862), montrent une injection générale ou partielle, ou bien une teinte blanchâtre, analogue à celle que produit le contact du nitrate d'argent. 11 est à regretter que la laryngoscopie soit très-difficile à mettre en usage dans la laryngite aiguë.
2° Inductions diagnostiques. — Les symptômes locaux de la laryngite légère ou grave sont tellement bien localisés , que la question du diagnostic différentiel prime toutes les autres. Celle qui est légère est souvent confondue avec une simple congestion, qui doit son caractère essentiel à sa marche et à sa disparition rapide, ainsi qu'à l'aspect simplement hyperémié de la muqueuse glottique examinée au laryngoscope; cette muqueuse est boursouflée et comme tomenteuse dans la vraie laryngite. Il faut aussi tenir compte pour le diagnostic, et dans tous les cas, des conditions dans lesquelles s'est développée l'affection. Si le malade a été exposé à des variations atmosphériques, s'il a une profession qui le fasse abuser de la parole ou du chant, s'il a aspiré des vapeurs ou des poussières irritantes, si enfin, suivant la remarque de Cheyne applicable surtout à la Grande-Bretagne , on a fait boire à un enfant du thé bouillant au bec d'une théière, ce qui produit une véritable brûlure de la glotte, il en résulte la présomption d'une laryngite simple. On n'oubliera pas non plus que la laryngite aiguë est quelquefois secondaire dans la variole, la rougeole, et plus rarement dans la fièvre typhoïde où elle peut être ulcéreuse (Louis, Hardy, Bourgougnon) et s'accompagner alors d'accidents asphyxiques. Ces accidents sont dus sans doute à un œdème de la glotte; ils ont nécessité la trachéotomie, comme l'ont vu Rayer, en 1854, et Frerichs, en 1855 (Gaz. hebdom., 185G).
Le diagnostic différentiel est facile entre la laryngite aiguë et la pharyngite, que caractérisent les signes visibles de l'inflammation du pharynx. — Dans le croup, la toux, de même que la voix, a un timbre particulier plus rauque, plus étouffé ; cependant la présence des fausses membranes sur les amygdales ou dans les crachats permet seule de distinguer cette affection de la laryngite aiguë grave. — Dans l'angine striduleuse (pseudo croup) qui survient chez les enfants, la maladie débute ordinainement d'une manière subite la nuit% par une toux ayant le caractère croupal. — Enfin, dans Y œdème de la glotte,
LARYNGITE. — larymoite chronique.
l'inspiration est sifflante et difficile, et cette affection se déclare dans le cours d'une inflammation ou d'une ulcération des environs du larynx.
On a établi plusieurs formes de laryngite suivant son siège anatomique ; mais elles sont sans importance pratique en dehors de celles qui résultent de l'intensité différente de la maladie, si l'on ne comprend pas sous la dénomination de laryngite toutes les affections du larynx ou des parties voisines qui étaient comprises autrefois sous le nom générique ^angines.
V œdème de la glotte, et la paralysie laryngienne, d'où résulte une aphonie qui guérit par l'électrisation , viennent quelquefois compliquer cette maladie. Et il ne faut pas oublier que de véritables abcès peuvent se développer sous l'épiglotte dans les laryngites graves, comme Artaud en a rapporté un exemple authentique (Revue thérap. du Midi, 1859). Il ne faut donc pas rejeter la possibilité d'une pareille complication, ainsi qu'on l'a fait.
3° Pronostic. — La laryngite aiguë n'a de gravité que lorsqu'elle est intense et asphyxique, ainsi qu'on le remarque principalement chez les enfants, ou lorsqu'elle se complique d'œdème de la glotte, comme je l'ai rappelé plus haut.