I. Méningite aiguë simple
Malgré l'extrême rareté des faits de méningite aiguë simple, Rilliet a pu en réunir un nombre suffisant pour faire un bon travail sur cette maladie (Ijjc. cit.).
1° Éléments du diagnostic. — Un début rapide caractérisé par de violentes convulsions, une fièvre intense avec respiration très-accélèrée chez les jeunes enfants, une céphalalgie très-vive, des vomissements, et bientôt une agitation excessive précédée ou non de somnolence ou de coma, et avec animation du visage ou avec pâleur ou hébétude, la photophobie vers le début, le strabisme avec contraction, puis dilatation des pupiles : tels sont les principaux symptômes de la maladie, qui a pour autre caractère habituel de se terminer fatalement en vingt-quatre ou vingt-six heures, mais qui peut se prolonger pendant trois à six jours, et très-rarement au-delà.
2° Inductions diagnostiques — Malgré la précision apparente de cet ensemble abrégé des symptômes, le diagnostic de la méningite aiguë simple présente des difficultés incontestables, par suite de l'irrégularité des symptômes et de l'absence de tout signe palhognomonique. Est-ce dans cette espèce de méningite de l'enfance que H. Roger (Arch. de méd., 4' série) a considéré comme un signe palhognomonique une diminution de la chaleur (constatée à l'aide du thermomètre) intermédiaire aux deux périodes d'augment du début et de la fin de la maladie? Quoi qu'il en soit, lorsqu'on soupçonne l'existence de la méningite, il y a des circonstances ou des particularités dont la constatation plus facile vient en aide au diagnostic. C'est d'abord la marche très-rapide des phénomènes, et la coïncidence de la fièvre avec les accidents cérébraux; ce sont ensuite : l'état antérieur de vigueur des enfants affectés, sans trace tuberculeuse interne ou externe, et des parents sains.
Chez l'adulte, j'ai observé deux faits de méningite aiguë franche, démontrés après la mort par une injection considérable des méningites et une infiltration purulente de la pie-mère. La maladie lut caractérisée par les phénomènes que j'ai rappelés tout à l'heure et dont la durée fut de deux el trois jours, la mort ayant été précédée d'un état comateux assez court. Mais ces phénomènes ne permettent pas d'affirmer pendant la vie qu'il y a méningite; car j'ai observé à
620 MÉNINGITE. méningite aiguk SIMPLE.
l'hôpital Cochin et à Necker plusieurs autres malades qui présentaient les mêmes symptômes, la même évolution rapidement fatale, et chez lesquels il n'existait pour unique lésion qu'une violente congestion finement arborisée de la surface du cerveau (pie-mère). Ce ne sont là, à mon avis, que des congestions méningées suraiguës, que Ton a qualifiées à tort de méningites vraies.
— Quoi qu'il en soit, on a signalé, comme données étiologiques significatives de la méningite aiguë franche des adultes, le sexe masculin (qui est presque exclusivement affecté), Yinsolation, les violences extérieures, et la rétrocession d'une éruption du cuir chevelu.
La méningite tuberculeuse diffère habituellement de la méningite aiguë franche, comme on le verra plus loin, par ses causes, son début et sa marche.
— Dans Yhémorrhagie méningée, qui est souvent secondaire, tandis que la méningite aiguë simple est primitive, il y a bien des convulsions au début, mais il n'y a d'accélération ni du pouls ni de la respiration, et lorsqu'il existe en môme temps une contracture des doigts et des orteils signalée par Legendre, ces signes suffisent pour éloigner l'idée de la méningite.
La fièvre typhoïde accompagnée de symptômes cérébraux a été souvent confondue avec la méningite franche chez l'adulte comme chez l'enfant, et l'on peut dire qu'alors la marche de l'affection typhoïde et les signes locaux que le ventre présente (météorisme, taches rosées, sudamina) peuvent seulement éclairer le praticien. Valleix pensait que les épidémies de méningite rappelées par Rilliet n'étaient probablement que des épidémies de fièvre typhoïde. Dans cette dernière affection, comme dans les fièvres éruptives à leur début, il y a une congestion cérébrale qui peut se traduire par tous les symptômes de la méningite la plus franche; aussi les erreurs de diagnostic sont-elles journalières, et voit-on prononcer a tout propos le nom de méningite en pareils cas.
Enfin, d'autres affections sont parfois masquées par des phénomènes apparents de méningite. C'est ce que l'on a observé avec des entozoaires (p. 30 1), avec Yencèphalopathie saturniîie, et avec Yhémorrhagie cérébrale chez les enfants (p. 497), avec le tricocéphale du cœcum chez l'adulte (p. 304). On a confondu aussi Yhémorrfutgie méningée avec la méningite aiguë; mais l'absence de fièvre dans le premier cas établit une différence caractéristique.
Si les symptômes pris dans leur ensemble peuvent induire en erreur, à plus forte raison l'erreur sera-t-elle possible si l'on n'a égard qu'à un symptôme prédominant : la céphalalgie, le délire, la somnolence, les convulsions, les vomissements (Voy. ces mots).
C'est sur cette prédominance de certains symptômes que Rilliet s'est basé pour établir deux formes de la méningite aiguë franche : 1° la forme convulsive, caractérisée principalement par la répétition coup stir coup de convulsions générales et violentes dès le début, par la fièvre, Yaccélération de la respiration sans lésion pulmonaire, et par l'absence de toute phlegmasie viscérale et de toute probabilité d'une affection éruptive; 2° la forme qu'il appelle phrènètique, dans laquelle dominent les symptômes du côté de la tête, céphalalgie très-intense, vomissements très-abondants, délire, agitation désordonnée. Malheureusement ces différences, au point de vue du diagnostic, ne diminuent que bien faiblement les chances d'erreur, si même elles ne les augmentent.
Quant au siège et à l'étendue de la lésion inflammatoire qui constitue la méningite franche, il n'est guère possible de les préciser pendant la vie, quoique presque toujours, suivant Rilliet, la lésion soit générale ou n'occupe que la convexité, son siège à la base étant exceptionnel.
On a signalé la méningite comme complication d'un certain nombre d'autres
MÉNINGITE. — MÉNINGITE TUBERCULEUSE
maladies, comme la fièvre puerpérale y Yérysipèle du cuir chevelu, le rhumatisme articulaire aigu. Mais dans celle dernière maladie, on a confondu souvent avec une vérilable méningite, qui est fort rare, le rhumatisme dit cérébral, dont il a été question ailleurs (Voy. Rhumatisme [articulaire aigu] complications).
3° Pronostic. — Le pronostic est extrêmement grave dans tous les cas, malgré les rémissions que présentent parfois les phénomènes. Dans les cas de guérison, dans les fièvres éruptives, n'a-t on pas eu affaire à de simples congestions? C'est ce que les observations connues ne permettent pas de décider.