APHONIE
impression morale, de cris ou d'éclats de voix exagérés, d'exercice forcé de la parole ou du chant, et qui sont généralement momentanées.
2- Conditions pathologiques. — Ces conditions de l'aphonie doivent être cherchées dans l'organe même où se produit le son vocal, le larynx, dans les organes limitrophes, mais essentiels à la production de la voix, dans les organes plus ou moins éloignés, et enfin dans une maladie générale.
L'aphonie est un symptôme à peu près constant des laryngites. Dans l'inflammation laryngienne simple aiguë, mais peu intense, la voix est d'abord plutôt rauque, enrouée, que véritablement éteinte; l'aphonie est surtout complète si la laryngite aigué devient intense. Il en est de même de la laryngite chronique, où la raucite précède ordinairement l'aphonie complète, qu'amènent les progrès croissants de l'affection. — L'aphonie peut être complète aussi par le développement de productions épithèliales au niveau de la glotte; le laryngoscope a du faire reconnaître pendant la vie cette cause de l'aphonie chez deux malades observés par Moura (Bulletin de VAcad. de mêd., 1800). — Dans la larvngite stnduleuse ou faux-croup, la voix et le cri conservent une certaine force ou ne sont nullement altérés, surtout dans l'intervalle des accès; ici l'aphonie' est intermittente comme les accès; elle est habituellement incomplète, et la voix est faible, enrouée et comme déchirée. — Elle est beaucoup plus altérée sourde éteinte ou avec un timbre sifflant tout particulier dans la laryngite pseudo-mem ! braneuse, ou croup. Pour Yauthier, l'aphonie est un des meilleurs caractères du croup. Elle est alors habituellement progressive, rarement subite (Blaehe) et permanente jusqu'à la fin. - L'aphonie apparaissant d'abord par intervalle, puis continue, se remarque dans la laryngite ulcéreuse (phthisie suphi- T Dans Y™**™* de glotte, la voix est rauque, pénible, éteinte,' coupée d inspirations sifflantes particulières à la maladie. — Enfin des corps étrangers introduits accidentellement dans le larynx, et plus rarement des végétations des polypes ou des tumeurs cancéreuses, des hvdatides, des calcul* même' peuvent produire l'aphonie en obstruant le larynx.
En dehors du larynx, et dans des cas assez nombreux, on doit d'abord chercher le point de départ de l'aphonie dans une lésion, une compression ou un tiraillement des nerfs récurrents par des tumeurs cervicales (goitre) ou intrathoraciques, dans certains anévrysines de la crosse de l'aorte, dans un cancer de l'œsophage (Barret) , etc. L'aphonie résulte également de toute dyspnée extrême par défaut d'une suffisante quantité d'air expulsé par le larynx. Il en est de même dans la paralysie du diaphragme {Voy. PARALYSIES).
En dehors des lésions des organes de la respiration, d'autres lésions, occupant des organes plus ou moins éloignés, produisent également l'aphonie, mais d une manière indirecte. C'est ainsi que l'on a noté une aphonie complète dans certaines affections des organes génito-ur inaires, et que, parmi les lésions encéphaliques, il en est qui donnent lieu a la production du même signe comme je l'ai observe dans un cas de ramollissement aigu du cervelet [Union méd., 1855, p. 577).
D'autres conditions pathologiques nombreuses d'aphonie dans lesquelles le rapport de ce phénomène avec la maladie n'est pas toujours facile à saisir, sont : la présence des vers intestinaux dans le tube digestif, certaines dyspepsies s Chomel; ; plusieurs maladies générales bien déterminées, telles que la peste, les fièvres intermittentes (stade des frissons ), tes fièvres pernicieuses (forme «phonique), la morve chronique (laryngite symptomatique), Yintoxicalwn saturnine, certaines névroses, comme Y hystérie; toutes les affections qui débilitent profondément l'économie (comme le choléra); et enfin l'ingestion des èmêto-
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cathartiques (fréquemment le tartre stibié) et de certaines substances toxique*.
