I. Metrite aiguë
1° Éléments du diagnostic. — Les symptômes qui peuvent faire diagnostiquer la mélrite sont les suivants : une douleur parfois peu vive, et bornée à l'utérus, d'autres fois gravalive, continue, avec des redoublements accompagnés d'irradiations vers les lombes, l'anus, les aines, les cuisses, douleur consistant le plus souvent en une pesanteur incommode au périnée, augmentant sensiblement par la pression de l'utérus au moyen du palper hypogastrique, et du toucher vaginal ou rectal; par le toucher vaginal, dureté ou mollesse du col, qui est en môme temps plus ou moins volumineux, et douloureux partout ; volume du corps de l'organe souvent augmenté aussi, ce que peuvent faire juger le toucher rectal et le toucher hypogastrique, qui permet parfois de sentir, au-dessus du pubis, l'utérus formant une rénitence globuleuse, mate à la percussion, et qui remonte plus ou moins haut vers l'ombilic. Plus souvent l'augmentation de volume, moins considérable, est sentie par la main qui presse l'hypogastre, tandis que de l'autre, par le toucher vaginal, on soulève l'utérus, qui paraît en même temps plus lourd. Au début de la métrite, il y a absence de tout écoulement; mais ensuite il en survient un roussàtre ou muco-purulent, qui disparaît avec l'inflammation, à moins qu'elle ne passe à l'état chronique, ce qui est rare; parfois il apparaît une métrorrhagie plus ou moins abondante. A ces symptômes locaux se joignent des symptômes généraux tantôt légers et tantôt très-intenses (fréquence et ampleur du pouls, chaleur de la peau, quelquefois sueurs, anorexie, soif, insomnie).
2° Inductions diagnostiques. — Le soupçon d'une métrite aiguë peut naître de la constatation de certains symptômes locaux (douleur, métrorrhagie) joints à de la fièvre ; mais il est évident que l'on ne peut arriver à un diagnostic suffisamment précis que par l'exploration de l'utérus à l'aide du toucher et du spéculum, qui font constater les signes locaux que je viens de rappeler.
Cependant, malgré l'existence de ces éléments de diagnostic en apparence assez précis, il arrive souvent qu'on ne saurait décider s'il s'agit d'une métrite ou d'une simple congestion ou engorgement de l'utérus. Il serait difficile de préciser à cet égard des caractères distinctifs suffisants; car, si la congestion apparaît de préférence à l'époque des règles, s'accompagne de moins de fièvre, de douleurs plus vives, on ne saurait baser son diagnostic sur des données aussi vagues, suffisantes peut-être théoriquement, mais insuffisantes dans la pratique.
La considération de certaines données étiologiques a une grande valeur diagnostique dans les cas de doute, en dehors des causes communes à la congéstion et à la métrite. On croira plutôt, en effet, à une métrite qu'à une congestion, s'il a existé comme antécédents des violences extérieures ayant agi incontestablement sur l'utérus (coups sur l'hypogastre, chute, coït répété, opérations et manœuvres faites sur l'organe), si le col présente des déchirures profondes par suite d'un accouchement récent (Willemin), si le travail a été difficile, la délivrance laborieuse ou incomplète (rétention de fragments du placenta), le repos insuffisant, ou le coït trop tôt exercé à la suite de l'accouchement.
GiO MÈTIUTE. - MÉT1UTE CHRONIQUE.
La mélrile post-puerpérale, d'une durée d'un à deux septénaires en moyenne, est la plus facile à reconnaître, qu'elle soit simple ou l'un des éléments de la fièvre puerpérale. Klle atteint l ensemble de l'organe ; aussi présente-t-elle l'exagération des éléments symplomatiques exposés plus haut : douleur ordinairement vive, surtout au toucher vaginal ou à la palpalion hypogaslrique même légère; tuméfaction considérable, soit du col de l'utérus autour duquel il peut être difficile de passer le doigt, suit du corps, qui déborde souvent de plusieurs travers de doigls vers l'abdomen ; suppression fréquente, mais non constante des lochies; symptômes généraux intenses; parfois complications de Igmphangite, de phlébite, de suppuration et même de gangrène, qui s'accompagnent d'altération profonde des traits, de frisson* irréguiiers, de sueurs froides, d'abattement, d'anxiété, «le ballonnement du ventre, de dévoiement, (l'extrême petitesse du pouls, etc.; enfin les abcès de la fosse iliaque sont une complica- . lion qui n'est pas très-rare. Il est impossible de méconnaître à ces différents signes, même en l'absence de toute complication, l'existence d'une mélrile puerpérale, lorsque, quatre à cinq jours au moins et vingt à vingt-cinq jours au plus auparavant, a eu lieu un accouchement dans les conditions que j'ai indiquées.
Kleetwood Churchill, avec Siebold, a décrit sommairement une métrile pendant la grossesse, et il a insislé sur l'importance de ne pas la confondre avec le rhumatisme de l'utérus ou la péritonite pendant la gestation. Kleetwood Churchill, Truite pratique des maladies des femme*, traduit de l'anglais par \Yieland et Dubrisay). Avec le rhumatisme, la douleur est plus généralisée, et paroxvstique; elle est limitée et continue avec la métrile. Celte limitation différencie aussi cette mélrile de la péritonite, dont la douleur est d'ailleurs beaucoup plus vive à la pression. — Il n'est pas possible de confondre la métrile aiguë, considérée dans l'étal de vacuité de l'utérus, avec une hèmatocèle ou un phlegmon rétro-ittèrin, ces tumeurs plus on moins douloureuses se développant, non plus au niveau du col, mais en arrière de celui-ci.
Dans les cas de mélrile aiguë non puerpérale, l'affection ne varie pas suffisamment suivant son siéye sur la muqueuse {métrite catarrhale). dans le tissu du corps de l'organe, ou sur le col isolément, pour que l'on puisse, au lit du malade, faire ces distinctions analoiniques de la maladie; d'ailleurs, elles ne sont rien moins que précises en réalité, si ce n'est lorsque la mélrile esl chronique, et par conséquent peu utiles a rechercher ici.
3° Pronostic. — La métrite aiguë simple guérit presque toujours, et ne passe à l'étal chronique que dans des cas rares. Le pronostic n'est grave que lorsque la mélrile puerpérale est compliquée, et surtout lorsque se fait la suppuration, qui constituerait, suivant Iléhier, le point de départ de la lièvre puerpérale elle-même.