LÈPRE DES GRECS
gées, après les symptômes fonctionnels. On trouvera leur signification, soit aux articles qui les concernent, soit à ceux qui sont consacrés aux diverses affections laryngées.
LASSITUDE. — Voy. Courbature.
LENTIGO. — Voy. Macules.
LÈPRE. — Les dermatologistes modernes ont donné ce nom à une affection cutanée squameuse qui ne paraît être qu'une variété de psoriasis, et sur laquelle je n'ai pas par conséquent à insister. Ce n'est pas là cette lèpre bien autrement grave qui a sévi en Europe au moyen âge, avec une intensité qui motiva la fondation d'innombrables maladreries destinées à interner les lépreux, dont la maladie était réputée contagieuse. On est d'accord pour admettre que cette véritable lèpre n'est autre chose que la maladie décrite sous la dénomination d'éléphantiasis des Grecs ou lèpre des Grecs, dont il va être question.
LÈPRE DES GRECS. — Cette maladie a été longtemps considérée comme une forme de l'éléphantiasis, divisé en éléphantiasis des Arabes et êléphantiasis des Grecs. Duchassaing a eu le mérite, en donnant une bonne description de ces deux formes {Arch. de méd.y 1854 et 1855), de préparer la distinction radicale qui doit en être faite en deux maladies distinctes. Depuis la publication de la monographie si importante qu'a publiée Brassac, médecin de la marine, sur l'éléphantiasis des Grecs, sous la dénomination de Lèpre des Grecsy il n'y a plus à douter qu'il s'agisse d'une maladie tout autre que l'éléphantiasis des Arabes {Voy. Eléphantiasis), avec laquelle la lèpre des Grecs n'a de rapport que l'augmentation extérieure plus ou moins considérable des parties atteintes. Brassac a démontré que celte lèpre des Grecs est une maladie générale cachectique bien caractérisée, et qui est bien la lèpre si souvent rappelée dans les documents historiques les plus anciens {Arch. de méd. navale de 1866, t. VI).
Avant d'en faire l'étude diagnostique, je dois faire remarquer, avec Brassac, que l'on ne saurait donner une exacte définition de la maladie que par un résumé de ses principaux symptômes. Celle définition ressortira donc de l'exposé même des éléments du diagnostic. La lèpre des Grecs est dite lèpre phymatode ou aphymatode selon qu'elle est tuberculeuse ou non tuberculeuse, et les deux variétés ont été l'une et l'autre qualifiées à'anaisthèle ou à'hyperaisthète selon qu'il y a perte ou exaltation de la sensibilité.
4° Éléments du diagnostic. — Les qualifications relatives à la lèpre des Grecs qui viennent d'êlre rappelées montrent qu'une déformation des parties extérieures et des troubles de la sensibilité sont des signes très-imporlants pour l'observateur; mais ils sont loin d'être les seuls qui puissent être le point de départ des inductions diagnostiques.
Suivant Duchassaing, la maladie se présenterait sous trois aspects ou plutôt comprendrait trois périodes. — On reconnaîtrait la première à des taches brunes chez les blancs, et plus noires que la peau chez les nègres, parfois avec anesthêsie à leur niveau, puis à des plaques de psoriasis ou de pityriasis (surtout aux bras et aux jambes), à la paralysie d'un ou de plusieurs membres, et plus tard à la déformation des doigts, qui deviennent crochus, avec courbure en haut, et chute des ongles à la suite de Yulcération de leur bord libre. — A la deuxième période appartiendrait ïhypertrophie hideuse du visage avec ou sans les tubercules charnus généralement connus, et l'apparition de deux autres espèces de tubercules signalés par Duchassaing : tubercules plots (plaques de psoriasis avec épaississement de la peau), se montrant surtout aux coudesy et tubercules pisiformes, ressemblant à des gouttes de suif recouvertes d'une
LÈPHK DES GRECS.
membrane transparente. — La troisième période serait une période A'ulcératxons graves survenant sous la plante des pieds et aux mains (où elles entraînent la chute des phalanges), et se montrant au niveau des tubercules, à la face, au palais, très-souvent à la face interne du tibia. Ces ulcérations peuvent entraîner la perte de la voix, la cécité et même la mort.
Brassac a fait remarquer avec raison que la maladie ne suivait pas toujours celte évolution de trois périodes, et que ces périodes sont isolément des formes qu'elle peut prendre. Il n'y aurait donc pas entre elles un enchaînement nécessaire, mais isolement ou simultanéité suivant les cas. L'auteur, que nous allons mettre à contribution , nous en fournira les preuves, en nous permettant de compléter les données succinctes de diagnostic qui précèdent, dans les inductions qui suivent.
2° Inductions diagnostiques. — Lorsqu'il y a des prodromes à la lèpre des Grecs (phénomènes fébriles plus ou moins prolongés), ils ne sauraient servir à faire diagnostiquer la maladie. Mais il n'en est pas de même d'un signe d'invasion qui a une grande valeur, et qui consiste en une éruption de bulles de pemphygus à évolution rapide, ou de pustules disséminées; ces lésions peuvent se cicatriser, mais le plus souvent elles s'ulcèrent. Ces éruplions ont une expression caractéristique quand elles se font sur des points déjà occupés par des taches livides, brunâtres, qui sont un des meilleurs caractères de la lèpre dite aphymatode.
On reconnaît ces taches à ce que les unes sont rouges, mal circonscrites, de plus en plus nombreuses, ayant fait dénommer la maladie mal rouge de Cayenne; les autres jaunâtres, avec très-léger relief sensible sous le doigt, rappelant quelquefois l'aspect des taches hépatiques, et mélangées aux précédentes. Cette confusion des deux sortes de taches est par elle-même un bon signe; et lorsqu'il s'y joint une anesthésie qui succède à leur niveau , à une hyperesthésie se montrant au début, on est mis sur la voie du diagnostic, surtout si les taches sont sèches, sans être squameuses, comme le sont les plaques de psoriasis, si fréquemment observées en même temps que les diverses manifestations de la lèpre des Grecs.
Lorsque la maladie présente ces caractères, qu'elle peut conserver durant plusieurs années, le diagnostic, quoique pouvant se baser sur un ensemble de signes suffisants, ne sera facilement formulé que par les médecins à même d'observer habituellement des faits de ce genre. Pour les autres, il faudra plus : l'existence des tubercules et des ulcérations, des tubercules surtout.
Ces tubercules sont le signe le plus caractéristique de la lèpre des Grecs. Ils sont de forme sphéroïde ou plats, de volume variable. Les plus volumineux, comme charnus, se montrent surtout au visage qu'ils tuméfient, sillonnent de rides profondes en donnant à la tête un aspect léonin hideux et efTrayant. Il s'y joint d'ailleurs des perversions sentoriales delà peau et des sens qui complètent le diagnostic. Les tubercules envahissent les muqueuses, l'œil, le conduit auditif, le larynx (voix rauque nasonnée, dyspnée), et peuvent s'étendre à toute la surface du corps, sauf au cuir chevelu, à la plante des pieds et à la face palmaire des mains, où Brassac ne les a jamais rencontrés. Là où ils existent, la peau est sèche, perd son élasticité, mais en même temps la sécrétion sébacée augmente par places. Les ongles se déforment, tombent et repoussent rugueux et diflbrmes (onyxis spiloplastique de Duchassaing), les poils blanchissent. De plus, les muscles de la main s'atrophient, d'où résulte une déformation signalée par Danielssen et Boeck, mais que Duchenne a rapportée à sa véritable cause (Electris. localisée, 3e édition, 1869). Dans trois faits qu'il a observés à Paris,