3° Signification. — On voit d'après cette énumération que l'aphonie, survenant dans des conditions extrêmement variées, est loin de pouvoir être considérée comme un signe pathognomonique. Ce n'est qu'en le rapprochant des autres symptômes concomitants qu'on arrivera à en établir la signification. Dans les diverses laryngites, à l'aphonie proprement dite se joignent parfois des particularités de timbre dont j'ai parlé plus haut et qui, quoique plus ou moins étouffées, peuvent éclairer sur la valeur séméiologique de la perte de la vbix. La constatation des signes de la phthisie pulmonaire pourra faire présumer que l'aphonie trèspersistante est un signe d'ulcérations laryngiennes tuberculeuses; de même que des infections vénériennes antécédentes, et l'existence d'ulcères vénériens, de syphilides, d'exostoses, etc., feront penser que l'aphonie est sous la dépendance d'une laryngite ulcéreuse syphilitique.
Lorsqu'il existera des tumeurs du larynx (ce qui est rare), l'aphonie pourra venir en aide au diagnostic, sans avoir une valeur spéciale; mais cette valeur sera plus évidente dans les cas de modifications organiques bien manifestes des nerfs laryngés rappelés plus haut. C'est surtout dans certains cas d'anévrysmes de l'aorte latents que l'aphonie, en provoquant l'examen laryngoscopique, pourra être le point de départ des inductions diagnostiques [Voy. Ankvrysmks).
L'aphonie n'a guère d'importance pratique, à côté des autres signes concomitants, dans les cas de dyspnée extrême qui ne sont pas dus à une lésion du larynx, dans la bronchite capillaire grave, par exemple, ou bien encore dans les faits de paralysie du diaphragme, où la voix s'éteint faute d'émission suffisante d'air par le larynx. Cependant la perte de la sonorité vocale ne sera pas toujours un signe sans importance, lorsqu'on ne pourra la rattacher à aucune lésion matérielle évidente. Il faudra alors chercher l'origine de l'aphonie parmi les conditions que j'ai indiquées, car elle peut mettre sur la voie d'une affection mal caractérisée et à laquelle on ne songerait peut-être pas sans elle : telles sont l'intoxication saturnine, la présence de lombrics dans les voies digeslives (principalement dans certaines contrées où les affections vermineuses sont le plus communes), l'hystérie ou toute autre névrose. C'est par voie d'exclusion que, dans les circonstances les plus difficiles, on pourra arriver a diagnostiquer le point de départ de l'aphonie.
Comme signe pronostique, l'aphonie n'offre pas d'autre importance que celle qui résulte de l'ensemble même des signes de 1 affection à laquelle elle se rattache. Dans les cas où elle est le seul symptôme du côté des organes respiratoires, et due à une simple modification dynamique de l'appareil nerveux, le pronostic est évidemment favorable, comme celui de la cause qui produit l'aphonie.
APHTHES. — Depuis que les observateurs modernes ont cessé de confondre sous ce nom les maladies de la bouche les plus diverses, les aphthes sont considérés comme une affection vésiculo-ulcéreuse, développée au niveau des follicules muqueux, qui siège dans les différentes parties de la muqueuse buccale (Guersant), et qui affecte les enfants et les adultes. Les aphthes sont tantôt discrets ou éphémères et tantôt confluents ou stationnaires.
{"Eléments du diagnostic. — Les symptômes qui sont le point de départ du diagnostic, sont locaux seulement, ou à la fois généraux et locaux. Dans le premier cas [aphthes discrets), le malade se plaint de gêne, de cbaleur ou même de douleur dans la bouche, au moment de l'exercice de la parole, de la mastication, de la déglutition. L'inspection de celte cavité montre rarement alors des élévations rouges ou des vésicules, qui sont la période du début des aphthes, car les aphthes ne sont que les ulcérations résultant de la déchirure et de l'élar-